En plein cœur de la tourmente financière mondiale, les élections américaines suscitent une attente bien au-delà de leur portée réelle.

Une lecture perspicace de Maester de l'actualité mondiale!

Les Hallowinners© : une lecture du monde perspicace de Maëster!
Allez sur son blog et achetez-lui ses divines BD, sinon, il va me taper parce que j’ai repris un de ses dessins ici!

Alors que les mauvaises nouvelles économiques tombent avec la régularité et la violence d’une averse orageuse, le monde entier (enfin, ceux qui ne sont pas en train de crever de faim, de froid, de guerre, du SIDA, de pauvreté…) suspend son souffle et attend, figé, que le verdict tombe des urnes américaines. Cette attente est d’autant plus forte que la candidature de Barack Obama est présentée depuis la fin des primaires comme une révolution intrinsèque, la quasi-promesse d’une révolution profonde et douce à la fois. En fait, l’Occident qui titube sous le poids de ses propres turpitudes attend son homme providentiel, son sauveur… ce qui, l’Histoire nous l’enseigne, est toujours une très mauvaise idée en soi.

Il ne s’agit pas ici de me lancer dans le petit jeu des pronostics, mais de regarder la situation d’un œil lointain et attentif et de laisser parler la logique. Et que me dit la logique ? Qu’Obama devrait gagner. Non pas parce qu’il est le plus beau, le plus fort, le plus intelligent et le moins vieux, non pas que les Américains votant le préfèrent à l’autre, non pas qu’il soit le meilleur choix, mais tout simplement parce qu’il faut bien quelqu’un pour aller faire le sale boulot et que de ce point de vue, il est un candidat parfait.

De quoi va hériter le 44e président des États-Unis d’Amérique ?
Des restes putrides de la fin d’un énorme banquet.

En gros, choper le job de président aujourd’hui, ça revient à ramasser les croûtes de fromages et les boulettes de mie de pain sur la table et d’aller ensuite astiquer le gras figé au fond des assiettes en cuisine, parce qu’il n’y a plus personne pour payer l’addition. Sans compter que devant le resto déserté, la foule des crève-la-faim gronde et menace, toute prête à déferler dans l’établissement, car n’ayant pas encore bien compris que le service est terminé, le cuistot volatilisé et que les rats ont déjà liquidé les miettes.
Bref, un authentique boulot pourri dont il n’y a rien à espérer. Sans compter que grâce au coup de poker absolument fou et incroyable de la crise financière du mois dernier, les convives ont trouvé le moyen de se faire remettre la caisse avant de se barrer. Avouons que c’était fort. Vraiment très fort. Et que si j’étais Républicain ou un truc approchant, je n’aurais absolument pas envie de rester aux commandes d’un bateau qui a été consciencieusement nettoyé, démantelé et saboté et qui devrait maintenant partir par le fond.

Au contraire, j’aurais tout fait pour ne pas gagner. J’aurais choisi pendant les primaires celui d’entre nous qui n’a plus grand-chose à attendre de la vie et a fortiori de la politique, un type charismatique comme une moule, infoutu d’enthousiasmer une salle de nymphomanes sevrées sous Viagra. Ensuite, je lui aurais filé un budget de campagne digne d’une kermesse de village et lui aurais adjoint les pires bras cassés du marketing politique qu’on n’aurait vu depuis longtemps. Et si vraiment cette mauvaise volonté n’aurait pas suffi, je lui aurais acoquiné comme colistière une bombasse psychorigide sortie du trou du cul monde, voire pire, avec un maximum de casseroles collées au train pour être absolument certaine que le plus minable et démotivé des journaleux ne puisse en manquer une.

Bien sûr, les Démocrates ne se sont pas laissés faire et ont choisi, les fourbes, un noir métrosexuel au passé de cryptobolchévique avec un deuxième prénom de terroriste preneur d’otage. Tout à fait le genre de type capable d’exciter les red neck du middle west!
La course à reculons atteint donc son paroxysme aujourd’hui.
Heureusement que mes hommes tiennent les États clés et que dans le pire des cas, ils sauront inciter les machines à voter pour l’autre camp avant qu’on se retrouve avec tout ce merdier sur les bras.

Parce que, selon toute vraisemblance, la déception sera à la hauteur de l’espoir insensé qui va probablement donner à Obama le job le plus pourri de la planète : celui de président d’un pays totalement ruiné, lessivé, avec une population qui s’enfonce dans la misère, des retours de manivelle annoncés en cascade, que ce soit du point de vue social, politique, géostratégique, diplomatique, environnemental et bien sûr économique. Et face à ça ? Un pays isolé, mal aimé, décrédibilisé et dont les caisses sont plus que vides (faut dire qu’avec mes potes, on n’a pas fait le boulot à moitié dans la catégorie siphonnage de caisses et hold-up du siècle !) : autrement dit, aucune marge de manœuvre. Pour sortir élégamment de ce piège à con, il faudrait quelque chose de totalement inédit, nouveau, imprévisible. Pas juste une rupture de casting, mais un véritable changement de société, le renoncement immédiat et définitif à un système mortifère, injuste, vorace et malsain, mais qui se trouve être le pilier de l’imaginaire de ce pays : le rêve américain, l’aspiration matérialiste à l’accumulation du superflu et au confort bourgeois.

Or, comme l’a souligné Nader dans sa campagne, avec Obama, rien de cela. Juste la continuité dans un projet de civilisation pourtant parvenu à son terme et qui ne poursuit encore sa route aveugle que porté par sa formidable force d’inertie. Et face à cela, pas de prophète, pas de sauveur, pas d’homme providentiel possible.

Autrement dit, l’élection d’Obama devrait maintenir l’illusion quelque temps de plus, cristalliser les espérances et les énergies, mais nous avons déjà dépassé le point de non-retour depuis longtemps et l’atterrissage devrait être d’autant plus amer et violent que l’enthousiasme et la foi dans le changement qui permet de revenir en arrière seront forts ce soir.

Parce qu’en fait, c’est cela que tout le petit monde occidental veut réellement aujourd’hui, vers cela que tend tous les désirs : pas un monde meilleur, pas un monde nouveau, mais le monde tel qu’il était avant que ça se casse la gueule dans tous les sens, un monde d’inégalités, certes, mais où nous nous maintenions férocement au sommet de la chaîne alimentaire.

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