Le chemin

J’avais, en fac, un ami qui s’appelait Louis. Un gothique, comme il se définissait lui-même. C’est à dire un grand garçon pâle et mince, toujours habillé en noir, avec une petite touche de lugubre qui rendait son accent toulousain délicieusement incongru.


La trouéeJ’aimais bien passer du temps avec lui, parce qu’en dehors de ses grandes envolées torturées, il avait un rapport au monde totalement épatant de mon point de vue : une communication intégrale. Le monde parlait à Louis. Pas seulement le monde sensible des gens qui racontent des histoires et qui échangent des mots. Non, l’ensemble du monde, celui des objets, du temps qui passe, de celui qu’il fait, tout était totalement limpide et déchiffrable pour lui. Régulièrement, il se figeait au milieu d’une phrase, d’un geste, rentrait dans une intense phase contemplative, puis, brusquement, sa physionomie torturée s’éclairait et il explosait immanquablement dans un grand et emphatique : mais c’est un signe !

Tout était signifiant pour lui : la moindre coïncidence, une certaine dissonance dans la voix, la manière dont sa fourchette retombait, quelques mots bredouillés hâtivement sur un pas-de-porte, une lettre, un coup de fil, la danse du vent dans les arbres qui bordent le canal du Midi, une tournée offerte, un coup de main refusé, une baguette trop cuite, le chuintement du bus à soufflets lorsque les freins relâchaient la pression, les bons moments comme les pires, tout, absolument tout était un signe pour Louis. C’était cette singularité que je goûtais particulièrement en lui, plus que sa sévère extravagance vestimentaire ou ces faux airs de rescapés de film d’épouvante des années 30. La certitude que le monde lui parlait, à lui, et à personne d’autre, et lui montrait la voie à suivre et les impasses à éviter.

Parce qu’à l’autre bout du spectre humain, il y avait moi. Moi, et ma manie de l’épreuve de doute. Moi et mon absence de certitude. Moi et mon angoisse immense du lendemain. Hériter de seulement quelques électrons libres de la foi aveugle de Louis en la force de son destin et des multiples indices que celui-ci aurait laissés à son intention à la surface du monde et sous celle des choses, comme une sorte de Petit Poucet fébrile, aurait grandement soulagé le cours de mon existence de mes tâtonnements poisseux d’aveugle perdue au pays des sphinx.

Pour moi, la vie revient à participer à l’épreuve du slalom géant les yeux bandés et les oreilles bouchées, à conduire sa barque sans boussole, sans rame et sans gouvernail dans un épais brouillard qui rend hypothétique jusqu’à l’idée même de l’océan infini qui te porte et te cerne. C’est un peu comme être un bébé dans un monde de vieillards, en ignorant tout de la nature intime des gens et des objets, c’est être un ignorant dans un monde de savants, c’est avoir avant tout conscience de son extrême limitation, de ses lacunes et de son insuffisance.

Le monde est flou, et pas seulement parce que je suis myope.

Devant l’absence de sens que l’on peut donner à la plupart des actes, devant le manque de lisibilité qui te laisse démuni dans un univers de complexité, toute nécessité de choix devient une torture, parce que chaque décision en vaut une autre dans la mesure où il est à la fois impossible d’avoir assez d’éléments préalables pour avoir un avis éclairé, que d’avoir la moindre chance d’appréhender le champ des possibles et plus, encore, celui des conséquences. Cette myopie métaphysique est un boulet qui m’entrave depuis toujours. Comment choisir sans savoir si une décision est finalement importante ou dérisoire, si l’on voit juste ou si l’on se plante ? Or vivre, c’est choisir et le simple fait de ne pas arriver à choisir, à décider, et déjà un choix en soi, mais un choix subi, un choix dont la peur nous a dépossédé.

Tout le monde n’est pas comme Louis ou moi. Mais chacun porte en lui un mélange subtil de nos deux névroses, dans une alchimie plus ou moins réussie : certains traversent la vie comme un casino géant, misant beaucoup, sur tout et n’importe quoi, certains raflent le pot et d’autres se retrouvent en slip sur le trottoir. D’autres encore se laissent guider par leurs envies, leurs pulsions, leur instinct, leur bonne étoile et leur indécrottable foi dans le fait qu’il ne peut rien leur arriver de fâcheux et traversent l’existence dans une sublime lévitation. D’autres tergiversent, se torturent et se ramassent, à la pelle ou la petite cuillère. Peu importe. On cherche tous à mener notre barque dans le chaos de la vie, avec plus ou moins de bonheur.

Wrong way

Plus jeune encore que du temps de Louis, j’avais une belle affinité avec les jeux d’arcade. Particulièrement les jeux de course de voitures. Une aisance que mon père avait largement subventionnée à la salle de jeux de notre lieu de villégiature, du temps où je n’aimais guère lézarder à la plage et où je préférais humilier les garçons en jouant à la fille nunuche dans l’univers des gamers avant de les mettre Fanny dans une compétition acharnée. J’étais une pure terreur à Pole Position, j’étais à Out Run ce que Tom Cruise était à Top Gun.
C’est dire.

Ce qui était passionnant, dans l’univers des circuits (même imprimés), c’est que le chemin était balisé. Et un chemin bien balisé, bien lisible avec un sens à suivre, déjà, à l’époque, c’était monstrueusement rassurant pour moi. Sur mes jeux fétiches, je connaissais chaque courbe, chaque chicane, que j’anticipais afin de tracer la trajectoire parfaite. Et quand, par inadvertance, mon véhicule faisait un tête à queue et repartait dans l’autre sens, il y avait alors un énorme Wrong way rouge qui clignotait et barrait l’écran. Un signal fort et facilement déchiffrable, même du temps où ma maîtrise de la langue de Shakespeare était un peu molle du genou. Et après toutes ces années, c’est finalement ce qui me manque le plus. Un énorme Wrong Way qui clignote dans l’azur, un foutu signe, comme le bramerait Louis dans un grand éclat de rire.

Et si, finalement, Louis avait eu raison depuis le début et que je n’avais été qu’atteinte d’une cécité hystérique chère à papa Freud ? Et si, en fait, l’absolue régularité avec laquelle je me plante dans la vie n’était rien d’autre qu’un gigantesque et obscène Wrong way qui m’interpelle avec insistance du tréfonds de mon obscure petite existence de mécréante ? D’un point de vue purement empirique, la constance de l’échec est le signe le plus évident, le plus incontournable et le plus implacable qu’on est en train de faire fausse route dans la vie.

Bien sûr, d’aucuns me susurreront que l’approche d’une certaine échéance me rend un peu plus sensible à l’inclination naturelle que certains d’entre nous ont à l’autoflagellation et au bilan négatif. Certes. Mais la recette de Louis n’est ni meilleure, ni pire qu’une autre pour guider une existence humaine et vu les résultats tangibles de la mienne, il est peut-être temps de se décider à jouer la carte du changement.
Et à ouvrir bien grand les yeux pour ne pas rater les signes, positifs, cette fois, qui pourraient paver mon futur chemin de vie, avant même qu’il ne soit tracé.

35 réponses
  1. Galuel
    Galuel dit :

    (1) "Moi, et ma manie de l’épreuve de doute. Moi et mon absence de certitude. Moi et mon angoisse immense du lendemain"

    (2) "On cherche tous à mener notre barque dans le chaos de la vie, avec plus ou moins de bonheur."

    (3) "c’est finalement ce qui me manque le plus. Un énorme Wrong Way qui clignote dans l’azur, un foutu signe"

    (4) "ouvrir bien grand les yeux pour ne pas rater les signes, positifs, cette fois, qui pourraient paver mon futur chemin de vie"

    Le (1) exprime la souffrance, le (2) exprime l’aspiration au bonheur, le (3) exprime le besoin de reconnaître les mauvais actes, le (4) exprime le besoin de reconnaître les actes positifs.

    Logiquement il semble donc qu’il faille :

    Définir ce qu’est la souffrance
    Définir ce qu’est le bonheur (ou absence de souffrance)
    Reconnaître les actes qui sont source de souffrance
    Reconnaître les actes qui sont source de bonheur (ou de non-souffrance)

    Il est remarquable de constater alors que cette réflexion rejoint celle là : http://fr.wikipedia.org/wiki/Quatre

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  2. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    On fait tout le temps des choix : fromage ou dessert, sourire ou faire la gueule, partir ou rester, parler ou se taire, peut-être bien que oui ou peut-être bien que non, pull rouge ou chaussettes roses. La plupart du temps, effectivement, ces choix n’engagent même pas notre conscience tant ils sont anodins sur le cours de notre existence. D’autres choix requièrent plus de temps, de concentration, parce qu’il nous engagent pour longtemps et nous font prendre un chemin que l’on pourra plus jamais reprendre à rebours. Mais je crois que le plus souvent, les conséquences d’un choix et la conscience que nous en avons sur le coup sont totalement déconnectées. Il peut arriver qu’un jour, parce qu’on a préféré prendre le parapluie plutôt que le manteau à capuche, notre vie va radicalement changer sans que nous ayons été partie prenante dans la décision. De la même manière, on va se torturer à mort sur une alternative pourrie, sans se rendre compte et sans avoir la possibilité de savoir que quelque soit la décision prise au final, grosso merdo, le résultat sera le même. Que A = B et que cette histoire n’aurait même pas dû solliciter 5 minutes de notre temps.

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  3. Swâmi Petaramesh
    Swâmi Petaramesh dit :

    Des choix se font. Penser qu’il existe un "on" qui "fait" le choix est illusion.

    Penser qu’il existe réellement un choix revient à inférer que, par rapport à ce qui s’est effectivement produit, l’alternative aurait pu se produire "si l’on en avait décidé autrement". Or ceci est impossible. Donc il n’y a pas de choix.

    Il y a une relation de causalité qui fait que, compte tenu d’un certain nombre de prémisses, un plateau de la balance, plus chargé, penchera davantage que l’autre. Il n’y a ni choisissant ni alternative, il y a simplement causalité. AKA, karma.

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  4. Swâmi Petaramesh
    Swâmi Petaramesh dit :

    Il est vrai que "nous" sommes, dans l’absolu, toujours parfaitement incapables de prédire les conséquences à long terme d’un choix – si je n’avais pas acheté ce journal et répondu à cette annonce pour un boulot, deux enfants aujourd’hui vivants n’existeraient pas, et cette éventualité n’a jamais été envisagée pour faire ces choix ; si une amie n’avait pas demandé à sa thérapeute si elle connaissait un coin sympa pour un Vazyblogstock, votre serviteur ne vivrait aujourd’hui ni là où il vit, ni avec la femme avec qui il vit, etc. Deux exemples authentiques. – Nous ignorons tout des conséquences, pour nous-mêmes ou pour autrui, des "choix" que "nous faisons". Donc nous ne faisons réellement aucun choix. Nous sommes aveugles.

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  5. Swâmi Petaramesh
    Swâmi Petaramesh dit :

    « Si ce monde nous paraît sujet à des transformations, c’est en raison de nos vues fausses. Pas besoin de chercher la vérité ; il suffit de mettre fin aux vues fausses. »
    – Seng-Ts’an, Troisième Patriarche, Le Sin-sin-ming (VIIe s)

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  6. cultive ton jardin
    cultive ton jardin dit :

    De vrais choix, j’en ai pas fait très souvent dans ma vie. Seulement quand quelque chose me tenait absolument à coeur, avec l’urgence en plus. Le plus souvent, j’attends, le choix finit par se faire tout seul. Libre à moi, ensuite, de regretter(ou pas?). Généralement, je regrette pas. Pas parce que le choix me convient, mais parce que je suis un peu fataliste: c’était peut être pas "écrit" avant, mais maintenant, ça l’est.

    Finalement, Swâmi, tu as peut être raison, les choix se font sans nous. Mais pour le répéter sept fois (SEPT FOIS!) en es-tu vraiment convaincu?

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  7. paul
    paul dit :

    @ agnes : ah bon ?!
    parce que vous avez l’impression que votre vie est un foirage ?

    euh…
    ce genre d’impression, c’est vieux comme le livre de job : c’est inévitable et en même temps ça ne mène à rien.

    sur cette piste, y’a le livre de Camus, le mythe de Sisyphe…
    bref, l’idée c’est de comprendre cette impression de l’absurdité de la question du sens de la vie…

    moi je constate simplement que je me fais souvent chier dans la vie parce que la quasi totalité des trucs qui me sont imposés ou proposés ne m’attirent pas du tout… et qu’en même temps du fait de ce besoin de ne pas me faire chier, ma curiosité est insatiable…

    alors je mets un pieds devant l’autre chaque jours…

    et à chaque fois que je suis en "manque" je casse le désir en le replaçant dans un schéma de désir mimétique, me demandant quel médiateur m’a fait fantasmer…
    rien que ça, l’analyse, ça rend la chienlie intéressante, et donc la vie moins décevante…

    en même temps, ça fait passer le temps, et donc, on meuble l’attente… de la mort…
    encore du paradoxal…

    je pense que très souvent, à la base de ce genre de constat de déception de parcours de vie, question de choix que je pense insolvable, il y a bêtement un moteur d’envie. et c’est l’envie qui fait foirer, non pas le parcours, mais l’appréciation, le jugement qu’on s’en fait.

    la question du choix comme de l’envie est au centre des propositions de résolution représentées dans le bouddhisme et dans le christianisme.

    ne pas succomber à la tentation de l’envie de volonté de pouvoir
    ne pas s’identifier aux médiateurs de ses désirs
    observer la fatalité de l’envie et du désir et se dégager de la souffrance induite ainsi.

    ce sont des voies de prise de conscience, de recherche de lucidité, premiers pas pour sortir de la croyance sous toutes ses formes.

    maintenant quand on voit ce que les pontes, incarnations du désir commun de volonté de puissance… genre les églises, le daili lama cia etc…

    ben y’a qu’à rester vigilent sur soi-même

    Répondre
  8. Swâmi Petaramesh
    Swâmi Petaramesh dit :

    J’ai juste un peu de temps disponible et pas grand-chose à en faire :-}

    Mais c’est vrai, on me serine quotidiennement que je répète trop, de manière générale, alors que dans mon esprit brumeux c’est plutôt donner des éclairages différents de la même chose :-}

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  9. smolski
    smolski dit :

    Ce qui est entrepris dans le vivant n’a-t’il pas le caractère de mortalité propre au vivant ?
    N’est-ce pas la crainte de cette immanence, portée par notre instinct de survie, qui provoque ce désarroi à nous décider ?
    À nous porter par contrario vers des entreprises inadaptées à notre raison?
    À dévoyer nos sens du passé et du futur au dépend du présent et du réel ?
    À nous tourner vers des bondieuseries et des philo-sophistes refuges plutôt que vers nous-mêmes ?
    Hop ? 🙂

    Répondre
  10. Vince
    Vince dit :

    "Penser qu’il existe réellement un choix revient à inférer que, par rapport à ce qui s’est effectivement produit, l’alternative aurait pu se produire "si l’on en avait décidé autrement". Or ceci est impossible. Donc il n’y a pas de choix."

    Je vais faire mon chieur qui s’incruste dans une discussion, et rajouterai même de l’eau au moulin à paroles sages qu’est le Guru en disant que d’un point de vue purement cognitif (en laissant de côté le côté psychanalytique), la notion de choix n’existe pratiquement pas. On parle d’attitudes et d’attributions causales.

    Pour parler de manière pragmatique, faire un "choix" reviendrait d’une part à considérer toujours l’ensemble des données d’une situation, et en appréhender toutes les conséquences, comme aux échecs où les grands maîtres se projettent de nombreux coups à l’avance.

    L’exploit des maîtres d’échecs paraît bien maigre en rapport aux dizaines d’années de conséquences qui peuvent découler d’un "choix"’ fait à un moment donné de la vie.

    L’économie cognitive se fait à presque tous les niveaux du traitement d’une information. On laisse volontairement des tas de choses de côté, pour ne pas s’encombrer sous peine de ne pas s’en sortir. L’évolution est passée par là (désolé les créationnistes qui liraient, pardon aux non-scientifiques aussi), les behavioristes et gestaltistes ensuite.
    Imaginez-vous conduire une voiture en faisant absolument tout de manière consciente et décidée, ou même rouler à vélo.
    Généralement, la faible capacité de la mémoire de travail fait que quand on commence à se poser la question de "comment" on roule, généralement on se casse la gueule. Ou on ne voit plus le virage et on atterrit sur le toit d’un abri à poubelles (hem… petite expérience perso ça…)

    En gros, on ne fait pas de choix. On est un maigre acteur d’un jeu qui se joue surtout sans nous…une illusion qu’il est bon d’entretenir sous peine de perdre pied.
    <troll>
    … un peu comme en démocratie dans nos bonnes contrées…
    </troll>

    Répondre
  11. paul
    paul dit :

    ben déjà dans le livre de Job…

    et depuis, ce sujet à fait couler beaucoup d’encre…

    or déjà dans le livre de Job, on voit bien qu’il ne sert, en pratique, à rien…

    alors bon…

    c’est pas la seule question dans le genre : y’a celle de l’origine du monde aussi…

    moi je pense que ça vient d’un arrière fond idéologique imposant à chacun d’être coupable de sa non réussite… comme ça, les salauds qui vous ont mis des bâtons dans les roues dès la naissance, sont libres de continuer à se réjouir de votre malheur.

    l’origine du monde, ça permet de justifier la hyérarchie parentale dans toute société : comme ça y’a toute une filiation de gens à qui il faut dire merci d’être vivant et surtout pas leur reprocher de vous avoir mis … dans la merde…

    ça permet aussi de valoriser évidemment ceux qu’ont le dessus et qui reproduisent les modèles de filiations de "bons" choix !

    donc en fait, ces question ne servent à rien de pratique pour ceux qui cherchent à sortir de la merde, mais servent éminamment ceux qui ont tout intérêt à vous y entretiendir.

    Répondre
  12. Anne de Mars
    Anne de Mars dit :

    Pour les amoureux du doute, pour les amants du mystère, pour les martyrs de l’indécision et les enfants confiants, une piste poétique : El camino se hace caminando, extrait des "Campos de Castilla" d’ Antonio Machado dont le chemin s’est achevé à Collioure entre Méditerranée et Pyrénées.
    En anglais, ça donne ceci :
    Walker, your footsteps are the road, and nothing more.
    Walker, there is no road, the road is made by walking.
    Walking you make the road, and turning to look behind you see the path you never again will step upon.
    Walker, there is no road, only foam trails on the sea.

    Il y a aussi l’étoile du Berger ! Bon bout d’an, Monolecte !

    Répondre
  13. Sophie
    Sophie dit :

    Chère Agnès,

    Comme Louis je fus gothique, et pendant très longtemps. J’allais encore, il y a sept ans, me réfugier chaque week-end dans des "soirées goth" qui me faisaient un bien fou : dans ces caves ou ces péniches, entourée de doux-dingues magnifiquement accoutrés, j’avais l’impression d’être sur une autre planète et je dansais à m’étourdir sur la musique que je préfère.
    Maintenant je n’y vais plus parce que suis trop vieille et que je n’ai plus de sous, mais j’en écoute toujours. Je n’ai plus les cheveux rouges mais je m’habille toujours en noir : comme tu le vois, le chemin reste balisé.

    Et les gothiques aiment Depeche Mode dont je te conseille l’un des derniers clips, WRONG. En relation avec le "wrong way" de tes circuits, ça se passe dans une voiture… qui roule à l’envers. C’est cruel comme le monde dans lequel nous vivons. Pouvons-nous le changer ?

    http://www.youtube.com/watch?v=Ivfc

    Parce que nous, petites gens de bonne volonté, ne maîtrisons pas tout (en fait, nous ne maîtrisons rien), le doute est le propre de la sagesse. "Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent", disait André Gide.

    Si tu estimes que tu as tout foiré et qu’il est temps de changer — dans le bon sens du terme, c’est-à-dire te bonifier comme un grand cru et pour ça, on te fait confiance —, alors n’aies crainte : Tu es une "BEAUTIFUL LOSEUSE" !

    Je t’embrasse bien fort,
    la Soph’

    Répondre
  14. Zlotzky
    Zlotzky dit :

    "La seule manière de supporter revers après revers est d’aimer l’idée même de revers. Si on y parvient, plus de surprises : on est supérieur à tout ce qui arrive, on est une victime invincible."
    CIORAN
    De l’inconvénient d’être né

    Répondre
  15. Swâmi Petaramesh
    Swâmi Petaramesh dit :

    Très jolie, la citation de Gide par la Soph’, qui a bien raison de ne plus écrire "P.S.", également…
    Sinon, Dépèche Mode, c’est quand même tout pourri, hein… :-}

    …et amusante saillie de Nono en 24 qui considère que "se bourrer la gueule du matin au soir" soit "vivre", alors que c’est un assez bon équivalent d’une anesthésie permanente… Pour ceux à qui ça fait trop mal… Or il y a moyen que ça cesse de faire mal, sans anesthésie :-}

    Répondre
  16. nono
    nono dit :

    Pfff…bourrez-vous la gueule du matin au soir,du soir au matin comme Debord ou Brel…
    Au moins ainsi vous vivrez et cesserez de pondre des textes dignes de la presse féminine. Textes qui invariablement (peut-etre l’aurez-vous remarqué…) attire des mongoliens qui vous refilent des liens nauséabonds sur le boudhisme et autre saloperie débilisante du genre.
    PS: la précision n’était guère nécéssaire dans votre texte; en effet un gothique est tjrs grand et famélique.

    Répondre
  17. Pierre Meur
    Pierre Meur dit :

    Qui oserait prétendre "au droit au suicide" ? Il ne suffit pas de le dire "suicide" encore faut-il le faire. Ce n’est pas aussi simple que de presser un interrupteur. Tout nous pousse à nous accrocher, putain d’instinct vital. Pourtant mourir un peu plus tôt ou un peu plus tard, ce n’est pas une affaire puisque c’est inéluctable.

    J’ai pris le train l’autre jour. Ça faisait 30 ans que je n’avais pas pris le train. J’ai été surpris de voir tous ces regards morts. C’est clair, ces gens n’étaient pas à la fête. Quand je pense que ces morts-vivants se reproduisent, j’ai envie de crier au crime contre l’humanité. Comment pensent-ils pouvoir convaincre leur rejeton que la vie vaut le coup, alors qu’ils n’en sont pas convaincus eux-même ?

    Seuls les optimistes devraient pouvoir se reproduire, mais qui validerait leur permis ? Et puis qui va aider les autres à presser l’interrupteur de leur vie inutile et gâché ?

    C’est quoi le sens de la vie ? Je pense que c’est la transmission d’une valeur ajoutée à la génération suivante. Dans le cas d’Agnès, la valeur ajoutée est claire. Mais dans le mien, et dans celui de tant d’autres ? J’ai envie d’espérer, mais tout me pousse au désespoir.

    Des gens manifestaient dans les rues pour leur retraite, mais combien d’entre eux savaient que les retraites ne sont pas payés par le gouvernement, mais par les actifs, c’est à dire les gosses. Et de quoi héritent-ils ces gosse ? D’une dette faramineuse parce que nous avons vécu au dessus de leurs moyens. Il leur en faudra du courage pour vivre à ces enfants, bien plus que ce qu’il nous en a fallu.

    Les mines continuent de s’allonger sur le quai de la gare et les enfants ne rient plus.

    Répondre
  18. babelouest
    babelouest dit :

    Bon jour, bon an, bon tout ce qu’on veut bien y mettre.

    Le bonheur, c’est une vue de l’esprit qui se moque des circonstances. Sans doute comme le souligne Camus. Des tas de gens sont pleins de fric et autres "douceurs de la vie", et traînent une gueule de chien battu parce que leur vie est vide dans leur tête. L’inverse est aussi vrai.

    Ce qui compte, à mon avis, le plus souvent c’est d’être libre, dans sa tête, de choisir. Bien ou mal, le choix est primordial. Il ne récoltera pas la même impression, toutes choses égales par ailleurs, selon la personne qui a fait ce choix, et la façon dont elle s’appropriera la réponse du destin.

    Tu as raison, Agnès, il faut choisir. Pascal avait proposé son fameux pari. J’ai fait le pari inverse, et je m’en trouve parfaitement bien. Tout dépend de la personne qui assume ce choix, et de ce qu’elle mettra dans la façon dont la vie répondra.

    "Il faut imaginer Sisyphe heureux"." Bien sûr.

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  19. samir daoulette
    samir daoulette dit :

    Bonjour Agnès,

    Très beau texte que celui du "Mythe de Sisyphe"… Je lui aurais choisi comme
    titre " Kidnapping social" ou même "Rapt social", car, il s’agit bien de cela.
    Très bonne hotte à tous pour 2011, en attendant 2012…

    Samir

    Répondre
  20. Rodion
    Rodion dit :

    Le temps s’échappe à tire-d’aile? Sois sans peur.
    Et l’heureux sort n’est pas éternel? Sois sans peur.
    Jolie texte, vu sur torpedo. Mais la question du "choix" me paraît irreversiblement dépendre de conditions que nous ne maîtrisons pas

    "Profite de l’instant que te vaut la Fortune.
    Sans regret, sans regard vers le ciel, sois sans peur.
    Aujourd’hui sur demain tu ne peux avoir prise.
    Penser au lendemain, c’est être d’humeur grise.
    Ne perds pas cet instant, si ton cœur n’est pas noir
    car nul ne sait comment nos demains se déguisent. "
    Omar Kayyam (Perse, XII s.)

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  21. rod
    rod dit :

    De Platon (avec le gnosticisme) à Auguste Compte (et le positivisme)*, on essaie d’identifier et d’interpréter la métaphysique du pourquoi et du comment.
    Quels causes pour quels effets, mais surtout comment une cause produit tel effet.
    Le lien, l’idée de continuité est derrière tout ça. Nous vivons dans un monde continu, c’est à dire qu’il y a peu de chance pour qu’un objet se trouve à Paris a un moment t, puis à Moscou à t+d, d étant la plus petite unité de temps possible (définition vague, certes, mais suffisante pour le propos présent).
    Les liens donc, que notre cerveau génère, qui regroupe tout en un ensemble continu (pas forcément cohérent) et nous permet de croire que l’on y comprend quelque chose.
    Si notre cerveau ne crée pas assez de liens, c’est la démence. S’il en crée trop, c’est la paranoïa.
    Ces liens sont totalement fictifs. Ils sont créés par notre cerveau par instinct de survie. Cette réflexion est l’axe principal de l’œuvre de Philip K. Dick (qui a lui-même écrit sa propre version de Sisyphe, dans "Do Androids Dream of Electric Sheep?", traduit par "Blade Runner" en Français).
    Cette réflexion me parait indispensable car elle nous permet de prendre conscience d’une chose: le monde tel que nous le percevons, et qui est donc cet ensemble de liens plus ou moins cohérent, est totalement fictif; artificiel. Il n’en est pas moins indispensable, car nous en avons besoin pour vivre. Mais il faut le prendre tel qu’il est, une construction de l’esprit humain, et donc il ne mérite peut-être pas autant de sang et de larmes que l’on pense.
    Merci Agnès, d’ouvrir des portes à ce type de réflexion.

    *et bien avant eux, et bien après, bien sûr, c’était juste une façon de parler.

    Répondre
  22. Rody
    Rody dit :

    @ Rod: L’artifice peut aller jusqu’aux chambres à gaz et nous ne verserons ni sang, ni larmes… Votre connaissance du cerveau compense largement Auschwitz où il était courru d’avance qu’Ishtak Rabinovich était dément pour la raison que son cerveau ne créait pas assez de liens, alors que Salomon Gutenberg était paranoïaque parce que son cerveau en créait trop. C’est du moins ce que le doktor Heinrich Schmitz, préposé SS à l’étude des juifs, en a conclu. Azoï wie gott in internet

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