A l’origine, le brevet partait d’une bonne intention : protéger les innovations du copillage. Autrement dit, quand quelqu’un se fatigue les méninges à inventer un truc, il est un peu normal qu’il soit payé en retour. Le problème, c’est que, comme d’habitude, ce beau principe a été détourné de sa finalité première pour devenir un machin à s’approprier le monde, la vie ou mes crottes de nez et se faire plein de fric sans rien créer.

Si les brevets avaient toujours existé, on peut parier que le gars qui a inventé la roue ronde plutôt que la roue carrée de son concurrent pas beau aurait eu une vie nettement plus intéressante.
Il est un peu normal que celui qui a sué du cerveau de longues heures pour inventer un truc qui n’existe pas mais qui rendra bien service à tout le monde par la suite puisse en avoir une juste rétribution, par le biais d’une petite licence qui fait que quiconque utilise le machin né de son jus de cerveau lui redonne une somme d’argent toute petite. Mais multipliée par les millions de gens qui utilisent son truc, cela représente une petite somme rondelette qui récompense le bonhomme de son effort et le met à l’abri du besoin. Une sorte de prime à l’intelligence. Une taxe neurone!

Il est tout aussi normal qu’au bout d’un temps, le brevet tombe dans le domaine public, ce qui permet à tout un chacun de se mettre à son tour à suer du cerveau pour améliorer le bouzin. C’est ainsi que l’humanité progresse, chaque génération grimpant sur les épaules de celle qui l’a précédé.

Là où l’histoire du brevet devient n’importe quoi, c’est quand les grandes transnationales l’on transformé intrinsèquement en procédé à s’approprier tout et n’importe quoi et à en exiger ensuite de roboratives contre-parties. Comme l’explique très bien le film The Corporation, le système a dérapé le jour où il a été possible de breveter la vie.

Breveter la vie!

Franchement, que le gars qui était là le jour de la première combinaison d’acides aminés qui a formé la première cellule vivante lève la main! Comment un tas de capitalistes ignares peuvent prétendre s’approprier les résultats d’un processus toujours en cours et qui s’est déroulé sur des millions d’années? Parce qu’une bande de petits Frankenstein en labos climatisés ont réussi à décrypter le génome humain (ils n’ont rien inventé, ils ont lu le code qui construit la vie), la séquence qui code le cancer du sein est breveté : un mec a osé devenir propriétaire du cancer du sein. Partout, des biopirates sans inspiration aucune, écument la diversité vivante de la planète pour se l’approprier. Non contents de nous pourrir la vie en polluant massivement notre environnement commun, les transnationnales entendent se l’approprier pour leur plus grand bénéfice, pillant tout sur leur passage, dépouillant une fois de plus les pays du Sud de la planète de leur patrimoine écologique.
Où est l’innovation? Où est le progrès? Dois planquer ma fille avant qu’un tordu ne tente de déposer un brevet sur le mélange génétique qui produit un si joli minois? Dois-je moi-même breveter mes enfants (c’est moi qui les ai fait!)?

Brevète ta mère en slip devant le Prisu

Maintenant, on peut breveter tout et n’importe quoi, du moment que l’on soit assez tordu pour tenter le coup et y penser. la dérive du système des brevets est telle que l’on peut breveter des choses qui existent depuis longtemps, comme le double-clic.
De protection et rémunération de l’inventeur, le brevet est devenu une source de revenus injustifiés, passant par la spoliation et le détournement de procédés et de matière vivante. Il ne s’agit plus de rétribuer, soutenir et protéger l’innovation, mais bien d’une manière de privatiser l’immatériel et ce tout ce qui, par définition, n’appartient à personne.
Au final, détourné de son objectif premier, le brevet devient juste une source de profit capitalistique déconnecté de son support, tout comme le marché boursier fonctionne en-dehors de l’économie réelle.

L’absurdité du brevet logiciel

Demain commence l’étape suivante de la privatisation de tout et n’importe quoi : l’adoption ou le rejet de la brevetabilité logicielle devant le parlement européen. En gros, pour l’instant, en Europe, le logiciel est considéré comme étant du ressort de la propriété intellectuelle : on ne peut pas copier un logiciel, mais on peut en faire de similaires. En passant sous le règne du brevet à l’américaine, tout ou partie d’un logiciel serait propriété d’une transnationale ayant eu l’argent de déposer le brevet sans nécessairement avoir la paternité du procédé. Bouton, bannière, menu déroulant ou pas, tout peut être alors privatisé, ce qui aurait pour effet de surenchérir l’utilisation de logiciels, libres ou non, sans apporter ou financer quelque amélioration que ce soit. Au-delà des risques économiques énormes que cette affaire de brevet fait peser sur nous tous, au-delà même de la tentative rampante de mettre fin à l’aventure du logiciel libre et coopératif pour le profit de quasi-monopoles mondiaux, c’est la question de la crédibilité qui reste à la politique des brevets aujourd’hui. Nous sommes passés de l’aide et de la protection de l’invention au blocage financier, à l’obstruction à l’innovation.

Il est peut-être temps de remettre un peu d’ordre dans tout ça et cesser de se faire dicter la loi par une poignée de grands groupes économiques à visée hégémonique!


Pour en savoir plus :