Pendant que l’actualité internationale occupe pour une fois la presque totalité des esprits, une étude du CREDOC, rapportée par le site Actu-Chômage, creuse un peu plus le fossé entre les victimes du chômage et des autres, les premiers étant désignés par les politiques et les médias à la vindicte des seconds.

Le travail consistant à faire admettre à l’ensemble de la population que le chômeur, comme figure archétypale, est individuellement responsable de sa situation s’est amplifié avec la massification du phénomène.

Plus les entreprises ont détruit d’emplois, plus le déséquilibre entre offre et demande s’est accentué et plus le discours anti-chômeurs s’est radicalisé dans la classe politique et les médias. Car il est important d’occulter le fait qu’il y a aujourd’hui 4,7 millions de sous-employés divers face à 300 000 offres en moyenne, dont une majorité de low jobs, très mal payés, souvent sur des très courtes durées. L’ANPE est en passe de devenir une agence de travail temporaire. J’ai déjà vu des annonces ANPE (comptabilisées comme offre d’emploi) proposant une heure de travail et c’est tout.

L’opinion publique pleure sur les femmes lourdées de Moulinex, de Nestlé ou s’indigne des 15 000 emplois supprimés chez IBM Europe pendant que la firme embauche 17 000 personnes en Inde, mais oublie un peu rapidement que presque tous les chômeurs sont d’anciens salariés, d’anciens Moulinex, qui ont trimé des années avant de se faire lourder comme des malpropres.

La répression anti-chômeurs est pourtant l’affaire de tous, car elle est le socle sur lequel se construit la répression anti-salariés.

Plus on fait pression sur les chômeurs pour qu’ils acceptent des conditions de travail dégradées, plus la situation devient instable pour les salariés en place, plus ils se retrouvent contraints de fermer leur gueule, de courber l’échine, d’avaler des couleuvres et d’accepter eux-même la dégradation de leurs conditions de travail.

Il faut que la condition de chômeur soit clairement invivable aux yeux de tous pour que les salariés acceptent tout plutôt que de perdre leur précieux emploi, quand bien même celui-ci détériore leur santé ou leur vie familiale.

C’est ainsi que l’on peut forcer les gens à accepter de travailler plus pour le même salaire, ou même à accepter une baisse de rémunération. On monte ainsi le salarié contre le chômeur, alors qu’ils sont frères dans l’adversité, que chacun est l’autre face de la même médaille et que, de plus en plus, la frontière entre les deux états du travailleur est de plus en plus ténue.

Le chômeur devient ainsi le bouc-émissaire d’un système dont il est la victime expiatoire et le principal levier de répression (si tu refuses de te plier à la volonté et la rapacité des patrons et/ou des actionnaires, on te rejette dans le no man’s land du chômage, punition suprême!) : marche ou crève, plie ou casse, le chômage de masse a dramatiquement rompu l’équilibre du marché de l’emploi. Et la stigmatisation des chômeurs participe activement à cette stratégie du nivellement par le bas, elle en est même le pilier.

Ami salarié, ouvre les yeux, refuse les discours faciles et les caricatures prêtes à penser. Il serait dommage que tu doives attendre d’être viré à ton tour pour comprendre, car ne l’oublie pas, tu es sûrement le prochain et que si tu échappes à cette charrette-là, la prochaine sera pour toi!