Voilà plus près de deux ans que j’ai lâché le monde policé de Windows pour les contrées sauvages et quasi-inexplorées du Logiciel Libre.
Changement d’environnement, certes, mais aussi de pratiques, d’habitudes et de manière de penser.

J’adore!
Et je concrétise aujourd’hui cette démarche en adhérant à APRIL et en invitant tous ceux qui pensent qu’un autre ordinateur est possible d’en faire de même.

Au commencement était l’Ours, mon collègue (et maintenant ami!) au service informatique.

Souvent, quand on bossait sur le tard, il prêchait : Regarde, Agnès, comme c’est beau, le mode console! C’est pur, c’est puissant, c’est pointu! C’est autre chose que cette merde de Windows!. J’ai toujours eu beaucoup d’affection pour l’Ours, mais là, ses démos tombaient souvent à plat. Alors, là, tu fait ls machin, pipe, grep et truc et tadam! : du texte tout pourri d’avant Word 2!

Fin du premier épisode : Linux est un truc de dingues qui dorment pas la nuit, se nourrissent de pizzas et mangent directement dans la boîte de cassoulet froid!

Ensuite vint Yannick. Encore un admin’ réseau. L’admin réseau, c’est un peu comme le chef cuistot du restau d’entreprise : si tu veux être bien servi, t’as intérêt à bien t’entendre avec. Et pour bien s’entendre avec, rien ne vaut de longues séances de commandes Linux au téléphone. Yannick aussi est un gars sympa. Déjà, il avait installé une interface graphique sur son serveur sous Red Hat. Ça a l’air de rien, comme ça, c’est limite exclusion du club, mais ça m’a changé la vie, surtout pour administrer Samba. Un coup de Webmin, et je suis devenue la reine du pétrole!
Le serveur était sous interface graphique KDE, le truc qui fait moins peur aux usagers de Windows. Là, j’ai découvert qu’en plus d’administrer le réseau de la PME, j’avais accès à des petits jeux sympa et on pouvait même faire des trucs de fous comme aller sur le net ou écrire une lettre! C’est à ce moment que j’ai cessé de considéré que Linux était un outil pour secte de geeks intégristes. Ceci dit, il y a loin de la coupe aux lèvres, et la plupart du temps, fallait une connexion permanente avec un grand guru Linux pour s’en tirer!

Le grand saut

Au deuxième trimestre 2005, Yannick me sort de mon chômage gluant pour me demander si je pouvais le dépanner sur un boulot. Nos chemins se sont séparés depuis quelques années, mais le Linuxien a de la mémoire et c’est un fidèle dans ses amitiés. C’est normal, il vit dans un monde différent, avec des valeurs différentes. Y a sûrement des blaireaux dans le bestiaire du logiciel libre, mais il y a surtout de sympathiques pingouins et  des gnous.

Bref, il me faut lancer ma boîte pour avancer. A la boutique de gestion, on m’assure qu’il faut bien mettre 3000€ sur la table, rien que pour les logiciels… Je suis pauvre, mais pas stupide! Je ne vais pas commencer par m’endetter alors que je ne sais pas où je vais!

J’en parle avec l’Ours : Là, tous les outils dont tu peux avoir besoin pour bosser sont mâtures. Ce qu’il te faut, c’est Debian SID : comme ça, tu auras toujours la dernière version des logiciels qu’il te faut. Là, pour le coup, je lui ai fait confiance : et j’ai plongé!

Bon Debian SID, c’est pas vraiment la distribution qu’il faut à un débutant sous Linux qui souhaite acquérir son indépendance. Mais une fois installé et paramétré, ça marche pas trop mal… enfin quand une mise à jour ne vautre pas la base de donnée d’Évolution (logiciel de messagerie intégré dans le style de Outlook Microsoft Office, c’est à dire avec gestion des contacts|clients avancée!) pendant 3 mois.

En février 2006, je change de bécane et je décide de prendre mon indépendance par rapport à l’Ours : j’installe moi-même Ubuntu!
Et c’est à ce moment que je découvre qu’il est plus facile d’installer et de maintenir Ubuntu que Windows! Ubuntu est la distribution que tout le monde attendait pour évangéliser les foules de newbies en délire! Dans l’association culturelle du bled, toutes les bécanes de l’atelier informatique passent sous Ubuntu. Ainsi, tous les débutants du bled ne connaissent que Linux. Et font la trogne quand ils se retrouvent sous Windows : c’est quoi ça, ces putains de virus? Et quand Windows est installé, on peut rien faire : faut encore installer tout le reste! Et c’est quoi cet écran bleu?

Un autre monde déjà possible

Depuis que je suis entrée dans le monde du logiciel libre, j’ai découvert une autre logique : travail coopératif et participation. Je ne code pas, je n’ai pas beaucoup de fric, ce qui limite mon apport à la communauté. Mais je suis un utilisateur permanent. Je peux donc prendre un peu de temps pour rapporter les bugs ou suggérer des améliorations qui apparaissent comme nécessaires à l’usage.

La communauté des développeurs du libre est un monde ouvert et mouvant. Pour discuter avec le concepteur d’un logiciel, le plus souvent, il suffit de se connecter sur le bon canal IRC, et hop, on est en prise directe avec la matière grise qui accouche l’outil! Je tire une grande fierté d’avoir suggéré des améliorations ergonomiques de Scribus et d’avoir du coup un outil plus intuitif pour tous! En discutant avec d’autres graphistes travaillant sous logiciels libres (on ne peut imaginer la révolution culturelle que peut être le graphisme libre, loin de l’hégémonie lourde d’Adobe sur le secteur!), j’ai croisé la route du Tigre, un journal très libre dans sa conception et son ton rédactionnel unique.
En fait, quand on navigue dans les eaux claires du logiciel libre, on finit par se rendre compte que finalement, le cyberespace est tout petit et qu’on finit toujours par y retomber sur les mêmes personnes de bonne volonté. Il s’agit plus d’une révolution culturelle, intellectuelle que technologique.

Bref, je vis avec et du logiciel libre. Ma boîte n’utilise et ne vend que du logiciel libre. J’adore convertir des utilisateurs aux logiciels libres et j’ai envie que nous ayons encore tous le choix très longtemps.

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