Matthieu Kassowitz au visage amoché dans le film Sparring

Je ne sais pas pour vous, mais j’en ai un peu marre des superhéros.

En fait, j’en ai même marre tout court du monde superlatif dans lequel on nous force à cavaler comme le hamster dans sa roue. On se croirait dans une fausse pub pour de la lessive qui lave toujours plus blanc.

Des "gens ordinaires" déguisés en superhéros du quotidien pour le

Sauriez-vous reconnaitre un véritable superhéros si vous en rencontriez un? C’est le propos du Real Life Superhero Project!

D’une manière ou d’une autre, ça a fini par marcher. On a fini par croire que pour simplement avoir le droit à une petite place dans ce monde de brutes, il fallait juste être le meilleur, tout le temps, contre tous, comme un des ces foutus canassons de course sur lesquels mon grand-père allait perdre l’argent du ménage.

Alors on cavale, on cavale et on cavale encore. Et quand il n’y a plus de jus, hop, un petit remontant ! Et on cravache encore un coup, et on remet le titre en jeu chaque jour, chaque matin, chaque heure, chaque moment. Et on a même fini par trouver ça normal et désirable. On le souhaite à nos enfants. On les prépare chaque jour pour qu’ils soient les meilleurs bourrins à tourner en rond sur la piste et quand ils reçoivent un bout de carotte et une tape sur la croupe, on est contents comme des cons.
En vrai, tout ça, c’est de la merde et chacun de nous le sait parfaitement bien. Le meilleur canasson du monde finit toujours par trouver son maitre ou se péter une guibole et au bout du chemin, tout ce qu’il aura, c’est une balle dans la tête, quand il ne servira plus à rien.
Et aucun de nous n’est le meilleur canasson du monde.

Et en vrai, on devrait s’en battre les flancs assez copieusement. Parce que la vie, ce n’est pas ça, ce n’est pas courir en rond dans sa cage ou son hippodrome, ce n’est pas s’épuiser à amuser la galerie en attendant de se faire jeter comme une merde.

Ce n’est pas être une ressource pour d’autres, voire un consommable que l’on jette après l’avoir bien bien pressé comme un citron.

Savoir encaisser

Je ne m’attendais à rien en visionnant Sparring, si ce n’est à retrouver Kassovitz, mon teignard préféré, le gus qui s’est un peu fait défoncer par le milieu du cinéma français, mais qui a préféré continuer à ouvrir sa gueule plutôt que de faire une très grande carrière, bien bankable, bien entre soi.

Matthieu Kassowitz au visage amoché dans le film Sparring

Kassowitz, brillant dans son interprétation d’un loser magnifique dans Sparring

Steve est un boxeur vieillissant et dont on ne peut même pas dire qu’il est sur le déclin : il n’a juste jamais été bon. Mais le type s’accroche et très rapidement, tu vois qu’il a d’autres priorités dans le vie que de décrocher le pompon de Mickey sur le manège de la vie. Il s’accroche parce que même s’il n’est pas bon, il aime la boxe. 49 matchs, 13 victoires, 3 nuls et… 33 défaites. Au cinquantième match, il raccroche les gants parce qu’il ne veut pas finir comme un légume.

Tu vois le gars prendre des pains — bien méchants — tu le vois nettoyer sa gueule éclatée, mettre son short à la machine à laver, pisser littéralement du sang, se retrouver la tronche collée à l’oreiller par ses plaies suintantes. Tu le vois bien ramer pour payer ses factures, faire les courses, accompagner ses gosses, galérer, faire des extras, s’humilier aussi, parfois, parce qu’il faut bien rentrer un peu d’argent, parce qu’il veut une vie meilleure pour ses enfants. Parce que c’est un prolo, qu’il en chie et… que c’est quelque part le type le plus courageux du monde.

Cravacher quand tu es le meilleur, quand tu progresses, quand tu as ta récompense, quelque part, c’est à la portée du premier baltringue venu. Mais y aller quand tu sais que tu ne vas jamais décrocher la timbale, jamais être le type qu’on admire, qu’on félicite, dont on se rappelle, là, franchement, c’est bien plus fort que de sauver le monde alors que tu n’as juste qu’à utiliser tes super pouvoirs.

Deux précaires dans la mouise, dans le film huit fois debout.

Huit fois debout, un autre film qui parle du courage des prolos face à l’adversité qui s’acharne sur leur vie.

Et le gars, il y va. Il mange sa merde bien régulièrement, y compris devant sa fille, mais il y va, sept fois à terre, huit fois debout. Toute l’essence du film et de son hommage au courage des prolos est mis en exergue lors de trois courts dialogues.
Le premier, c’est quand son vieil entraineur lui demande quel est son style, son truc, parce que tout le monde a un truc et Steve n’a rien, il n’a juste jamais été doué. Non, son seul truc, répond-il, c’est qu’il sait encaisser, il sait prendre des coups et continuer.
Le second, c’est précisément quand le champion lui demande pourquoi il a continué alors qu’il n’était même pas bon dans ce qu’il faisait, alors qu’il perdait presque tout le temps, qu’il n’a rien gagné depuis 3 ans et que tenir dans ces conditions a l’air de lui paraitre inhumain. Et le loser magnifique de lui répondre : parce qu’il faut des types comme moi pour que des types comme toi puissent exister.
Et enfin, il y a cette phrase ultime du vieil entraineur : ce soir, sois celui que tu aurais voulu être, sois celui que tu aurais été si quelqu’un avait bien voulu croire en toi.

Dans le monde jupitérien des premiers de cordée, les véritables héros, les courageux, les géants, ce sont les gens de rien, les sans-grades et sans gloire, les insignifiants et les surnuméraires, ceux et surtout celles qui se lèvent tous les matins sans avoir leur place sur le mont Olympe, sans la perspective d’être seulement reconnu pour leur mérite intrinsèque : celui de faire tenir tout l’édifice social sur leurs frêles épaules, de permettre à tous les trop nombreux nombrils du monde de briller de toute la force de leur profonde et indépassable fatuité.

25 réponses
  1. L'ours des P.O.
    L'ours des P.O. dit :

    Merci pour ce billet
    Autrement dit:
    Nous sommes dans une société de compétition, mais un gagnant est un fabricant de perdants. Il faut rebâtir une société humaine où la compétition sera éliminée. Je n’ai pas à être plus fort que l’autre. Je dois être plus fort que moi grâce à l’autre. » Albert Jacquard (« La relève et la peste »)

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  2. Christine J
    Christine J dit :

    Ca me fait penser à une tirade d’Al Bundy dans « mariés 2 enfants » où il dit en substance qu’entre son travail qu’il déteste et sa famille qui le méprise, le simple fait qu’il ne se soit encore jamais tiré une balle et qu’il continue à se lever tous les matins faisait de lui un winner, pas un loser…

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  3. smolski
    smolski dit :

    Dans la même veine du brave héros anonyme, il y a aussi :
    « Mort d’un commis voyageur. »
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Mort_d%27un_commis_voyageur

    Et tutti quanti… 🙂

    Tout se passe à nous présenter le fait que réussir c’est prendre la main sur autrui en s’oubliant soi-même.

    En fait, il y a plus de démonstrations artistiques dans ce sens, c’est à dire l’aboutissement du perdant sacrifié à lui-même que d’un gagnant contre tous, ce qui pose la question :
    « Pourquoi cette voie est-elle aussi riche et productive, moralement et artistiquement dans notre société de conquête ? »
    On peut penser que cette doctrine du sacrifice des moins bien lotis est en fait la dissimulation de la réalité des accapareurs qui nous dirigent, c’est à dire tous ceux dont, à l’inverse, le seul devoir est le pillage absolu, sans considération pour autrui.
    C’est aussi le thème privilégié de toutes les religions.

    On peut se poser question :
    Pourquoi fonder socialement ce mythe de s’oublier soi-même si ce n’est pour dissimuler la réalité de ceux qui ne se gênent de rien et qui se connaissent tous très bien pour persévérer ainsi entre eux seuls à leur avantage ?

    « Et puis, quelqu’un paraît, que tous avaient nié,
    Et qui leur dit, railleur et fier : « Dans mon ciboire,
    Vous avez, que je crois, assez communié,
    A la joyeuse Messe noire ?

    Chacun de vous m’a fait un temple dans son cœur ;
    Vous avez, en secret, baisé ma fesse immonde !
    Reconnaissez Satan à son rire vainqueur,
    Énorme et laid comme le monde ! »

    Charles Baudelaire – L’imprévu

    https://www.poemes.co/limprevu-epigraphe.html

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  4. Patrick
    Patrick dit :

    Entièrement d’accord, merci pour la belle citation de Jacquard qui dit tout de la confusion d’idées autour de cette métaphore du « premier(e) de cordée ». Au sens littéral, c’est qui assume la difficulté de passer devant dans une voie, prenant le risque de fournir un effort peut-être insuffisant et donc chuter et se blesser (ou pire), mais qui y va parce que reposer sa vie dans les mains du second qui l’assure lui donne la sérénité nécessaire pour oser donner plus que ce dont il se serait cru capable… Tout le contraire du mythe du winner macronien qui s’y croit, non ?

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  5. Chafai
    Chafai dit :

    Oui, un exemple immédiat, celui du Foot. Que le meilleur gagne, dit-on parfois. Mais il arrive souvent, trop souvent que ce ne soit pas le cas. comme ce soir,à Moscou, où les meilleurs ont perdu , mais là ce n’est qu’un jeu, avec ses aléas. Mais dans la vraie vie, aussi, ce ne sont pas les meilleurs qui gagnent, tant d’autres facteurs entrent en jeu…

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  6. l'Ours
    l'Ours dit :

    bonjour,

    J’habite une petite vallée en Espagne où l’on retrouve un peu de sérénité, le bon sens paysan, vin naturel et vie de poble. Quand je suis arrivé, j’ai été surpris par le manque de gratitude des gens, je les trouvais un peu léger sur leur « merci ». Il m’a fallu du temps pour comprendre : en fait, si tout le monde donne à tout le monde, nul besoin de gratitude, c’est juste la normalité.

    La compétition tue la compassion, on finit par se régaler des échecs et des malheurs de son voisin plutôt que de se réjouir de son bonheur et de ses réussite. Je sais que de nombreux lecteurs me trouveront naïf, « bisounours » mais il n’empêche, je vais beaucoup mieux entouré de gens bienveillants.

    salut et fraternité

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  7. jv
    jv dit :

    Lors d’une discussion avec mes fils (17 et 20 ans) en parlant du « choix » de vie en société, ils m’ont indiqué leur unique explication de cet « ordre des choses » : l’humain vit en société pour se protéger du stress des grands prédateurs…

    Ok, mais alors l’humain, pour se protéger du stress de prédateurs relativement prévisibles (ils mangent quand ils ont faim) s’est mis sous le stress omniprésent d’un prédateur virtuel qui a faim même quand il est repus, qu’on ne peut pas anticiper, contre lequel on est vraiment très très désarmé (et qui tient à ce qu’on le sache), qui s’en prend à tout ce qu’on a, pas uniquement notre intégrité physique et notre vie ou celle de nos proches, mais nos outils de survie, nos moyens de productions, ce qu’on a pu construire durant notre combat et surtout notre solidarité, notre sale tendance à nous entraider… Et qui plane sur la planète entière, Godzilla et King Kong sont des fourmis, des amibes à côté !

    C’est pas des supers héros qu’on a créé mais un méga super prédateur !

    On me reproche souvent d’être contre le progrès, c’est faux ! Je constate simplement qu’on en est arrivé à un point ou la masse des humains a été dépossédée de ses outils, ses compétences, ses moyens de production, son courage, voir son acharnement : rien de tout ça ne nous garantit quoi que ce soit, le seul moyen d’être privilégié dans ce système c’est de savoir paraître et de s’octroyer la production de 500, 1000, 10 000 gugusses, plus il y en a plus t’es génial ! … or je pense que l’outil a été nécessaire à nos sociétés pour se protéger du stress des prédateurs et que c’était ça le progrès.

    Dans la mesure ou ce stress est désormais utilisé pour nous soumettre, je vois une logique implacable à tous les reculs démocratiques mais aussi sociaux, éducatifs, médicaux, à contrario, devant aussi l’implacable impossibilité de reculer face aux conséquences des « faux progrès » (la transformation chimique des sols, l’adjonction massive de molécules incompatibles avec nos besoins alimentaires dans la bouffe toute prête qu’on nous incite à consommer en nous culpabilisant de le faire, les produits phytosanitaires qu’on est contraints de consommer dans l’intérêt des laboratoires plus que le notre)…

    Alors ok il y a encore un peu de vrai progrès, un peu de démocratie, quelques avancées encore… mais c’est parce qu’il faut une base de vrai pour alimenter tout le discours asservissant, et que ça masque bien les reculs infiniment plus importants qui s’opèrent dans le même temps.

    En toute logique, si l’humain avait tenté de s’unir en société en sacrifiant 10 000 individus pour en engraisser un seul, je crois pas que ça aurait marché. Une des signification du mot intelligence est d’ailleurs là, vivre en bonne intelligence les uns avec les autres, c’est le moteur du progrès et ce n’est pas du tout la direction que prend l’humanité.

    Bref, je ne vais pas m’étendre plus, je ne veux convaincre personne (et j’ai pas la foi), juste exprimer ce que je pense (mais même pour être comprise j’ai pas la foi)…

    Toujours est-il que ce matin, lire ce billet c’est comme une caresse psychologique, une tranche de quelque chose de bienfaisant, de consistant, de généreux qu’on peut consommer sans modération et sans culpabilité et qu’est ce que c’est bon 😉

    Répondre
    • Agnès Maillard
      Agnès Maillard dit :

      La société humaine du néolithique n’a pas grand chose à voir avec la nôtre et les évolutions sociales ne sont pas du tout « naturelles », elles sont délibérées. La pensée misogyne était délibérée pour s’approprier le travail reproductif des femmes (avoir le contrôle gratos de leur utérus et de leurs bras) tout en « récompensant » les hommes dominés qui avaient la perspective à la fin de leur journée d’exploitation de dominer à leur tour plus oppriméEs qu’eux. De la même manière que la pensée raciste a permis d’éviter la convergence des luttes entre exploités lors de la phase d’accumulation primitive du capitalisme.

      Le problème n’est pas la société humaine — on devrait d’ailleurs dire LES sociétés humaines, tant il existe de possibilités — mais bien LE capitalisme dont la fonction principale d’accumulation repose entièrement sur l’exploitation et la spoliation du plus grand nombre et ne peut tenir son emprise fermement qu’en divisant suffisamment les exploités pour qu’ils ne puissent s’unir contre la toute petite caste des exploiteurs. C’est d’ailleurs là tout le sens de la compétition.

      Répondre
      • jv
        jv dit :

        Oui, la compétitivité qui peut effectivement inciter à l’émergence du progrès, mais, monopolisée par des structures pourvues d’un tel rapport de force mène à son étouffement ou à son phagocytage dans ce système qui lutte férocement contre la concurrence, qu’elle quelle soit, surtout si elle est intelligente et libératrice.

        et l’invariabilité du problème des rapports de force au sein des sociétés humaines est aussi à prendre en compte, pour autant c’est effectivement le capitalisme qui exploite en la défertilisant la richesse créative des sociétés humaines

        Répondre
        • Agnès Maillard
          Agnès Maillard dit :

          Non, la compétitivité n’est pas du tout un facteur de progrès, bien au contraire : c’est la coopération qui permet les échanges, les mises en commun et l’émergence de nouvelles idées.
          Albert Jacquard, pourfendeur de la compétition

          Répondre
          • jv
            jv dit :

            Oui, c’est vrai, ce que je voulais dire c’est que c’est en tant que facteur de progrès (ou de préservations d’acquis comme le confort et la consommation, au détriment des acquis sociaux… ce qui est assez absurde en réalité) qu’on nous la vend et nous la fait accepter, et ça marche, beaucoup semblent y croire : c’est un argument qui est repris même par les plus exploités.

            Et de fait, dans une compétition sportive les concurrents courent d’autant plus vite que les autres font de même. Enfin, moi j’ai un gros problème avec la compétition, quand mes performances m’auraient permis de monter sur la première marche du podium, j’aime pas ça j’ai toujours eu besoin de laisser gagner quelqu’un d’autre, quand on m’a offert la possibilité professionnelle de marcher sur un(e) collègue pour évoluer, j’ai rarement pu contenir mon besoin irrépressible de cracher sur l’émetteur de l’offre et ce sont des comportements anormaux qui m’ont valu incompréhension quand ce n’était pas hostilité (et un peu d’admiration mais qui s’assume pas vraiment ou plutôt qui n’est pas une compensation de ce que je perds)

            Dans le fond, oui, la compétition tue le progrès, pourtant elle est largement acceptée et fait partie de l »ordre social » à maintenir de force.

            C’est en son nom qu’on accepte le travailler plus pour gagner on ne sait pas trop quoi, quitte à y perdre… et à ça s’ajoute aussi de nouvelles formes de consensus, comme si le consentement mal éclairé d’une part non négligeable des humains aux clauses abusives des GAFAM impliquait le consentement « silencieux » de l’immense majorité des autres…

            d’ailleurs je ne sais pas du tout en réalité quelle proportion d’humains adhèrent à quelle(s) idéologie(s) tant les apparences sont orchestrées par des médias eux aussi imbriqués dans ce système… et qu’on nous met en garde sur la différence entre le discours des valeurs de réciprocité (solidarité, coopération, libertés etc…), qui est stigmatisé comme une sorte de masochisme au bénéfice des autres et le discours de la compétition, qui nous garanti de rester consommateurs (pas forcément de ce qu’on veut consommer, mais ça on s’en rendra compte le fait accompli) et qui de fait nous met à nus au bénéfice d’une minorité…

            A quel point cette manipulation fonctionne ? Quelles sont ses limites, comment savoir si et quand elles sont franchies ?

          • jv
            jv dit :

            Ouais j’ai un problème avec la compétition mais c’est mon problème ! Dommage, la citation d’Albert Jacquard était une bien meilleure conclusion à cet échange ;(

  8. Malo Q
    Malo Q dit :

    Se casser le cul pour faire tenir debout l’édifice social qui nous écrase, est-ce du courage ou de la pure veulerie ?
    Je crois que le courage est plutôt du côté de Spartacus.
    Ceci dit, que pourrait faire un Spartacus aujourd’hui sinon faire sonner la kalash et faire péter des bombes ? Il serait alors immédiatement classé dans le camp du mal, celui des ennemis de la nation et du peuple, et à ce titre, honni et pourchassé.

    Alors quoi ? Reste effectivement la solution des trois singes…et attendre que ça passe. Mais cette impuissance qui nous accable et nous ronge jour après jour n’a rien de courageux.
    La souris qui galope dans sa roue et s’agite pour ne pas mourir est-elle courageuse ?

    Répondre
    • jv
      jv dit :

      Mais le courage n’a-t’il pas aussi sa part d’aveuglement ? N’y a-t’il pas un effet de spontanéité, de réponse immédiate (et en partie irréfléchie) dans les grands actes de courage ?

      Ce que l' »ordre social » actuel établit comme courage c’est la « prise de risque » des investisseurs, des PG de monopoles etc… pourtant il n’y a plus rien de courageux dans ces activités, que des garanties, des parachutes, des verrous. Le pdg de carrefour part en 2016 avec les honneurs et le mérite et l’année d’après les salariés payent très cher le résultat de ce mérite qui a un peu changé entre temps (mais on va pas revenir sur le mérite mérité de monsieur !)…

      On est en plein société bordeaux chesnel : « nous n’avons pas les mêmes valeurs », la liberté selon macron c’est pas la mienne, l’égalité itou, la fraternité belote, la solidarité rebelote, le courage idem, la légitimité plus encore, on peut continuer cette liste aussi longtemps qu’on trouvera des valeurs, je ne pense pas avoir en avoir une seule en commun avec cette personne et ceux qui partagent les siennes

      je ne me retrouve pas dans la dualité néolibéralisme contre FN et j’y retrouve pas grand monde dans mon entourage en vrai, ça donne l’impression que toute autre voie est sans issue parce que sans considération… et pourtant il y en a du monde qui les cherchent ces voies

      La prudence ne s’oppose pas au courage, parfois, contextuellement oui, mais de façon générale, non ! C’est la peur qui s’oppose vraiment au courage, et la peur la plus fondamentale c’est celle de percevoir une réalité oppressante et d’en être acteur, la culpabilité fait que personne ne jette la première pierre parce que personne n’est innocent, je suis pas contre cette morale mais gare à la disproportion des pêchés : la motivation de vouloir nourrir ses enfants ne devrait pas interdire de juger le capitalisme et de lui cracher dessus, c’est pas la main qui nous nourrit c’est celle qui nous pille !

      Alors ne soyons ni les singes ni la souris, ouvrons les yeux, soyons nous-mêmes, jugeons de nos actions selon nos valeurs, culpabilisons selon notre degré d’implication et la coercition qu’on subit, libérons nous de plus en plus des contraintes virtuelles qui nous enchaînent de par notre propre conditionnement, et déjà rien que là il y a plein de possibilités. J’ai mes démarches spontanées à moi mais je trouve des exemples un peu partout, des libérations que je ne soupçonnais pas.

      Un exemple tout con depuis que j’enterre mes déchets végétaux et mon marc de café sous mes parterres, mes voisins me demandent quel engrais j’utilise, il y a encore 3 ans, malgré ma connaissance du compostage, je n’avais pas fait ce lien, je pleurnichais secrètement sur la privation d’engrais pour mes belles fleurs… ça me fait bien rire aujourd’hui ! Et pleurer aussi en pensant à la pollution de la gestion de nos déchets en parallèle avec celle de la production agricole, quelle intelligence on a perdue au nom du progrès !

      Et oui, c’est pas une fin en soi, c’est pas la révolution libératrice, même si se libérer des liens qui font de nous des marionnettes c’est extrêmement profitable, mais ça permettrait une prise de conscience, une objectivité qui rendra plus accessible le moment ou la conscience collective l’emportera sur la prudence individuelle 😉

      Répondre
  9. tungstene
    tungstene dit :

    Tout est fait pour nous apprendre à mal penser. Pour le pratiquer vis à vis de moi même, j’aime bien faire basculer les dominos des idées si facilement toutes faites. Avec des trucs que j’essaie d’émettre dans le plus lapidaire possible. Par exemple, pour justement le sport et la compétition, des trucs dans le genre : le sport pro quel très étrange plaisir, vécu le plus souvent par procuration, où l’on a des joies à en voir des uns battre des autres.

    Répondre
    • smolski
      smolski dit :

      En fait, le sport projetterait le spectateur dans la conquête originelle d’une proie. Conquête tribale en groupe, comme le foot avec le ballon ou individuelle dans la réussite de l’effort comme avec l’athlétisme.

      Une notion commune à l’opportunisme de notre espèce en quelque sorte, un atavisme que l’on peut rapprocher de celui des hardes de loups dont notre sens social est le plus proche et certainement toutes deux territorialement concurrentes pendant des millénaires.

      Répondre
      • tungstene
        tungstene dit :

        sans doute , mais pas que, comme de la peste je me méfie de ces foules, je suis presque certain que très volontiers elles iraient tout autant encore glorifier les Hitler, les Mussolini les Staline et les Pétain

        Répondre
      • smolski
        smolski dit :

        « sans doute , mais pas que, comme de la peste je me méfie de ces foules, je suis presque certain que très volontiers elles iraient tout autant encore glorifier les Hitler, les Mussolini les Staline et les Pétain »

        Sans doute bien sûr, ce que je signalais c’est que le comportement atavique de notre espèce reste inscrit dans nos société, qu’il n’y a pas que du raisonnement, de la rationnalité dans celles-ci et que cela ne peut être modifié sinon partiellement mais surtout pas durablement.

        Répondre
  10. tungstene
    tungstene dit :

    j’aime bien aller m’encanailler en lisant les commentaires sur le site du Figaro, ce sont mes bas fonds à moi, on y cotoie une lie ordinaire très répandue et par moi de pied ferme attendue, mais parfois ils arrivent encore à m’étonner. Pour les minots mexicains séparés des parents par exemple, genre les parents ci les parents là , dans le tas il y a tout de même des personnes dont on peut supposer une bonne volonté et même à l’occasion du compassionnel, genre mère de famille ou gugus ayant fait des études caressant l’ambition d’être rangé dans la case intellectuelle, alors je m’y colle pour leur rappeler, que ce qu’ils disent ne sont que terribles fariboles, même dans les hypothèses de parents complètement nases, jamais ils ne pourront éluder le fait que les enfants ne choisissent par leurs parents, pas plus que le lieu où ils naissent et qu’ils peuvent tortiller toutes leurs pensées ils n’arriveront jamais à leur retirer leur statut de victimes.
    je sais que j’ai tendance à faire des alibi forains , mais le plus souvent c’est du bien moins que l’on peut peu croire , il est toujours question de la représentation mentale que l’on a des choses et chacun, moi y compris, s’y fait pièger.
    dans les trucs que je désespère de ne jamais arriver à élucider un jour, c’est cette notion de fierté , fier d’être français, de l’équipe de France , d’être Corse, Breton etc , comment peut on être fier d’un truc pour lequel on n’a rien fait ? Au pire ou au mieux, j’arriverai peut être un jour à avoir un peu honte d’être terrien en ne sachant pas totalement m’exonérer des saloperies faites à notre planète, car même plein de bonne volonté, je dois traîner derrière moi, après tant d’années vécues, des tombereaux d’eaux usées, des cortèges de sacs poubelles, j’en soupçonne même lors de mon incinération des dernières fumées noires de moi, allant encore plus saloper un ciel qui déjà n’en peut plus, tel un pape non élu.

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