Affiche de fan de Soleil vert, avec des machines qui trient les humains

S’il y a bien une chose à retenir de Parcoursup, c’est que l’algorithme n’est pas bienveillant. En fait, la machine ou le traitement automatisé ne peut pas être bienveillant. Parce qu’il ne permet pas l’interaction, tout simplement, pas d’argumentation, pas de cas particulier, pas de recours ou si peu et tellement balisé.

Affiche de fan de Soleil vert, avec des machines qui trient les humains

Rage against the machine

La neutralité de la machine n’est que celle que l’on veut bien lui accorder. La machine ne fait que le boulot pour laquelle elle a été programmée et le fait suivant les critères et les barèmes qu’on lui a assignés. De ce point de vue là, la machine n’est pas si neutre que cela, elle agit en fonction des intentions de ceux qui se cachent derrière.

En résumé, une machine qui trie en fonction des aptitudes à faire du vélo ne pourra en aucun cas être bienveillante pour les poissons. Sa seule neutralité, en fait, c’est de servir de paravent à l’humain ou au groupe d’humains qui a décidé délibérément d’exclure les poissons de la compétition.

L’absence de bienveillance de la machine est parfois compensée par la possibilité — souvent complexe et écrite en tout petit hors de la zone d’affichage de la page — de poser un recours contre la décision qui se cache derrière la fausse rationalité de la machine. En fait, ce qui rend encore supportable l’inhumanité de la machine, ce sont ses interstices et ses petits bugs. Et la possibilité de contester le verdict de la machine.

En l’absence de tout recours, la machine devient la méthode particulièrement malveillante d’administrer l’arbitraire. C’est une négation de l’homme et de la démocratie. Et c’est très exactement le rôle que remplit Parcoursup en dépouillant ses utilisateurs contraints et forcés de toute possibilité d’action sur leur propre destin. C’est une mécanique froide qui ne sert qu’à imposer le désordre absurde de l’arbitraire en le déguisant sous les oripeaux toujours mensongers de la neutralité de la machine.

L’automatisation du tri des destins de nos enfants n’est pas différente en soit de celle des machines à trier et broyer les poussins : c’est juste de la barbarie nickel chrome. Et elle complète le dispositif de plus en plus abouti et performant du tri automatique des déchets humains, des surnuméraires.

De ce point de vue-là, la seule utilité de Parcoursup est de rendre invisibles ceux qui décident et gèrent le vaste programme d’eugénisme social en cours.

Le régime de la rareté

Dans sa mécanique même, Parcoursup est également conçu pour que tous les triés soient en compétition les uns avec les autres. Là aussi, c’est toujours le même mécanisme à l’œuvre dans la perspective des confiscateurs. Alors qu’il est prévisible depuis 18 ans qu’une classe d’âge plus nombreuse finira par boucler son cycle d’études secondaires et frapper à la porte de l’enseignement supérieur, absolument rien n’a été fait pour prendre en compte cette donnée connue de tous et facile à anticiper.

ParcourSup est un pur produit du capitalisme : censé optimiser l’accès à l’éducation supérieure — convoitée parce que garantissant plus ou moins l’insertion sociale —, le logiciel se révèle au final un outil de plus de la gestion d’une file d’attente qui ne cesse de s’allonger aux portes de la prospérité toujours promise et jamais réalisée. La seule chose qu’organise concrètement Parcoursup, c’est le régime de la rareté amplifié à son extrême, puisque même ce qui était accessible par défaut, comme les universités, devient objet de compétition, de pénurie et d’exclusion.

Le fait d’avoir délibérément réduit la voilure de l’enseignement supérieur alors même que l’on attendait toujours plus de candidats en dit très long sur les intentions réelles des décideurs qui se cachent derrière les algorithmes. C’est absolument la même logique à l’œuvre derrière les plans santé qui, en réduisant systématiquement l’offre, ne tendent pas tant à vouloir limiter la demande par absence d’offre, mais bien à réduire les demandeurs eux-mêmes.

Dans ce contexte, la malveillance qui guide la mise en place de Parcoursup se révèle dans toute sa splendeur par la mise en place d’un dilemme du prisonnier à somme négative à l’échelle d’une génération : celui qui attend le plus longtemps est celui qui a le plus de chances d’obtenir ce qu’il veut, tout en sachant que sa victoire personnelle s’assoit sur une montagne de renoncements, d’espoirs déçus et de perspectives détruites.

Eugénisme psychologisant

La France est aujourd’hui le pays champion de l’OCDE… en inégalités scolaires. ParcourSup est le clou qui finit de refermer le cercueil démocratique. Parce qu’il ne faut pas s’y tromper : hypnotisés par la grande course à l’échalote, les parents d’élèves, eux, souhaitent encore plus d’iniquité, pourvu que leur rejeton soit le canasson qui remportera la timbale.

Ce n’est probablement pas pour rien que le pays de Parcoursup est aussi celui de la cavalcade aux HP. Non pas comme Hôpital Psychiatrique (lequel fait pitié jusqu’à la charité!), mais bien comme Haut Potentiel… ce qui, en substance ne veut pas dire grand chose de plus que le fait que chaque parent, pris individuellement, est plus au moins convaincu d’avoir chié Mozart et Einstein comprimés dans un seul petit corps parfait.
Forcément, d’un simple point de vue statistique, il y en a beaucoup qui se trompent énormément.

Ainsi, voilà le défilé des parents angoissés dans le bureau du psychologue scolaire qui viennent réclamer à cor et à cri dérogation et école spécialisée afin de favoriser l’épanouissement de leur petit génie, à savoir : le mettre à l’écart et l’abri de l’influence nocive des médiocres majoritaires et de cette école de masse qui ne respecte décidément pas les aspirants premiers de cordée.

Et voilà comment les familles qui bénéficient déjà des meilleures conditions d’existence et du meilleur environnement scolaire cherchent encore à tirer leur avantage vers le haut en soutirant encore plus de ressources à la collectivité au détriment de tous les autres qu’ils traitent généralement par le mépris le plus complet. Ce sont évidemment les mêmes qui doivent être favorisés par les critères de tri de Parcoursup, parce qu’ils méritent d’avoir tous les choix quand les autres n’ont que la possibilité de renoncer pour espérer ne pas être éjectés.

Dans un cas comme dans l’autre, le moteur est la distinction, la ségrégation brutale qui ne dit pas son nom, le désir barbare et concret de concentrer toutes les ressources en éliminant ceux qui sont assignés comme surnuméraires.

À aucun moment, par contre, ne se pose la question de savoir si l’école — telle qu’elle est pensée et conçue aujourd’hui — est encore faite pour les enfants en général, s’il s’agit là du lieu de l’épanouissement et de développement des futurs citoyens et de l’ensemble de leurs nombreuses et très variables potentialités ou si c’est juste un immense centre carcéral voué au tri sélectif de jeunes humains en voie de robotisation avancée.

65 réponses
  1. Ellilou
    Ellilou dit :

    Parent actuellement confrontée aux affres de Parcoursup pour un jeune en réorientation, je vous remercie d’avoir si clairement, si parfaitement si lumineusement décrit ce qu’est cette machine à broyer des jeunes humains et leurs rêves d’études. C’est triste à pleurer mais comme disait le grand Joe Hill quelque temps avant d’être fusillé en 1915: « Don’t mourn, organize! » (ne vous lamentez pas,organisez-vous!)

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  2. Sébastien
    Sébastien dit :

    Bonjour,
    juste pour répondre rapidement au passage suivant:
    « Et voilà comment les familles qui bénéficient déjà des meilleures conditions d’existence et du meilleur environnement scolaire cherchent encore à tirer leur avantage vers le haut en soutirant encore plus de ressources à la collectivité au détriment de tous les autres qu’ils traitent généralement par le mépris le plus complet.  »
    Il me semble que les écoles spécialisées sont payantes, et pas qu’un peu. Les parents desdits enfants HP ne demandent donc rien à la collectivité, ils casquent (s’ils peuvent), point barre.

    Merci pour cet article, l’immobilité de ces 18-20 dernières années fasse à cette arrivée massive de futurs nouveaux étudiants est incroyable.

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    • Agnès Maillard
      Agnès Maillard dit :

      Des classes préparatoires et des grandes écoles toujours aussi fermées

      https://www.inegalites.fr/Des-classes-preparatoires-et-des-grandes-ecoles-toujours-aussi-fermees?id_theme=17

      La faible représentation des enfants de milieux populaires est choquante et très ancienne : les filières d’excellence n’ont jamais recruté en masse parmi le bas de l’échelle sociale. Il faut noter d’ailleurs que le public des masters, à l’université, n’est guère différent [2]. L’hypocrisie actuelle sur « l’ouverture sociale » est à peu près totale : les catégories les plus favorisées disposent de filières spécifiques, taillées sur mesure et dotées en moyens sans rapport avec les catégories dont les enfants vont à l’université.

      Les enfants des classes supérieures ont accès aux meilleurs établissements publics et au meilleur de l’enseignement public supérieur, ils suivent des études plus longues et sont plus souvent rémunérés pour étudier que les autres.

      Voir aussi : Ceux que l’on paie pour étudier : enquête sur les privilégiés de l’école

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    • Alixe
      Alixe dit :

      Pas tout à fait. Il y a aussi des stratégies pour mettre ses enfants dans les meilleurs collèges/lycées publics du secteur (ou du secteur d’à côté) amplifiant ainsi les regroupement par niveau. Cet état de fait amène certains établissements à gérer de manière disproportionnée les élèves ayant besoin du plus d’aide avec des moyens égaux, voire inférieurs, aux établissements d’à côté, et leur échec couru d’avance fait encore chuter leur réputation. Réputation suit les élèves qui se retrouvent, à notes égales, défavorisés lors des tris suivants (passage en lycée, passage à l’université).

      Ceux des lycée qui ont réussi à récupérer les meilleurs éléments ont les mêmes moyens que les autres, mais une tâche beaucoup plus facile. Il y a donc bien injustice et déséquilibre dans le public, au profit de ceux qui partaient déjà avec le meilleur bagage social.

      La compétition commence dès le collège, voire le primaire. Même si on y adhère pas, on y est contraints parce que nous sommes humains et que nous voulons donner la meilleure chance à nos enfants à partir du moment où nous en avons la possibilité (même pas besoin de les considérer comme géniaux pour ça).
      On sait bien que c’est injuste, mais on ne sait pas comment changer le système. Qui est-ce que j’aiderai en ne poussant pas mes enfants à avoir de bonnes notes et visant le meilleur lycée du secteur ?
      Le pire, c’est qu’on favorise ce système simplement en ayant la possibilité de transmettre un capital culturel à nos enfants et en sachant comme marche le système. Même pas besoin de contourner les règles ou de faire marcher le piston. À ne pas jouer le jeu, on perdrait son avantage, sans pour autant rétablir la justice, ni aider un autre enfant.
      Que faire ?

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  3. smolski
    smolski dit :

    En même temps, sans études scolaires hautes ou pas hautes, la robotisation est moins poussée contre les classes populaires. On voit rarement les rejetons des privilégiés du système partager le sort de ceux qui ne le sont pas.

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    • saxo
      saxo dit :

      à Joël (et à tous les  » éducation = robotisation, formatage  » ),

      Rien n’oblige l’humain à être une éponge sans sens critique.
      Croire que suivre des études, c’est ingurgiter des données sans réfléchir à leur sens propre, c’est profondément prendre l’humain pour un con.
      Quand on fait des études, on s’enrichit du travail des autres, et on apporte son sens critique propre. Non, les facs / écoles sup et autres écoles ne sont pas des centres de lobotomisation. Il suffit d’apprendre à s’en servir, et de ne pas se gourer d’objectif quand on y accède.

      Maintnenant, le sens que notre magnifique société productivo-consumériste leur donne (elle fait croire que les études sont une formation) est absurde, mais c’est une autre histoire.

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  4. Boogie
    Boogie dit :

    oui, les « haut potentiels », ça me fait bien rire…

    l’intelligence ? ça dépend au service de quoi on la met. Parce que des « HP » ou des « précoces » qui rendent fier-e-s comme des poux papa et maman et toute la petite famille mais qui mettent leur travail intellectuel au service du CAC40 ou des multinationales, je vois pas pourquoi on devrait leur reconnaître un « haut potentiel », si ce n’est celui de se vendre aux oppresseurs et de s’habiller à la mode : avec le mépris social le plus accompli.

    Je leur chie tous-te-s à la gueule. Avec application.

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    • Alixe
      Alixe dit :

      Alors, non, c’est loin d’être vrai.

      Un gamin HP c’est un gamin pour qui l’école n’est pas adaptée. Il se trouve donc dans la même situation que ceux qui ne connaissent pas les codes que l’école considère qu’ils doivent connaitre et qu’elle met en échec. Ils se sentent mal avec l’enseignements et pour compenser font les pitres (comme les autres). Donc pour les parents, les premiers symptômes sont des convocations par les profs où on leur explique que leur môme est intenable.
      Même après dépistage (qui peut intervenir après des années d’échec, et qui ensuite ne résout rien), les parcours proposés restent encore inadaptés. L’enfant est souvent en décalage émotionnel avec ceux de sa classe (on lui en a fait sauter 1 ou 2), souvent particulièrement sensible et sa relation avec l’institution reste chaotique. Les parents se le voient reprocher, ils sont culpabilisés par l’institution).

      Donc, non, c’est loin d’être aussi valorisant que vous semblez le croire et ces parents sont particulièrement conscient de la rigidité et manque d’empathie du système.

      Répondre
      • Boogie
        Boogie dit :

        @Alixe
        Je suis instituteur dans une institution de soin, on dit « spécialisé », pour les « espèces » d’enfants qui n’ont JAMAIS été accueillies à l’école, depuis qu’elle est républicaine – et a fortiori avant.

        Je n’utilise pas les mots de ceux qui « classent » les enfants, et si c’est particulièrement vrai pour « déficience », ça l’est aussi pour « haut potentiel ».

        « Déficience » : pour qui a eu la chance de construire un lien avec des enfants ou des jeunes qui ne parlent pas par le verbe et qui sont dit déficients intellectuels, je veux dire un lien qui ne soit pas celui d’une amère servitude mais qui puisse se déplier dans la vie quotidienne et dans le temps, ce mot est insupportable. Il enferme, il emmure, il stigmatise, il peut même très souvent empêcher la rencontre.

        Il en va de même, de mon point de vue, pour « haut potentiel » ou « zèbre » ou je ne sais quoi. Je le dis d’autant plus facilement que plusieurs thérapeutes, visités par moi pour être aidé à moins souffrir dans le monde, m’ont renvoyé à cette condition – que je récuse. Il y a là sans doute aussi une des origines de mon hubris fécale qui a tant désolé Hervé_02 – qui n’y a néanmoins lu que ce qu’il voulait y lire, comme tout le monde fait par ailleurs.

        Je suis, en matière de nomination des réalités humaines, pour une recherche incessante de nouveaux mots et contre la naturalisation de termes et d’expressions que leur trajectoire historique et sociale ont chargés de véritables mondes et de vision du monde.

        Ces mondes et ces visions du monde, contenus dans les mots « ordinaires », s’imposent à nous et à nos corps sans qu’on s’en rende compte.

        Il n’y a rien de plus politique que le choix des mots.

        Pour revenir sur notre sujet : je sais, de très près, ce que peut représenter la souffrance de parents – qu’elle que soit son origine.
        Je ne récuse pas le fait qu’il y ait des enfants très sensibles. Je n’écrirais pas « plus sensibles que d’autres », parce que ça sous-entendrait que « les autres » peuvent supporter des injustices ou des situations insupportables.
        En tant qu’éducateur, instituteur, adulte vivant au quotidien avec des enfants, je sais une chose : fondamentalement, on se fout des classements et des étiquettes qui catégorisent les enfants. Ces classements, d’une part, sont extrêmement instables historiquement – et il est tout à fait naïf de croire que c’est La Science (amen) qui, en progressant, les affine de mieux en mieux. D’autre part, ces classements sont trop souvent produits par des personnes qui, tout en se réclamant (parfois) de la science, tentent en fait de se situer sur un marché de la souffrance parentale et enfantine – la logique de marché, cette boursouflure venimeuse, est en train de bouffer la civilisation de l’intérieur.

        Fondamentalement, tous les enfants ont besoin de temps, d’adresses verbales (le nombre de parents qui ne s’adressent pas à leurs enfants est conséquent, et le nombre de ceux qui passent leur temps à les envahir de paroles qui en deviennent inaudibles ne l’est pas moins), de découvertes, de recherche, de gratuité absolue, d’être ancré-e-s dans la vie quotidienne, d’absence de pression, de sommeil, du groupe, de solitude, de déstabilisation (organisée, pour ne pas nuire), de se frotter à l’inconnu, de se rassurer dans le connu, etc.
        On peut continuer la liste.
        Si l’école organise ça, sur deux principes :
        – le renoncement à la progression simultanée
        – le renoncement à l’organisation par classe d’âge

        on peut accueillir BEAUCOUP d’enfants à l’école. Les soit disant HP, les autistes, les soit disant déficients, etc.

        Hélas, trois fois hélas, je le vois bien même dans mon champ très marginal d’exercice du métier d’instituteur, l’école met la pression, oublie la vie quotidienne, organise une collectivité écrasante par manque de présence adulte et de pouvoir confié aux groupes d’enfants, le temps est TOUJOURS manquant, le savoir en liste interminable est trop souvent écrasant, etc, etc.

        Et puis, la question sociale : les parents souffrent, le plus souvent sans s’en rendre compte, de leur emploi pourri, des charges de la maison, de l’intoxication de l’arc « médias du CAC40 », des affects haineux que ce travail social médiatique, au sens du Durkheim, imprime dans leurs corps, des rythmes merdiques de leur journée trop courte, de l’absence de pouvoir que eux aussi, comme leurs enfants, ils connaissent pour organiser leur propre vie…

        J’en reviens toujours à cette grande disparue de la scène politique : la question sociale.

        Bref, je me suis étalé, Alixe, mais je pense vraiment que les catégorisations diverses et variées qui nous emmène à étiquetter nos enfants ont une fonction principale, outre le fait de nourrir un marché de l’accompagnement psychologique individuel qui est florissant en segmentant le « marché de l’enfance » : nous masquer collectivement la question scolaire, partie intégrante de la fonction sociale.

        J’espère que j’ai expliqué aussi bien que possible mon refus de cette mode inefficace à aider les enfants et leurs parents. C’est en tout mieux que le « je vous chie à la gueule », n’est-ce pas Hervé_02 ?

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        • Agnès Maillard
          Agnès Maillard dit :

          Merci d’avoir partagé ton expérience.
          Sur la signification de la segmentation des personnes, je suis 100% d’accord avec toi : créer des marchés.
          Et en effet subsidiaire : diviser pour mieux régner, pousser les gens à se hiérarchiser eux-mêmes pour mieux les isoler, les éparpiller et détruire toute forme de solidarité ou même de réflexion collective.
          Comme toi, je pense que l’école doit être inclusive et donc laisser à chacun la possibilité d’y faire son chemin à son rythme. Je ne trouve pas ça grave qu’un gosse bloque sur la lecture : quelle importance qu’il règle le problème en un trimestre au début du CP (comme cela est plus au moins imposé → à Noël, on commence déjà à coller la pression aux parents!), alors que même s’il met 2 ans pour trouver le truc qui lui va bien, ce qui compte, c’est qu’une fois que c’est acquis, il aura les mêmes possibilités que les autres?

          Le collège de ma fille était un collège pilote : pas de notes jusqu’au brevet, à la fin de la dernière année (ça y est, on y arrive). En gros, ma gosse de 15 ans n’a toujours pas été notée de sa vie. Certes, il y a les foutus programmes à suivre (pourquoi devoir apprendre telle chose à tel moment et pas à un autre? Mystère!), mais en gros, l’idée générale, c’est que les gosses avaient 4 ans pour apprendre ce qu’il faut savoir pour entrer au lycée. Donc, si un truc coince en 6e, c’est pas grave, on a 3 autres années pour y arriver. Je ne comprends pas qu’on pense que mettre la pression en permanence, ça puisse aider les apprentissages.
          Pour la plupart d’entre nous, on apprend surtout quand on en a besoin, quand on est donc motivés.
          Juste la carotte et (surtout) le bâton, ça me semble complètement inutile, voire totalement contreproductif.

          J’ai 47 ans et toujours besoin d’apprendre des choses nouvelles et différentes. Mais je dois me débrouiller seule, parce que l’Éducation Nationale est aussi contingentée par âge. C’est con, quand même!
          Ma seule chance, c’est que pendant mon cursus obligatoire et souvent pas intéressant du tout, j’ai croisé des gens qui m’ont appris à apprendre.

          Ce devrait être la base, pas juste une question de chance!

          Je suis pour une école ouverte, tout au long de la vie, où chacun serait à la fois élève et enseignant. Nous avons tous des choses à apprendre et des choses à transmettre.

          Répondre
          • Boogie
            Boogie dit :

            Je suis d’accord avec toi.
            A mon sens, ce qui empêche de rendre ce que tu énonces pensable (car reconnaissons que ça ne l’est pas trop, majoritairement), première étape pour le rendre potentiellement réalisable, c’est le soubassement anthropologique de nos sociétés industrielles : la performance. C’est Henri-Jacques Stiker qui le dit comme ça, dans un très beau livre qui s’appelle « corps infirmes et société », paru en 1982.

            Changer les structures anthropologiques, c’est de l’utopie. Mais renoncer à l’utopie, c’est la mort du désir politique. Alors essayons quand même. C’est là que « je voudrais revenir sur l’idée de la violence », texte récent de PDJ, s’enracine.

        • Sombre Hermano
          Sombre Hermano dit :

          Re-
          Désolé pour la boutade avec la chanson de Renaud, chanson que j’aimais bien tout comme son auteur avant qu’il ne fasse naufrage dans un océan d’amertume et de gâtisme sur fond d’abus d’alcool et de mondanités média-compatibles.

          Oui, tout à fait d’accord avec ton analyse et surtout avec ce passage :
          « En tant qu’éducateur, instituteur, adulte vivant au quotidien avec des enfants, je sais une chose : fondamentalement, on se fout des classements et des étiquettes qui catégorisent les enfants. Ces classements, d’une part, sont extrêmement instables historiquement – et il est tout à fait naïf de croire que c’est La Science (amen) qui, en progressant, les affine de mieux en mieux. D’autre part, ces classements sont trop souvent produits par des personnes qui, tout en se réclamant (parfois) de la science, tentent en fait de se situer sur un marché de la souffrance parentale et enfantine – la logique de marché, cette boursouflure venimeuse, est en train de bouffer la civilisation de l’intérieur.  » (et j’ajouterais bien : si tant est qu’on puisse qualifier de « civilisé » notre mode de vie qui sacralise l’échange marchand et la consommation.)

          Je te propose une autre lecture qui abonde dans ton sens : c’est un vieil instit (parti à la retraite en 1996) du genre militant « pur et dur », disciple de Célestin Freinet qui l’écrit (je trouve juste qu’il aurait pu s’épargner d’écorner au passage quelques soit-disant gauchistes). Voilà, c’est par ici :
          http://education3.canalblog.com/archives/2018/05/26/36435473.html

          Je suis tombé sur ce blog au hasard d’une recherche avec le mot clé « parcours sup » et je trouve les écrits de Bernard Collot très pertinents même si ils sont parfois empreints d’une certaine naïveté un peu d’un autre temps. Mais bon …

          Répondre
  5. Merome
    Merome dit :

    Je continue de penser que Parcoursup n’est qu’un symptôme. Taper dessus n’a pas de sens. Les sélections au passage dans les études supérieures ne datent pas d’hier et ça empire. Parcoursup lui -même n’y change pas grand chose, sauf peut-être rend la chose plus visible.
    Au jeu des chaises musicales, le problème, ce n’est pas la musique, c’est qu’il manque des chaises.
    https://merome.net/blog/index.php?post/2018/05/24/Parcoursup-n-est-pas-le-probl%C3%A8me

    Répondre
  6. herve_02
    herve_02 dit :

    Je sens une telle haine de l’autre. C’en est désespérant.

    « ce qui, en substance ne veut pas dire grand chose de plus que le fait que chaque parent, pris individuellement, est plus au moins convaincu d’avoir chié Mozart et Einstein comprimés dans un seul petit corps parfait. »

    « Je leur chie tous-te-s à la gueule. Avec application. »

    Ils ont gagnés. Il ne reste que ruines, et dans ces ruines est organisée une guerre contre l’autre, contre le HP, contre l’homme, contre le moins pauvre, contre celui qui ne pense pas comme moi, contre celui que je n’adoube pas comme un des nôtres.

    Répondre
    • Boogie
      Boogie dit :

      C’est vrai que ça ne résiste pas à l’examen, « je vous chie à la gueule ». Haine de l’autre, n’exagérons rien, ça n’est qu’un mouvement d’humeur.
      D’ailleurs, dans le fond de ma réaction outrancière, il y a cet extrait d’une interview de Josef Schovanec, qui est loin par ailleurs de m’apparaître comme complètement antipathique, qui dit : « A votre avis, pourquoi Facebook a-t-il un logo bleu ? Parce que c’est la couleur de l’autisme ! Mark Zuckerberg fait partie de notre club, comme Bill Gates et comme la plupart des ingénieurs de la Silicon valley. Vous voyez : notre marginalité peut être profitable à la société. »

      Profitable à la société, les ingénieurs de la silicon valley ? Et les grandes entreprises capitalistes qui, de Israël au Canada en passant par l’Allemagne « s’arrachent » les personnes autistes comme le dit J.S (à « HP » bien entendu) ?
      Vous allez vite en besogne Hervé. L’humeur excessive a t-elle droit de cité dans les échanges ? J’ose espérer qu’on ait la possibilité de dépasser parfois les lignes policées de la « civilisation » – le dépassement des limites est la condition de leur existence, après tout.

      Répondre
  7. herve_02
    herve_02 dit :

    @saxo

    Il faut avoir une foi irrépressible en l’espèce humaine et un angélisme bon enfant pour imaginer que l’on peut choisir librement d’être ou pas embrigadé par l’école. Ce serait comme affirmer que l’on peut choisir librement ou pas d’être maltraité par la maison poulaga.

    On peut se dire que l’accès aux études supérieures est avant tout conditionnée à l’acceptation de l’embrigadement. Livrets scolaires, réussite aux examens (l’économie hétérodoxe est très souvent mal notée), lettres de motivations, jugement sur la pertinence des choix.. Même l’entrée en master est soumis à l’acceptation suivant un dossier de recherche et une lettre de motiv. Ce serait comme si avoir réussi ses examens ne seraient pas suffisant.

    Bien entendu, il y a des poissons volants et des rebelles qui passent à travers des mailles du filet (aussi bien profs que élèves), de la même manière qu’il y a quelques poissons volants élus à l’assemblé (par exemple ruffin), mais la majorité n’est surtout apte qu’à nager dans le sens du courant.

    je dirais même plus, l’université, celle de parcours sup, mène rarement à des postes de commandement majeurs (je parle pas de profs hein ?) elle mène en grande partie au métier de prof (qui enseigne donc ce que d’autres profs lui ont enseigné – pas étonnant qu’il y ait peu de révoltés contre le système). Avec quelques belles histoires… moi, pauvre émigré dont le père est boucher (ou chômeurs) et ma mère illettrée à faire des ménages, je suis devenu prof au lieu de délinquant (à 1800 boules, le prof). Merci le système scolaire qui m’a sauvé de la rue. (et parfois de ma famille n’est-ce pas?)

    Les postes de commandement sont réservés à une forme d’élite politique et sociale dont la populace « qui chie des môme » (faut être sacrément attaqué pour parler comme cela) est très largement écartée.

    La mission première d’un prof est de faire se reproduire le système qui l’a accouché (chié ?). Il y a un exemple parfait ici http://laviemoderne.net/mirabilia/175-les-nouvelles-technologies-en-guerre-contre-nos-enfants , un prof qui traduit un article qui conchie les nouvelles technos. Alors que ce que dit l’article c’est que les nouvelles technos remplacent le réel pour créer du bonheur (ou un semblant de bonheur). Ce prof en question valide l’idée que la nouvelle techno est mauvaise et pas que c’est le monde qui l’est. Ainsi cela ne lui pose pas de problème que le monde est tel qu’il est. Ce qui n’est pas étonnant parce que son travail est de lui permettre de se reproduire. Parce que qu’il dit est la vérité, forcément c’est lui le prof.

    L’école, dans son ensemble et sa grande majorité est de l’abrutissement de masse camouflé dans des apprentissages (je ne sais pas si cela est volontaire ou pas – je dirais volontaire de l’institution et non volontaire du prof pris individuellement) et la fabrication de machine à bien réfléchir. La machine à voter macron et huer le FN. La machine à conchier le SDF ou le chômeurs qui est quand même responsable de ce qui lui arrive. L’économie dans sa forme la plus libérale est ce qui est enseigné avec la gravure dans le marbre que TINA. Lire le billet de lordon sur le film « en guerre »
    ‘C’est insupportable, car ce que montre le film, c’est la force d’un ordre institutionnel capable de se donner raison à lui-même, un ordre qui mure portes et fenêtres, qui bouche toutes les issues pour ne laisser subsister que sa vérité.’

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    • saxo
      saxo dit :

      Mmm, Hervé…

      J’ai certes foi en l’être humain, et je suis peut-être, sûrement même, d’un angélisme candide.

      Mais comme je l’ai dit à d’autres moments ici même, je pense que lorsqu’on offre la lecture, l’écriture, les maths, le dessin, l’histoire, la géo, le sport, la poésie, la biologie, la musique, la techno et que sais-je encore à des enfants, si ceux-ci ont été nourri à l’amour de la connaissance et au sens critique, ils se feront un plaisir d’en bouffer un maximum et de se développer eux même ainsi que leur discernement.
      Tout le problème est que l’école n’est pas vendue comme un havre de savoir et d’émancipation, mais comme un outil de sélection (à titre personnel, je ne l’ai jamais prise comme ça durant toute ma scolarité).
      A nous, citoyens, parents, de lui redonner ses lettres de noblesse, plutôt que de la fustiger. Il faut se battre au côtés de ceux qui veulent diffuser des outils de savoir, des outils de pensée.

      Pour ce qui est des études supérieures, lorsque je réfléchissais à la théorie des ensembles, ou encore aux géométries non euclidiennes en maîtrise de math, je goûtais une esthétique cognitive qui n’avais rien à voir avec les machines à haïr le FN ou à voter Macron. Il ne faut pas tout confondre. Et c’est encore le cas aujourd’hui.

      En fait, quand tu dis  » la majorité n’est surtout apte qu’à nager dans le sens du courant « , tu renonces à croire en quoi que ce soit. tu considères l’humanité comme le font les macro-économistes qui refusent de penser que les individus sont des individus à par entière avec leur esprit critique et qu’ils se conforment à des lois. Ce que je me refuse à penser parce que sinon, tout espoir de changement est illusoire.

      Après, institutionnellement, je ne peux que te donner raison. (la fin de ton propos est très pertinent). Mais faire reposer toute la responsabilité de l’endoctrinement liberalo-capitalisto-croissanço-consumériste sur les épaules de l’école, c’est à mon sens se gourer totalement d’adversaire…

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      • Boogie
        Boogie dit :

        Le fond de l’affaire, à mon sens, c’est « la question sociale » telle qu’elle était posée à la fin du XIXème siècle, soit : comment réduire l’écart (le fossé ? La faille géologique ?) entre les conditions de la vie quotidienne de la majorité des humains et les conditions nécessaires à l’exercice d’une citoyenneté ?

        Tout est là, et la question scolaire est entièrement prise dedans.

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      • herve_02
        herve_02 dit :

        Bien entendu, @saxo je comprends et entends ton propos. Maintenant, tu sembles avoir fait des études mathématiques. Alors parlons des stats, des probas et des grands nombres.

        Mettons 5000 personnes dans un cursus qui apprend que le marché (par la loi de l’offre et de la demande) est le plus à même de résoudre les problématiques complexes d’allocation des ressources. Et que les acteurs individuellement cherchent à maximiser leur profit/bonheur/réussite…. whatyouwant.

        Il faudrait faire une étude de sortie, mais je dirais que 80% (paresse intellectuelle des 80/20) vont avoir le sentiment que le marché est le plus apte à le faire et que la société va évoluer dans le bon sens (même si quelques frictions et probablement quelques ‘déchets’) – on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs, proverbes de mangeur d’omelettes et pas proverbe oeufs.

        Prenant individuellement chaque individu avec son vécu et ses aspirations on ne peut pas dire qu’il pensera comme tout le monde et que oui il pourra devenir un trotskiste révolutionnaire cherchant l’avènement du communisme), mais nous aurons 4000 personnes qui le penseront et 1000 qui ne le penseront pas.

        Maintenant réfléchissons au niveau suivant (par exemple pour entrer en master) sur les 4000 qui pensent ‘bien’ quelle proportion va entrer dans le cursus supérieur et quelle proportion des 1000 va y entrer. Si nous avons la même proportion dans les 2 camps, je veux bien relativiser mon jugement, mais je ne le crois pas. La proportion au niveau 2 fera que probablement 90% (paresse de chiffres) sera orthodoxe. Et idem 95% au niveau 3 etc.

        Je suis d’accord que cela ne veut pas dire qu’individuellement ton cursus fera de toi un petit macron en puissance, mais que sur une classe d’age, tu sors globalement des petits macrons, en quantité suffisante pour que le système perdure. Je te rassure je ne dis pas qu’il ne reste que le suicide collectif parce que l’humain reste humain et PEUT ressentir de la compassion (ou autres trucs) pour l’autre. Ainsi, je vois, avec mes enfants (‘élevés’ par leur mère plutôt babacool et ‘en marge’ – relativement – du système), qu’ils sont d’accord pour placer l’humain au centre. On peut alors penser qu’ils ont renversé la table ; mais dès que tu abordes la question des structures, ils rentrent dans le rang et défende la structure actuelle de la société car même s’il y a des oeufs écrasés, c’est moins pire que si c’était autrement. Refusant même de passer une semaine dans une ‘utopie’ parce que « les bitnicks les énerve ».
        Ils sont dans le camp de « renverser le système de l’intérieur », donc dans le camp su système. Pur produit du système qui a intégré dans son ‘programme’ la notion d’injustice que l’on peut combattre de l’intérieur. Laissant un os à ronger à l’ennemi de l’intérieur, os qui n’est pas un danger.

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      • herve_02
        herve_02 dit :

        @saxo en marGe du troll.

        Il n’est pas besoin d’école pour découvrir la lecture, la géographie, les math, l’histoire et la beauté de l’épopée humaine.
        Les 2 choses les plus complexe à apprendre (la parole et la marche) se font tout seul sans école.

        Je pense qu’il serait bien de lire des ouvrages de Tom Gordon afin de relativiser l’apport de l’école dans le développement de l’individu et de pouvoir sortir du dogme de l’école qui émancipe.

        (ce qui ne veux pas dire que TOUS les profs et instits sont des collabos, ni que l’école ne peut rien apporter à personne). Elle peut être un mal nécessaire pour certains.

        Elle pourrait faire bien mieux, mais structurellement ne le VEUT PAS. Structurellement est fabrique du soldat obéissant. Tous le cursus est fait pour cela. L’obéissance est la force première des armées.

        Répondre
        • Boogie
          Boogie dit :

          Je sens une telle haine de l’autre. C’en est désespérant.

          « en marGe du troll »

          Ils ont gagnés. Il ne reste que ruines, et dans ces ruines est organisée une guerre contre l’autre, contre le soit-disant troll, contre l’homme, contre l’instituteur de l’école qui ne veut pas faire mieux, contre celui qui ne pense pas comme moi, contre celui que je n’adoube pas comme un des nôtres.

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  8. Exec T
    Exec T dit :

    Votre billet est très instructif.
    L’idée que les plus « inclus » favorisent leurs enfants n’est pas nouvelle, « Tel père tel fils » de C. Thélot et les travaux de Bourdieu montrent bien que nous (parents) souhaitons que nos enfants ne fassent pas moins bien que nous. Une fois l’ascenseur social pris par un des membres de la famille, il est impératif soit de grimper lus haut soit de ne pas déchoir. La question du déclassement social et de la déchéance est à mon sens centrale dans cette optique.

    Alors l’on peut choisir de lutter tout en sachant que l’issue est vaine dans l’état actuel des choses ou bien de faire un pas d côté c’est à dire embrasse une formation qui nécessite une grande intelligence et une maitrise gestuelle importants (ébéniste, cuisinier..) La mécanisation du monde va mettre au chômage nombre de ces « cadres sup » et autres managers. pas tout de suite bien sûr mais dans les 30 ans qui viennent…
    Avez vous lu « le pianiste déchainé »? C’est un peu daté mais assez juste.

    La matrice laisse toujours des interstices, il faut les exploiter.

    Répondre
  9. Chris
    Chris dit :

    « La France est un produit de son école, et non l’inverse. Nous vivons dans un pays excessivement scolaire, où l’on se souvient du passage du bac comme d’un moment marquant de la vie. Où des retraités vous parlent encore de leur échec, quarante ans plus tôt, à tel ou tel examen, et combien cela a grevé toute leur carrière, toute leur vie. L’école de la République a formé depuis un siècle et demi un type de subjectivités étatisées, reconnaissables entre toutes. Des gens qui acceptent la sélection et la compétition à condition que les chances soient égales. Qui attendent de la vie que chacun y soit récompensé comme dans un concours, selon son mérite. Qui demandent toujours la permission avant de prendre. Qui respectent mutuellement la culture, les règlements et les premiers de la classe. Même leur attachement à leurs grands intellectuels critiques et leur rejet du capitalisme sont empreints de cet amour de l’école. C’est cette construction étatique des subjectivités qui s’effondre chaque jour un peu plus avec la décadence de l’institution scolaire. La réapparition, depuis vingt ans, de l’école et de la culture de la rue en concurrence de l’école de la République et de sa culture en carton est le plus profond traumatisme que subit actuellement l’universalisme français. Sur ce point, la droite la plus extrême se réconcilie par avance avec la gauche la plus virulente. Le seul nom de Jules Ferry, ministre de Thiers durant l’écrasement de la Commune et théoricien de la colonisation, devrait pourtant suffire à nous rendre suspecte cette institution. » (Comité invisible)

    Répondre
  10. saxo
    saxo dit :

    Parcousup, c’est comme les radars automatiques.

    On remplace l’homme par une machine pour lutter contre l’arbitraire, en postulant que la machine n’étant pas dotée de préjugés, fera mieux que l’être humain (qui lui, est fondamentalement injuste à cause de ses biais).

    Ca n’a pas grand sens et c’est parfaitement totalitaire.
    Evidemment.

    – déjà l’algorithme pondu souffre des biais des personnes qui l’ont pondu (et des contraintes auxquelles ils ont été soumis).
    – Par nature, il ne supporte pas la contestation…
    – Il impose des choix injustifiables, le code n’ayant même pas été rendu public.
    – Il déshumanise pur et simplement l’orientation…
    – Il ajoute encore un peu plus l’étiquette « sélection/compétition » sur l’orientation de gens dont toute la motivation devrait-être de s’enrichir (et non de lutter les uns contre les autres).

    On a un peu l’impression de sombrer dans un délire scientiste, où, puisque l’humain est faillible, on s’en remet aux machines, qui elles ne souffrent (soit-disant) pas de biais psychologiques, pour s’auto-sanctionner.

    C’est un gros délire qui cache une autre vérité. Celle d’un pouvoir qui cherche une légitimité qu’il n’a plus.
    C’est en plus un détournement flagrant d’attention de l’objet principal du débat. La qualité de l’enseignement, et les moyens mis a dispositions pour satisfaire les besoins des élèves et étudiants. La réadaptation du système scolaire.

    Ce n’est évidemment pas en renforçant les outils de sélection qu’on mènera notre jeunesse à s’intéresser à la connaissance, et à s’émanciper.

    Note,
    J’ai bien aimé les suggestions de Boogie en matière d’éducation (– le renoncement à la progression simultanée
    – le renoncement à l’organisation par classe d’âge ).

    Je ne suis pas sûr que ça puisse fonctionner, mais c’est une piste intéressante.
    Encore deux petites choses.
    à Hervé
    « Il n’est pas besoin d’école pour découvrir la lecture, la géographie, les math, l’histoire et la beauté de l’épopée humaine. »
    Sûrement.
    Mais plus tôt tu fais ces rencontres dans l’existence, plus tu vas pouvoir les développer. L’école sert, en premier lieu, à te les faire découvrir…
    Celà n’enlève rien à tous ceux qui auront procédé autrement.
    Mais l’absence d’accès/de sollicitation au savoir a privé des siècles durant la majeure partie de l’humanité de porte spirituelle autre que la religion (qui s’est bien frottée les mains). L’école a commencé à palier au problème. Améliorons la.
    Dans la même veine, il est des esprits qui se font tous seuls, d’autres qui apprennent en lisant, d’autres en écoutant, d’autres encore en faisant. L’école peut avoir vocation à répondre à tous. L’absence d’école, à certains seulement.

    Pour finir.
    Le problème est bien plus profond que la structure institutionnelle de l’école. Il est dans la valorisation même du savoir. Dans l’investissement que mettent les parents et éducateurs à transmettre l’amour de la connaissance du travail et de l’esprit critique à leur progéniture dès la première année de leur vie…
    Je discutais avec un pote instit, il y a pas longtemps, désarçonné de voir arriver des mômes nantis de quelques centaines de mots de vocabulaire à peine à l’entrée au CP. Dès lors, le fossé entre les uns et les autres ne fera que se creuser dans notre école telle qu’elle est conçue…

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    • herve_02
      herve_02 dit :

      @saxo c’est l’exemple parfait de ce que j’explique.

      Tu prends des cas particuliers pour lesquels l’école est bénéfique et tu l’extrapoles à tous. Oui l’école apporte des tonnes de choses. Et oui certains ont un déficit culturel à cause de leur milieu socio-culturel. MAIS est-ce que CETTE école là est la réponse ?

      Parce que postulons que nous parlons de la même chose. Nous parlons de l’EN réel, et pas de celle fantasmée de ce qu’elle pourrait l’être. Nous parlons de l’EN qui lorsque tu vas te plaindre que ton gosse est harcelé d’abord te dit qu’il ment, puis qu’il n’a qu’à se débrouiller tout seul ?
      Nous parlons de l’EN qui face à un gamin dissipé te le cloque dès la maternelle dans des structures pour gamins avec handicaps ?
      Nous parlons de cette même EN qui à 17 ans, à encore 30% des jeunes qui ont des soucis de LECTURE ?

      Je suis désolé, mais CETTE EN n’a aucune leçon à nous donner et sauf problématique socio-culturelle n’apporte pas assez pour contre-balancer le conformisme qu’elle inculque de force et insidieusement à une classe de moutons.
      D’ailleurs il y a même un effet multiplicateur. L’école du 93 la mieux dotée à moins de moyens que l’école paris intra muros la moins dotée. Ainsi non seulement elle n’apporte pas une vraie réponse, mais elle accentue structurellement l’inégalité. Ce n’est pas une question des parents qui peuvent choisir ou pas, mais de l’institution même qui décide de discriminer.

      Je suis, comme boogie (vexé que je ne sois pas d’accord avec lui) demandeur d’une école reconstruite de zéro. Pas de matières, pas de programme particulier, pas de classe d’ages, pas d’ostracisation des enfants différents, plus de latitude pour les profs, obligations de moyens…

      Répondre
      • saxo
        saxo dit :

        Hervé :
        « c’est l’exemple parfait de ce que j’explique. »
        De quoi parles-tu?

        « Tu prends des cas particuliers pour lesquels l’école est bénéfique et tu l’extrapoles à tous. »
        Où ça? Je n’ai pas fais ça. Relis moi bien.

        A l’inverse, je dis qu’une école bien faite peut profiter à tous alors que pas d’école du tout ne profite qu’à certains.

        « MAIS est-ce que CETTE école là est la réponse ? »
        Ma réponse est non, ou précisément pour rappel : « le fossé entre les uns et les autres ne fera que se creuser dans notre école telle qu’elle est conçue »

        Grosso modo, je suis d’accord avec toi. C’est d’ailleurs l’objet de tout mon post ci dessus.
        A une différence près. Plutôt que de fustiger l’école, je la défends…

        Non, je ne crois pas que l’éducation nationale dans sa forme actuelle remplisse les missions qui lui sont assignées.
        Par manque de moyens, structurellement dans ses formes d’apprentissage, par sa méthode pédagogique qui loin d’être universelle en décroche le plus grand nombre, par la sélection qui s’y opère… Par la mise en compétition entre les élèves. Par l’imposition d’un savoir dogmatique inculqué de façon hiérarchique (ou du moins vécu comme tel).
        Non, l’éducation nationale actuelle nage en plein paradoxe entre ses missions d’émancipation et les résultats qu’elle obtient, et oui, je suis entièrement d’accord, il faut la restructurer, la repenser, la sortir du carcan consumériste/compétition.

        C’est d’ailleurs ce que je disais ci dessus :  » l’objet principal du débat. La qualité de l’enseignement, et les moyens mis a dispositions pour satisfaire les besoins des élèves et étudiants. La réadaptation du système scolaire. »

        Maintenant Je défends l’école, oui. Quels que soient tous ses défauts, je défends ce lieu où de façon précoce, tous les plus jeunes sont amenés à rencontrer un panel de savoirs, d’arts et de leurs semblables qui peut leur permettre (s’ils en saisissent la clef) de s’élever.

        Je défends les missions qui lui sont assignées. Je défends son existence, même si je suis d’accord sur la nécessaire révision de sa forme actuelle.

        « une école reconstruite de zéro. Pas de matières, pas de programme particulier, pas de classe d’ages, pas d’ostracisation des enfants différents, plus de latitude pour les profs, obligations de moyens… »

        Je suis moins catégorique. Mais ok.

        Je n’ai rien contre les matières, à partir du moment où elles sont présentées comme un tout. Pour les programmes, il y a certains ordres à respecter (difficile de résoudre une équation, si on ne sait pas compter).
        Pour les classes d’âge… là encore, les savoirs qu’on acquiert avant dix ans deviennent – quasi – réflexes. Encourager l’écoute musicale, la lecture, le raisonnement contradictoire en bas âge (entre autres), c’est donner des armes cognitives qui permettront de se confronter à tout ensuite.
        Il y a une différence fondamentale entre solliciter et imposer. La sollicitation doit être proposée à toustes et le plus tôt possible. (Parenthèse ici, certains arts et savoirs doivent être initiés très tôt pour avoir une chance d’être maîtrisés un jour. Il en va ainsi pour la musique, la danse ou encore le sport. Et les enfants qui ne seront ni sollicités ni soutenus dès le plus jeune âge dans ces domaines, ne pourront plus – à de très rares exceptions près – en faire leur domaine d’activité).
        L’ostracisation, c’est une évidence. Il faut prendre les gens comme ils sont. Pas les regarder comme appartenant à une catégorie. Les catégories n’existent pas, elles dénaturent les humains. Tout au plus peut-on parler de traits/points communs entre certaines caractéristiques des personnes.

        Donc, Oui je suis pour l’école, pour sa refondation aussi. Pour lui redonner sa légitimité. Pour qu’on y mette les moyens pour qu’elle atteigne ses objectifs plutôt que d’utiliser l’argent de nos impôts à fabriquer de bombes qu’on envoie sur la Syrie ou le Yemen… (mais là je m’égare 😉 ).

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      • Boogie
        Boogie dit :

        @ qui veut lire, après avoir lu les messages de Saxo puis de Hervé_02

        En premier lieu, je veux dire que j’aime la contradiction, et que votre réaction initiale sur la vulgarité agressive de ma phrase mettant en scène de manière imagée des fèces se déployant sur des faces était beaucoup plus pertinente et juste que la dite-phrase, qui dépassait de partout, c’est évident, et qui desservait même le propos liminaire.

        En second lieu, maintenant que, je l’espère, j’ai désamorcé au mieux l’idée que je vous poursuivrais par vexation, je veux pointer un biais dans votre raisonnement en réponse à Saxo, Hervé.

        Vous écrivez :
        « @saxo […] Tu prends des cas particuliers pour lesquels l’école est bénéfique et tu l’extrapoles à tous ».

        Ensuite, vous ajoutez :

        « Nous parlons de l’EN qui lorsque tu vas te plaindre que ton gosse est harcelé d’abord te dit qu’il ment, puis qu’il n’a qu’à se débrouiller tout seul ?
        Nous parlons de l’EN qui face à un gamin dissipé te le cloque dès la maternelle dans des structures pour gamins avec handicaps ? »

        Si je ne m’abuse, vous faite précisément ce que vous reprochez à Saxo de faire, soit d’extrapoler à partir de cas particuliers.

        En fait, je pense qu’il faut distinguer, un peu comme le « pays légal » et le « pays réel » :
        – « l’école légale », soit ce qu’on peut nommer « l’Education Nationale », avec son histoire institutionnelle, juridique et politique et dont la fonction sociale première était d’une part de mettre fin au « siècle des révolutions » (ça a très bien marché, plus de soulèvements majeurs après 1882), et d’autre part de « remplir » la tête des paysans futurs ouvriers (je ne parle des femmes) d’un minimum d’instruction nécessaire à l’occupation de poste de travail dans les usines. Cette « école légale », incarnée par le ministère et son administration. Le parcours institutionnel de Blanquer est intéressant d’ailleurs, il est l’ancien directeur de la DGESCO, il est un pur produit de cette école légale, ce qui n’était pas le cas de la plupart des ministres précédent-e-s.

        – « l’école réelle », soit l’ensemble des convictions en acte, des fantasmes et des désirs des enseignant-e-s dans le quotidien de leur travail – ce premier ensemble ayant un effet sur la réalité quotidienne de l’école (tou-t-e-s ne répondront pas à un parent d’enfant harcelé qu’il doit se débrouiller tout-e seul-e !). Il y a aussi, et c’est une conséquence, l’ensemble des appropriation (ou non) des marges de manœuvre que laissent tout règlement et cadre juridique dans l’exercice d’une fonction. L’école réelle est certes contenue dans le cadre de l’école légale, mais elle est beaucoup plus diverse et variée qu’on peut le penser à partir, au choix, de la lecture des circulaires et de l’écoute des discours cognitivo-martiaux du ministre, ou d’un point de vue dans l’espace social où l’école réelle se confond avec l’école légale, par conformisme ou adhésion enseignant-e, ou parce que les désirs de travail sont morts sous les coups des conditions de travail.

        Il est assez évident que le poids de l’école légale sur l’école réelle a tendance aujourd’hui à être de plus en plus lourd, et que la première affirme de plus en plus crânement et explicitement à rabattre sa logique et sa nature sur l’autre, et à l’écraser – ce qui n’est ni plus ni moins qu’une tendance totalitaire, qu’on peut avec euphémisme, si on veut éviter d’user de ce mot dont, personnellement, je revendique la pertinence de l’usage aujourd’hui, nommer plutôt « une mise au pas », comme le font certain-e-s observateur-trice-s.

        Ensuite, je veux dire autre chose, à partir de l’accord que vous énoncez Hervé sur le désir de « reconstruire de zéro ».

        Je me dis, à la suite de nombreux-ses camarades, « instituteur », et non pas « professeur des écoles », préférant instituer que professer. Je travaille en référence à un mouvement pédagogique qui a combiné du Freinet, du Freud et du Marx, soit une façon d’organiser un collectif réuni pour vivre ensemble et apprendre qui prend en compte les démarches actives en éducation (qui n’oublient pas le corps, la praxis, les élans singuliers, qui articule très finement singularités et collectif), qui prend en compte l’inconscient (et en particulier celui de l’instituteur-trice) et qui prend en compte la notion de pouvoir et de domination (on pourrait dire qu’il s’agit d’une pédagogie qui en premier lieu refuse la toute-puissance adulte et s’efforce de donner le pouvoir au groupe).

        Dans l’école réelle, il y a des instituteur-trice-s qui travaillent, s’efforcent de travailler avec les enfants sur ces bases-là. Je ne vais pas développer mais ces bases, la pédagogie institutionnelle, existent en vrai, dans certains endroits. Des classes Freinet existent aussi, et ces lieux sont des lieux où l’oppression adulte est incessamment travaillée à être réduite au maximum, où il est souvent possible, pour reprendre un de vos exemples, qu’un enfant « turbulent » trouve sa place (parce qu’on lui laisse, aussi) sans être envoyé en ITEP (les anciens « instituts de rééducation ») en passant par la case « handicap ».

        Bon, voilà, je plaide pour un peu de nuance et de différenciation quand on parle de l’école.

        Si on veut s’attacher à un élan quantophrénique on pourra, avec raison je le précise car je ne suis pas, loin de là, systématiquement contre les mesures traduites en nombre, on pourra dire : oui, mais ça ne compte presque pas tellement ces lieux ne sont pas nombreux. Là, on ouvre un autre débat. Le fait principal est qu’ils existent, et qu’on commet à mon sens une erreur quand on rabat l’école légale sur l’école réelle quand on produit un discours critique sur l’école.

        Enfin, je veux terminer en parlant de ce mot, « école ». « Skolè », en grec, qui signifie « temps de loisir », temps social de suspension des contraintes quotidiennes, soit : travailler pour se nourrir, se loger, s’habiller, etc.. C’est à dire des activités réservées aux 400 000 esclaves de l’Athènes antique (IIIème siècle avant JC) pendant que les 10 000 citoyens pouvaient réfléchir au sens de la vie et prendre des décisions pour toute la cité).

        On voit bien quelle réalité sociale est inscrite dans ce mot… et que si les fonctions sociales originelles des institutions sont le plus souvent atténuées voire en partie désamorcées, il n’est jamais gagné qu’elles ne reviennent pas sur le devant de la scène et des projets – bienvenue dans l’école légale de Blanquer et Macron.

        Je vais conclure en disant que travailler à ce qu’un groupe d’enfants vivent ensemble en garantissant à chacun-e une sécurité physique et psychique est la base du métier. En pédagogie institutionnelle, on différencie lois et règles, il n’y a pas des règlements interminables écrits à l’avance par des adultes apeurés de rencontrer des problèmes et qui exigent des signatures définies comme autant d’engagements intenables par les enfants. Non, les règles sont décidées par le conseil de la classe, au fur et à mesure des problèmes rencontrés. L’élaboration des règles de la classe obéit elle-même à une seule règle : elle ne saurait être contraire aux lois.

        Les lois, elles, qui sont un peu l’équivalent d’une constitution dans un état de droit, sont peu nombreuses : on ne se tape pas, on ne se moque pas, on demande la parole, on écoute celui qui parle.

        Chacun-e a intérêt à ce que les lois entrent dans la peau des membres du groupe, parce que tout le monde veut se sentir en sécurité, écouté.

        Bref, quand quelque chose comme une incorporation majoritaire de ces lois est établie dans la classe, les désirs de savoirs, de fabriquer, d’assembler, de questionner, peuvent se déployer. Et si certain-e-s sont à la traîne dans le respect des lois, le groupe aide, les plus grands aide les plus petits.

        Il est certain que les structures imposées par l’école légale détermine en partie les possibilités pour les désirs individuels et collectifs qui rendent l’école réelle pas trop poucrave partout de se déployer.
        Il est certain qu’aujourd’hui, ces structures sont telles qu’il devient difficile de travailler comme ça. Il faut avoir de la guerrière, du guerrier, il faut avoir des convictions fortement ancrées, une force de travail particulièrement importante, pour continuer à travailler comme ça, ou dans des directions homologues, c’est à dire humanistes, respectueuses du sujet.

        Comme disait à peu près Bourdieu dans les années 90, l’épuisement des forces sociales qui fournissent le carburant à tout ce que déploie « la main gauche de l’état » (éduquer, soigner, enseigner, accompagner, soutenir, etc.) n’est pas pour demain… mais c’est quand même un peu avancé depuis. Je songe par exemple à quitter mon métier, après 18 ans dans le secteur.

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        • herve_02
          herve_02 dit :

          Je lis avec plaisir votre commentaire. Non qu’il me conforte totalement dans mon choix/idée, mais parce qu’il est honnête.
          Comme je le dis à chaque fois dans mes commentaires (je devrais le mettre en gras) je ne parle pas d’individus, de profs, d’instits. D’abord parce que je ne connais pas tout le monde dans le monde et parce que le but n’est pas de stigmatiser l’un ou l’autre (sauf pathologie, et il y en a) les gens (et les profs de la même manière) font avec ce qu’ils ont reçu et les injonctions qu’ils recoivent. Leur pass(é/if) leurs expériences, leurs bonheurs et traumatismes. Ainsi il serait stupide de parler individuellement. Ceci étant dit.

          On peut regarder avec la loi des grands nombres. Quelle est la probabilité qu’en 11 ans de cursus scolaire, mon enfant ne se trouve jamais confronté à une situation inacceptable (même du point de vue de l’école légale) par exemple harcèlement (de profs ou d’élèves), dénigrement, rabaissement, humiliation. Bien entendu on peut penser qu’avec la résilience ce n’est pas important. on PEUT penser ou on VEUT penser ? Alors bien entendu on peut montrer l’exemple de tel ou tel profs qui fait ce qu’il peut avec les moyens qu’on lui donne, mais cela ne peut pas camoufler les autres.

          Je ne leur jette pas la pierre, ils font avec ce qu’ils ont, avec ce qu’ils sont (devenus) MAIS que fait l’institution légale ? que fait l’institution réelle ? Là est la question. Une très grande partie des familles qui se tournent vers l’ief, ce n’est même pas pour éviter d’en faire des moutons bêlants, juste de ne plus être harcelés. Des enfants fuguent et se suicident à cause de ce qui se passe à l’école (temps de loisir ?). Quels sont les plans d’actions mis véritablement en oeuvre ? quels changements ? globalement ? NADA

          Alors, oui je peux entendre (et comprendre) que dans certains cas de familles vraiment maltraitantes, l’école le sera moins. Que dans le cas de famille vraiment pauvres (culturellement, socialement et fiscalement) l’école ne peut qu’apporter mieux… Mais est-ce l’objectif à atteindre faire moins mal ?

          Parce qu’en plus de l »école légale et l’école réelle, il y a l’école concept.Ce que l’on érige lorsque l »on va chercher dans l’histoire quel est l’objectif. L’école de Condorcet. On pourrait écouter les 2 conférences de franck Lepage, incultures 1&2 pour bien comprendre de quoi on parle.

          Je ne rejette pas l’idée de l’école, je rejette CETTE école. Et je ne crois pas au changement de l’intérieur. Tant qu’elle ne sera pas en danger, elle ne se reformera pas et broiera élèves et professeurs qui sortent du rang.

          C’est étonnant de défendre l’école et vouloir la quitter. Dissonance cognitive ?

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      • saxo
        saxo dit :

        Merci Laurent, pour cette rectif, et désolé d’avoir dit le contraire.
        Ceci dit le code est peut-être public, ses choix restent injustifiables… Qui le comprend?

        Répondre
          • herve_02
            herve_02 dit :

            Oui, on revient à la question des grands nombres. Comment gérer à la main des centaines de dossiers ? Même comment ordonner/classer/discriminer intellectuellement ces centaines de dossiers. Comment en tant qu’humain arriver à gérer autant d’information et organiser un classement avec des choses autant disparates que la motivation, la distance, l’origine, les notes…

            Le choix de le donner à un algo résulte de la même problématique que décider d’accorder un crédit revolving aux milliers de personnes qui le demande. On décide de poser des critères pour décider. De la même manière que l’on pose des critères pour juger du comportement d’une personne, de son habillement, son attitude, de son discours… même pour le recrutement, les notes de thèses, de disserts… Et naturellement les critères qui sont valable pour les grands nombres, ne le sont plus individuellement. Ce qui est dégueulasse, si on considère que l’école doit être la même pour tous, sur tout le territoire, de la même manière, c’est qu’il y a des critères locaux qui cassent cette égalité.

            On peut discuter des critères, on peut discuter de la mécanique. Ainsi on est passé du classement de ses choix (avec apb), qui fait que rapidement on peut donner un grand nombre de réponses puisque si tu as eu ton choix n, tous tes choix n+ sont redistribués. Et à chaque ‘calcul’, tu peux remonter dans tes préférences. Mais si tu as eu le 4, tu ne peux plus choisir le 5, il ne t’es plus dispo. Cela a coincé ma nièce qui aurais bien voulu son 3 mais qui avait eu son 2 et ne le voulait plus vraiment, son 1 n’ayant pas été dispo. Elle a fait un an de fac pour attendre et retenter le loto l’année d’après.

            Avec parcourssup il n’y a plus d’ordre et donc tu choisis de valider entre ceux qui te sont ouverts, ‘bloquant’ par la même ceux qui sont en attente. Conceptuellement parlant, c’est problématique à cause du délais que cela implique. Je n’ai pas de bonne solution.

            Pour le reste, je suis désolé du système. Mais ce n’est que le prolongement de ce qu’est l’école, par delà les envolées lyriques de l’émancipation, de l’acquisition de la citoyenneté, de sa naissance sociale, de l’accès à la culture. (l’objectif pratique de l’école n’a jamais été cela, juste une forme de contrôle social ou de préparation à la vie ouvrière). Effectivement pendant une courte période assez récente, nous avons eu un état de grâce qui n’a pas duré bien longtemps, mais nous revenons à la base : former des gens employables (elle le revendique ouvertement) à des métiers qui n’existeront plus. Lorsque je veux lancer un troll, il suffit de dire à un défenseur (prof en général) que l’école tente de former au monde de demain avec les outils d’hier et les concepts d’avant hier. j’ai été prof pendant 3 ans, hormis le contact avec les élèves je n’en garde que des mauvais souvenirs et j’avais la chance d’avoir une matière sans programme précis qui me laissait légalement toute latitude pour faire mes cours. Bon c’était plus de travail car je n’avais même pas un manuel.

            Nous observons une industrialisation de l’école, une rationalisation. De la même manière que le gvt ne veut pas voter contre les poules en cages, il ne veut pas voter contre les élèves en cages, cage de l’administratif au rabais. Alors on construit un algorithme qui décide et on permet de mettre un peu les critères que l’on veut.

            Ainsi pour le cas du malus de 1600 pour hors département, c’est de la politique du territoire : je préfère des gens de mon département à ceux des départements voisins. C’est peut être dégueulasse pour les autres. Mais si tu te mets à la place de ceux habitant le département, tu trouverais normal de ne pas donner pré-séance à ceux qui habitent ici, qui paient leurs impôts ici, qui ont leurs racines ici si tu n’as pas assez de place pour tous ? Parce que effectivement le 20 de moyenne extérieur passera après le 0 de moyenne intérieur. Mais cela n’arrive jamais, parce que s’il y a peu de place, cela se jouera entre le 17 extérieur contre le 15 intérieur. Et 2 points de moyenne entre 2 établissement différents cela ne veut pas dire grand chose. Même 2 points de différence au bac, ne veut pas dire grand chose sur la capacité à suivre un cursus. On sait que dans les filières comme celle là, la pression de sélection est tellement forte (peu de places, plein de demandes), il faut être meilleur que pour la filière générale. J’ai vu une fille redoubler sa 3ème dans l’école qu’elle visait pour son bac pro alors qu’elle avait son brevet et un moyenne de l’ordre de 15-16. Juste pour être bien placée pour la seconde. Ce n’était pas pour être chirurgienne, mais genre un truc avec des animaux.

            Lorsque l’on juge un truc, ici l’école, souvent on le défend tant qu’il ne nous a pas mis face à la réalité et que l’on a réussi à accepter le truc. Tant que bon gré mal gré on arrive à avancer, on trouve que c’est bien (même si pour les autres c’est la merde, on se concentre sur ce qui est bien pour s’auto-convaincre que l’on a fait le bon choix, une sorte de biais de confirmation), c’est lorsque l’on se heurte au mur que l’on devient critique.
            La question que l’on peut se poser alors, c’est lorsqu’un autre critique et que l’on défend, est-ce que l’on est pas en train de refuser de voir que d’autres se heurtent aux murs et qu’on n’accepte pas de le voir ?

            Défendre l’école parce que l’idée de l’école est bonne : allez le dire à une maman dont son enfant s’est suicidé à cause du harcèlement qu’il subissait à l’école. On peut tenter de l’écarter parce que c’est du pathos, il suffit de l’expliquer à la maman.

          • Agnès Maillard
            Agnès Maillard dit :

            La question de départ ne se pose pas, en fait, puisque que le problème a été créé de toutes pièces.
            Les facs et les écoles ont toujours très bien trié les centaines de dossiers qui arrivaient chaque année… avant qu’on leur rogne les crédits, qu’on ferme des postes et qu’on multiplie artificiellement par 10 ou par 100 les dossiers juste par la grâce des logiciels et surtout de la pénurie.

            Quand ça fonctionnait normalement, tu déposais 1, 3… 5 dossiers gros max, si vraiment tu visais des trucs assez fermés. Là, par peur de manquer, les jeunes ont demandé 10-20, voire 60 dossiers.
            Pas besoin d’être médaille Fields de mathématiques pour prédire ce qui est arrivé!

          • saxo
            saxo dit :

            Y’a un truc, Hervé ,
            Tu dis que l’objectif de l’école c’est de  » former des gens employables « .
            Admettons qu’elle l’écrive cyniquement noir sur blanc. Admettons même qu’un majorité de gens (moutons, si j’utilise ton vocabulaire) soient dupes.

            Alors déjà, elle ne remplit pas du tout son objectif… Elle est tout sauf conçue intelligemment pour ça, elle fait rigoureusement le contraire.
            Quel besoin de faire de l’histoire, d’aborder la littérature, d’apprendre à résoudre des équations complexes, ou encore de suivre des cours de musique, franchement? Quelle perte de temps!
            Si tu veux former des employables, ne les envoie pas à l’école. Envoie les directement dans les entreprises…

            Le pire de tout, c’est que c’est ce qu’une bonne partie de mes concitoyens veut (et croit). Combien de fois ai-je croisé des gens sûr que l’école allait leur fournir un travail (à eux ou à leur progéniture)?… (et pas d’école les en priverait).
            C’est simplement absurde.

            Dans les faits, combien ici ont un bouleau correspondant aux études qu’ils ont faites (en dehors des profs ?) comptez vous.

            Non, l’école ne sert pas à former des employables. Elle n’est structurellement pas faite pour – malgré tous ses biais.

          • herve_02
            herve_02 dit :

            @saxo

            Tu penses que ce qui est cherché pour un employé est avant tout sa capacité à planter un clou ? sérieusement ?

            Je pense que c’est sa capacité à se couler dans le moule sans remuer qui est le plus demandé. Maintenant il est évident que si c’était tellement évident, plus de gens le refuserait. Il faut donc l’englober dans un truc plus gros.

            On peut même se dire que si tu prends des enfants à 3 ans que tu les lâches à 18 ans (tu libères le parent pour qu’il produise et tu te substitues à eux pour l’éducation, évitant l’imprégnation familiale qui est mal, mais la remplaçant par l’imprégnation sociale wtf), il faut bien occuper les 15 ans et que effectivement il faut remplir. De plus géo, histoire, science… c’est aussi un moyen de faire passer une propagande. De créer une histoire nationale qui justifie ce que l’on fait aujourd’hui.

            Attention, je le répète, ce n’est pas monobloc et je n’accuse pas les profs d’être tous des vendus au système. J’accuse le système de rendre la vie très difficile, voire impossible, aux profs qui ne veulent pas être vendus. Ce qui fait qu’il n’en reste pas beaucoup qui sortent du rang.

            J’avais écouté, en attendant mon tour, le cours d’un prof d’histoire en classe STAV prod (de futurs agriculteurs) en parlant de la russie, il expliquait que c’était débile leur truc car les ouvriers ne possédaient rien, même pas un marteau. que le communisme était nul à cause de cela. À des fils d’agriculteur dont la fierté était d’avoir le plus gros tracteur. Cela faisait mouche à chaque fois, tu peux être sur qu’ils sont vaccinés contre toute forme de gauche. Pas un seul moment il n’a évoqué que c’était peut être excessif et que l’on pouvait faire la même chose avec une latitude pour une petite propriété, que les cuma (regroupement pour acheter des gros engins) c’était un peu la même chose, ou que de toute façon c’est la banque qui est propriétaire de leurs engins, ce qui est pire qu’appartenir à tous. Ce n’était que de l’histoire … mais pas que.

            La meilleur propagande n’est pas celle qui est frontale, c’est celle qui est insidieuse. Et l’école est insidieuse. Conceptuellement, parce que l’école légale , même sans le vouloir explicitement, VEUT reproduire le modèle sociale. Parce que de bonne foi, le prof pense que le modèle actuel est le bon et qu’il faut qu’il perdure (avec peut être quelques ajustements à la marge), et même toi qui pense que cela pourrait être pire ou que l’école est un mal nécessaire malgré ses travers et que c’est une chance.

            Pratiquement tout le monde place les avantages de l’école au dessus de ses inconvénients, et pratiquement tout le monde de bonne foi. Donc elle perdure. Et le système actuel perdure. Parce que l’école forme des gens pour le faire perdurer. Je ne parle même pas de cours d’économie.

            Et lorsque tu as 50 balais, que tu a fais tes expériences et que tu commence à douter, il y a la société pratiquement toute entière qui veut que cela ne change pas (sauf un peu à la marge)… la boucle est bouclée. Après tu arrives à 70-80 et ton cerveau à conceptuellement du mal à vouloir le changement. La boucle est bouclée.

            Alors oui l’école fait mal son travail, parce que tout simplement il n’y a pas de travail. comment former à ce qu’il n’y a pas ?
            Même les frites à macdo dans 10 ans se sera automatique : il y a déjà des distributeurs à pizzas chaudes. Les vieux on les met à 25 avec une aide soignante…
            quel travail salarié restera-t-il ?

            J’ai l’impression (mais je n’ai pas trop lu sur le sujet) que le rôle de l’école a commencé à être interrogé lorsqu’il y a commencé à ne plus avoir de travail à la sortie. Il ne restait donc plus rien à défendre.

          • Boogie
            Boogie dit :

            Hervé, vous êtes dans une forme de toute puissance. Vous « lancez » des trolls, « généralement des profs », pour « défendre l’école ». Votre propos est celui du « discours du maître » que décrivait Lacan : quelle ironie, vous qui, sans aucune nuance ni finesse, prétendez dans vos mots avoir la vérité grâce à la loi des grands nombres ! Vous semblez ne pas vraiment lire ce qu’écrivent les autres, en tout cas vous n’avez manifestement aucune intention de comprendre ce qu’ils et elles veulent signifier, vous êtes en mode « search and destroy ».

            Le discours du maître, c’est un discours sans trous, qui se donne comme complet, total, vous êtes tout à fait là-dedans. Vous avez classé ma participation aux échanges comme de la « défense de l’école », alors que j’ai juste modestement tenté d’introduire, à partir de ce que je connais intimement comme partie de la variété de ce qu’est l’EN en 2018, un trou ou à tout le moins une question de nuance dans l’étalage de vos certitudes, dont je partage quelques éléments.
            Mais vos cases et vos catégorisations, vos classements en somme, sont huilés comme une armure. Pas de rencontre vraiment possible.

          • saxo
            saxo dit :

            Boogie,
            Un peu d’accord avec toi .

            Mais depuis le temps que je pratique Hervé, je sais qu’il n’est pas sourd. Il est violemment remonté, ça c’est sûr. Et on n’est pas là pour émettre des avis sur nos interlocuteurs, mais sur ce qu’ils disent… Tant pis si, parfois on s’embarque dans des dialogues de sourds, ça nous indique nos limites. On arrive tout de même à faire valoir – au moins un peu – nos raisonnements et idées.
            A titre perso, je n’ai pas commenté ce que tu as dit. Je te trouves vachement pertinent.

            Hervé

            sur le fond :  » De plus géo, histoire, science… c’est aussi un moyen de faire passer une propagande. De créer une histoire nationale »

            Les sciences, la poésie, la musique, le sport… toutes ces matières ne sont pas intrinsèquement vérolées par le biais que tu dénonces.
            L’histoire, sûrement, mais là encore, aux profs (et beaucoup le font) de relativiser l’enseignement qu’ils en font et aux élèves de s’en instruire pour, si ça les intéresse, en faire une critique ensuite. Je lis le monde, et j’écoute france info pour me faire une idée de la propagande/information officielle. Ce ne veut en rien dire que je cautionne ce qui y est dit.

            En dehors de l’histoire, les sciences économiques sont elles aussi bien biaisées… Mais tu noteras qu’elle le sont tellement qu’elles font peur à nos politiques (Sarko tapait sur les profs d’éco, tant ceux ci amènent à réfléchir sur la pertinence du système).
            A part ça, Nada. l’endoctrinement, s’il y en a un, est dans la forme (compète, sélection) et non sur le fond des matières enseignées.

            On peut peut-être critiquer, pour le fond, l’uniformisation de la culture qui en résulte. Sûrement même.
            Mais lorsqu’on apprend comment faire sonner des textes en étudiant du Hugo, le but n’est pas d’endoctriner tous les élèves avec la pensée de Victor, mais de faire comprendre comment ont fait des maîtres pour faire sonner les mots. Le fond (de l’enseignement) est autrement plus important que la forme… Et tant pis (ou tant mieux) si, pour ça, on s’appuie sur un fond commun…

            Bref, je comprends ce que tu dis. Je partage même un peu ton point de vue (comme quoi, à force de venir sur le Blog d’Agnès, je deviens un peu cynique – et moins angélique et candide), mais très partiellement seulement.
            Si l’état voulais faire une école à enseignement totalitaire formatant des bons petits soldats de la république, elle pourrait objectivement faire nettement mieux (ou pire, c’est selon).

          • herve_02
            herve_02 dit :

            @boogie.

            Non, je ne suis pas dans la toute puissance, pas plus que vous ne l’êtes. À chaque fois que je relativise mon propos, vous vous concentrez sur ce que je ne relativise pas. Vous m’avez collé dans une case et cette case vous empêche de regarder ce que je dis. C’est éclairant dans vos réponses.

            Par exemple, lorsque je dis que le système ne veut pas changer, vous m’accusez de dénigrer les profs. Lorsque je dis que le système est inégalitaire et propagandiste (même si individuellement cela peut ne pas être vrai), vous m’accusez encore de ne pas regarder les individus.

            Vous remarquerez que je ne vous accuse pas de défendre l’institution qui vous nourrit, je ne vous renvoie jamais les questions que je trouve importantes et que vous écartez discrètement : allez défendre l’école devant la maman dont l’enfant s’est suicidé car harcelé à l’école et que l’équipe pédagogique n’a pas vu ou n’a pas voulu voir ou peut être à nié. je ne vous entend pas sur l’ief. (plein de profs font ief ! ! !)

            Je n’appuie pas sur le fait que vous voulez partir, montrant par la même que vous ne croyez plus à sa mission. Et que même individuellement vous ne pensez plus être capable d’assurer les missions de base

            Il y a un lien dans le billet de Monolecte qui montre que la france est la dernières (35ième) de l’ocde dans la classement de reproduction des inégalités. Je ne fais que dire cela. je donne mon avis. à moins que l’ocde soit également dans la toute puissance, à moins que ce soit un truc d’extrême gauche.

            je vais le mettre en gras, cela vous simplifiera la lecture.

            OUI L’ÉCOLE PEUT ÊTRE LE LIEU OU L’ON NAÎT À CE QUE NOUS SOMMES, MAIS PAS CETTE ÉCOLE, PAS COMME CELA. Même avec la toute bonne volonté de certains individus qui la compose.

            J’échange parfois avec des profs et ils me disent, à juste raison, donnez moi une classe de 15 élèves et je vous fais du montessori (enfin j’aime moyen) ou freinet ou toute autre pédagogie responsabilisant les enfants. OUI je pense sincérement qu’ils en sont capables, et je mettrais avec joie ma petite dernière dans CES classes de CES professeurs. MAIS où sont les classes de 15 ? Je connais une instit qui avait en cp une pédagogie de contrat, les enfants devait faire certaines choses dans la journée, peut importe quand, du moment que c’était fait. je ne vais pas détailler ici. Son inspecteur lui ‘interdisait’ de le faire et la notait mal, à tel point qu’elle pensait quitter si elle trouvait un travail ailleurs. OUI PLEIN DE PROFS SONT GÉNIAUX, mais on NE LES LAISSE PAS FAIRE.

            Dans mon bled, la gamine en face va à l’école et lorsqu’elle rentre chez elle, elle sent l’humidité. Pas sur que ce soit très santé-compatible. Le gamin d’un voisin, autre classe, est harcelé, bousculé et traité de fils de P*te, la maîtresse l’accuse d’être responsable. je ne pense pas que ce soit bon pour sa construction… Et je ne veux pas y mettre ma petite dernière.

            Voila ma toute puissance, des questions qui restent sans réponse. Et vos réponses est le dénigrement de ce que je suis, de ce que je dis, pas d’y répondre.

            Pas sur que cela fasse avancer le schimiliblick.

          • saxo
            saxo dit :

            Scuz’ Agnes, c’est pas ce que je voulais dire 🙂 .
            Mais j’admets qu’à discuter ici, j’infléchis certaines de mes positions par trop optimistes. Notamment sur la vision que j’ai pu avoir de l’école.
            C’est pas ton blog qui est cynique. C’est la réalité du monde.
            Toi, par les sujets que tu soulèves, ton oeil critique, ta révolte perpétuelle contre l’absurde, les intervenants que tu regroupes et les débats que tu suscites, tu fais un super boulot (et pas bouleau 😉 ). Sans parler de la qualité de ta plume.

          • saxo
            saxo dit :

            Hervé,
            Arrête (stp) avec l’utilisation des majuscules, on dirait que tu cries.

            L’école française produit des inégalités (et est très mal classée au classement de l’ocde). Oui. On pourrait discuter du classement de l’ocde, mais bon…
            C’est pas l’école dans son principe qui est en cause, c’est cette école.
            Ca aussi, non seulement le message est passé, mais je crois qu’on dit tous la même chose (plus ou moins – le moins virulent ça doit être moi).

            Maintenant, quand on te lit, on a l’impression que l’école française pousse les enfants au suicide, décérèbre les individus, est une machine à formater et à endoctriner et à former les citoyens à devenir des bons petits soldats du capitalisme. Que non seulement c’est son but, mais qu’en plus elle y arrive.

            Di-diou. On y est tous passés par cette école. Moi, j’ai pas l’impression qu’on ait les cerveaux si lavés que ça. Et me dis pas que c’était y’a trente ou quarante ans, parce que si ça a bougé, les bases sont restées les mêmes.
            Pour ce qui est du harcèlement, moi qui ai été bouc émissaire, j’ai deux choses à répondre.
            Le harcèlement, c’est pas l’oeuvre de l’école, mais des sociétés humaines.D’ailleurs, des harceleurs et des harcelés, je ne sais pas lesquels sont les plus à plaindre…
            C’est pas l’école de la république qui te met en position de fragilité suffisante pour te tuer quand t’es môme. C’est l’école de la vie. Et que tu la passes entre les murs d’un établissement scolaire, d’une cité d’une entreprise d’une communauté libertaire ou ce que tu veux, tu seras toujours confronté au monde extérieur et à l’absurde qu’il génère. Et tant mieux!
            Si tu veux épargner tes enfants, garde les auprès de toi, qu’ils ne voient rien n’entendent rien… Tu ne leur rendras pas service non plus. D’ailleurs, c’est pas dit qu’ils ne se tueront pas non plus. La dépression est une maladie qu’on n’attrape pas qu’à l’école.

            Ah oui, sur la loi des grands nombres… C’est pas parce que les gens (ont l’air d’) approuve(er)nt Macron, que l’école a bien fait son boulot de lavage de cerveau.
            A titre personnel, je ne me résignerai jamais à considérer mes citoyens comme des moutons parce qu’ils pensent différemment de moi.
            En premier lieu parce que je ne suis pas « tout puissant », justement. Je ne détiens aucune vérité, si ce n’est la mienne 😉 .

            Dans les choix politiques (réels) actuels, y’a pas grand chose qui puisse convenir au plus grand nombre, justement… Le conservatisme est une solution de facilité dans laquelle la majeure partie de la population s’engouffre tout en la critiquant, parce qu’elle ne connait rien d’autre, et qu’elle n’a ni la force, ni l’énergie pour vouloir construire autre chose activement.
            Et c’est pas la faute de l’école.

            Comme je le disais plus haut, tu te goures d’adversaire.
            Aidons l’école!

            A titre tout à fait personnel, je soutiens à fond la maitresse de ma fille (de 4 ans) dans tout ce qu’elle entreprend. Même si je ne suis pas d’accord, parce qu’une bonne éducation ne peut se nourrir que d’une confiance mutuelle… Tous les parents ne le font pas, et c’est dommageable.

  11. diogene
    diogene dit :

    bonjour,
    Je vais être un peu hors sujet .
    On supprime aussi les C I O (déjà largement incompétents de mon point de vue ). Quand on n’a pas de « capital culturel » à la maison , comment ne pas s’autocensurer en conscience ou par ignorance ? Comment éviter l’orientation professionnelle proposée par ces orientateurs trop facilement lorsque l’on vient d’un milieu modeste ? C’est du vécu .

    Répondre
    • Agnès Maillard
      Agnès Maillard dit :

      En fin de troisième, ma fille a opté pour une seconde spécifique qui correspond à son projet pro qu’elle cultive depuis le primaire. Déjà, fallait être au courant de cette filière très très particulière, mais bon, en errant longuement sur le site de l’ONISEP, j’ai fini par trouver ce truc qui correspondait à ses aspirations profondes. Le fait est qu’il s’agit de classes contingentées (très peu de places disponibles et pas partout) et qu’en gros, ce n’est pas très connu du monde enseignant et même des psychologues scolaires (le nouveau nom des CIO qui sentent bien arriver l’arnaque, effectivement!).
      Par exemple, dans mon académie, il y a 3 classes en tout, aucune dans mon département, bien sûr. D’ailleurs, mise à part les options de base, il n’y a pas grand chose dans mon département. Je suis frontalière avec une autre académie, plus riche et mieux dotée. Comme elle a déployé une classe par département, elle a collé 1600 points de malus à toutes les demandes hors département, sans autre considération. J’ai obtenu ces informations sur un document interne (entendre : pas à destination des péquins!). 1600 points, dans leur barème maison, c’est le maximum que points possible pour un élève qui a tout juste partout. Autrement dit, même avec 20/20 partout, ma gosse sera derrière le plus nul des candidat du département qui aurait 0 partout!

      J’ai fourni cette information à la directrice du collège de ma fille. En gros, c’est bien mon capital culturel qui a fait la différence, même si, pour les classes contingentée de l’académie à côté de chez nous, une ségrégation brutale et à peu près injustifiable est appliquée!

      Répondre
  12. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Toujours plus loin dans le foutage de gueule : les élèves ont reçu la consigne de leurs professeurs de ne pas utiliser l’appli mobile de Parcoursup parce qu’elle peut, entre autres joyeusetés, oublier tes validations, effacer tes vœux voire carrément te mettre démissionnaire. Bien sûr, ceux qui ont des profs moins consciencieux ou informés n’en savent rien!

    Si l’Académie de Versailles concède un problème de forme sur l’application, le ministère de l’Enseignement supérieur, lui, reste droit dans ses bottes et défend l’appli qu’il a mise au point : « Il n’y a pas de bug avec Parcoursup. Il n’y a pas de problème avec l’application mobile, nous assure-ton, un brin tendu. Lorsqu’il y a des bugs, le plus souvent, se sont des élèves qui font les erreurs ». « Tout va bien, insiste-t-on. Nous avons vérifié et re-vérifié. Il s’agit de cas isolés et nous nous tenons à disposition des candidats s’il y a le moindre problème ». Et les services de Frédérique Vidal d’assurer que ces problèmes de vœux et d’étudiants mécontents ont été réglés « aussi vite que possible ».

    Galère Parcoursup : et maintenant, l’appli qui fait disparaître les voeux !

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    • caro
      caro dit :

      Il faut savoir qu’on a demandé aux professeur.es principaux de terminale de saisir leur mail, et qu’on les a fortement incité.es à entrer aussi leur numéro de portable dans l’application. A chaque fois qu’un.e des élèves de la classe reçoit une proposition, il/elle reçoit un sms et/ou un mail. #droit_à_la_déconnexion…

      Répondre
    • smolski
      smolski dit :

      saxo : « Arrête Joël, l’école ne produit pas des marchandises. »
      C’est bizarre alors cette allocation spéciale à chaque rentrée des classes ?
      C’est pour acheter des carambar ? 😀

      L’enseignement dispensé est gratuit, pas l’école.
      Et comme l’école n’est pas gratuite c’est qu’elle est une entreprise de production de marchandises, comme l’est toute entreprise. Elle crée sa clientèle à travers les élèves qu’elle éduque.

      Pour le tarif des hautes écoles, celles qui comptent et permettent de se créer un réseau, je crois savoir que le prix est inabordable aux pauvres.

      La sélection scolaire par l’argent (et la disponibilité personnelle) est une évidence et qui dit monnaie… dit commerce.

      Répondre
  13. caro
    caro dit :

    Mais faut pas s’en faire, les commissions académiques d’accès à l’enseignement supérieur qui statueront sur l’avenir des candidat.es qui n’ont eu aucun projet d’affectation sont opérationnelles. Au rectorat de Créteil, on recrute du #vacataire pour les commissions académiques supposées aider les candidats recalés par Parcoursup. Les CO-PSY, en train de disparaître, apprécieront. Puisqu’on vous dit que tout avait été prévu ! D’après le tableau de bord de ce matin, on a en tout environ 60 000 candidats sur le carreau (en comptant seulement les démissionnaires et les refusés partout), dont 24 076 refusés. 6 284 candidats ont déjà saisi les fameuses commissions académiques. https://biep-recrute.talent-soft.com/offre-de-emploi/imprimer-fiche-emploi-gestionnaire-des-commissions-academiques-d-admission-dans-le-superieur-des-candidats-sans-proposition-_125068.aspx

    Répondre
  14. smolski
    smolski dit :

    Le statut de l’école est de nous vendre un produit et de le faire sur le principe du dumping : sans concertation ni alternative.
    De ce fait, comme l’indique précédemment herve, il y a là un formatage social qui n’est pas celui de la communauté réelle mais celui d’une oligarchie routinière dissimulée sous le régime de la méritocratie la plus abjecte.

    Répondre
    • saxo
      saxo dit :

      Le statut de l’école est de nous vendre un produit et de le faire sur le principe du dumping

      « vendre »
      L’école ne vend rien.

      « un produit »
      et encore moins un produit.

      « sur le principe du dumping »
      i.e. à moindre coût ? (je suis pas sûr)
      coût pour qui? pour l’Etat?

      p’tain diou, les amis, je veux pas me muer en « monsieur défense de l’école », y’a une vraie critique à faire mais le principe de l’école c’est pas ça.
      Lis les échanges plus haut Joël, et notamment ceux de Boogie, il dit pas mal de trucs et réflexions bien pertinentes qui ne s’arrêtent pas à ta mise en boîte en une phrase insensée (scuz)…

      (PS. y’a l’école institutionnelle théorisée par les « pour » – lieu d’enseignement et de savoir distribué gratuitement – celle théorisée par les contre – lieu de développement des inégalités, de formatage étatique. pis y’a la vraie école, celle de mon village, ou les mômes vont avec plaisir retrouver les copains et apprendre des trucs avec des enseignants qui les emmènent et qui ne sont ni des curés ni des soldats. Ca se passe bien et c’est cool. Et les mômes, tu verrais la mienne, sont loin d’être castrés dans leur esprit critique, bien au contraire, ils apprennent à le développer).

      Répondre
    • smolski
      smolski dit :

      saxo : « L’école ne vend rien. »
      Ah, c’est tout gratuit alors ?
      Il y a de la misère entretenue dans le système scolaire, même les allocs pour la rentrée sont en fait une gabegie ridicule face à la réalité des coûts supportés par les familles les plus pauvres.
      Et cela s’empire (mot choisi volontairement) au fur et à mesure de l’accession aux Savoirs jusqu’à la fabrication finale d’une élite coutumière.

      « et encore moins un produit. »
      Parce que ce que la personne qui sort du circuit scolaire n’est pas à priori un produit destiné à contenter les entreprises et les gouvernants en place ?

      « sur le principe du dumping »
      Sommes-nous concertés sur le contenu et l’usage que fait l’école publique de ses responsabilités dans le noyau de ses murs ?
      Où sont les votations corporatives déjà et aussi nationales pour instaurer parcours sup par exemple ?

      Répondre
    • saxo
      saxo dit :

      – Ah, c’est tout gratuit alors ?

      Bah, ça fait deux ans que j’ai mis ma fille en maternelle…
      Pour l’instant je paye rien, non. (si ce n’est la cantine, qui me revient moins cher que si je la faisais manger à la maison et qui diversifie les repas – et qui, à proprement parler, ne relève pas de l’école).

      Sûrement que quelques fournitures scolaires vont être exigées dans les années à venir, mais sûrement pas de quoi me mettre en faillite perso. des cahiers, des crayons et un sac, ça semble pas absurde à avoir quand on étudie, non? Une tenue de sport… je vais sur le bon coin ou au premier vide grenier/braderie venu et j’en trouve une pour rien (et là encore, ça me semble pas absurde comme exigence).
      Bref. Evidemment, si tu veux avoir les dernières Nike, un smartphone et que sais-je encore, tu commences à déchanter. Mais c’est pas l’école qui l’exige. C’est la pression sociale. Et ça, ça vient d’ailleurs.

      – « Parce que ce que la personne qui sort du circuit scolaire n’est pas à priori un produit destiné à contenter les entreprises et les gouvernants en place ? »

      Bah, non, là encore.
      Ca c’est ce que croient les gens qui se servent mal de l’école et qui pensent qu’on y reçoit une formation. Ce qui n’est pas le cas. Si tu veux une formation, va en entreprise, ou dans n’importe quel truc productiviste ou on exploite les mômes, ce sera bien plus efficace.
      Après, beaucoup de monde se sert mal de l’école, c’est vrai. Ils ne peuvent d’ailleurs être que déçu, l’école forme des individus totalement inadaptés…

      – « Où sont les votations corporatives déjà et aussi nationales pour instaurer parcours sup par exemple ? »
      Dans le suffrage universel qui place des gouvernements qui légifèrent. Pas dans l’école, ni dans sont principe. Je ne nie pas que notre système démocratique n’a de démocratique que le nom. Mais c’est pas à l’école que je m’en prends pour le dénoncer.

      Répondre
    • smolski
      smolski dit :

      « Sûrement que quelques fournitures scolaires vont être exigées »
      Puis les transports, puis le matériel, puis le logement étudiant, puis la suite des inscriptions…
      Et comment se fait que de plus le repas scolaire n’est pas offert, sinon à marchandiser davantage la scolarité, dans les faits comme dans l’esprit ?

      « Je ne nie pas que notre système démocratique n’a de démocratique que le nom. Mais c’est pas à l’école que je m’en prends pour le dénoncer. »
      L’école est une entreprise d’état prégnonant (sans concurrence) ou de citoyens libres et responsables de l’enseignement des enfants qu’on confie ?

      Si tu sors les enfants du système scolaire, tu vois immédiatement tout ce qu’il y a d’empreinte dans l’éducation nationale de la part des accapareurs gouvernants.
      Et non, je ne m’en prends pas à tous les employés, profs et autres, juste que ce système ne leur permet pas de faire véritablement d’autres choix que de produire comme résultat au bout du bout une marchandise.

      Répondre
    • smolski
      smolski dit :

      saxo : « Arrête Joël, l’école ne produit pas des marchandises. »
      C’est bizarre alors cette allocation spéciale à chaque rentrée des classes ?
      C’est pour acheter des carambar ? 😀

      L’enseignement dispensé est gratuit, pas l’école.
      Et comme l’école n’est pas gratuite c’est qu’elle est une entreprise de production de marchandises, comme l’est toute entreprise. Elle crée sa clientèle à travers les élèves qu’elle éduque.

      Pour le tarif des hautes écoles, celles qui comptent et permettent de se créer un réseau, je crois savoir que le prix est inabordable aux pauvres.

      La sélection scolaire par l’argent (et la disponibilité personnelle) est une évidence et qui dit monnaie… dit commerce.

      Répondre
      • saxo
        saxo dit :

        « C’est pour acheter des carambar ? »
        Fais gaffe, tu fais de la pub 😉

        Naan… Le coût moyen des fournitures scolaires est évalué à chaque rentrée. Je connais pas le détail de l’évaluation (et en plus c’est une moyenne, ce qui ne signifie pas grand chose au cas par cas)…
        Bon, mettons qu’il y ait entre 300€ et 400€ par élève et par an (livres – Tenue de sport – cahiers – sac – fournitures diverses/crayons, instruments de mesure, gommes peinture, que sais-je…), déjà ce sont les « outils » de l’élève (et il ne me semble pas totalement déplacé d’avoir quelques frais nécessaires, pis tu les auras toujours (que t’ailles à l’école ou pas du moment que tu étudies – au passage, toi qui prônes internet, un ordi par élève, ça augmente direct les frais). Et en plus, tu te les fais rembourser en partie (sous conditions de ressources).
        Le côté marchand de l’histoire, c’est à notre modèle économique que tu le dois (au lieu de te fournir le matos, on te fournit l’argent pour l’acheter) et pas à l’école.

        « L’enseignement dispensé est gratuit, pas l’école. »
        C’est la vie ‘dans notre magnifique société) qui n’est pas gratuite. Quand tu vas à l’école, tu vas te faire dispenser un enseignement. L’école ne produit aucune marchandise en soi.
         » Elle crée sa clientèle à travers les élèves qu’elle éduque. »
        Les élèves n’achètent rien à l’école. cf ce que je viens à l’instant de dire.

        Toi qui veux brûler la monnaie, tu pourrais tout à fait imaginer une école très semblable dans un monde sans monnaie. Tu remplaces l’allocation monétaire par la fourniture individualisée des fournitures scolaires et le tour est joué.
        Ce n’est pas l’école qui est clientéliste, c’est la société qui l’entoure.

        « Pour le tarif des hautes écoles, celles qui comptent et permettent de se créer un réseau, je crois savoir que le prix est inabordable aux pauvres. »
        Retour aux fondamentaux.
        Je ne parle pas des études supérieures.
        Autre remarque. Dans ces fameuses écoles « qui comptent » les élèves sont payés et non l’inverse. La honte tient plus à la sélection existante pour y avoir accès (mais c’est un autre débat, quand je parle de l’école ici, je parle de l’EN, pas des études supérieures )

        « La sélection scolaire par l’argent »
        Je ne dirai pas qu’elle n’existe pas. Mais c’est pas directement l’argent qui opère une sélection à l’école (hormis quelques cas extrêmes évidemment) c’est le milieu socio-culturel. Quand tu arrives au primaire avec une dizaine de milliers de mots de vocabulaire, t’es vachement mieux armé pour te confronter à l’école que quand t’arrives avec quelques centaines de mots et une misère culturelle.

        Répondre
  15. saxo
    saxo dit :

    « Puis les transports, puis le matériel, puis le logement étudiant, puis la suite des inscriptions…
    Et comment se fait que de plus le repas scolaire n’est pas offert, sinon à marchandiser davantage la scolarité, dans les faits comme dans l’esprit ? »

    – Les transports
    On ne parle pas de l’école mais du moyen de s’y rendre. Ma soeur en son temps allait au lycée (20 km) en vélo, ce qui était bon pour sa santé, économique et plus rapide que les transports en commun. Après, chacun fait comme il peu, comme il veut.
    – Le matériel
    J’ai déjà évoqué le sujet juste avant. A moins que l’école ait radicalement changé, ou que tu suives la mode, tu te ruines pas en matériel au cours de ta scolarité.
    – Le logement étudiant.
    Là, on n’est plus dans le cycle de l’école – plutôt dans celui des études supérieures. Le problème du logement (tout court) est fondamental, et pas du tout spécifique à l’école. Que tu sois étudiant, salarié ou retraité, c’est ce qui te plombe le plus ton budget… C’est un autre combat que celui de l’école.
    – Les inscriptions
    euh… là encore, je parle de l’école publique libre. Pas de l’école où tu raques pour entrer. Celle là est honteuse et je n’y ai jamais fait ne serait-ce qu’allusion…

    « Et comment se fait que de plus le repas scolaire n’est pas offert »
    Si tu connais un seul endroit où on fait à bouffer gratos pour tous, je suis preneur. Ca n’a rien à voir avec l’école. D’ailleurs, les frais de cantine sont avantageux par rapport au frais de bouffe à la maison ( et les repas, même si c’est pas du trois étoiles, sont étudiés pour y être équilibrés).

    « L’école est une entreprise… »
    Non. C’est un service public.
    Pour ce qui est de la liberté des enseignants et des programmes… je ne dis pas que la situation est idéale – bien au contraire, j’écoute avec attention toutes les propositions et critiques (celles de Boogie, par exemple, les tiennes aussi, dont on a pu discuter dans d’autres fils). Par contre, j’estime que si elle est largement améliorable, elle n’en reste pas moins fondamentale dans sa fonction et qu’il faut l’aider à palier à ses lacunes (et que ce qui y est proposé est déjà colossal).

    « Si tu sors les enfants du système scolaire, tu vois immédiatement tout ce qu’il y a d’empreinte dans l’éducation nationale de la part des accapareurs gouvernants. »
    Mouais… Ca, c’est toi qui l’affirmes. Moi j’observe tout le monde autour de moi, tout le monde qui discute ici, et je n’ai pas l’impression de ne tomber que sur des cerveaux lavés par l’école, bien au contraire. Je ne nie pas que l’état tente d’utiliser l’école, je prétends qu’il n’y arrive pas, simplement parce que la fonction de l’école (apprendre le raisonnement mathématique, faire du sport, apprendre les sciences, toucher aux arts, apprendre des rudiments d’histoire et de géo, s’ouvrir à la poésie, à la lecture et à l’écriture, etc…) n’est pas de décérébrer, mais de faire le contraire.
    Et j’observe aussi, qu’avant l’instauration de L’EN, c’est l’église qui faisait le boulot… Pour le pire.

     » de produire comme résultat au bout du bout une marchandise. »
    Non, je ne suis pas une marchandise. Je suis un homme libre ! (remplace marchandise par numéro – le prisonnier).
    Arrête Joël, l’école ne produit pas des marchandises. Ou alors ce sont des marchandises de mauvaise qualité…
    Ou alors, toi aussi tu as perdu ta foi en l’être humain.

    De mon point de vue, les deux problèmes fondamentaux de l’école sont.
    – qu’elle met les élèves en compétition entre eux ( structurellement et non fondamentalement – et encore, elle essaie de rectifier le tir depuis quelques années comme le disait Agnes en parlant du collège de sa fille).
    – Qu’au lieu de rattraper les écarts d’instruction (le déficit parental) entre les élèves dès les premières années de leur vie, elle les augmente. Elle ne le fait pas volontairement, mais elle échoue dans sa mission de les combler. Et là, les pistes évoquées par boogie (– le renoncement à la progression simultanée– le renoncement à l’organisation par classe d’âge).

    Voilà, voilà!

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