Ce n’est pas parce qu’ils n’en ont rien à foutre qu’on va se priver de leur donner notre avis!

Ou comment une abstentionniste convaincue, voire forcenée, en vient à faire de la retape pour inciter à se rendre en masse dans des bureaux de vote sauvages. Et comme d’hab’, moins ils veulent qu’on y aille, plus il est important d’y aller.


VOTATION!Ce que j’aime par-dessus tout, c’est la bonne grosse démocratie avec du poil sous les bras, cette légitime aspiration des peuples a ne pas être que la variable d’ajustement des riches et des puissants, mais à exister, à vivre, à revendiquer et à beugler leur rage, leur frustration, leur profond sentiment d’injustice, surtout quand on leur intime l’ordre de bien vouloir subir en silence, en fermant cette grande gueule prolétaire qui écorche les petites oreilles fragiles et sensibles de ceux qui excellent à ramper sur les moelleuses moquettes de la République cent fois bafouée, cent fois reniée, cent fois utilisée, le caviar au bord des lèvres, pour justifier l’écrasement des plus pauvres, des plus petits d’entre nous.

Parfois, on nous demande fort civilement notre avis, juste histoire de vernir leurs grosses saloperies sous une fine couche de légitimité et de renoncement. C’est, le plus souvent, pour un choix qui n’en est pas un : alors, tu préfères quoi, petit peuple ignare, la peste ou le choléra Pimprenelle ou Nicolas la droite sévèrement burnée ou la gauche rose pâle, sachant que le gros de la différence tient à la qualité du lubrifiant dont on se servira par la suite pour singulièrement élargir ton petit point de vue trop étroit pour appréhender la magnificence de cet ordre nouveau qui se fera malgré toi, sur toi et surtout, sans toi ? Ou alors on nous bourre le mou (et un peu les urnes, en passant) avec un choix tout pourri à une seule alternative : Ton Europe, tu la veux méchamment libérale ou totalement et libéralement débridée ? Prière de ne répondre que oui. D’ailleurs, hasard du calendrier, comme dirait un journaleux mal dégrossi de la transition lourdaude, aujourd’hui, c’est la session de rattrapage des Irlandais qui avaient fait leur mauvaise tête et avaient refusé de comprendre qu’on ne leur demandait leur avis qu’à condition qu’ils donnent la bonne réponse, un peu comme un gosse de maternelle qui reluque d’un œil rond et vaguement désespéré la maîtresse tant il sent qu’il faut toujours donner la réponse attendue plutôt que la réponse juste, dans tous les cas.

Alors, forcément, j’ai très très mal à ma démocratie ces derniers temps. Surtout qu’entre chaque branlette électorale, on en profite pour augmenter encore plus la dose de laxatif à nous prescrire de force sur l’air bien connu et désespérément vide de sens du fameux : mais puisque c’est pour ton bien !
C’est donc pour notre bien qu’on coule la Sécu à grand renfort d’exonérations de cotisations sociales, qu’on crève l’école républicaine au demonte-pneu en virant toujours plus de profs et en assurant, la main sur le cœur, que ça ne changera rien à la qualité de l’enseignement, qu’on assèche tout financement du secteur associatif, lequel pallie tant bien que mal aux divers dégagements sociaux de l’État. C’est toujours pour notre bien que le princident du pouvoir d’achat, le chantre du travailler plus pour gagner plus, reprend d’une main ce qu’il nous a déjà harponnés de l’autre, en appauvrissant les SMICards tout en augmentant tous les prélèvements obligatoires pour les crevards. Encore pour notre bien qu’on a refilé les bijoux de famille aux copainsau privé pour une bouchée de pain, les usagersclients de France Telecom pourraient en témoigner. Et ne parlons pas des salariés de cette ex noble institution ! Voilà qui devrait inspirer les petits hommes bleus d’EDF. Voilà, en tout cas, qui a semblé suffisamment convaincant aux petits poussins de la Poste qui, bien que massivement précarisés depuis des années, ont décidé de ne pas aller à l’abattoir sans lutte. Mais une belle lutte, une lutte démocratique, une lutte citoyenne, une consultation nationale, une votation, comme on dit au pays de la démocratie directe, où le petit peuple va enfin pouvoir reprendre sa démocratie en main, va enfin pouvoir répondre aux questions qu’on ne fait même plus semblant de lui poser.

Alors oui, ça ne va servir probablement à rien dans notre République des autistes. Notre gouvernement va continuer à appliquer servilement la note de route qui lui a été dictée par les puissants de ce monde, mais on s’en branle vigoureusement : quoi qu’ils disent, quoi qu’ils fassent, il ne faut plus que ce soit en notre nom.

Alors, demain, si ce n’est pas déjà fait, allons tous ouvrir grand notre gueule contre le grand bond en arrière que l’on nous impose depuis des années ! Et il n’y a qu’à voir comme ils se dépêchent de vouloir nous faire taire pour bien comprendre à quel point, finalement, nos luttes comptent !

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20 réponses
  1. des pas perdus
    des pas perdus dit :

    Demain, c’est le dernier jour… et sera tous ensemble même si on sait que le processus a débuté quand la gauche était au pouvoir, sous Rocard je crois…

    Après, on demandera des précisions à Aubry sur ses dernières déclarations sur la poste…

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  2. Benoit
    Benoit dit :

    Bonjour,
    Merci pour ce message. C’est vrai qu’il est important de leur montrer qu’on ne veut pas de leur "modernisation" de la société. Cette modernisation qui se fait dans les cliniques et les écoles à curés et où le fric a pris le dessus sur l’humain.
    Merci aussi pour ton blog dans lequel je retrouve mes coups de gueule, mes enfants, ma vie etc. Il n’y a que ma plume (à 2 balles) que je netrouve pas et c’est tant mieux!

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  3. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    De quoi parlez-vous? Je n’ai rien viré et je n’ai rien trouvé non plus dans la boite à spams (le truc trie à la hache en fonction des IP et des mots clés). Ce qui signifie que s’il y a eu un commentaire précédent, vous n’avez probablement pas dû le valider correctement, ce qui explique le fait qu’il ne soit pas apparu. Conclusion : vous gueulez connement à la censure alors que vous êtes juste handicapé du clic de souris… pas terrible votre démonstration, au final 😉
    Sans rancune, hein?

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  4. Donjipez
    Donjipez dit :

    Pareil. Moi c’est fait parce celui-là au moins à un sens. Dire non même si ils s’en foutent c’est déjà ne pas collaborer.
    D’habitude hors de question de légitimer leur "c’est comme ça et pas autrement" ou à peine en allant remplir l’urne qui leur permet de croire qu’ils peuvent parler et agir en mon nom.

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  5. Barty
    Barty dit :

    N’a-t-on pas déjà voté majoritairement NON à l’Union Européenne Libérale contenue dans le Traité ?

    Un référendum a-t-il un effet ?

    Ne faut-il pas aller un peu plus loin ?

    C’est déjà un geste de voter NON à ce référendum sauvage. C’est une pétition, il ne faut pas se faire d’idées. Je n’appellerais pas ça Référendum car le vote n’est pas secret et donc pas vraiment libre. Aucun de ceux qui voterait OUI ne viendra. Il ne faut pas jouer à la démocratie quand elle est si bafouée dans les faits (ce 55% de NON en 2005)

    Par ailleurs ça fait longtemps que des mouvements se battent pour les services publics, et contre les directives européennes de privatisation. Longtemps = années.

    http://appelsauverlaposte.over-blog
    http://www.parti-ouvrier-independan

    simplement ils ne sont pas toujours entendre dans les médias…

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  6. totof
    totof dit :

    hé hé, mort de rire. On est plusieurs devant l’écran et on était sûr que le message serait viré! La petite-bourgeoisie veut toujours lire et entendre ce qui lui sied…

    Avec la petite-bourgeoisie, l’idéologie sera toujours la plus forte. Incurable!! Heureusement que Dame Nature s’apprête à tirer la chasse. Là, vous ne pourrez plus vous payer de mots, comme l’écrivait Bourdieu dans un livre que vous ne lirez jamais (vous n’en avez plus les moyens culturels) et qui s’appelle la Distinction.

    En attendant, putain, vous devez vraiment vivre dans un monde incompréhensible.
    Bon courage, grands démocrates qui effacez ce que l’idéologie interdit….

    PS: on a fait un copié-collé du précédent message, on va le diffuser ailleurs avec le pauvre article de cette page.

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  7. Le panda roux
    Le panda roux dit :

    Y’ a aussi quand le navigateur plante…

    Et que le commentaire qu’on soignait aux petit oignons,
    qu’on avait mis plusieurs dizaines de minutes à pondre,
    disparait !

    Ça aussi, ça fait mal…
    😉

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  8. jardin
    jardin dit :

    Ben quoi, totof, il est où le copié/collé de ton commentaire de la mort qui tue? Tu nous allèches avec ta protestation, pourquoi tu l’as pas simplement remis? Nous les simples lecteurs on mérite pas d’être mis dans la confidence? C’était juste un duel au sommet, un G2?

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  9. bernheim françois
    bernheim françois dit :

    Le magazine vivant : en chair et en os que nous lançons le 13 oct à l’espace jemmapes
    pourrait bien être en affinité avec Monolecte. Pour en savoir plus allez sur nore blog:
    blog@ca faitdésordre.com ou attendez le 13 oct pour découvrir le magazine vivant , joyeux,combatif et surtout pas objecti

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  10. Mon humble avis
    Mon humble avis dit :

    J’ai bien vu, mais… y’ a pas écrit précisément où !
    Alors, je risque pas de trouver…

    La prochaine fois, il faudrait pouvoir aussi voter par Internet.
    Ça sera plus simple…
    😉

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  11. frep
    frep dit :

    Excellent article ! on assiste à une tentative coordonnée et systématique de la droite d’affaires et des milieux financiers pour revenir sur les acquis sociaux issus du front populaire et du Conseil national de la Résistance:
    Sécurité sociale,enseignement ,services publics,justice,retraites,autonomie des collectivités locales, ,etc . Tout y passe ! Ce que Vichy n’a pu mener à terme, ils vont le réussir !
    http://crayondenuit.canalblog.com

    Répondre
  12. facteur complexe
    facteur complexe dit :

    "Le seuil d’alerte est donc aujourd’hui atteint quand notre société semble accepter d’ériger l’antipathie et l’indifférence comme des grandeurs dignes d’êtres encouragées. Même aux sommets de l’Etat, l’exemple est désormais donné. Notre société récompense – par le prestige, les promotions de carrière et les primes – l’insensibilité morale, la myopie intellectuelle volontaire, la capacité technique d’anéantissement psychique de l’autre par la disparition de l’empathie. Oui, si elle persévère à considérer comme « admirables » des conduites qui génèrent les cercles vicieux de la déliaison sociale mais aussi les ferments de la dislocation soudaine des liens économiques [15], notre société sera bien malade [16].

    Tout compte fait, ceux qui ont quitté les vivants avec une juste idée de ce qu’est la vie en société étaient, peut-être, bien moins « malades » que ceux qui ont accepté d’être les complices de ces dispositifs proprement infernaux [17]inventés par le management. Ils étaient sans doute moins « malades » que ceux qui cherchent à minimiser l’ampleur du message adressé contenu dans leur acte. Car, en refusant de vivre dans un monde où l’on détruit, l’une à l’autre, les « parties communes », ils nous parlaient sérieusement de la société telle qu’elle va. Ils s’adressaient à nous, qui détournons parfois le regard pour ne pas entendre et voir, en face, la réalité d’une machine sociale devenue assez folle pour dévorer ceux-là mêmes qui ont contribué à la fabriquer."
    le reste de l’article à lire :
    http://www.journaldumauss.net/spip…. écrit par un chercheur, Gildas Renou.

    Répondre
  13. Finntroller
    Finntroller dit :

    C’est sur qu’on ne va pas se priver de donner notre avis ! Mais ils en ont rien à taper de notre avis, même quand il est sous forme de bulletin de vote tout à fait officiel, ils se torchent le cul avec…

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