Je profite d’un billet de Bonbon Piment pour exhumer ma filmo culte du Wiki CineFil que j’avais lancé, il y a longtemps, au Village…

Blade Runner, Ridley Scott, 1982

Totalement incontournable, mais seulement dans la première version, celle avec la voix off qui renvoyait à l’univers du polar des années 50 et que Scott a renié depuis… le fourbe!

Le mari de la coiffeuse, Patrice Leconte, 1990

Un pur état de grâce! Un film en apesanteur! Un Jean Rochefort lumineux et aérien. Le mari de la coiffeuse, c’est tout cela et plus encore.
Un enfant devenu homme n’a qu’un seul et unique but dans la vie : devenir le mari d’une coiffeuse. Quand celle-ci se présente à lui sous les traits de la magnifique Anna Galiéna, la réalité transcende le rêve et Antoine, sorte de fétichiste magnifique, vit un amour absolu entre les flacons de shampoing, les éclats de vie qui font irruption dans la quiétude du salon de coiffure avec les clients et ses cheveux, perpétuellement ras car ne repoussant pas au rythme de ses envies. Un sujet étrange, traité avec tendresse par un Patrice Leconte bien inspiré.
Des scènes splendides, comme les danses "persanes" de Jean Rochefort ou le récit doux-amer des maillots de bains de laine tricotés avec trop d’amour par une mère à tendance castratrice. De vrais instants de bonheur pour un film qui mérite d’entrer dans toute bonne DVDthèque.

Cible émouvante, Pierre Salvadori, 1993

Le premier film de Salvadori n’a pas déplacé les foules, et pourtant, ce petit récit loufoque et sans prétention réunissait le trio improbable Marie Trintignant-Jean Rochefort-Guillaume Depardieu. Les 15 premières minutes mériteraient à elles-seules d’entrer au panthéon du cinéma. On y découvre la vie de Victor Ménard (Jean Rochefort, forcément impavide et magnifique), simple Professional Killer, traversant la vie en l’ôtant, muré dans sa solitude, entreprenant d’apprendre l’anglais sur cassette Assimil , dézinguant avec flegme et légèreté. Jusqu’au moment où il est surpris en plein "travail" par un jeune coursier un peu paumé, jeune chiot en quête d’une épaule paternelle, le désarmant Guillaume Depardieu. Ressentant la nécessité de passer le relai, de devenir mentor, Le tueur propose une formation complète de tueur au jeune homme : "la carte orange 2 zone vous sera fournie". C’est alors qu’un nouveau contrat tombe : l’élimination d’une belle voleuse…
Jouissif! c’est ainsi que l’on peut décrire ce petit condensé d’humour noir décalé et absurde. Des scènes d’anthologie (le braquage du perroquet!) relèvent le jeu désopilant des trois comédiens sans toutefois faire totalement passer une fin un peu moins alerte, un certain embourbement de l’intrigue et des personnages.

Un thé au Sahara, Bernado Bertolucci, 1990

 Le désert, c'est Dieu sans les hommes 

Balzac

En 1947, Un couple de riche américains oisifs débarquent à Tanger dans l’optique de voyager au cœur du Sahara. Ce film a plutôt été le flop de Bertolucci. Il faut dire qu’à sa sortie, il a été vendu comme une histoire de couple sulfureuse, tournée par le cinéaste érotomane. Mal ciblé, ce film n’a logiquement pas trouvé son public. Comme le livre homonyme de Paul Bowles dont le film est tiré, il s’agit bien du récit d’un voyage, celui d’un couple, certes, mais surtout celui d’un femme, magistralement interprétée par Debra Winger (La main droite du diable, Costa-Gavras, à redécouvrir aussi urgemment!), voyage au fin fond d’un pays aux paysages somptueux, mais aussi voyage au bout de soi-même, jusqu’à la libération dans l’oubli, par l’oubli murmuré par la danse perpétuelle des dunes.

Ghost in the shell, Mamuro Oshii, 1995

Si, pour vous, dessin animé rime avec Disney et qu’un manga est forcément une japoniaiserie, ne passez surtout pas votre chemin.
Dans ma vie de cinéphage, il y a eu un avant et un après Ghost in the shell. Avant, il y avait Goldorak au club Dorothée, ensuite, un véritable cinéma adulte et intelligent qui utilise l’animation comme forme élevée d’expression cinématographique. De mon point de vue, Ghost in the shell est au cinéma d’animation pour adulte ce que 2001 est au cinéma de science-fiction : une révolution.
On retrouve dans ce petit chef d’œuvre de 1h22 les grandes interrogations de la science-fiction et de la métaphysique réunies : qu’est-ce que l’être humain, où commence et où finit la notion même d’humanité. Dans un Japon futuriste et hyper-technologique, une certaine élite a accès à la possibilité de transférer son "moi" dans des corps cybernétiques ultra-performants. De la volonté de l’amélioration des performance à la désincarnation de l’être, Oshii pose la sempiternelle question du rapport de l’être et de la chair, des frontières intangibles de l’humain et de la caricature, de l’esprit et de l’incarnation, le tout sur la musique sublime et aérienne de Kenji Kawai. Attention, chef d’œuvre du genre!

La bête de guerre, Kevin Reynolds, 1988

Un film rare et peu connu qui traite d’un sujet peu abordé au cinéma : la guerre Russo-Afghane.
1981, un char russe perd sa colonne dans le désert Afghan et se retrouve seul en territoire ennemi, harcelé par les femmes des moudjahidin qui ont été "martyrisés" dans un petit village des montagnes. La scène d’ouverture du film est précisément marquante en ce qu’elle montre comment un char russe peut "martyriser" quelqu’un. La bête de guerre, c’est évidemment le char, ce monstre de métal qui, au fur et à mesure de sa progression dans un désert minéral, perd ses fluides, sa force. C’est aussi le commandant du char, militaire borné et pratiquement aussi fanatique que ceux qui le poursuivent. La bête, c’est également cet engrenage de mort et de destruction qui part crescendo sous nos yeux horrifiés et qui entraîne tout le monde dans sa spirale infernale : soldats russes, combattants afghans et les femmes, figures récurrentes de la vengeance sauvage.
Nous sommes accompagnés dans cette plongée dans l’horreur par le regard distancié d’un jeune russe intellectuel et critique interprété par un Jason Patric dans un de ses meilleurs rôles (le pôvre!) et dont le personnage n’est pas sans rappeler celui de Matthew Modine dans Full Metal Jacket de Kubrick (bon, là, on ne joue pas dans la même catégorie!), sorti un an plus tôt. Un film qui ouvre une vraie réflexion sur la guerre et la fraternité, et dans lequel vous allez découvrir ce que veut dire "Nanawaté" (d’après le titre de la pièce de William Mastrosimone), "Tank Kaboum" (une petite idée, peut-être?) et la vengeance est un plat qui se mange froid.
A voir aussi pour la beauté des paysages et pour éclairer sur l’âme afghane et le bourbier dans lequel se sont collés les américains.

Dumb and dumber, Peter Farelli, 1994

Ce qu’il y a de jouissif avec l’humour gras et potache, c’est qu’il n’a pas de fond. Les Frères Farelli (Mary à tout prix!) en sont le vibrant exemple. Alors au début de sa carrière, Jim Carrey accomplit un tour de force en plongeant aux tréfonds de la bêtise humaine avec l’innénarable Jeff Daniels. Voici un film culte, truffé de gags très, très lourds qui sont des insultes au bon goût et des merveilles de rire sans complexe. Car plus le gag est pipi-caca-potpot, plus les frères Farelli forcent le trait, se vautrant dans le moche, le gras et le grotesque sans vergogne, jusqu’à une indigestion que les amateurs du genre n’atteindront jamais.

 Dans le désordre : 
  • Ce qui arrive quand on lèche une barre de métal gelée
  • Ce qui arrive quand on a avalé une dose de cheval de laxatif et que l’on se retrouve dans des toilettes en panne, avec une créature de rêve de l’autre côté de la porte
  • Ce qui arrive à la perruche d’un aveugle

Si vous êtes un fan de l’humour des Nuls, des American Pie, des Scary Movies, ce retour aux sources s’impose urgemment!

Les frères Coen, pour leur oeuvre

Avec les frères Coen, c’est comme pour le cochon, dans leur filmo, tout est bon! The Big Lebowski est un inclassable, comme souvent avec eux. Jeff Bridges y est parfait de glandouillerie, sorte de justicier improbable en robe de chambre crade et bagnole craignos, il sirote tranquillement son White Russian (une dose de vodha, une dose de liqueur de café, on complète avec du lait : divin) en tirant sur son joint. La galerie de personnages est savoureuse, comme toujours dans le cinéma des frères Coen, avec John Goodman en taré de la gâchette, bon beauf’ de l’Amérique profonde et surtout John Turturro, en hidalgo de la grosse boule, dans une scène de bowling d’anthologie! Que du bon, du très bon, mais il reste pleins de films dont il faudrait aussi parler : Fargo, Le Grand Saut, O’Brother, ou le déjanté Arizona Junior. Tant de bonnes choses, ce ne peut qu’être du génie!

Et puis aussi, Ozu, Miyazaki, Terry Gilliam et tous ceux que j’oublie…