Alors que nous avons consacré 4% du PIB en aides diverses et variées aux entreprises en 2005, les MEDEFiens renforcent encore leur chouinage sur l’air de toujours plus… toujours plus de fric pour eux, toujours plus de pression pour nous.
En toile de fond de tous ces coups de tamtam dans la volière, toujours et encore le même objectif : le démentèlement pur et simple du Droit du Travail, cet empêcheur d’exploiter et de profiter en rond.

Finalement, rien de bien nouveau, puisque nous restons strictement dans la même ligne de revendications, comme en témoigne ce Petit précis de sylviculture politique comparée, écrit pour Altermonde, un certain 14 juillet 2004.

Si, un jour, un magnifique séquoia se dressait sur le chemin que vous vous êtes fixé, et que vous considéreriez qu’il est impensable de dévier de ce chemin de quelque manière que ce soit, vous trouveriez sans doute très efficace d’employer contre cet arbre magnifique une bonne tronçonneuse ou une bonne dose d’explosifs.

Bien sûr, tous les amis des arbres en général et des séquoias en particulier vous tomberaient sur le dos, mais vous auriez déjà abattu cet obstacle magnifique et pourriez poursuivre le chemin que vous vous êtes fixé.

Sauf que, parfois, la manière la plus efficace d’abattre un obstacle n’est pas toujours la plus rapide et la plus expéditive. Surtout s’il n’y a que vous qui savez où mène le chemin et que vous n’êtes guère pressé que les personnes qui vous suivent (de gré ou de force, qu’importe !) en voient la destination finale.

C’est pour cela que face à l’abominable obstacle du droit du travail, notre gouvernement a choisi la stratégie de la hache de pierre.

Quoi de plus inefficace qu’une hache de pierre, je vous le demande ? A chaque petit coup, vous ne faîtes sauter qu’un ridicule copeau, un fétu de bois, tant et si bien que votre action semble dérisoire, vouée à l’échec, indolore et sans conséquence. Mais, vous, avec votre petite hache de pierre, à l’instar du castor qui ronge patiemment l’arbre qu’il veut abattre, vous savez qu’au bout du compte, vous allez rogner la base de l’édifice, la creuser, la déstabiliser, saper ses fondations, tant et plus, qu’à force, l’arbre entier s’écroulera d’un coup d’un seul, dans un lugubre craquement.

Donc, Chirac en personne, à l’occasion du 14 juillet, le confirme : "la durée légale du travail restera 35 heures (…) il s’agit d’un acquis social !".
Pendant ce temps de beau discours, ses ministres, dont Chirac rappelle qu’ils exécutent sa feuille de route, continuent, patiemment, leur oeuvre de déconstruction sociale et de destruction du droit du travail, par petits lambeaux, besogneusement, tranquillement, avec une dérogation par ci, une abrogation par là, et de petites entorses au code du travail, petites mais précises, répétées, continues, comme les dents du castor, au rythme de la petite et insignifiante hache de pierre.

On dénonce le chantage immonde de Bosch sur ses salariés et on prône le dialogue entreprise par entreprise comme "assouplissement" des 35 heures.

On parle du libre choix du salarié, pendant que le plan Borloo propose de forcer les chômeurs à prendre tout travail qu’on leur présentera, même (et surtout), s’il ne correspond pas au niveau de qualification du chômeur, même s’il est très mal payé, même s’il est très loin de chez lui, même s’il est réduit à quelques jours de travail avant de retomber dans le chômage, encore et toujours.
Pour l’instant, cette mesure va à l’encontre du code du travail

En fait de retour à l’emploi, de libre choix, il s’agit bien d’institutionnaliser l’extrême précarité, de réduire à l’esclavage la masse énorme des chômeurs, en faire définitivement un épouvantail à salariés, afin de faire pression sur les salaires et de généraliser le chantage au licenciement comme mode de dialogue social et de gestion du personnel.

Ainsi, nul besoin de se lancer dans la réforme du droit du travail.
Il suffit de continuer à en saper les bases patiemment, discrètement, sans relâche, jusqu’à ce que cet édifice jurudique, grande oeuvre de nos parents et grand-parents, destiné à nous protéger de la voracité du capitalisme le plus sauvage, s’effondre sur lui-même, vidé de sa substance par les obstinés petits coups de hache de pierre.