Le marketing politique pour les Nuls

Peut-on vendre un homme politique comme un paquet de lessive?

On peut toujours commencer l’entraînement avec des paquets de café, avant d’enseigner le marketing politique à l’Institut d’Études Politiques de Paris[1]. Il n’y a pas de honte à ça, on peut même finir Premier Ministre. D’ailleurs, longue est la liste des métiers qui permettent d’accéder au poste envié de Premier Ministre, un ouvrier fraiseur y est bien parvenu, et c’est le jour de la fête du travail qu’il a décidé de tirer sa révérence[2].

Quoi qu’il en soit, il est intéressant de comprendre comment la publicité a fini par envahir la sphère du politique, ou comment les markéteux ont fini par prendre le pouvoir. Foin de l’idéologie, de la pensée politique, du contrat social… etc., l’image, le slogan, la petite phrase qui tue, voilà ce qui nous tient lieu aujourd’hui de vie politique.

(…) le marketing est en osmose avec la démocratie de représentation parce qu’il est fondé sur le principe de la souveraineté de l’opinion. Dans cette logique, il n’y a pas d’autre vérité que celle du citoyen telle que révélée par les sondages et le politicien doit modeler son message en fonction des désirs des citoyens.[3]

Plus clairement, le sondage a force de loi, l’opinion remplace la citoyenneté et l’homme politique ne cherche plus à proposer des programmes, des idées, pire, une vision, un modèle de société, mais il cherche uniquement à dire ce que les gens ont envie d’entendre. Ce qui est tout simplement la définition du populisme.

Le marketing politique résulte en quelque sorte de la prise de conscience du fait qu’il est facile de manipuler l’opinion publique[4].

Choisir de vendre des images plutôt que de débattre d’idées n’est pas du tout un choix du au hasard. On séduit plutôt qu’on ne convainc. Le marketing politique est le cheval de Troie du libéralisme moderne, doctrine politico-économique dominante dont on se rend compte à l’usage qu’elle est fort peu soluble dans la démocratie.

L’objectif réel du marketing politique est de marchandiser la sphère politique, c’est à dire le contrat social, la manière dont s’élaborent les relations au sein de la cité. Or, transformer une pensée en produit nécessite une entreprise efficace de simplification, de réduction, de déconstruction du réel. Il faut effectivement réduire toute complexité à des formules, des recettes, des points forts. On dépouille le discours politique de la substance. Il reste le slogan, les phrases simples et courtes, les concepts comme "un jour, une idée", un mécanisme d’appauvrissement du débat se met alors en place, dont le pilier principal est de se mettre à la hauteur présupposée de l’électeur, c’est à dire au ras des pâquerettes[5].

le marketing fonctionne comme une idéologie et que cette nouvelle idéologie qu’il (l’auteur) appelle <<mercantique>> est fondée sur la croyance à l’indifférenciation de la vie politique, au consensualisme et à la démocratie de transparence et de dialogues. Le marketing politique est à ses yeux <<une idéologie syncrétique, proposant une vision floue et très peu intellectualisée de la société désirable…>>[6]

Le marketing politique vide de sens et de substance le débat publique, c’est lui qui, sous prétexte de faire simple, contribue au désintérêt du citoyen pour la chose publique. On substitue la Pensée unique au débat d’idée, le consensus est atteint quand le citoyen abdique son droit légitime de participer au débat, s’en détourne au profit du rêve d’un monde où l’on rase gratis.

Serge Albouy considère que le marketing politique ne peut être dissocié de la propagande même s’il s’agit d’une forme douce de propagande, parce qu’il exerce une violence symbolique sur les citoyens et conduirait à ce qu’il appelle le <<tautisme politique>>. Son effet serait de consolider la domination des gouvernants en dé-réalisant le rôle du citoyen et en provoquant une dépolitisation fonctionnelle[7].

Tout est dit, et pourtant, cela date d’il y a 10 ans!


A lire
Marketing et communication politique, Serge Albouy, Paris, L’Harmattan, 1994, 340 pages.


Notes

[1] Voir la bio officielle de Jean-Pierre Raffarin

[2] Voir la bio officielle de Pierre Bérégovoy

[3] note de lecture de Denis Monière, de la Revue québécoise de science politique au sujet du livre de Serge Albouy, Marketing et communication politique

[4] Extrait explicite du site d’un collège plutôt adepte, pourtant, du marketing politique : comme quoi, il n’y a pas de naïveté dans cette démarche

[5] Cela pourrait s’appeler Le marketing politique pour les nuls, mais c’est un diaporama très sérieux qui résume le processus en 10 points

[6] Denis Monière, idem

[7] idem

13 réponses
  1. Le zouave de Bagnolet
    Le zouave de Bagnolet dit :

    Vous évoquez un problème central de l’époque. Je constate que le discours politique repose sur des idées très générales ( les aspects techniques – forcément complexes – sont toujours ignorés ) et des astuces rhétoriques ( il faut faire un état des lieux, nous ferons des propositions …). En bref, l’appartenance politique ne se rattache plus à des options claires ayant des incidences pratiques. Cette situation est sans doute due à une médiatisation excessive de l’action politique et à la complexité des problèmes actuels; ils ont toujours été complexes, mais le simple exposé des données de bases nécessite aujourd’hui une solide culture citoyenne. J’espère ne pas être trop abstarit…il ne s’agit que d’un commentaire d’encouragement.

    Thierry

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  2. Elsa
    Elsa dit :

    La politique pour les nuls, c’est surement pour moi ! J’ai 23 ans et je n’ai jamais voté. Pour la simple et bonne raison qu’entre ce que dit un politicien (nous ferons, ceci, celà…) et ce que ça demande comme efforts ou comme sacrifices, c’est le blanc total. Je veux dire : je ne connais pas et ne peut vraiment connaître à fond les méandres dans lesquelles s’engagent notre gouvernement (ou un autre)… je n’ai pas fait l’ENA, en même temps, c’est leur boulot à eux, aux politiques. Mais comment voter pour quelqu’un qui sait ce que je ne sais pas ? (Pardon Socrate)

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  3. Hussinetz
    Hussinetz dit :

    Il existe même un blog politique qui se veut être un forum de débat: http://www.puisney.eu, « Marketing politique & Europe », vante et vend le vent la loghorrée du marketing politique, mais vous met un verrou électronique, si vos comments argumentés et polis ne plaisent pas à la ligne éditoriale… Mettez-y vos comments et poussez au débat politique citoyen, responsable et autodidacte!

    Hussinetz Thomas

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  4. Frednetickworld
    Frednetickworld dit :

    De l’abus drosophilique et de la politique

    Aujourd’hui, allez savoir pourquoi, j’ai décidé d’être taquin avec la blogosphère et de faire preuve d’une mauvaise fois patente. J’ai lu chez le mutant à quatre mains et chez Agnès beaucoup de choses sur le marketin……

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  5. dahmane
    dahmane dit :

    je ne suit pas d’accord avec vos pseudo difinition du mktg politique en réalité c’est plus compliquer que ça etant moi même un spécialiste en mp j’ai parfois du mal a établire une politique ou plutot stratégie qui soit fiable; je vous dis le mktg pol a encors de tres beau jours devant lui

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  6. Delcuse
    Delcuse dit :

    Aujourd’hui, la démocratie est confisquée par des ploutocrates. Ca se réduit à un duel entre la gauche Caviar et la droite Dollars… Bref, moi, là dedans, j’ai pas ma place. Désolé.

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  7. Georgy
    Georgy dit :

    Votre approche fait du Marketing Politique un ensemble de techniques farfelues visant essentiellement à détourner le citoyen de son droit, voire de son devoir de participer au débat politique pour ne se contenter que des chimères servies par les annonceurs politiques. Il s’agit là, hélas! d’une vision très péssimiste, partielle et inadaptée du marketing politique. Cette vision tend par ailleurs à réduire le citoyen au rang de nain intellectuel ne pouvant pas faire le distingo entre le simple slogan et l’idéal de vie auquel il aspire, entre les intèrêts parfois divergents des différents acteurs politiques en présence…Il me semble toutefois important de souligner qu’il s’agit là d’une discipline jeune aussi bien sur le plan des developpements théoriques que sur le plan pratique. Par conséquent, cette discipline ne pourra évoluer que positivement avec l’apprentissage des uns et des autres.

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  8. Georgy
    Georgy dit :

    Votre approche fait du Marketing Politique un ensemble de techniques farfelues visant essentiellement à détourner le citoyen de son droit, voire de son devoir de participer au débat politique pour ne se contenter que des chimères servies par les annonceurs politiques. Il s’agit là, hélas! d’une vision très péssimiste, partielle et inadaptée du marketing politique. Cette vision tend par ailleurs à réduire le citoyen au rang de nain intellectuel ne pouvant pas faire le distingo entre le simple slogan et l’idéal de vie auquel il aspire, entre les intèrêts parfois divergents des différents acteurs politiques en présence…Il me semble toutefois important de souligner qu’il s’agit là d’une discipline jeune aussi bien sur le plan des developpements théoriques que sur le plan pratique. Par conséquent, cette discipline ne pourra évoluer que positivement avec l’apprentissage des uns et des autres.

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  9. Mbele kwasina
    Mbele kwasina dit :

    je possede une opinion plus large de MP.
    je souligne que je prepare un projet de these sur ce domaine qui suscite la polemique dans l’appreciation de pluseurs scientifiques.

    Mes idees reveleront que le MP a le plein droit de s’installer dans le caneva politique de tous les acteurs politiques, il doit aussi faire l’ abjet d’une attention particuliere dans la consideration ideologique de partis politiques.

    Parailleurs, la democratie, elle meme legitime cette pratique, il n’ y’ a pas d’ elections sans campagne, sans la defination claire de projet de societe et sans la connaissance sans confusion du candidat a voter. Ces principes sont traquillement exerces et appliques dans les societes dites democratiques.

    je deduis qu’ ils octoyent la legitimite au MP. qui ne fait que les expliciter en vus de maximiser les possibilites de reussite du parti et de son candidat. Avant d’analyser , tu interroges ce que le monde a deja accepte avec souverainete. Merci,

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