Parrainage

C’est en scannant de vieilles photos de famille ce WE pour les soustraire aux outrages du temps que je suis tombée sur lui. Je crois que c’est la seule photo où il apparait, le jour de mon baptême, alors qu’il tient ma version bébé dans ses bras. Je me suis juste demandé s’il savait au moment de cette photo ce qu’il allait me faire, près de 12 ans plus tard.


Ce doit être l’été 1982 ou 83, en fait, je ne me souviens plus trop de cette période de ma vie. Ce dont je me souviens parfaitement bien, c’est de cette lettre et de ce qui suivit, une lettre d’une apparente banalité où mon parrain m’invitait pour de petites vacances à Paris. À l’époque, je vivais déjà avec mes grands-parents dans le Gers. Quelques années plus tôt, j’avais partagé leur vie à Paris, sans que jamais le fameux parrain ne se manifeste. Pour autant que j’en sache aujourd’hui, c’était essentiellement un pote de beuveries et de courses de chevaux de mon grand-père. Comment ce genre de bonhomme peut-il se retrouver parrain d’une petite fille ? Cela reste encore un mystère pour moi aujourd’hui. Toujours est-il que le parrain mystère ressortait du bois après de longues années d’éclipse et que cela ne déclencha pas chez moi un immense enthousiasme. Je regarde donc cette foutue lettre comme si elle allait m’exploser dans les mains et je comprends bien que ma grand-mère a besoin que j’accepte l’invitation. Parce qu’elle est vieille et fatiguée. Parce que nous ne sommes pas très riches et que le parrain promet de rattraper toutes ces années d’absence en m’habillant pour la rentrée. Je dirais que c’est l’appât.

La seule chose dont je me souviens du voyage, c’est un malaise grandissant, juste au bord de la nausée et ce n’est pas là l’effet habituel de mon sempiternel mal des transports. Roger est un ami de la famille, un vrai celui-là, un vieux célibataire à la voix abîmée par de trop nombreuses Gitanes, un fier ouvrier de la région parisienne. Roger a toujours été là pour moi, jusqu’à ce que son vice favori n’emporte dans la tombe son grand rire rocailleux. Il aurait fait un bon parrain justement. Il égaye le voyage du mieux qu’il le peut, jusqu’à notre destination, une pâtisserie du Quartier Latin, pas très loin de la Grande Mosquée de Paris. On pourra toujours dire qu’il s’agit d’un souvenir reconstitué par le temps, par divers passages en boucle de ces instants, d’une réécriture d’adulte sur des faits qui ont été profondément refoulés par un enfant qui ne voulait plus se souvenir, qui voulait juste continuer à vivre normalement, mais je jure qu’au moment où la voiture de Roger s’est arrêtée devant chez mon parrain, j’ai juste eu une sensation de frousse immense qui m’est tombée dessus. Roger a dû sentir quelque chose changer dans l’air, parce qu’il a cru bon de me souffler dans l’oreille : tu sais, si tu ne veux pas rester, tu viens avec moi et je trouverai bien un moyen de te renvoyer chez tes grands-parents.

Combien avez-vous vécu de ces moments où vous sentez de manière parfaitement consciente et froide que tout va se jouer là, tout de suite, sur un souffle, sur un mot, sur une hésitation ? Combien de ces intersections de vie avez-vous dû traverser, les pupilles dilatées par la peur de se planter, le cœur affolé comme un oiseau en cage ? Je tourne en boucle sur le mode panique, il n’y a pas une seule fibre de mon être qui ne hurle pas l’absolue nécessité d’être ailleurs et non ici et maintenant et c’est pourtant un non merci qui tombe de mes lèvres, presque malgré moi.

La première chose que je vois, c’est la devanture d’à côté, un restaurant vietnamien devant lequel jouent des enfants. L’une des gamines, qui doit avoir presque mon âge, me fixe en silence d’un grand regard sombre, éteint, un regard qui me dit aussi de partir. Sur le trottoir, mon parrain récupère ma grande valise presque vide puis me tend une main qui se veut accueillante. Tout en lui m’inspire un profond malaise, que ce soit le sourire doucereux qui creuse ses bajoues ou son regard qu’aujourd’hui encore, je ne peux que qualifier de porcin, deux petites braises sombres renfoncées dans un visage rond et flasque. Pour accéder à son appartement, il faut traverser la pâtisserie qui sent divinement bon la tartelette au citron meringuée.

Je crois que nous sommes allés sur la Tour Eiffel, avec sa femme, mais je n’en suis même pas sûre. Je ne sais même pas combien de temps je suis restée à Paris. C’est un peu comme si j’avais vécu dans une maison de pain d’épice de conte de fées, entre les petits gâteaux et l’ogre du placard. Et puis, un soir, un ami de mon parrain nous a rejoints à la terrasse de la pâtisserie. Il doit avoir 18 ou 19 ans, guère plus, mais vu de mon âge à moi, il fait juste vieux, adulte. Il s’est affalé pratiquement en décubitus sur une chaise juste à côté de moi. Cette position et son jean serré ne laissent pas beaucoup d’ambiguïté quant à la taille de ses organes génitaux, ce qui provoque chez moi une gêne immense et accentue encore mon envie récurrente de ne pas être là, de ne pas exister, de me fondre dans le dossier de ma chaise ou dans une quelconque fissure du mur. Le garçon me regarde en coin tout en tapant fermement sur ses cuisses gainées pour inciter son petit caniche blanc à monter sur ses genoux. Je n’aime pas être là, je n’aime pas ce garçon, ses regards pesants et l’amusement manifeste de mon parrain devant la scène. Je dis que je suis fatiguée, que je veux aller me coucher, je me tortille sur ma chaise, mais mon parrain me demande de rester encore juste un peu. Je finis par me lever comme si mon siège n’était qu’une vaste fourmilière et c’est là que le garçon se redresse et annonce qu’il va rentrer chez lui. Mon parrain me demande de l’accompagner, il habite juste au coin de la rue. Je n’ai tellement pas envie d’être là, dans cette rue, avec ce garçon, que c’est un peu comme si je marchais à côté de mon propre corps, comme si je devenais spectatrice de ma propre existence. Le garçon s’arrête devant une large porte cochère qui s’entrouvre sur des ténèbres compactes. Je tente de rebrousser chemin, il m’entraîne dans l’immeuble et me colle contre un mur, plaquant tout son corps d’homme sur mon corps de gamine. Il me glisse des mots doux dans le creux des oreilles et tente de m’embrasser de force. La peur est immense. Elle m’oppresse encore plus que le garçon. La panique me fait me débattre, je repousse le garçon et prends la fuite aussi vite que mes jambes molles me le permettent. Le parrain m’attend devant la pâtisserie comme un bon gros matou et s’amuse manifestement de me voir arriver échevelée, à bout de souffle.

  • Alors, il t’a embrassé ?

Mais je ne réponds pas et cours me réfugier dans le débarras qui me sert de chambre, à l’étage.

Aujourd’hui encore, je pense que ce garçon était le boute-en-train de mon parrain, exactement comme me le décrira, bien des années plus tard, un vétérinaire du Haras du Pin, le petit gars bien fait de sa personne qui doit préparer la proie au festin du prédateur en chef.

  • Je viens te dire bonne nuit.

Je suis déjà en chemise de nuit quand mon parrain pousse la porte et remplit pratiquement tout l’espace disponible de sa corpulence. Le signal d’alarme qui tinte dans un coin de mon esprit depuis le jour où le facteur a remis cette fameuse lettre à ma grand-mère hurle littéralement dans ma tête. Il avance sur moi en tendant ses lèvres molles et écrase un premier baiser chuintant sur ma joue d’enfant. Je recule d’un pas pour pouvoir faire le tour et présenter l’autre joue, mais mes mollets butent sur le bois du sommier, me coupant toute retraite. Son visage lunaire s’approche du mien, je perds l’équilibre en arrière et il tombe de toute sa masse sur moi. Je suis écrasée par ses 120-130 kg, au bas mot, je ne peux plus bouger, je suis complètement coincée, à sa merci. Ses horribles lèvres flasques se promènent sur mon visage pendant que son haleine lourde envahit mes poumons. Je ne suis plus qu’un petit animal terrorisé. Je suis petite, seule et faible. Rien ni personne ne viendra me sauver, une coulée d’horreur pure tétanise mes muscles, coupe mon souffle et glace mon cerveau. L’autre gémit sur moi dans de petits couinements révoltants. Puis sa masse énorme bascule un peu sur le côté, probablement pour dégager la main avec laquelle il compte se débraguetter. Ce petit mouvement libère en partie ma cage thoracique, mes poumons s’emplissent d’un coup, la petite machine cachée derrière mes yeux en profite pour tourner à plein régime et d’un coup, je repense à un passage d’un bouquin de Mark Twain où Huckleberry Finn terrasse un type trois fois plus gros que lui par un puissant retroussé de nez. J’envoie la base de la paume de ma main de toutes mes forces vers le gros tarin de mon parrain. C’est quelque chose de purement instinctif, animal, même si c’est piloté par le souvenir lointain d’une lecture de gosse. C’est un geste totalement désespéré, mais c’est tout ce que j’ai. Le gros type se décolle brusquement de moi et sous l’effet de la douleur recule de 3 pas, jusqu’à l’autre bout du cagibi. Il n’y a pas de mots pour décrire la flambée de colère et de haine pure qui m’envahit brusquement, balayant ma terreur sous des flots d’adrénaline. Ma haine me consume et me guide. Je saisis à pleines mains une sorte de porte-parapluies en métal doré, peut-être du cuivre, qui est juste à la porte de ma chambre, un truc massif et presque aussi lourd que moi et je l’agite au-dessus de ma tête en poussant des hurlements de démente. Ceux qui me connaissent savent quelle est la puissance de mes cris. Je pense que personne dans le quartier n’a pu manquer ça. Je hurle et je brandis mon arme improvisée au-dessus de ma tête et je jure que s’il avait fait un seul pas vers moi, un seul geste, une seule esquisse de geste, je lui aurais éclaté sa gueule de monstre avec une joie sauvage. Mais il a préféré battre retraite et s’est glissé derrière la porte qu’il a refermée vivement.

Je ne sais pas combien de temps je suis restée debout sur le petit lit, les doigts crispés sur la poignée du porte-parapluies, prête à tuer quiconque oserait franchir le seuil de mon abri provisoire. Probablement le temps que l’adrénaline reflue dans mes veines, et que la peur, brute, compacte, reprenne sa place et ses droits, encore plus violente et obsédante qu’avant. Il allait me tuer. J’en étais sûre. Pourquoi m’aurait-il laissé vivre ? Pourquoi aurait-il laissé un témoin ? Il me faut fuir. Il me faut trouver un abri, ailleurs, vite. Mais comment ? Il est peut-être en embuscade derrière la porte. Il me faut traverser l’appartement, descendre dans le noir jusqu’au magasin, déverrouiller la porte dont je n’ai pas la clé, et puis quoi ? Traîner dans la rue en chemise de nuit ? Tout ça pour tomber sur le garçon ou un autre sale type ?  Je dois attendre le jour. Le moment où il devra ouvrir son magasin à la meute d’étudiants affamés. Là, il ne pourra pas m’arrêter. Et après ?

Mes mains tremblantes font l’inventaire de mes ressources : de quoi m’habiller, quelques piécettes et un ticket de métro. Je ne vais pas aller loin avec ça. Je peux aller au commissariat. Ils appelleront ma grand-mère. Mais où est le commissariat ? Où est la bouche de métro la plus proche ? Je ne m’en souviens pas. Demander à des gens dans la rue ? Je sais maintenant que je ne suis pas forcée de bien tomber.

J’ai bloqué ma porte avec une chaise et j’ai fini par m’endormir, tout habillée, sur ce petit lit qui me fait horreur. Le jour se lève. J’ai toujours peur, mais je suis encore vivante. Je me glisse dans le couloir en tremblant et je tombe sur sa femme :

  • Il a essayé de me violer !
  • Ne dis pas n’importe quoi, c’était juste un baiser d’enfant !

Évidemment, elle ne peut rien ignorer de ce qui se passe. Aujourd’hui encore, je pense que la pure crevure du lot, c’est elle, elle et son silence complice.

  • Je veux partir !
  • Bien, fais ta toilette et après, on appellera ta grand-mère.

Sous la lumière du jour, tout a l’air plus normal, plus banal. Je m’enferme dans la petite salle de bain et je coince la porte vitrée en poussant la machine à laver le linge tout contre. Je ne supporte pas l’idée que cette porte puisse s’ouvrir pendant que je m’active dans ma toilette de chat. Mon parrain n’est pas visible. Sa femme me tend une assiette de viennoiseries à laquelle je ne touche pas. J’ai encore peur que derrière toute cette banalité ne se cache un profond désir de me faire mal. Je ne mangerai plus rien dans cette maison, tellement j’ai peur qu’ils ne cherchent à m’empoisonner ou me droguer. Finalement, elle me tend l’un de ces fameux téléphones à cadran. Je demande à ma grand-mère d’une voix blanche de venir me chercher, maintenant, tout de suite. Étrangement, elle ne me pose aucune question, ne discute rien, comme si elle se doutait. Elle arrivera le soir même, gare Montparnasse, par le premier train qu’elle a pu prendre. On repart par le train de nuit, couchettes en première classe. Elle n’a pas vraiment les moyens, mais on ne partage le compartiment avec personne. Je peux enfin dormir. Je peux enfin oublier.

Jamais elle ne me posera la moindre question. Jamais elle ne me reparlera de ce séjour. Tout le monde fera exactement comme s’il ne s’était rien passé. Ce qui est le cas, quelque part.
J’ai longtemps repensé à la petite fille du restaurant d’à côté et à son regard vide. J’ai même pensé plus d’une fois à balancer mon parrain. Mais j’avais quoi ? Pas de blessures, pas de coups, pas de pénétration. Rien que des bribes de souvenirs qui s’effilochent avec le temps, rien qu’une totale incapacité à vivre dans mon corps ou à jouer de séduction dans ma vie de femme. 10 ans plus tard, je suis retournée à la pâtisserie de mon parrain. Elle n’était plus là. Il n’y avait plus rien, comme si rien n’avait jamais existé. Je pense parfois à ce prédateur que j’ai laissé trainer dans la nature. Je pense aussi que j’ai eu une chance immense. La chance de ne pas avoir été une victime, finalement, la chance d’avoir survécu, la chance d’avoir tout de même pu me construire une vie amoureuse, la chance d’avoir conservé, bien au fond de moi, intacte, cette petite boule de colère pure, brute, à laquelle je viens parfois me réchauffer quand tout va mal et quand je suis tentée de baisser les bras.
La chance, dérisoire et réconfortante, de n’avoir jamais cessé d’aimer les tartelettes au citron meringué.

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67 réponses
  1. Christine
    Christine dit :

    "Tout le monde fera exactement comme s’il ne s’était rien passé. Ce qui est le cas, quelque part." Oh non, ce n’est pas le cas.

    Que de complices pour laisser faire les salauds.

    As-tu au moins été habillée pour la rentrée ? 😉

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  2. ML
    ML dit :

    Respect pour le courage et le détachement -acquis, appris- avec lesquels vous pouvez désormais évoquer avec justesse cette petite fille terrorisée et cet amour intact de la tartelette au citron meringué.

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  3. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    En fait, je le trouve moyen mon détachement. Depuis que j’ai fini ce billet, j’ai les mains qui tremblent etje ne suis pas coutumière du fait. J’aurais peut-être dû attendre 10 ans de plus avant de faire face à mes vieux démons.

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  4. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    La bonne nouvelle (parce qu’il y a toujours une bonne nouvelle, en grattant bien), c’est que la nana de l’URSSAF a été exquise et m’a même expliqué comment ne pas payer les pénalités de retard ou comment faire étaler mes paiements si je suis trop dans la mouise. Très civilisée. A tout de même admis que j’étais très très loin d’être la seule dans la merde.

    D’ailleurs, n’hésitez pas à utiliser abondemment le bouton de don, en haut, à droite 😀

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  5. John
    John dit :

    C’est l’affaire Polanski qui remue ces souvenirs ?
    Et Frédéric Mitterrand qui vient à son secours !
    Je croyais qu’il se tapait plutôt des petits garçons, lui .

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  6. Louis siffert
    Louis siffert dit :

    Parfois, il n’y a qu’une petite différence entre un dogue écumant et un homme : le chien écume moins.
    Dans les 2 cas tu as fait renoncer l’assaillant : ce sont des victoires acquises paradoxalement grâce à la peur. Ce n’est donc pas de la chance mais des raisons de ne pas employer l’adjectif ‘fragile" pour désigner ton ego.

    "c’était juste un baiser d’enfant !"
    Ou a-t-il été lui-même "juste" un enfant baisé? Ce qui pourrait expliquer qu’il ait battu en retraite aussi facilement pour un type de 130kg (puisque manifestement le plus gênant n’était pas que quiconque ait manqué la scène).

    "la chance d’avoir conservé, bien au fond de moi, intacte, cette petite boule de colère pure, brute, à laquelle je viens parfois me réchauffer quand tout va mal et quand je suis tentée de baisser les bras."
    La colère est un sentiment à double tranchant : si elle peut être salvatrice elle peut aussi te consumer. On peut aussi baisser les bras d’une certaine manière à cause de la colère car si elle est omniprésente et non conscientisée ou mal orientée, elle mène inévitablement à des échecs qui feront baisser les bras.

    "j’ai les mains qui tremblent"
    Tu dois être en manque de tartelettes au citron meringuées 😉

    "J’aurais peut-être dû attendre 10 ans de plus avant de faire face à mes vieux démons."
    Tu peux aussi attendre d’être six feet under pour ne rien révéler et faire une victime collatérale en transmettant inconsciemment une émotion inconnue et négative à ta descendance. Le bon moment c’est celui qu’on peut choisir. De toute façon, il doit y avoir "un moment" …. à un moment ou un autre.

    Bon, je vais prendre une pâtisserie moi.

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  7. Patrick
    Patrick dit :

    Ah bin je suis rudement content d’apprendre que finalement c’était pas un dogue bavant, la nana de l’URSSAF, et qu’elle a sortie "la" solution de déblocage de la situation de son tiroir.

    Pour le reste de ton texte… bin… j’envoie mon affection, j’ai rien de mieux, là tout de suite.

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  8. ko
    ko dit :

    Glup, pas grand chose à dire sur la terrible histoire, si ce n’est que tu as eu la force de repousser le monstrueux assaillant ; ce n’est pas rien. Et la capacité aujourd’hui de regarder tes souvenirs en face, de les partager même, c’est encore moins pas rien !

    Quant à l’URSSAF, j’allais te le dire ici ou là, on s’en fait toute une idée, mais ce sont des gens absolument adorables (en tout cas chez moi, et manifestement chez toi, mais aussi chez ma mère du temps qu’elle bossait encore, ce qui commence à faire beaucoup). On croirait pas, comme ça, mais en fait sont pas là pour nous couler, mais pour nous "aider"… (en même temps, si on coule, on paie plus, et leur objectif, c’est quand même qu’on leur donne des sous, même si ça prend plus de temps que prévu…). Ils soignent leurs robinets à flouze, même si ce ne sont que de toutes petites rigoles…

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  9. chrischris
    chrischris dit :

    Je te salue Marie

    Au nom de tous ceux qui ont subi la torture, le viol, l’humiliation, la ségrégation…

    Je te salue Marie

    Au nom de tous ceux dont la liste serait trop longue…

    Et je me demande bien ce que les commissariats peuvent bien avoir à faire dans cette histoire…si balayer devant leurs portes déja.

    Répondre
  10. Germinal
    Germinal dit :

    Comme pour les chiens, il y a les gentils et les fauves. Les plus agressifs en apparence ne sont d’ailleurs pas toujours les plus méchants…

    Certains humains portent sur leur visage leur laideur morale. Ton "parrain" devait être de ceux-là, puisque tu sembles avoir eu une sorte de prémonition à son sujet. En tout cas, bien obligée de se méfier, après ça.

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  11. tal
    tal dit :

    Dommage que certains ne savent apprécier le charme d’un enfant sans en abimer sa magie, c’est pourtant malheureusement si fréquent qu’il faille en appeler à la justice pour rappeler cette évidence.

    Répondre
  12. jardin
    jardin dit :

    Je suis encore toute tremblante, moi aussi, de ton billet, sans avoir pourtant jamais rien vécu de tel. Juste des situations un peu ambigües, des bisous bizarres, on a une sorte de sixième sens qui nous dit à la fois de nous écarter et de nous taire, sans même avoir compris pourquoi.

    Et j’ai beaucoup d’admiration pour la fillette que tu étais: pas froid aux yeux, de bons réflexes, de la détermination, j’en aurais sûrement été incapable en cas de besoin.

    Accessoirement, je ne pourrai plus jamais utiliser le mot "boute en train"!

    Répondre
  13. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Ce que mon parrain ne pouvait pas savoir, c’est que j’avais déjà eu le droit à ce genre d’enfance qui te fait la couenne dure, ce genre d’enfance auquel on survit. Cela dit, c’est plus la terreur qu’autre chose qui m’a permis de me défendre, la terreur et de saines lectures. Je n’arrive plus à me souvenir si l’épisode du nez retroussé est dans Tom Sayer ou Les aventures de Huckleberry Fin, mais quoi qu’il en soit, ce genre de bouquin qu’on est toujours bien avisé d’offrir aux enfants que l’on aime.

    Maintenant, si on prend un peu de recul, on sait qu’une femme sur deux, tout au long de sa vie, sera victime d’une agression à caractère sexuel. Ce qui signifie qu’il y a probablement beaucoup d’hommes qui aiment et vivent avec des femmes qui ont eu à subir ce genre de chose, n’ont jamais réussi à en parler et qui ont donc des silences, des pudeurs et des peurs que leur compagnon ne peut comprendre. En tant que femme, et bien qu’une grande partie de ma personnalité s’est construite autour de ma capacité à survivre au merdier, je garde tout de même quelques incapacités qui affectent ma sexualité, mes sentiments, même si cela s’améliore avec le temps (cool, je vais être une grand-mère totalement débridée qui fait tournoyer sa culotte-gaine au-dessus de sa tête blanche!). En tant que mère, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour que ma fille soit capable de se défendre dans la vie, contre ce genre d’abus, bien sûr, et la vaste connerie humaine en général (je sais, je suis très ambitieuse!).

    Plus qu’une catharsis, j’ai écrit ce papier pour toutes celles qui se taisent, se murent dans la honte et la peur, toutes celles qui vivent dans un corps qui leur est devenu étranger, toutes celles qui ne supportent pas le regard des hommes, surtout admiratif, toutes celles qui ne peuvent s’abandonner, qui ne peuvent lâcher prise quand elles tombent enfin sur le bon, toutes celles dont la vie de femme ressemble à un chemin de croix, toutes celles qui, parfois, ignorent pourquoi leur vie de femme ressemble au désert du Tartare, toutes celles qui souffrent pendant l’amour, en ont peur, en sont dégouttées.

    Répondre
  14. Alexandria
    Alexandria dit :

    RÉVOLTANT !!! MAGNIFIQUE !!!
    Ce sont les deux mots qui se sont imposés à moi en te lisant, Agnès. Non seulement, tu es peut-être sur le chemin d’une libération personnelle, mais tes mots extraordinairement justes sont probablement en train de faire naître et grandir beaucoup d’autres libérations intimes…
    RÉVOLTANT !!! le salaud, la marche au supplice, dont tu nous donne à toucher ta prescience… MAGNIFIQUE !!! ton intelligence du combat, ton courage, ta victoire sur l’ordure… RÉVOLTANT !!! le silence autour de de ce qui s’est passé, aurait pu se passer, sans que personne n’ait essayé de savoir. LÂCHETÉ…
    J’ai souvent eu envie de te dire merci ; je l’ai fait, parfois. Je suis heureuse et fière d’avoir la chance de te lire, et celle, plus grande encore, de pouvoir te parler.
    MERCI.

    Répondre
  15. phenix
    phenix dit :

    Au nom de "toutes celles qui…" merci
    merci d’avoir su mettre des mots sur des non-dits
    merci d’exister
    merci d’avoir le courage de transmettre
    merci pour ce tsunami d’émotions que la lecture de vos mots a provoqué
    merci

    Répondre
  16. monsieur x
    monsieur x dit :

    Pourquoi ne dit-on pas aux enfants et aux petites filles en particulier que le méchant loup n’est pas toujours au coin du bois?

    Attention aux papas,aux tontons,aux parrains,aux grands pères,aux curés…
    Le danger vient plus souvent des proches,des connus, que des marc dutroux. Même si cela existe bien entendu.

    Merci pour votre témoignage Agnès.
    Témoignages qui vient apres tellement d’autres, que nous finissons par nous demander qui n’a jamais été agressé?
    Pas seulement les viols ,mais les tentatives ,les harcelements,les baisers "volés",les attouchements etc…

    Répondre
  17. jardin
    jardin dit :

    "Attention aux papas,aux tontons,aux parrains,aux grands pères,aux curés…" (monsieur x, 24)

    Oh que non, monsieur x! il a bien été constaté que cette méfiance tous azimuts, indéterminée et vague rend au contraire les enfants très vulnérables.

    La seule chose qu’il faudrait absolument leur apprendre, c’est qu’aucun adulte, même le plus aimant et le plus aimé, n’a tous les droits. Que savoir dire NON est une indispensable qualité et pas du tout un défaut, ainsi que savoir se rendre compte qu’on a envie de dire non, car les enfants peuvent facilement être trompés sur leurs propres sensations et sentiments. Les adultes les embrouillent "Oh, il ADORE sa petite soeur!".

    L’autre chose dont il faudrait s’assurer, c’est que chaque enfant ait accès un adulte à qui il peut faire confiance, pas seulement pour intervenir mais aussi pour le faire à bon escient, voir même NE PAS le faire dans certains cas, se contenter de le protéger. Chacun de nous peut être cet adulte pour un enfant de son entourage.

    Agnès donne l’exemple (fréquent) d’une adulte qui ne réagit pas, mais j’ai aussi entendu des enfants expliquer à postériori leur silence par "Mon père l’aurait tué" ou "Cela aurait trop fait de peine à ma mère". L’absence de réaction, mais aussi la sur-réaction incontrôlée peuvent enfermer un enfant dans le silence. Parfois, la peur de NUIRE à l’agresseur.

    Mais oui, c’est important que NOUS, adultes, nous sachions que les pires abus ont lieu dans un cercle familier, voire familial. Parce que s’il s’agit d’un complet étranger, le plus souvent, l’enfant parle très vite et/ou se protège très bien.

    Répondre
  18. florence
    florence dit :

    Bravo et merci ! Vous ferez du bien à toutes les victimes qui vous liront. Il faut parler, parler, parler. La parole libère, le silence perpétue la torture.

    Répondre
  19. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Effectivement, ma grand-mère m’a élevé dans la peur du prédateur… toujours le monstre inconnu qui guette dans les fourrés. Et vlan, c’est une personne de confiance qui tente de me faire ma fête! J’en ai effectivement retenu qu’il ne sert à rien d’avoir peur de tout, il faut surtout apprendre à n’être pas une victime.

    À l’âge adulte, j’ai été suivi à deux reprises, tard dans la nuit, par des hommes seuls aux semelles silencieuses. Très important, la semelle silencieuse. Surtout, ne pas accélérer le pas, surtout, ne pas avoir un comportement de victime, ne pas leur offrir le moindre début de satisfaction, comme le très excitant spectacle de notre peur. Les surprendre. Les deux fois, je me suis brusquement arrêtée, j’ai fait demi-tour et j’ai marché vivement vers eux. Les deux fois, ils se sont enfuis. Pas sûr que ça marchera une troisième fois, mais en tant que comportementaliste, je pense qu’en dehors des pratiques d’auto-défense, c’est encore la meilleure carte à jouer.

    Alors, après tout ça, vous pensez bien que je n’allais pas me laisser emmerder par un foutu clébard!

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  20. brruno
    brruno dit :

    révoltant,magnifique :oui
    quand vous deciderez-vous à écrire des livres(nouvelle,romain,etc) car (bien ou mal) là est votre destin,écrivaine
    un humble lecteur

    Répondre
  21. paul
    paul dit :

    y’a des hommes, des petits garçons, à qui ça arrive aussi…

    moi il ne m’est rien arrivé : juste le regard lourd et libidinale de femmes laides et graisseuses ou pas qui me faisait fuir très vite…

    mais ce qu’on connait plus couramment en tant qu’homme, en tant que petit garçon, c’est l’éducation à la rivalité violente constante comme fondement de sa virilité, sans quoi on n’est pas "reconnu par autrui et par le groupe, hommes et femmes confondus.

    du côté des petits garçons, on est soumis très jeune à l’obligation de subir la violence des autres, soit comme rival, parfois vainqueur, soit comme victime, mais qui s’est soumis à la confrontation violente et a fait mine de se défendre ou d’y participer, sans quoi, on est moins qu’une femme…

    j’ai passé mon enfance aux récréations dans la coure de récréation de l’école normale du centre ville bourgeois, planqué dans les chiottes : je n’avais pas d’amis et en plus j’avais déjà un fort accent parisien dans une ville de province détestant les parisiens, et j’étais petit…

    plus tard, j’ai découvert une première force : celle de ne pas s’identifier à l’espèce humaine et de perdre toute inhibition en cas d’agression… puis d’être craint, parce que si je me bat, ce n’est pas pour affronter l’autre, ce n’est pas pour me mesurer à l’autre, c’est parce que je ne peux pas le fuir et qu’il faut que je l’élimine… après, on me foutait la paix totalement pour les années suivantes si je ne changeais pas d’école… mais je restais totalement seul…

    je n’ai jamais développé de vie amoureuse. et ce que les femmes m’ont toujours reproché, c’est de n’avoir pas intégré les schémas de masculinité en cours…

    Répondre
  22. Krysalia
    Krysalia dit :

    Ce qui s’est passé, ce n’est PAS rien, même si je comprends pourquoi tu dis rien. C’est le rien des autres, celui des scientifiques armés d’un mètre ruban et d’un appareil photo. Celui des proches qui disent "c’était juste", qu’on aurait pu traduire par "c’était rien que". C’est le rien du silence.
    Alors on dit "après tout ce n’était rien" puisque qu’on est bien obligé de constater que du point de vue de la terre entière, c’est de rien qu’il s’agit. Les cons.

    Pour celles qui culpabilisent à l’idée de n’avoir pas pu réagir dans un moment aussi crucial, ton texte est précieux également. Ca permet de se libérer du fantasme que si l’on avait eu le courage d’agir, alors on n’éprouverait aucun malaise, on aurait repris l’évènement en main, rien n’aurait pu nous atteindre et on n’en serait pas abîmé. C’est ce fantasme qui ressemble à ce qu’on voit dans les films ou les jeux, où l’on s’imagine knocked down au premier round, reprenant son courage à deux mains et triomphant du boss de fin, pour enfin se voir partir dans le soleil couchant l’esprit totalement serein et intact.
    C’est ce fantasme malsain qui revient toujours à la même chose, insinuer qu’on était responsable quelquepart du bon ou du mauvais passage de cette épreuve (entre autres responsabilités mal attribuées). Ton texte aide à comprendre que c’est l’acte lui même qui détruit, et pas une éventuelle incapacité de la personne à s’en protéger.

    Avec quelques "si j’avais pu", "j’aurais du" et "il aurait fallu" en moins, on se sent un peu plus léger…

    Répondre
  23. marat
    marat dit :

    merci pour ce texte, une fois de plus, si touchant et personnel…
    Hélas, cela est si fréquent…j’ai moi même vécu une expérience de ce type, à un âge ou l’on est insouciant…et pourtant je suis un homme!

    Répondre
  24. M
    M dit :

    Puisqu’il n’ y a pas encore prescription, pourquoi ne pas tenter quelque chose en justice ? Si toi tu t’en es bien sortie, combien sont restées sur le carreau ? Je n’écris pas celà pour te culpabiliser, bien au contraire, la chance, la vie te donne une carte à jouer…
    Je n’ai pas été agressée jeune, mais plus tard, je rentre dans les statistiques, j’ai laissé courrir de nombreuses années avant de laisser une trace indélébile sur le casier judiciare de l’agresseur…ça n’efface pas l’acte ni la souffrance, mais en déposant plainte, je me suis rendue compte plus tard que je n’étais pas la seule…Bon courage 😉

    Répondre
  25. chrischris
    chrischris dit :

    C’est vrai qu’envoyer des pointeurs en prison, ça régle le probléme …hein les bonnes âmes de gôche.

    La justice qu’on regarde avec dédain lorsqu’elle vous envoie ses CRS, devient trés fréquentable lorsqu’il s’agit de la cause féministe.

    Ca fait penser au fond à ces gens de droite qui sont pas trop pour la peine de mort , sauf bien sûr lorsqu’il s’agit de meutriers d’enfants ou de violeurs.

    La thérapie, ça fonctionne pourtant pour les bourreaux comme pour les victimes : en commençant pas cesser de s’apitoyer sur soi-même.

    Répondre
  26. Françoise Boulanger
    Françoise Boulanger dit :

    " La chance, dérisoire et réconfortante, de n’avoir jamais cessé d’aimer les tartelettes au citron meringué. "

    C’est cela la résilience dont parle Boris Cyrulnik. 😉

    Certaines personnes parviennent à se servir des plus grands traumatismes de la vie pour construire une personnalité si forte et si riche, qu’elle peuvent réussir là ou d’autres échouent.
    Tu en fais partie, Agnès, et tes écrits apportent toujours le plus grand réconfort.

    Un simple merci et beaucoup d’admiration pour la valeureuse petite princesse que tu es restée.

    Répondre
  27. satya
    satya dit :

    voici un témoignage significatif sur la peur et de son importance, la peur est un élément essentiel pour chaque être humain, hélas nous n’apprenons pas comment la comprendre et l’utiliser. nous sommes plutôt "entrainéEs" à avoir honte de nos peurs au lieu de les apprivoiser et de les valoriser à leur juste place.

    je ne me souviens plus si tu lis l’anglais mais il existe un très bon livre sur ce sujet en anglais: the gift of fear: survival signals that protect us from violence de gavin de becker.

    Répondre
  28. chris
    chris dit :

    """Certaines personnes parviennent à se servir des plus grands traumatismes de la vie pour construire une personnalité si forte et si riche, qu’elle peuvent réussir là ou d’autres échouent.
     » » »

    Merci, c’est plus réconfortant pour l’espèce humaine de pouvoir lire cela, que de devoir tristement se contenter de la médecine "de la trace indélibile sur le casier judiciaire" ( d’un coupable ou d’un innocent d’ailleurs).

    Répondre
  29. jardin
    jardin dit :

    Se construire une personnalité forte et riche à partir de ses souffrances… on sait pas très bien comment ça marche, pourquoi certains basculent vers le pire, d’autres vers le meilleur, beaucoup se contentant, et c’est déjà énorme, de vivre une vie acceptable.

    Une constante pourtant, ceux qui vont vers le meilleur ont eu dans leur entourage ou ont rencontré quelqu’un qui les a reconnus à part entière, quelqu’un pour qui ils ont eu de la valeur.

    On voit, hélas, que plus la personne se dégrade, moins elle a de chances de faire cette rencontre. Donc, si peu que ce soit, apporter son attention à quelqu’un, c’est peut-être lui donner sinon sa chance définitive, du moins une chance supplémentaire.

    Je suis comme toi, chris, je trouve maigre et pauvre la satisfaction de laisser une trace indélébile sur un casier. Dans le cas d’un vrai prédateur, comme il semble bien que ce soit le cas du "parrain" d’Agnès, on peut par contre, comme elle, se demander… à qui il va nuire ensuite. On peut espérer que le hurlement qu’elle a poussé lui a cassé la baraque au moins dans son quartier, car même si les gens "savaient", ils n’ont plus pu ensuite faire semblant de ne pas savoir. La jeune vietnamienne au regard sombre en a peut être bénéficié.

    Répondre
  30. chris
    chris dit :

    Et il n’est pas inutile de rajouter qu’il n’ y a jamais eu dans ce pays : la moindre volonté, et ce d’aucun bord politique d’ailleurs, quant à une stratégie de prévention et de soins.

    On se contente, tel à l’époque romaine, de jeter ces gens dans des fosses aux lions et de s’exclamer d’indignation lorsqu’ils ressortent un jour pire qu’avant.

    Et de rappeler le gachis d’Outreau pour témoigner de la confusion qui régne et de la tragédie du nombre d’innocents embastillés avec sévices compris.

    La prescription, il suffit de s’y connaitre un peu en matiére de justice, pour l’approuver !

    Il faut bien considérer qu’à chaque fois que la presse se repait de ce genre d’histoires de moeurs : les fausses plaintes, les réglements de comptes et autres divorces facilités affluent – avec la complicité des avocats d’ailleurs.

    Mon éditeur croule de demandes réguliéres quant à des récits ""trés vendeur"", mais dont la simple lecture est souvent plus qu’inquiétante quant aux pathologies mentales évidentes de leurs auteurs. Sans compter les mythomanes prêts à détruire des vies pour devenir enfin célébres.

    Quoi de plus facile que d’accuser 30 ans aprés lorsque l’on sait bien qu’il sera impossible de reconstituer quoique ce soit de tangible.

    Je ne crois donc pas que ce soit de cette façon que les vraies victimes puissent se reconstruire. Il y a des thérapies tout autres.

    Répondre
  31. Françoise Boulanger
    Françoise Boulanger dit :

    Agnès, je viens d’aller lire ton billet écrit en 2007 : "Nous sommes tous des pédophiles." Titre volontairement provocateur pour inciter à la lecture de ton analyse : ça marche, la preuve !

    Tout à fait d’accord avec toi pour dire que la pédophilie n’est pas liée à une quelconque prédisposition génétique.
    Deux personnes ont, me semble-t-il, la meilleure vision qu’il soit de notre évolution, notre éducation.
    Boris Cyrulnik, dont je parlais pour la résilience plus haut, a expliqué le rôle des personnes tuteurs dans notre construction, que ce soient des personnes réelles ou des personnages virtuels (justement, les héros dont tu parles dans ton récit !) ; la caractéristique étant que chacun se choisit ses tuteurs. Ce sont eux qui créent le lien affectueux dont nous avons besoin de façon vitale. (Il a été prouvé que des bébés correctement nourris mais sans aucuns contacts tactiles, que ce soient de petits humains ou de petits mammifères, se laissaient tout simplement mourir… Mieux, pour accélérer l’amélioration de l’état de santé des grands prématurés, il est maintenant "prescrit" de les bercer !) La seule nourriture essentielle est tout simplement l’amour, l’affection : ni plus ni moins la reconnaissance de son existence.

    Une autre personne, également psychiatre, pédopsychiatre même, a écrit un livre " la famille dans tous ses états ", où elle donne une vision bien plus lucide de la pédophilie que celle que nous avons habituellement, au 1er degré. Caroline Eliacheff explique la nécessité absolue de bien séparer les générations avant tout. Aussi bien chez les femmes que chez les hommes d’ailleurs…
    Plutôt que de t’envoyer vers le billet sur mon blog où je parle de ce sujet (à la suite de l’échange entre DCB et F. Bayrou), je vais te mettre son texte en entier. Dans le commentaire suivant, ce sera plus simple.

    Personnellement je voudrais dire ceci : L’acte de pédophilie a toujours été à mes yeux, l’acte le plus révélateur d’un mal-être total chez la personne incriminée.
    Merci donc de bien vouloir lire le texte de Caroline Eliacheff dans son entier, avec une attention responsable.
    Car si l’on comprend enfin qu’il suffit de bien séparer les rôles et les responsabilités de chacun pour lutter contre cette perversion, c’est un grand progrès dans la connaissance de notre fonctionnement. Ce sont des mécanismes faciles à corriger ou à prévenir.
    Et si tu permets, Agnès, je vais rajouter qu’à mon avis, les pervers narcissiques apparaissent aussi par une erreur d’éducation. Ce sont des gens qui, enfants, ont été trop adulés, trop protégés, jamais soumis à la moindre contrainte. Trop aimés, donc également mal aimés. Et fortement déstabilisés.
    La meilleure éducation semble être l’équilibre entre l’amour et la frustration bénéfique : donner des limites !

    Répondre
  32. Françoise Boulanger
    Françoise Boulanger dit :

    " Curés, instituteurs, réseaux : la pédophilie semble devenue la principale menace qui pèse aujourd’hui sur les enfants. Fantasme ou réalité ?

    Qu’est-ce qu’un pédophile ? Etymologiquement, c’est quelqu’un qui aime les enfants. Tout simplement. Mais nous l’entendons comme quelqu’un qui aime trop les enfants. Au nom de cet amour, le pédophile transgresse les limites entre adultes et enfants, notamment sexuelles. L’amour n’est donc pas un critère valable pour définir une relation licite entre adulte et enfant.

    Les pédophiles dont on parle dans les médias à travers les faits divers et les procès sont toujours des hommes. Mais grâce à nos patients, nous savons qu’il existe une pédophilie féminine, beaucoup moins visible. Elle n’est l’objet d’aucune répression sociale et encore moins judiciaire. On n’en entend pas parler du tout. Sa définition même nécessite quelques explications.

    Dans une famille, tout adulte occupe vis-à-vis d’un enfant une place générationnelle : père, mère, oncles, tantes, grands-parents, cousins. Les enfants sont aussi en contact avec les « ami(e)s des parents ». Ils n’ont pas de liens de parenté mais ne sont pas de la même génération qu’eux. Plus largement, dans la société, tout adulte occupe le plus souvent une position professionnelle vis-à-vis d’un enfant : nourrice, enseignant, médecin, commerçant, pour ne citer que quelques exemples. En famille ou dans la société, cette place réfère l’adulte à un tiers : dans la famille, la mère est référée au père, et réciproquement ; dans la société, l’enseignant est référé à l’Education nationale, le curé à l’Église, les amis aux parents, et le juge à la Justice. Lorsque l’adulte exclut ce tiers, il court le risque de transgresser les limites imposées par sa position générationnelle ou son métier. Il se trouve alors en « position pédophile » vis-à-vis de l’enfant. C’est le cas d’une mère excluant radicalement tout tiers, et en particulier le père, dans sa relation avec l’enfant. C’est aussi le cas du père incestueux qui exclut la mère et séduit ses enfants. De même pour les enseignants, hommes ou femmes, lorsqu’ils oublient qu’ils sont enseignants ou abusent de leur position professionnelles pour transgresser les limites imposées. Ceux qui gardent le secret quand un enfant s’est confié à eux se font leurs complices et, de ce fait, abusent d’eux.

    Allons plus loin : tout ce qui annule la distance nécessaire entre un adulte et un enfant rend cet adulte pédophile, au sens où il est identifié à l’enfant et non plus au tiers séparateur. Il ne perçoit plus de différence entre l’enfant et l’adulte qu’il est dans la réalité. En ce sens, les femmes peuvent être aussi pédophiles que les hommes.

    La pédophilie ayant existé de tout temps, on peut se demander, sans bien sûr le regretter, pourquoi notre société ne la tolère plus. Il existe probablement plusieurs facteurs. Le premier, même s’il parait banal, est le suivant : notre vision des adultes et surtout des enfants a radicalement changé. Il n’y a pas si longtemps, le but avoué de l’éducation était de dresser les enfants et de mater leurs mauvais instincts. Les adultes issus de cette éducation avaient toujours raison ; ils étaient parfaits. Il était impensable de les soupçonner du moindre acte illicite envers les enfants, même (et surtout ?) si quelques courageux osaient se plaindre. Les enfants étaient toujours des menteurs, les adultes jamais. Le proverbe « La vérité sort de la bouche des enfants » n’était plus valable quand les enfants osaient se plaindre des adultes.

    Aujourd’hui, le but de l’éducation est l’épanouissement de l’enfant. Grâce aux psychanalystes et aux chercheurs scientifiques, on reconnaît aux enfants, dès la naissance, toutes sortes de compétences et parfois même toutes les vertus.

    L’autorité des adultes, surtout celle des parents et des éducateurs, en a pris un coup. Auparavant, ils n’avaient que des droits et, quand ils en abusaient, ils n’étaient jamais sanctionnés. Maintenant, ils n’ont que des devoirs et sont placés sous la surveillance vigilante de la société au moindre manquement. Quand on observe jusqu’où peut aller la prévention de la maltraitance des parents, on voit bien qu’implicitement certains pensent que la principale menace qui pèse sur les enfants, ce sont les adultes et, parmi eux, les parents.

    Le second facteur qui expliquerait la répression de la pédophilie serait une crainte diffuse de l’indifférenciation générationnelle. En luttant contre la pédophilie, nous luttons contre le fait qu’un adulte se considère comme un enfant ou qu’il considère l’enfant comme un adulte. Or nous vivons justement dans une société où l’indifférenciation générationnelle est devenue une valeur : on reconnaît aux enfants bien davantage de droits que de devoirs que l’on omet de leur rappeler ; les petites filles singent les femmes de plus en plus tôt, la transmission de certains savoirs s’est inversée quand les enfants initient leurs parents à l’informatique ou programment le magnétoscope qu’aucun adulte ne sait faire marcher. Du côté des adultes, le culte de la jeunesse et la hantise de vieillir -alors que justement on vit de plus en plus en plus vieux- conduisent hommes et femmes à se donner éternellement les attributs de la jeunesse. Une publicité récurrente pour une marque de vêtements féminins montre des photos de couples mère-fille. Aucune des deux ne paraissant son âge, on ne sait plus qui est qui.

    Ces faits de société ne sont pas mis en relation avec la pédophilie. Pourtant, quand plusieurs facteurs se conjuguent pour gommer les différences perceptibles entre les générations, on ne peut empêcher une angoisse sourde de monter, qui se traduit notamment par une revendication de normes.

    Mais il faut aussi raison garder. Autrefois, c’étaient toujours les enfants qui mentaient. Ce n’est pas une raison pour dire aujourd’hui que les enfants ne mentent jamais. On ne peut à la fois reconnaître que l’enfant est un être humain à part entière et lui dénier cette faculté éminemment humaine de mentir. Pour ma part, c’est justement parce que je sais qu’un enfant peut mentir que je le crois. "
    Caroline Eliacheff (extrait de son livre "La famille dans tous ses états")

    J’ai saisi ce texte sans l’autorisation de son auteur mais y ai passé toute une nuit début juin… Si tu en avais le reproche, Agnès, n’hésite pas à me dénoncer et dire que, pour ma défense, j’éprouve la plus grande admiration de sa vision sur ce sujet. Je n’ai trouvé nulle part une meilleure analyse. Un livre à lire !

    Répondre
  33. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Merci Françoise pour cet apport très intéressant au sujet. J’ai cité mon ancien papier pour bien souligner le fait que je suis pour la dépénalisation de la pédophilie bien que j’en ai été victime. Je considère qu’un pédophile est avant tout une personne souffrant de profonds dysfonctionnements affectifs et dont le processus d’attachement a été gravement dévié. Je ne pense pas que tous les pédophiles sont d’anciens enfants abusés. Je pense qu’il y a d’autres facteurs qui entrent en jeu. Je reste fermement attachée à l’idée de prévention de la délinquance sexuelle : les gens qui se sentent dominés par des pulsions sexuelles morbides de ce type devraient pouvoir être pris en charge le plus simplement du monde, ils devraient pouvoir trouver des structures spécialisées pour leur venir en aide et leur éviter ainsi le passage à l’acte.

    Par contre, pour les complices, jusqu’à présent, j’aurais plutôt tendance à avoir la main lourde. D’un autre côté, on met tellement sous le tapis les problèmes de déviance sexuelle, que, du coup, on s’intéresse encore moins aux complices des prédateurs sexuels. Dans le cas de mon parrain, je ne sais pas quelle était la motivation du boute-en-train, ni son fonctionnement, par contre, je n’arrive toujours pas à digérer l’attitude de l’épouse.

    Répondre
  34. lolita13
    lolita13 dit :

    Avez-vous lu la" lettre ouverte à messieurs Kouchner et Mitterrand" par Manu A. dans les chroniques d’abonnés du Monde ( 1er octobre ) ? C’est à mon avis un très grand texte.

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  35. satya
    satya dit :

    bonjour,
    je pense sincèrement que le sujet est actuellement fortement utilisé politiquement pour nous faire regarder ailleurs et cela fonctionne parfaitement.

    je ne suis pas pour la dépénalisation de la pédophilie, par contre pour un ajustement de la peine à la réalité des faits; les enfants qui ont connu et connaissent ces abus/viols ont des besoins qui doivent être pris en compte sérieusement. les thérapies sont pratiquement inexistantes et doivent encore être dévelopées, tout est encore à faire sur ce sujet. les abuseurs doivent assumer la responsabilité de leurs actes.

    une dépénalisation serait une immense erreur, syndrome de stockhom??

    la victimisation est un outil politique efficace, mais il faut faire la nuance entre ce que les politiciens nous "vendent" et les réalités.

    il ne s’agit ni de vengeance, ni même de "justice" puisque celle-ci est aux mains des politiciens, mais de prendre soin effectivement des enfants de façon non pas utopiste ou idéaliste – bien que certaines utopies ou idéaux intellectuels du genre "Aujourd’hui, le but de l’éducation est l’épanouissement de l’enfant", soient tout à fait "honorables" en soi, mais si loin des réalités de bien des enfants et encore plus de ceux et celles qui vivent dans des zones de guerres !!
    recherchez un peu le nombre d’enfants prostitués en afghanistan ou en irak aujourd’hui; ou même du tourisme sexuel dans certains pays !!

    le sujet est délicat et encore plus parce qu’il est manipulé fortement actuellement par les politiciens dans nos pays occidentaux, cependant je pense qu’il peut y avoir d’autres options mais que celles-ci ne sont surtout pas exploitées ni même intérrogées parce qu’elles remettraient beaucoup trop de choses en question à commencer par la signifcation réelle de l’usage et de l’abus de la victimisation à outrance d’une part, de nos propres peurs non assumées d’autres part et de névroses dont on préfère s’éloigner…. par conséquent on est bien loin de savoir les soigner effectivement.

    quand aux soins à apporter aux pédophiles, certaines recherches sont faites au canada avec la participation de pédophiles emprisonnés, mais cela avance peu et lentement. ils font au moins l’effort. les considérer uniquement comme des "malades" est une erreur, tant que nous n’aurons pas trouvé à comprendre ce qui est vraiment des réalités équilibrées, nous continuerons dans nos erreurs et serons faciles à manipuler.

    mais une société qui ne sait pas protéger ses enfants sainement est une société décadente et suicidaire, elle oeuvre pour son extinction.

    ps: quand au fait que des enfants abusés par des pédophiles deviennent pédophiles eux mêmes plus tard c’est une manipulation politique, c’est un argument utilisé au maximum par les avocats mais dans les faits (d’après une étude des usa que j’ai lu il y a quelques années) il n’y aurait moins de 1% de ce genre de cas.

    c’est le même genre de fausses accusations et manipulations qu’utilisent pratiquement tous les gouvernements occidentaux, pour eux c’est au même niveau que de proclamer que les chomeurs sont des fraudeurs, ou de vouloir déclarer la "guerre" à la burka dans nos pays: ne nous laissons pas leurrer ni dans un sens ni dans un autre amha.

    bonne journée à touTEs

    Répondre
  36. jardin
    jardin dit :

    "ps: quand au fait que des enfants abusés par des pédophiles deviennent pédophiles eux mêmes plus tard c’est une manipulation politique, c’est un argument utilisé au maximum par les avocats mais dans les faits (d’après une étude des usa que j’ai lu il y a quelques années) il n’y aurait moins de 1% de ce genre de cas.":

    Satya (47) tu exposes les faits de façon brouillonne. Tu confonds deux choses et tu fais une grave erreur de raisonnement.

    Les enfants abusés par des pédophiles de deviennent pas "tous" des pédophiles, et même très peu d’entre eux le deviennent. Par contre, les adultes pédophiles ont tous (je vais dire par précaution PRESQUE tous) un vécu d’enfance très dur, des maltraitances pas toujours sexuelles, et surtout aucun recours dans leur entourage. Ils ont grandi sans avoir jamais pu établir une relation de confiance durable avec un adulte. Certains ont pu masquer cette souffrance, jusqu’au moment où elle explose dans un passage à l’acte. Pour d’autres, on voit très bien le parcours misérable et chaotique qui a été le leur.

    C’est dans ce sens que je dis que protéger vraiment les enfants, ne pas leur laisser vivre de façon prolongée des situations inhumaines, veiller sur tous les enfants pour qu’ils puissent avoir recours en cas de besoin à un adulte de confiance ferait automatiquement baisser de façon significative les maltraitants à la génération suivante.

    C’est ce débat là que nous devrions avoir, pas celui de savoir si, UNE FOIS QUE LE MAL EST FAIT, il est plus judicieux de condamner à 10, 20, 30 ou perpétuité. Sur la récidive, on pourrait aussi avoir le débat "comment on soigne ces gens-là pour diminuer vraiment les risques de récidives". Je suis effarée de voir qu’un homme peut, après ce type de crime, passer 10 ans en prison, puis sortir, et récidiver de façon plus grave, ET QUE JAMAIS LA QUESTION DU SOIN NE SOIT POSÉE DANS TOUTES CES POLÉMIQUES DONT ON NOUS ACCABLE.

    C’est pourtant une idée forte et simple, qu’il est plus important de protéger les enfants que de punir les abuseurs.

    Répondre
  37. chris
    chris dit :

    Je n’ai croisé la route que de ce que l’on appelle un pédophile, qu’une seule fois.

    Si lors de mon arrivée en prison, j’avais bien entendu les hurlements de l’un d’eux. Faut dire que ce style de cri ne s’oublie pas facilement. J’ai appris un peu plus tard qu’il avait éte sodomisé avec un barreau de chaise pendant deux heures. Il en est mort quelques semaines plus tard à l’infirmerie d’ailleurs, la médecine pénitentiaire dispose de toutes les formules techniques pour formaliser ça de façon pudique. Du genre, les pointeurs adorent la sodomie brutale et en abusent à outrance, c’est bien connu.

    En milieu carcéral, ce n’est point le biceps qui fait son homme, mais le CV, comme dans le monde du travail. Sauf que là, on vous le taille sur mesure. Comptez sur les journalistes, ils exagérent toujours, la fabulation est leur véritable bizness.

    Alors, pour celui qui a cette chance d’avoir bénéficié du CV bricolé par le chroniqueur judicaire local style : arrestation d’un caid. L’entrée se fait plutôt façon grande communion, les invitations pleuvent quant à savoir quelle communauté, quel clan , la nouvelle recrue si possible prometteuse va rejoindre. Si elle a l »etoffe d’un grand manager ,elle pourra même gérer plusieurs communautés.

    Croyez moi sur parole ,les soit disants cadres sup trés méchants de nos multinationales sont des petites bites à coté de ceux-là ( ils le savent d’ailleurs).

    Bref dans mon cas, ayant rejoint le troisiéme étage, le carré Vip où la peinture est fraiche , la cellule éclairée, les portes ouvertes dans la journée, où l’on cantine opulent. On croise trés peu de pointeurs.

    Sauf ce matin-là où un vieux brigadier qu’on connaissait comme un homme humaniste trés porté sur la religion, m’interpella dans un dialogue qui devait ressembler à cela :

    – J’ai un service à demander ?
    C’est trés mauvais signe quand un brigadier demande avec humilité, d’habitude, on négocie aprement, que ce soit un tranfert à l’hopital ou un parloir exceptionnel pour enfin connaitre le nouveau né, on redige les conditions d’un trafic…

    – Ouai chef ,je vous écoute ?

    Il se racle la gorge, puis entame :

    – Un pointeur en très mauvais état chez les prévenus. On peut plus rien controler là-bas. Ils vont le tuer.
    – Chef ,on n’en prend pas ici, Trop dangereux ,ce sont des balances.
    – Le stock de médoc et de montres saisies, ça roule?
    – Chef , y a du monde derriére vous sur ce coup-là. Rajoutez un dossier de conditionnelle et je vois. Ah , mes pornos sont encore bloqués au rond-point aussi.

    C’était du lourd.

    Il est arrivé un soir avec une escorte de gardiens stressés. Il avait chié sous lui et ça refoulait grave, et il se tenait l’air un peu idiot comme un animal blessé. On dira 50 kg tout mouillé et un visage boursouflé par les coups.

    Comme tous les pointeurs, il a commencé par débiter un Cv de voleur de voitures d’une voix chevrotante.

    – Oui, tu sais voler quoi : DS ou 504 ?
    – 504
    – ok ,comment tu fais avec le Neiman ?

    C’est le moment où l’un de nous est descendu de son lit pour l’épingler de la pointe du poinçon.

    -Garçon , ne joue pas à ça ici. Personne ne va te toucher; On n’a pas de temps à perdre en violence gratis chez nous. Tu commence par te laver le cul et aprés tu nous déballes ton histoire, et on s’arrétera là. T »est sous protection, la matonnerie a réglé la note.

    Au fil des jours, tandis qu’il se remettait mal de toutes les scarifications qui lui avait été infligées, de ses gencives qui ne supportaient plus la nourriture. Ils l’avait édenté pour qu’il soit plus efficace pour des fellations à la chaine. Et j’en passe et des meilleures dans l’invention de sévices tous plus raffinés les uns que les autres.

    Un petit animal sauvage qui un peu en confiance, se laissait aller à des confidences. Il était impuissant ,probablement depuis toujours, violé par une sorte de parrain comme celui à Agnes, sauf que pour lui ,c’etait devenu la seule sexualité qu’il avait connu. Alors une fois devenu jeune adulte, il recherchait les enfants. Des attouchements surtout , la cause de ses incarcérations.

    Physiquement inoffensif avec sa tremblotte permanente et sa tronche de Frederic Mitterand, sauf qu’on disait en rigolant, le jour où un enfant va se débattre. Il va paniquer et serrer le cou pour faire taire les cris.

    Je dirai pas qu’on avait fini par bien l’aimer ou même l’accepter, trop de répugnance à cela, mais on avait fini par comprendre ce que la societé avait fait de lui, de ce pauvre hére perdu chez les humains,enfin les humains ,hein.

    On étaient des hommes durs pourtant avec du vrai sang sur les mains pour la plupart. Nous n’avions pas à disposition la reflexion des posts ci-hauts, mais notre colére était plus dirigée sur tous ceux , éducateurs, medecins, juges ,policiers : la societé quoi ! Ceux qui après s’étre lavés les mains de la journée de bureau, rentrent chez eux s’occuper de leurs momes.

    Dab, j’écris des polars, pas ce genre de truc et on excusera donc la syntaxe ,’l’ortho et le style. Moi des pédophiles, c’est ça que je sais.

    Répondre
  38. satya
    satya dit :

    @ jardin
    Les enfants abusés par des pédophiles de deviennent pas "tous" des pédophiles, et même très peu d’entre eux le deviennent

    c’est exactement ce que je disais avec ce 1% selon l’étude américaine, fatigue du soir je suppose si cela n’était pas assez clair.
    autrement, je suis aussi totalement d’accord avec toi justement quand tu dis qu’il est plus important de protéger les enfants et de les soigner, cela devrait être la priorité absolue.
    quand aux "punitions" des abuseurs, je pense qu’ils doivent aussi assumer leurs actes, et justement je disais que d’autres solutions devaient être trouvées qui soit "utiles" aux enfants.
    l’exemple de chris, de ces atroces violences carcérales qui malheureusement sont bien existantes dans bien des pays et cela pour beaucoup de prisonniers et pas que les prisonniers sexuels d’ailleurs, c’est quelque chose à combattre vraiment.

    désolée si je peux sembler parfois confuse dans mes écrits.
    mais entre une punition carcérale violente et uniquement des "soins médicaux" qui ne sont pour l’instant que des castrations chimiques, il y aurait tout un éventail de possibilités à étudier.

    Répondre
  39. jardin
    jardin dit :

    Personne ne dit qu’ils ne doivent pas assumer leurs actes. Ce qui est odieux et absurde, c’est qu’ils restent en prison sans soins et peuvent en sortir encore plus malades qu’ils n’y sont entrés. Plus dangereux donc souvent.

    Cela devrait nous faire douter de la bonne foi de ceux qui tentent de nous convaincre en jouant sur la pitié pour les victimes, tout en ne faisant rien sur le plan de la protection et de la prévention. Ils se foutent des victimes comme de leur première chemise, et s’en SERVENT pour faire passer une politique du tout répressif, pour nous faire renoncer à des libertés fondamentales, en excitant les haines émotionnelles des gens qui ne voient pas l’arnaque.

    Pour ce qui est des violences carcérales, le témoignage de chris rejoint très exactement le film "Le prophète", et confirme le rôle destructeur et corrupteur de la prison.

    Répondre
  40. chris
    chris dit :

    Un prophete.

    C’est un excellent film. Quasi chef d’oeuvre d’un point de vue purement cinématographique.
    Certes, il a posé débat de la part des ex-détenus pour les incohérences relevables ci et là, mais c’est un faux débat à mon sens.
    Peu importe que des choses soient peu réalistes ou outrancieres, du moment que cela sert la cause du message et ne l’altére en rien. C’est aprés tout le role de la fiction de pouvoir transcender.

    Le film va bien au de-là d’un simple débat sur les prisons, mais posent les bonnes questions sur l’en-dehors de la prison, et c’est bien la force de ce film presque visionnaire.

    Répondre
  41. satya
    satya dit :

    @ jardin
    il semble que tu sois en fait plutôt en accord avec ce que j’avais écrit puisque tu reprends également l’argument que les politiciens manipulent et se servent des victimes.

    les soins aux pédophiles sont encore en études, comme je l’ai déjà dit par exemple avec un groupe volontaires de prisonniers canadiens.

    cependant, il ne faut pas se méprendre: ce ne sont pas des enfances violentes qui "créent" des pédophiles: la pédophilie n’est pas une maladie en soi, ni un état réactionnel, c’est beaucoup plus complexe que cela !!
    d’autre part mon questionnement n’avait absolument rien à voir avec la durée d’emprisonnement.

    Répondre
  42. Pierre Meur
    Pierre Meur dit :

    Amitiés sincères, petite Agnès.

    Que dire d’autre ?

    Peut-être que la somme de toutes nos expériences, bonnes ou mauvaises, fait de nous ce que nous sommes. Mais que sommes-nous, et qu’aurions-nous pu être ? L’enchaînement des causes et des effets ne peut être analysé qu’a posteriori.

    Avec beaucoup de reconnaissance pour ce que tu es. C’est vraiment pas mal, je trouve.

    Affectueusement,
    Pierre Meur

    Répondre
  43. chris
    chris dit :

    Ce billet a …vu d’aujourd’hui, un coté prémonitoire eu égard à l’affaire du joyeux satrape pédéraste qui doit se justifier sur les écrans de la sarkopropagande.

    Question à mes amis de gauche, enfin les encartés : le silence de vos leaders, de Besancenot aux écologistes de tous poils, ne vous pose-t-il pas un sérieux probléme ?

    J’arrive de ce pas d’un forum politique où la jeunesse qu’on dit de gauche extreme se précipite pour signer la pétition du FN….

    Etrange paradoxe en vérité…

    Répondre
  44. chris
    chris dit :

    Toujours le silence ?

    Coup de théatre final, je viens d’apprendre que Besancenot et Menenchon viennent de se dégonfler publiquement sur cette affaire.

    ET bien, il s’agit d’un coup de génie de Sarkozy au fond 💡

    Avoir réussi à mettre ainsi en évidence la lacheté de la gauche dans son ensemble de cette façon, chapeau l’artiste :icon_clap:

    87% de français ont envie de gerber à la vue du sinistre ministre et la gauche vient de se griller auprés d’eux.

    Bravo Sarko, bien joué avec la gauche la plus con du monde.

    Pour ma part, plus rien à dire puisque j’avais esperé jusqu’au dernier moment un sursaut de l’EG qui ne sera pas venu. Trahison comme dab.

    Répondre
  45. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Pour l’instant, je n’ai rien écrit sur l’actu chaude, parce qu’il y a bien trop de trucs malsains en fermentation : ne pas réagir sous le coup de l’émotion, réfléchir au sens profond des choses, des actions et des discours qui commentent les faits. Ne jamais perdre de vue que nous sommes gavés actuellement de faits divers sordides parce qu’il est urgent de noyer le poisson sur l’état réel du monde, que les gens s’emballent vite fait bien fait sur le sensationnel, l’émotionnel et oublient leur situation présente. Il y a une véritable tension sur l’info en ce moment qui me pousse à tout regarder de très très loin, pour mieux saisir la vue d’ensemble, le shéma directeur. Mais ça va finir par se décanter.

    Répondre
  46. ko
    ko dit :

    Quand tu vois ce qu’a écrit Bernard Langlois dans Politis, tu ne t’étonnes pas du silence des leaders d’ex-gôche… nous savons toustes ce qu’il en est de l’ex-gauche et des problématiques féministes / de domination genrée.

    Répondre
  47. jardin
    jardin dit :

    Je crois que tu as eu raison de ne rien écrire sur l’actu chaude, quand on voit le déferlement de commentaires soit haineux soit stupides dans les deux "camps". parce que, bien sûr, il y a (???) deux camps.
    Ce que j’ai lu de plus sensé, c’est le billet de Mona Chollet dans Périphéries et celui de Didier Lestrade sur son blog. ça valait le coup d’attendre un peu. Parce que ce qui sort en premier, dans ces cas là, c’est pas joli-joli.
    Ce qui est sympa, c’est qu’on dirait que ça décante plus vite sur le net qu’à la radio-télé. Plus exactement, on peut espérer que ça devienne un peu intelligent au bout de quelques jours, alors que sur la radio-télé, quand ils ont fini de s’exciter, ils se taisent et passent à l’embrouille suivante.

    Répondre
  48. chris
    chris dit :

    Peut-étre trop tard, Agnés.

    L’on ne m’empéchera pas de penser puisqu’il y a longtemps que l’on n’avait pas assisté sur le web à un tel verrouillage et du coup à suivre : à un tel dégout populaire de nature à classer le web comme média corrompu de plus.

    Bon on savait déjà que la liberté de pensée y avait été de courte durée et remplacée par les boutons de censure de tout bon blog, que quelque soient les enjeux : politiques, commercial….la turpitude et le dirigisme avaient fait leur oeuvre ( même chez les chomeurs, c’est dire).

    Que les chutes d’audiences du web sont impressionnantes depuis quelques mois, que le peuple de la rue est retourné à la rue, lassé de se faire traiter de populiste.

    Bref, on s’en va vers le peuple de l’abime, le peuple de gauche n’étant plus crédible.

    Une Marine Lepen et un Nicolas Sarkozy ayant réussi à le mettre à genou devant ses contradictions.

    Enfin la bonne nouvelle m’est personnelle, je croyais n’étre plus sensible à l’écoeurement depuis si longtemps, et bien si que voila une émotion de revenue !

    Répondre
  49. jacques
    jacques dit :

    Je découvre ton blog aujourd’hui.Je ne comprends pas mon ignorance,je m’en veux quelque peu.Depuis ce matin je dévore tes écris et les réponses adressées.Je suis stupéfait!Je suis fier de te connaître,de te découvrir sur un autre jour.Il me tarde de te retrouver pour te donner de vive voix mes impressions et échanger nos idées qui ont beaucoup de liens communs. Je t’embrasse ainsi que ta magnifique petite fille.mes amitiés à Christophe. Jacques.

    Répondre
  50. serge
    serge dit :

    Quel souffle, quelle force, quel talent!
    Les blessures de l’enfance restent toujours au coeur de nos personnalités d’adulte.
    "Certes, ma vie est déjà pleine de morts.Mais le plus mort des morts est le petit garçon que je fus.Et pourtant, à l’heure venue, c’est lui qui reprendra sa place à la tête de ma vie, rassemblera mes pauvres années jusqu’à la dernière, et comme un jeune chef ses vétérans, ralliant la troupe en désordre, entrera le premier dans la maison du père."
    Georges Bernanos

    Répondre

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