Des transports peu communs

Les éditions Filaplomb remettent la nouvelle au goût du jour, vous savez, ces petits textes courts, concis, ces petits diamants de littérature que l’on pouvait débusquer dans les revues littéraires.

Les petits livres qu'on emporte pour qu'ils vous emportent

L’idée est de pouvoir glisser ces petits livres dans la poche ou dans le sac à main et de les déguster lors d’une translation en transports en commun. Sauf que tout le monde n’a pas de métro, ni même un tortillard ou un minibus à porté de jambes. S’il me venait à l’esprit de lire en me déplaçant, nulle doute que j’enverrais directement ma peau, ma brouette à moteur et cette brillante littérature dans le décor à défaut d’un monde meilleur!

Cabinet littéraire

Heureusement, vivre en ploucland procure d’indéniables privilèges comme celui de pouvoir disposer de son trône personnel!
Et oui, rats des villes, couinez abondamment : alors que vous devez le plus souvent délester ce qui reste de vos nourritures terrestres pratiquement au coude à coude avec votre chère moitié qui se brosse les dents, j’ai à mon entière disposition une petite salle de douche avec toilettes attenantes. Voilà donc un endroit où l’on voyage assis, un espace de liberté où vagabonde la pensée, mon petit cabinet littéraire où je ne crains pas que ma lecture soit interrompue par le tambourinage intempestif d’un membre de ma famille subitement au bord de la rupture de digue.

J’ai ce luxe inouïe de mon propre cabinet d’aisance qu’un porte-revues en bois a rapidement métamorphosé en cabinet de subversion. Un article du Tigre, un autre du Plan B ou une bonne petite nouvelle de chez Fil, plus fraîche qu’un jet de senteurs moisies de synthèse pour toilettes qui fouettent, voilà le format idéal pour que ce temps hors de la frénésie quotidienne me nourrisse l’esprit à l’heure où je soulage le corps.

Certains, les fâcheux qui ne comprennent rien aux joies de la solitude proprement aménagée, diront que je me laisse aller une fois de plus à mes penchants scatologiques, alors que je ne fais jamais que de transcender les quelques instants que je concède à la dictature biologique. Car quel meilleur endroit pour s’évader que celui où l’on est assurément seul avec soi-même? Quel meilleur moment pour s’élever que celui où l’on est enfermé loin du brouhaha de monde et de la vie quotidienne pour de longues minutes de méditation profonde? Quelle meilleure situation que cet arrêt à durée indéterminée pour se laisser aller à des transports littéraires peu communs?

36 réponses
  1. ZapPow
    ZapPow dit :

    Oh que c’est joliment dit ! On ne soulignera jamais assez le rôle de ce lieu de méditation dans la création des grandes œuvres de l’humanité, artistiques, techniques ou scientifiques. Et dans leur appréciation.

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  2. ti_cyrano
    ti_cyrano dit :

    Comme quoi il n’est pas besoin de moustaches pour vanter la cabane au fond du jardin 🙂

    Profite, profite. Bientôt il sera aussi incongru d’y aller sans iphone 3G que de vivre sans téléphone portable.

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  3. Filaplomb
    Filaplomb dit :

    Ah zut ! En bon urbain que je suis, je n’avais pas pensé à cet usage des petits-livres ! Il va falloir que je bosse sur ces mots-clés, pour voir ce que ça donne !
    :-)))

    Merci de ton soutien !!!

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  4. sam
    sam dit :

    Une modeste remarque pour suivre le fil : les toilettes comme lieu de lecture s’apparentent davantage au transport individuel, et la lecture entamée peut être écourtée si un autre usager attend, plus ou moins patiemment, son tour…

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  5. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Je pense qu’on va collectivement garder le terme de chiottothèque, ne serait-ce que parce goguothèque le fait nettement moins bien. Le corollaire de cette petite affaire, c’est que les chiottes à la turque sont totalement inappropriées à la libération des forces de l’esprit.

    Quant aux auteurs qui s’émouvraient d’être entreposés dans l’autre salle obscure (avez-remarqué combien la question de la vue est négligée dans ces lieux, qui tiennent plus souvent du placard à balais que de la salle de repos?), il s’agit pourtant bien là de l’emplacement le plus propice à l’éclatement de la vérité, surtout, qu’immanquablement, la sentence finit toujours par tomber 😀

    Il serait bon qu’Ikéa planche un peu sur l’aménagement des chiottothèques en milieu urbain, non?

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  6. yasunari
    yasunari dit :

    Il faut quand même faire attention. Le vice impuni de la lecture aux cabinets cause souvent des effets secondaires regrettables.
    En particulier, il induit une attitude déplorable, celle de choisir éditions et collections en fonction du format, en éludant complètement le contenu.
    Par exemple, pour moi, librio à 2€=grosse daube, alors que mille et une nuits à 2€=presque dieu, pour la simple raison que le premier ne rentre pas dans la poche interieure de mes vestes de costard. Or quoi de plus sain que d’aller lire pendant ses heures de travail?

    Quand à avoir une vraie bibliothèque aux toilettes, j’y pense, j’y pense, mais la tâche est immense. Il faudrait que je commence à lister les ouvrages tout de suite si je veux disposer de ce luxe absolu pour ma retraite…

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  7. Yasunari
    Yasunari dit :

    Chiottothèque c’est très joli. Beaucoup plus que les triste Toilettes de Documentation et d’Information de nos lycées et collèges…
    Jeune et célibataire, j’avais repapiété les gogues de mon appartement avec des pages centrales de Charlie Hebdo (d’avant Val, je précise). Ceci avait deux avantages.
    Mes amis sortaient de mes toilettes morts de rire, et moi je perdais peu à peu cette manie, franchement malsaine j’en convient, de me retenir en me dandidant d’un pied sur l’autre tant que je n’avais pas mis la main sur le livre idoine…
    Ce n’est pas parce qu’on y fait caca qu’il faut y lire n’importe quoi… Il y a des salles d’attente pour ça…

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  8. Chompitiarve
    Chompitiarve dit :

    Bonjour, Agnès
    Ah les retraits ! 🙂
    Seul refuge de shintô possible en Occident, je trouve …
    Vous avez bien raison, spécialement sur le fait (entre autres) que la vue en ces lieux est rarement soignée. Bon. mais qu’y veut-on, en matière de vue ? Un judas ? Le cabinet littéraire devriendrait un cabinet de curiosités, vous n’y songez pas !!

    Indépendemment …heu… de ces dépendances,
    toujours très heureux de vous lire 🙂
    Chomp

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  9. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Il a été prouvé qu’il est possible de soigner la vue pour l’usager!

    Des fourmis dans les jambes… mais je vois qu’il y a des acharnés de la chiottothèque! D’où l’intérêt des bouquins de Filaplomb, puisqu’ils ont le temps de lecture idéal pour éviter ce genre d’effet secondaire.

    Sinon, comme je suis une personne de petite taille et que je n’aime pas avoir les jambes qui pendouillent dans le vide, ce qui fait que le bord de la cuvette coupe la circulation du sang et peut entraîner l’effet fourmis dans les jambes, j’ai opté pour le petit marche-pied en plastique de l’ami suédois. Bien calé, on peut aussi bien se laisser tenter par du Proust…

    Ultime raffinement, le petit soufflant céramique à thermostat, pour maintenir le boudoiriscule à une température compatible avec celle du fondement…

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  10. cutive ton jardin
    cutive ton jardin dit :

    Suis allée voir "soigner la vue", c’est assez marrant les réactions, assez bien partagées entre exhibitionnisme (fictif) et inhibition (immotivée).

    Dans les deux cas, on SAIT que non, mais on réagit "comme si" oui.

    Une dame m’a raconté un jour que même au plus profond des bois, elle était incapable de se soulager en plein air. Comme c’était une adepte des randonnées en haute montagne, je n’emploie pas le mot "soulager" au hasard!

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  11. cutive ton jardin
    cutive ton jardin dit :

    Ils nous ressortent (va savoir pourquoi) le "scandale" des toilettes écolières. Ils l’avaient déjà sorti il y a plus de 15 ans, une de mes filles était au collège. Je l’interroge: "Dans ton collège, les portes des WC ferment? " Elle me répond "Ya plus de portes depuis longtemps!".

    La sachant hyper pudique, j’ouvre de grands yeux: "Et tu fais comment?"
    D’un air indigné, elle me répond: "Mais maman, je vais JAMAIS au WC au collège!!!"

    Elle prenait le bus à 7 heures du mat et rentrait vers 18 heures…

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  12. HC
    HC dit :

    je ne sais pas si tu as lu "la tyrannie de la réalité", de Mona Chollet, mais elle parle très bien de ces moments (en général, pas forcément au petit coin) où l’on parvient à s’extraire de ce monde endiablé pour reprendre le contrôle de soi-même.

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  13. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Mais non, Nathalie, tu as raison : les hémorroïdes sont un problème sur lequel on a trop souvent tendance à s’asseoir! LOL

    Bon, c’est pas tout ça, mais va falloir aussi acheter des nouvelles à Filaplomb afin de soutenir les gars qui osent l’édition indépendante, crénom!!!!

    Répondre
  14. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Mais non, Nathalie, tu as raison : les hémorroïdes sont un problème sur lequel on a trop souvent tendance à s’asseoir! LOL

    Bon, c’est pas tout ça, mais va falloir aussi acheter des nouvelles à Filaplomb afin de soutenir les gars qui osent l’édition indépendante, crénom!!!!

    Répondre
  15. céleste
    céleste dit :

    seule aux cabinets, enfin!
    mon "livruscule" très joli mot que je pique sans complexes à madame de K (je peux?) , dont je suis sicontente, lu en pleine action libératrice…pourquoi pas?
    moi aussi j’aime bien lire dans cet endroit là
    dans le bain aussi, douillettement enfouie dans la mousse, avec un fond musical
    en dehors de l’agitation

    merci Agnès pour le lien dans la sélection 🙂

    Répondre
  16. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Je suis contente que tu sois publiée par Filaplomb. Je trouve bien de dédier une maison d’édition au format court des nouvelles, tout comme je déplore la disparition progressive des courts-métrages dans les salles obscures, essentiellement pour des raisons de coût et de programmation (tu dois réserver tes courts 6 mois à l’avance, alors qu’avoir le programme des longs un mois à l’avance est un exploit : du coup, c’est rude pour gérer l’adéquation entre le court et le long qui suit – éviter un court trash avant Bambi, par exemple – et plus ça revient cher!).

    Pourtant, les nouvelles ont un format exigeant en terme d’écriture et méritent une meilleure exposition que le sempiternel recueil.

    Par ailleurs, Filaplomb est une structure microscopique portée à bout de bras par son créateur, quelqu’un qui sait ce que vivre en équilibre précaire veut dire. Autant lui filer notre micro-budget culture à lui plutôt qu’à un monstre tentaculaire de l’édition, plus préoccupé de rentabilité actionnariale que de qualité des œuvres ou de découverte de nouveaux talents!

    D’ailleurs, c’est dans cet esprit que j’ai créé une nouvelle catégorie dans le Monolecte, dédiée aux lectures!

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  17. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Tu sais que ça fait longtemps que j’y pense de réactiver vraiment les forums. J’aime bien le blog, mais ça fait un peu Je parle et vous commentez autour du sujet que j’ai choisi. Avec le forum, on ouvre le champ des interventions… en restant dans l’esprit du Monolecte… enfin, j’espère!

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  18. céleste
    céleste dit :

    comme tu le soulignes je suis particulièrement ravie d’être publiée chez Filaplomb.
    j’ai beaucoup d’admiration et de respect pour sa démarche.
    offrir à lire autre chose, en dehors des phénomènes de mode et du copinage, en dehors des géants qui conditionnent les choix des lecteurs.

    c’est çà la fois courageux et généreux.

    très bonne idée un forum de discussion sur les lectures

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  19. vieil anar
    vieil anar dit :

    Si le prétexte à l’isolement pour s’instruire, ou se distraire reste obstinément les gogues, je me pose un certain nombre de questions!

    J’avais commencé cette introspection, vers l’âge de 7 ou 8 ans, dans la cabane, pas très loin du jardin, chez mon gd-père, ou j’avais découvert avec ravissement ces 2 octosyllabes:

    "C’est ici que tombent en ruines

     Tous les bienfaits de la cuisine" 

    Wouaouw! Quel ravissement! Comme introduction à la littérature comparée, ( au réel!), c’était plutôt réussi! L’octosyllabe,étant après l’alexandrin, la forme majeure de la poésie classique, je n’ai cessé de tenter d’approcher, depuis, une telle perfection!

    La littérature de "cabinets", se doit d’être concise, sous peine de crispation intestinale, voire même de constipation! Pas trop lyrique cependant; la dilatation de l’orifice anal et la crispation des sphincters, ne favorisent pas l’imaginaire!

    Les effluves naturels de la "fonction" ont un effet cathartique, vis à vis de certains textes ésotériques, mais seulement si l’excrétion est "naturelle"!

    La littérature de corps de garde, pas trop subtile, à vocation humoristique primaire, me paraît le meilleur des émollients! Voilà pour aujourd’hui! A plus.

    vieil anar

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