Pernnage de la colère dans le film d’animation de Pixan : Vice Versa

Je suis en train de gronder ma fille. Je suis en train de lui pourrir la tête, pour être plus précise, la plupart de mes potards sont dans le rouge et ma voix — cette voix que je maitrise si bien — fait vibrer l’air de la pièce comme s’il allait voler en éclats et s’effondrer en poussière de bruit sur le carrelage. Je hurle sur ma fille de 7 ou 8 ans qui a dû faire un truc de traviole, comme ne pas réussir à enfiler ses groles en moins d’un quart heure ou ne pas correctement tenir le couteau pour couper sa viande, va savoir. Il y a aussi pas mal de chances que je l’engueule pour prendre de vitesse son père qui, lui-même, ne supporte pas certains comportements qui ne m’émeuvent pas plus que cela, mais qui le font subitement sortir de ses gonds.

Ma fille se ramasse donc une avalanche de décibels en pleine poire et probablement la pluie de postillons qui va avec, et se met à sourire dans la tempête, ce qui a aussitôt le même effet intéressant sur moi qu’un pompier en a sur l’incendie en l’arrosant de kérosène. Avec ces conneries, je vais encore avoir du mal à parler pendant les prochaines heures et je sens les chevaux de la colère défoncer la porte de mon esprit avant de déferler avec l’implacabilité de la justice au galop sur la petite impertinente… quand j’accroche son regard, vide de tout et particulièrement de joie.

Il ne faut qu’une fraction de seconde à mon cerveau entrainé1 pour faire le tour des expressions non verbales de ma fille et pour comprendre qu’elle ne sourit pas du tout, mais que sidérée par la peur, elle a plaqué sur son visage la mimique de soumission typique des grands primates, un putain de réflexe atavique dont plusieurs millénaires de vernis civilisationnels ne sont manifestement pas venus à bout. Ma colère s’est instantanément solidifiée et m’a figée dans sa gangue de glace et tout ce que je parviens à voir pendant que mon champ de vision se rétrécit au diamètre d’un faisceau laser, c’est le reflet de mon visage dans la pupille dilatée de ma fille, c’est le masque du monstre que je suis devenue.

La place des enfants

Ce qui remonte juste après est une scène très lointaine exhumée de mon adolescence, un jour où j’observe mon prof d’allemand cheminer sur le trottoir d’en face avec son plus jeune enfant. Monsieur Garlet a passé quelques années à tenter d’inculquer à une maigre poignée de jeunes Gascons dont je faisais partie les rudiments de cette langue de Goethe qu’il affectionnait tant. Mais il fit bien plus que cela, nous initiant à la recette maternelle de la vraie choucroute qui embaumait ensuite pendant plusieurs semaines les couloirs autour de la classe de langue ou nous accompagnant dans d’inoubliables épopées bavaroises dont nous ramenions chacun immanquablement une caisse de vraie bière de brasserie, bébés compris.

Monsieur Garlet m’a toujours fait penser au Pierre Richard du Grand blond avec une chaussure noire, au détail près qu’il était particulièrement brun. Il avait un côté délicieusement lunaire, comme un E.T. humanoïde qui a cessé d’espérer que ses potes l’extraient un jour du dépotoir intergalactique où il avait échoué en notre compagnie. Il nous apprenait donc les déclinaisons, la réconciliation teutonique, et, ayant perçu mon oreille musicale, il m’avait même appris à écouter le moteur de sa guimbarde (une sorte de version familiale de celle de Colombo) jusqu’à reconnaitre lequel de ses 4 cylindres avait fini par rendre l’âme.

Monsieur Garlet descendait donc la longue rue Victor Hugo au milieu de laquelle il habitait la seule maison sans volets qui m’avait été donné de voir en dehors de mes pérégrinations germanisantes, mais il le faisait comme d’habitude, à sa manière unique. Tous les 3 pas environ, il s’arrêtait à la suite de son fils et il patientait, le temps que le bambin finisse son affaire du moment qui allait de sauter copieusement dans toutes les flaques du trottoir, y compris et surtout celles qui lui permettent d’éclabousser généreusement le velours côtelé des pantalons de son père, à tourner consciencieusement autour de chaque poteau de signalisation, comme dans un invisible manège intérieur. Il y avait aussi de grands silences contemplatifs autour de crottes de chien ou de feuilles d’arbres perdues, de mégots aplatis, voire de petits cailloux visibles de lui seul. J’ai regardé avec stupéfaction et envie ce chemin de croix à l’envers, comme peuvent le comprendre tous ceux qui, comme moi, ont grandi dans le sillage des pas toujours pressés de leurs parents, petites ombres sommées de trottiner vigoureusement pour tenter de ne pas se faire distancer. Il a fallu au moins une éternité et demie à monsieur Garlet pour arriver chez lui, à ce rythme qui aurait tué d’ennui un sénateur, son train et la voie ferrée entière avec et, à aucun moment, je ne l’ai vu marquer la moindre impatience. Pire que tout, il me semble bien — à travers le lorgnon du temps — qu’il prenait un intense et franc plaisir à marcher dans les pas de son fils.

Monsieur Garlet était ce que l’on appelait à l’époque un original, ce qui nous exonérait de toute nécessité d’analyser ou de comprendre son comportement et — quel soulagement ! — de seulement interroger nos habitudes et nos certitudes, comme de devoir toujours nous rendre du point A au point B avec la plus grande célérité. D’ailleurs, ses méthodes éducatives permissives et non fondées sur la contrainte étaient rapidement balayées d’un revers de la main, tant il était évident pour tous et frappé au coin du bon sens, que qui aime bien châtie bien et que gâter ses enfants (autrement dit, refuser le juste châtiment), c’était leur construire un sombre avenir de délinquants…

Histoire de ma colère

À quel moment de ma vie me faire hurler dessus m’a aidée à comprendre ou à faire mieux quoi que ce soit ? Est-ce que la punition ou même la menace de la punition nous a poussés à nous dépasser ou est-ce que cela nous a juste rendus plus enclins à la dissimulation et au mensonge, à la recherche de la moindre coercition ? En quoi la colère nous rend-elle plus efficients, plus justes, plus « quoi que ce soit », en dehors de la violence ?

J’avais déjà appris la stupidité de la violence physique le jour où j’avais vu une mère hors d’elle coller une mornifle à son très jeune enfant en lui beuglant dessus qu’il ne faut pas taper plus petit que soi. Mais comme tout bon parent — applaudi et encouragé par l’ensemble du corps social —, je continuais à exercer sans vergogne ma domination sur ma fille en usant avec toute la bonne conscience du monde de menaces, du chantage et de la violence verbale sur un être qui était par ailleurs totalement vulnérable et dépendant de nous, ses parents. Et le pire dans tout ça, c’est que je le faisais au nom de son bien. Pourtant, il m’aurait suffi de juste repenser à ma propre enfance pour comprendre que je ne faisais que perpétuer le cycle de la violence.

Mon plus ancien souvenir, c’est ma mère menaçant mon père avec un grand couteau de cuisine, lui se protégeant avec une chaise en bois dont l’assise aurait été un bouclier viking. Ce souvenir s’accompagne toujours de la sensation de mort imminente que j’ai ressentie à ce moment-là et qui a fait de moi une petite dormeuse inquiète jusqu’à ce que je referme un jour à clé la porte de mon premier appartement, de mon premier chez-moi. Si mon enfance devait avoir une saveur, ce serait un gout de cendres, un mélange poisseux et volatile de peur et de honte. Et au cœur de cette cendre, compressée en un petit diamant coupant, ma colère. Ma colère de mon enfance perdue, ma colère des fausses promesses des adultes, ma colère de la profonde injustice que cela peut être de grandir dans la peur.

Comme le cœur noir de la matière humaine, on peut aussi chérir cette colère. Cette colère qui m’a tenue debout des années, cette colère qui m’a protégée des malfaisants et des malintentionnés, cette colère qui soulève aussi des montagnes et refuse toute soumission et toute reddition en rase campagne. Oui, on peut aussi l’utiliser, s’appuyer dessus, comme sur une béquille, mais la vérité est encore plus crue quand elle se reflète dans le regard de ton enfant et que tu comprends que ta colère te possède, te manipule et t’aveugle depuis des années.

On ne se débarrasse pas d’une aussi vieille compagne comme d’un mauvais manteau ou d’un tas d’oripeaux que l’on abandonne sur le bas-côté. On doit tout d’abord accepter le fait qu’elle est là et qu’elle fait partie de soi, de son histoire. On doit aussi accepter de tout remettre à plat, tout remettre en question, torpiller les certitudes et tordre le cou au fameux bon sens. On doit accepter l’aide de ceux qui sont capables, qui ont déjà fait un bout de chemin. C’est plus ou moins à cette période que j’ai croisé Carole Fabre et sa pensée, particulièrement sur la domination parentale. C’est marrant quand on y pense : j’œuvrais contre la domination patriarcale, celle du capital, contre la violence de l’État et des institutions, contre les abus à l’encontre des plus faibles et paf !, je ne voyais pas la foutue poutre dans mon œil, je ne comprenais pas que je faisais aussi partie du problème, que j’approuvais le dressage des enfants et toute la violence dont nous faisons collectivement usage contre eux.

Admettre qu’on a merdé, c’est grandir un peu, travailler à réparer, c’est la moindre des choses.

Est-ce que ma colère m’a quittée ? Bien sûr que non ! Et pourtant, je tente de me tenir éloignée des saloperies crasses que ne cessent de nous infliger ceux qui prétendent nous gouverner, car à chaque fois que je suis confrontée à la profondeur abyssale de leur forfaiture, je suis un Etna de colère. Une bonne grosse et saine colère contre l’ordre injuste. Est-ce que j’ai cessé de pourrir ma fille ? À présent qu’elle fait une bonne tête de plus que moi, ce serait totalement ridicule, mais oui, il s’est passé quelque chose ce jour-là et rien que pour ça, je ne regretterai jamais mes études d’éthologie. Il a fallu du temps, de la patience (dont je suis assez cruellement dépourvue), des discussions, des échanges, des réflexions, des débats. Il a fallu aussi que j’explique les choses à ma fille et que je lui demande pardon pour tout cela. Il nous a fallu recommencer à inventer d’autres manières de fonctionner ensemble et aussi renoncer à trouver une recette et accepter de tâtonner dans l’ombre, de nous planter, de l’admettre et de nous adapter sans cesse. Il nous a fallu accepter notre immense perfectibilité et prendre notre part de responsabilité de l’origine du problème pour pouvoir espérer nous améliorer et surtout améliorer notre relation avec tous ceux qui comptent pour nous, à commencer par notre fille.

Notes

  1. Je parle ici spécifiquement de mes études en éthologie et des outils de communication que l’on y fourbit.
20 réponses
  1. smolski
    smolski dit :

    Lorsque nous nous mettons en colère sur nos enfants nous affirmons notre propriété sur leur existence, propriété qui nous paie cash de tout le bien-être que nous leur prodiguons à l’intérieur de cette situation imaginaire/idéologique qu’est la famille où nous nous bâtissons.

    On peut y voir le seigneur avec ses vassaux d’hier, les prêtres/élites sur leurs ouailles, le propriétaire/sociétaire/multimilliardaire envers ses esclaves/ouvriers.

    Et comment cet inégalitarisme permanent tiendrait-il aussi fortement dans le temps sans le déversement de nos propres colères sur les enfants pour l’absoudre ?

    Répondre
    • Agnès Maillard
      Agnès Maillard dit :

      En fait, je crois qu’on ne doit jamais donner de pouvoir à un humain sur un autre, c’est aussi simple que cela. Quand nous débattions du potentiel émancipateur du Revenu de Base avec Carole Fabre (donc de l’absence de pouvoir et de domination), elle avait appuyé sur un impensé : l’émancipation des enfants, le fait de leur permettre de ne plus subir l’arbitraire et souvent la violence des parents.

      Répondre
  2. paul
    paul dit :

    bon, j’vais relire Freud sur le sujet parce que comme j’ai jamais eu d’utérus, ben j’risque pas d’avoir d’enfant et donc j’peux pas comprendre tout ça…
    sauf que quand même, quand tu dis qu’il faudrait jamais laisser de pouvoir à un humain sur les autres, ce que j’ai compris,autant de mes suivis thérapeutiques chez des psychiatres tellement que je suis dangereux, que de mes études lacanistes, à propos de ce qui se passe autour de la traversée du Langage, du mythe du stade du miroir, d’où découle cette mystérieuse éthique de la psychanalyse que le « sujet » est « l’obligé de l’autre »…
    ben voilà le paradoxe, c’est à dire qu’avec toute la meilleure et géniale bienveillance possible, il faut qu’on arrive à « barrer » ce « grandAutre » pas barré initialement, de sorte, paradoxalement, à la fois de défusionner de ce tyran « tout » qu’est l’Autre au sujet pas encore barré, infans, pour ensuite accepter cette mystérieuse « castration », acceptation de sa limite, de la contingence,( j’essaie depuis pas mal de temps comme d’autres de trouver autre chose que ce vocable freudien trop fortement connoté et galvaudé, mais c’est pas facile), de sorte d’avenir à la subjectivité, et ne plus être « sous » le pouvoir tyranique… du Langage en fait…
    j’veux dire que c’est pas tant la violence physique, émotionnelle, formalisatrice (et pas formatrice hein attention quand même !) formalisatrice c’est à dire mimétique de forme rigide, d’image brut, collage de sens sans plasticité, sans métaphorisation de quelqu’ordre que ce soit (tiens, genre quand joel et moi on s’envoie des mots d’humeur parce qu’on n’a pas du tout la même idéologie de référence hein…)…
    la violence radicale à l’humain vient de cette radicale (à la racine, genre racine arborescente de système de fichier unix… nan j’déconne même pas) dépendence de l’infans aux premiers rapports de langage, et de corps porteur de lalangue, puis de voix et de son et d’image « en miroir » porteurs encore d’interprétations de sens jamais addéquate, toujours porteurs d’indéfinissable décalage, d’incertitudede la question essentielle « qui suis-je ».
    ça, c’est une violence qui induit par la suite la possibilité relative de répondre aux autres violences, à commencer par cette radicale blessure narcissique infantile de sentir sa dépendance totale à ses parents, sa fratrie, par laquelle se rejoue à tout instant l’indéfinissable pertede la jouissance toute quand on fusionne avec que d’être subjectivisé avec l’enigmatique grand Autretout pouvoir.

    je peux pas imaginer ce que c’est que d’être parent. mais conscient de trucs comme ça, je « conçois » que ça puisse être lourd à porter de « responsabilité »
    Freud avait répondu à une grande bourgeoise lui demandant conseil… « ça ne sera jamais bien de toute façon »… bon, il avait semble-t-il développé une peu quand même…

    Répondre
  3. saxo
    saxo dit :

    Bien ton billet Agnès…

    Tu décris avec brio l’absurde de la violence.
    Elle est dans la colère, dans la haine aussi, et surtout la violence originelle, celle qui prend naissance au sein de la famille.
    Etrangement, c’est dans ce cocon d’amour supposé que naissent les plus grandes passions destructrices… Violences conjugales, écrasement des enfants au motif de les éduquer, non respect des autres, absence d’écoute, dominations diverses…

    Ma fille a six ans, elle est entrée au CP cette année. En septembre, elle a déniché un cahier de vacances sur les émotions.
    On ne lui a rien dit, ni même lu, on a trouvé le cahier après coup.
    Sur une page, il y avait une grande poubelle de dessinée avec en légende : »mets tes émotions négatives dans la poubelle »…
    Dedans, elle a dessiné une petite fille terrorisée (mimique des yeux et de la bouche) et à côté un adulte bouche grande ouverte sourcils froncés la désignant du doigt. Quand on a trouvé le cahier, on lui a demandé ce que c’était et elle nous a répondu : « j’aime pas quand on me donne des ordres. »
    Ca promet.
    Mais je trouve que ça illustre assez bien le propos.

    Sur l’absence totale de « violence », je ne suis pas sûr non plus. Il est des limites à marquer. Jouer avec la bouilloire à trois ans ou avec le couteau de boucher peut éveiller des réflexes protecteurs assez violent chez le parent par exemple… Face à l’obstination provocatrice d’un enfant (tu lui dis de ne pas faire quelque chose et il le fait, le répète jusqu’à ce que tu pètes un plomb, par exemple), l’apprentissage du respect peut parfois aussi passer par le rapport de force.
    Par contre une explication est toujours nécessaire – c’est évident.
    Je me suis très rarement mis en colère face à ma fille. La colère est arbitraire et absurde. Par contre les 3-4 fois où ça m’est arrivé, j’ai mis un préambule (genre je compte jusqu’à 3) et je n’ai pas lâché l’affaire. Aujourd’hui, lorsque je lui demande quelque chose, la communication passe (la réciproque est vraie).
    Sa maman qui a beaucoup moins de patience que moi et crie facilement pour un oui ou pour un non a plus de mal à éviter la provo absurde de sa fille. Les enfants aiment aussi appuyer où ça fait mal. Qui aime bien châtie bien ne marche pas que dans un sens.

    Pour moi, la permissivité totale est l’autre extrême. Aussi absurde, et peut-être encore plus destructrice sur le long terme que la sévérité arbitraire. J’ai un copain dont j’ai connu les enfants lorsqu’ils avaient entre 5 et 10 ans qui s’émerveillait de tous leurs comportement (en plein concert, les mômes faisaient plus de bruit que les musiciens en avant scène, les parents au premier rang avaient le sourire jusqu’aux oreilles en regardant leur progéniture jouer avec leurs petites voitures, pas le reste des spectateurs, ni les musiciens…). Bilan, les mômes ont eu du mal à se lier d’amitié avec d’autres au collège et au Lycée et sont passés par des dépressions en devenant adultes. Trop narcissiques, pas assez de remise en question, pas assez de conscience/respect de l’autre… ça c’est mon diagnostique.

    L’éducation n’est pas une science exacte. Le rapport de force se reproduit au travers des générations et ne génère que dominations et frustrations, mais l’enfant doit aussi apprendre à respecter et écouter les autres. Et ça passe – peut être nécessairement (du moins pour certain(e)s) – par la confrontation.

    Répondre
    • paul
      paul dit :

      euh… « l’apprentissage du respect peut parfois aussi passer par le rapport de force. »
      euh…
      c’est quoi alors le respect ?
      nan parce que… rapport de force…
      ben : soumission…
      alors que
      autre orientation : faire attention… ça change ensuite… on explique à la suite du questionnement…
      finbon, j’suis pas parent hein…

      Répondre
    • saxo
      saxo dit :

      Mouaip, Paul.
      La différence entre l’humain et les grands primates auxquels fait d’ailleurs référence Agnès, c’est que les humains ont une capacité d’analyse qui dépasse celle des primates.
      Les primates n’ont pas à apprendre le respect, l’égalité ou l’omniprésence de l’ego. L’enfant (du moins certains) affirme son ego sans scrupules quand il découvre le monde qui l’entoure.
      Ma fille, a parfois du mal à comprendre (par exemple) que les autres peuvent communiquer entre eux sans qu’elle soit impliquée dans la discussion… (surtout en famille, hein?)
      Il ne suffit pas de lui dire gentiment. Si tu ne l’arrêtes pas de façon péremptoire, elle ne te laissera pas en placer une… La solution pourrait constituer à l’écouter, mais alors, c’est elle qui apprend à dominer (sa parole devient prioritaire, les autres ne peuvent plus communiquer).

      Dans ce sens, oui, le rapport de force (la position d’autorité de l’adulte par rapport à l’enfant qui lui indique les limites de son comportement, en haussant le ton s’il le faut – non pas en allant jusqu’à la scène décrite par Agnès, de domination et d’humiliation ultime) peut s’avérer nécessaire pour apprendre le respect des autres. La capacité d’analyse de la gamine fera le reste…

      Pour ce qui est d’être parent ou non, Paul, arrête. Parents ou pas, on est tous humains. T’as le droit d’avoir une opinion 😉 .

      Répondre
      • paul
        paul dit :

        euh… bon, si je comprends bien, le mot respect ça désigne l’idée de pas prendre toute la place dans un contexte ? de pas étouffer le contexte… en devenant « tout » du contexte ?

        Répondre
      • saxo
        saxo dit :

         » le mot respect ça désigne l’idée de pas prendre toute la place dans un contexte ? de pas étouffer le contexte… en devenant « tout » du contexte ? »

        C’est une lecture un peu stricte de ce que je dis… Disons que ça en fait partie, plutôt.
        Effectivement, respecter les autres, c’est entre autres, ne pas les étouffer.

        Répondre
        • paul
          paul dit :

          wouai, je tente de te faire préciser le sens que tu développes progressivement de ce terme…
          tenter d’en chercher un principe, voire plusieurs dimensions, productrices, structurantes… de sorte de sorte d’un allant de soi social vidé de sens par sa spectacularisation : tout le monde parle de respect, parce que ça permet de s’imposer comme ayant droit à expression, parce que « prouvant par cette référence » à être qualifié dans une catégorie du « bien ».
          Or, à l’observation, de un peu tout le monde… euh… je n’y ai jamais « cru », mais toujours « méfié », genre, « fais gaffe là ils ont un pouvoir avec leur mots, si tu « sens » pas comment reproduire leur truc, tu te fais dézinguer ». l’imaginaire humain c’est dangereux. donc faut le décripter. Jésus disait un truc rejoignant ça par « ils ne savent pas ce qu’ils font » lors de sa « passion »…
          j’suis sérieux. j’fais des raccourcis entre des analogies, donc c’est pas « exacte » comme « expressions ».
          le but c’est que progressivement, en émerge un « dire » plus explicite…

          Répondre
        • saxo
          saxo dit :

          Dis moi Polo, tu serais pas un peu parano des fois? 😉
          Sinon, c’est pas parce qu’un mot est vidé de son sens par des emplois abusifs que le mot n’a pas de signification.
          Le respect… Je pourrais aller chercher la définition du dictionnaire, mais disons pour moi (pour faire vite) que respecter quelqu’un c’est le considérer comme son égal (et certainement pas se soumettre à lui).

          Répondre
          • paul
            paul dit :

            euh… nan, j’insiste en fait… parce que c’est pareil, l’idée d’égalité… ben entre « sujet » c’est pas possible… y’a pas deux sujets « égaux », même à l’égard de la loi de la gravitation, y’en a qui s’en démerdent mieux que d’autres, sans pour autant s’en extraire…
            j’veux dire là que je ne me servirai pas d’un concept comme ça pour définir un machin relationnel comme votre concept de respect.
            réfléchir, ou creuser, comme ça peut se proposer à partir d’un article, témoignage, sur la question du rapport de contrainte psychique entre un sujet « obligé de l’autre », du fait de la dépendance de l’un à l’autre, surtout si on commence à ouvrir la question de la réciprocité de cette dépendance, et donc de la réciprocité de « l’obligation », qui ne peut pas être « égale », et encore moins identitque, entre un parent et « son » enfant, (j’ai pas dit enfant au sens de progéniture, lien génétique hein… simplement, enfant parce que il reconnait/identifie le parent comme celui dont il « dépend », et que ça induit aussi la dépendance du parent sur ce sujet enfant… et aussi « l’obligation »…)…
            la question de la « violence » dans tout ça, si vous cherchez autre chose qu’à vous redorer l’image sociale en racontant comment que ça vous « pose problème », donc si vous cherchez comme il me semble que vous le fait à nuancer et lier des questions, des « tenseurs », comme le rapport de force, le rapport de dépendance, le rapport à l’interprétation, à la plasticité psychique, en construction par vous à vos enfants…
            ben va falloir en passer par autre chose qu’un dictionnaire, même éthymologique, parce qu’il faut sortir, tout en partant de là, vu qu’on peut, précisément c’est pour ça qu’on n’a pas de liberté, de la reproduction de routine de langage, sans les détruire, sans les dénier, mais aller profond dans « le sens »…
            autrement, ben vous restez dans le mystère du fantasme « princept » « d’un enfant est battu… »

  4. smolski
    smolski dit :

    Saxo : « Sur l’absence totale de « violence », je ne suis pas sûr non plus. Il est des limites à marquer. »

    Oui, il faut marquer le rapport que l’on a avec elle. La violence et sa pacification sont une seule et même chose à gérer ensemble et non séparément, comme avec des codes de conduite, des lois absolues.
    L’exemple que tu donnes de cette famille extrême est un exemple où la violence n’est carrément pas gérée. Ce faisant, elle devient le produit type des violences familiales et sociales dont elle reproduit à contrario toute l’absurdité.

    En matière d’éducation familiale, ne confondons pas la déconstruction passive avec la permissivité suggestive, celle qui se nourrit du raisonnement partagé.

    🙂

    Répondre
  5. Sid
    Sid dit :

    Certes, la violence n’existerait pas si nous étions tous beaux et bons, naturellement portés vers les plus nobles choses et inclinés vers le Bien. Après tout, sans transgression des règles, pas besoin de sanction ! Une vision proche de Jean-Jacques Rousseau et de son Homme «bon par essence». Mais s’interdire de contraindre au nom de ça, à mon sens, c’est refuser le réel au nom d’une chimère qui sied à nos idéaux. La plupart des gens respectent-ils les limitations de vitesse par peur du flic ou parce qu’ils réalisent, en leur for intérieur, le bien-fondé de ne pas rouler à 70 dans un village pour éviter de renverser quelqu’un ? Dans la majorité des cas, il s’agit évidemment du premier cas.

    Égalitarisme oblige, la figure du parent, comme la figure d’autorité de manière générale, est dépréciée à notre époque. Nous avons certes pas mal de mauvais exemples, mais ce n’est pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain. C’est oublier que l’autorité n’est rien si elle n’est pas justice (la chose juste au moment juste, la sanction juste s’il y a besoin) et transmission (apprendre, faire comprendre). L’«auctoritas», étymologiquement, est garante de l’ordre, donc du bon fonctionnement du collectif. C’est paradoxalement en refusant cette chose qui aujourd’hui est appelée «violence» qu’on laisse faire la vraie violence, la violence aveugle, disproportionnée, narcissique, au service du «moi», qui est pure destruction.

    C’est un peu comme le parent (pour reprendre cet exemple) qui laisse tout faire à son enfant, pensant que le frustrer serait le blesser, et qui se retrouve avec un ado ingérable qui explose toutes les limites précisément parce qu’il attend qu’au moins une fasse dans sa vie, on lui en impose. Que le parent remplisse son rôle de parent, et non de pote.

    Répondre
    • smolski
      smolski dit :

      Sid : « l’autorité n’est rien si elle n’est pas justice (la chose juste au moment juste, la sanction juste s’il y a besoin) et transmission (apprendre, faire comprendre). »

      Apprendre et faire comprendre ne nécessite pas de violence ni de sanction sous quelqu’autorité que ce soit, sinon à contrario, c’est à dire enseigner que seuls ceux qui se font prendre sont des fautifs, et donc la hiérarchisation, l’inégalitarisme sans nuance, sources essentielles des violences publiques et privées.
      😉

      Répondre
      • Sid
        Sid dit :

        Bonsoir smolski !
        En fait, je m’aperçois que la question centrale de notre débat est: l’Homme a-t-il besoin d’être gouverné par un tiers ?

        Pour certains, la réponse sera «non», et votre raisonnement (par ailleurs juste) s’appliquera, mais en toute bonne foi, cela ne concerne qu’une infime minorité d’individus. Pour les autres, la transmission supposera un tiers, donc quelqu’un jugé comme digne de transmettre la connaissance, donc une figure d’autorité/un modèle, ce qui inclut une certaine forme de hiérarchie – pas forcément physique ou politique, mais au moins morale. Pour un processus d’apprentissage durable, ça s’accompagnera de cadres et de structures pour guider dans la bonne direction – choses que j’ai personnellement été très content de trouver (pour mieux m’en affranchir), et pourtant j’étais loin d’être un enfant difficile^^

        Car même comprendre, ce n’est pas forcément prendre la décision souhaitable ou raisonnable. Pour prendre un exemple récent: après avoir fait comprendre à une personne qu’il est dangereux de sortir dans une rue transformée en torrent, si celle-ci vous répond «je m’en fous, je sortirai quand même», que faites-vous ? Vous la contraignez en l’empêchant de sortir, ou vous considérez qu’elle a pris sa décision et vous la laissez partir ?

        La question mérite d’être posée car elle est révélatrice des deux grands types de société possible: société basée sur le groupe et la solidarité de tous ses membres, ou société basée sur l’individu et sa responsabilité.

        Répondre
        • smolski
          smolski dit :

          Sid : « société basée sur le groupe et la solidarité de tous ses membres, ou société basée sur l’individu et sa responsabilité. »

          Une société où l’individu est la base de sa construction n’est pas moins solidaire entre tous. La solidarité est une nécessité de survie aussi bien basée sur le groupe que sur l’individu, voire davantage dans le second cas.

          Pour faire image, je ne peux oublier ce reportage new yorkais où les passants enjambaient le cadavre ensanglanté d’une victime poignardée gisant au travers du trottoir.
          Pourquoi et comment agissaient-ils ainsi ?
          J’imagine que le sens de leur solidarité individuelle était annihilé parce qu’en tant que groupe de passant piétonniers, ils ne savaient/pouvaient pas s’impliquer individuellement. Ce cadavre n’était ni de leur caste (les passants), ni même de leur espèce, en quelque sorte.
          Là où un chien s’approcherait de lui-même, ces gens passaient par-dessus, limite en maugréant qu’il soit là à répandre son sang au travers du trottoir.

          Pour reprendre l’exemple des gens en voiture qui continuent de traverser des zones inondées, il me semble qu’il y a une similitude où ni le cadavre, ni l’eau d’inondation n’ont à être là parmi leur groupe de voisinage.
          Du point de vue de la solidarité, il semble donc qu’il n’y a pas d’avantage dans une civilisation inégalitaire composée de différents groupes sur une civilisation égalitaire groupée autour de toutes les individualités qui la composent, voire beaucoup moins !
          😉

          Répondre

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *