Ce n’est pas la rue qui gouverne, avait répondu Raffarin aux manifestants antiCPE.
Depuis hier, nous savons que ce ne sont pas non plus les urnes.

Je me souviens de quelques échanges un peu musclés avec Patrick Mignard qui défend depuis longtemps l’idée que dans notre type de démocratie, l’élection est un peu un piège à cons et que l’abstention est parfois la seule attitude digne face à un système verrouillé qui s’autoreproduit.
Parce que je suis fondamentalement accrochée à l’idée que seuls les peuples sont habilités à disposer d’eux-mêmes, j’ai toujours défendu l’idée que le droit de vote est plus qu’un droit, c’est un devoir et qu’il fait partie de ces choses qui s’usent quand on ne s’en sert pas. J’ai même, à l’occasion, tanné le cuir postérieur des abstentionnistes, lesquels sont coupables de se croiser les bras et de laisser les autres (de préférence ceux que je n’aime pas) décider pour eux. Quand bien même la sentence qui tombait des urnes ne me convenait pas du tout, parce que je me jugeais investie d’un haut niveau de conscience citoyenne et démocratique, je m’inclinais et décidais de prendre mon mal en patience en démontrant à la majorité qui ne vote pas comme moi à quel point elle s’était faite balader.
Mais dans tous les cas de figure, je considérais que le vote était l’expression irréfutable, bien qu’un peu manipulée aux entournures, de la volonté du peuple : VOX POPULI, VOX DEI!

Et bien, j’avais tort !

Voilà quelque chose que vous n’entendrez pas de si tôt sortir de la bouche d’un gentil représentant du peuple : je me suis plantée sur toute la ligne, je me suis fourré le doigt dans l’œil jusqu’au coude et le père Mignard, avec sa tête de réincarnation de Karl Marx avait raison sur toute la ligne.

Bien sûr, comme un benêt de saint Thomas, il me faut avoir le nez bien plongé dans l’étron de la réalité cynique pour m’en rendre compte, mais voilà, c’est fait, grâce à la gigantesque forfaiture du parlement hier à Versailles, je sais très exactement ce que les politicards pensent réellement du vote souverain du peuple!

Le peuple aurait mal voté? Alors, prenons les bonnes décisions à sa place!

Et qu’on ne me sorte pas que le Traité de Lisbonne n’avait rien à voir avec le TCE : il y a des experts irréfutables qui se sont clairement prononcés à ce sujet!
Certains demandent la tenue d’un nouveau référendum populaire sur le Traité de Lisbonne. Je les soutiens dans la démarche… mais au final, pourquoi devrait-on revoter une nouvelle fois? La première aurait dû suffire. Même un nouveau référendum aurait été une forfaiture. Organise-t-on de nouvelles présidentielles parce qu’une majorité de Français se sont rendu compte que le président qui est sorti de la pochette surprise des urnes n’est pas vraiment celui pour lequel ils avaient voté? Remet-on en question le mandat de nos chers élus quand ils trahissent sans vergogne les engagements sur la base desquels ils ont raflé nos précieux suffrages? Non! Le vote est sacré tant qu’il va dans le sens qui a été décidé pour nous. Ainsi donc, ils auraient tout aussi bien pu organiser autant de référendums que nécessaire, jusqu’à ce que, de guerre lasse, nous votions comme il convient!

Il n’y a guère que dans les dictatures d’Amérique du Sud qu’un président se soumet de son plein gré à la sanction des électeurs!
Dans les bonnes démocraties comme chez nous, quand le peuple vote mal, non seulement on le conchie, mais en plus, au final, on s’affranchit gaiement de son choix.

Ainsi donc, mon vote ne vaut rien quand il ne va pas dans le sens du courant.

J’en prends acte.

Et vous présente dès à présent la première esquisse de mon nouveau bulletin de vote, fait maison, à usage multiscrutin!

Les masques sont tombés, la mascarade est terminée : à chacun d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

P.-S. En pièce jointe, le même bulletin qualité impression, en PDF

Bulletin de vote prêt à imprimer