Et oui, les saisons du Web se suivent et se ressemblent, ou pourquoi il vaut mieux éviter d’avoir des vélléités d’écriture quand on est salarié de quelqu’un!

Cette fois, c’est un prof qui s’est fait serrer le kiki par sa chère et tendre hiérarchie. Même que c’était un prof de ZEP, un prof de maths qui racontait son quotidien dans une sorte d’asile de fous dirigé par des guignols.
L’un de ces derniers billets est des plus éloquents sur la qualité d’encadrement de son établissement!

Une dictée

13/02/2007 par Le Prof

Une collègue a reçu une lettre (anonyme, évidemment) dont le contenu était, en gros : “Mme Truc, cette grosse pute”. Le principal adjoint a eu une excellente idée. Il est venu voir la classe, pendant le cours de Mme Truc, et a fait la dictée à la classe.

“Prenez une feuille, dictée! Tout le monde est prêt, c’est parti : Mme Truc virgule je répète Mme Truc virgule cette grosse pute cette grosse pute point final.” (je brode, je n’étais pas là).

La collègue a eu l’impression de se faire insulter 24 fois en plus de la fois précédente, et a fait savoir au principal adjoint qu’elle ne voulait plus jamais le voir. On ne peut pas dire qu’il ait eu une grande idée sur ce coup là. Il aurait pu faire écrire, par exemple : on ampute Mme Truc qui est trop grosse. Quoi que. Pas très élégant non plus. Bref…

Et le coupable n’a pas été trouvé.

Merci au cache de Google!

Cela fait donc un petit moment que ce jeune prof de maths racontait ses espoirs, ses combats, ses défaites (bien trop nombreuses à son goût!) contre l’ignorance, la violence, la bêtise. Tout comme notre ami Béréno, notre jeune prof de ZEP faisait œuvre utile en témoignant régulièrement des conditions d’exercice de son métier dans des circonstances, un environnement, qui ne sont pas des plus favorables.
Il le faisait dans le plus parfait respect de son devoir de réserve : depuis tout ce temps, je n’ai jamais pu deviner où il pouvait bien enseigner. Certains diront en banlieue parisienne, mais je sais que les périphéries de bien des métropoles régionales, voire même de simples préfectures de province, accueillent aussi des publics difficiles.

Ceci dit, le directeur de l’établissement est arrivé à se reconnaître dans le fil des récits et n’a guère apprécié le miroir qu’on lui tendait. Et hop, une sanction disciplinaire qui n’a probablement pas lieu d’être.

Liberté d’expression pour tous!

Dans la mesure où l’anonymat du prof était respectée et à travers lui, celui de son établissement et de ses collègues, notre prof de collège n’a-t-il pas moins accès à la liberté d’expression que tout un chacun, non? Le fait qu’il soit fonctionnaire n’est pas une circonstance aggravante : n’est-il pas salutaire que les contribuables que nous sommes tous (je rappelle que les plus miséreux d’entre nous contribuent au budget de l’État à travers le paiement de la TVA!) puissent avoir accès à des infos de première main sur le fonctionnement de nos administrations et encore plus particulièrement  de leurs dysfonctionnements? À l’heure où on nous demande de nous prononcer sur un modèle de société, une ligne politique, et ce pour 5 ans, n’est-il pas sain que les citoyens puissent mesurer l’état des nos institutions les plus stratégiques?

Le prof de Zep ne dénonçait rien directement, il témoignait de son travail, de la vie de son établissement. Quelque chose de sain et d’indispensable dans une bonne démocratie, à des années-lumières de la trash TV ou des polémiques haineuses.
Mais voilà, la liste des interdits s’allongent : interdit d’avoir des orientations sexuelles non standards, interdit de témoigner de la vie des salariés, interdits de témoigner de la vie de nos gosses, interdit, interdit, interdit.
Du coup, la liberté d’expression est portée en étendard par les diffuseurs d’iconographie exprimant le rejet! On hérite de la liberté d’expression que l’on mérite…

Bref, ne peut-on désirer la liberté d’expression que pour ceux avec lesquels nous sommes d’accord? Doit-elle se limiter à ceux qui ne sont pas sous contrat avec une administration ou une entreprise? La liberté d’expression est-elle en train de devenir un métier, un privilège réservé à un panel de bons citoyens, juste parce qu’ils pensent dans le sens du vent?

Bref, un salarié perd-t-il sa citoyenneté sur le seuil de son lieu de travail?

Et peut-on accepter la généralisation de la chasse aux bloggers?
A vous de voir si vous êtes prêts à fermer votre gueule ou à l’ouvrir toute grande!


Pétitionnez!