Swâmi aime bien me lire, je lui rend le compliment. Son dernier billet m’a inspiré ce commentaire, que je vous livre ici.
Et en écho à ces petits papiers du jour, je vous renvoie à celui d’Olivier Bonnet, un journaliste qui redore le blason de sa profession!

Cela fait quelques années déjà que la paupérisation galopante de notre société marque de ses stigmates les vitrines riantes de nos cités de civilisation avancée. J’en parlais déjà lorsque je suis retournée passer un concours à Toulouse après des années d’absence : des quartiers défraîchis, là où il y avait de l’activité, de la vie, même pas dans la banlieue, mais dans le centre mixte, un peu populaire, un peu bourgeois. Des tas de vitrines désertées, occultées, graphitées. Des passants qui ne respirent plus la joie de vivre, et qui sont habillés exactement comme quand j’ai quitté la ville et ses lumières à brûler les ailes. En plus vieux. Et plus usé. Ça suinte. C’est moche. C’est pré-tiers-mondain! On sent que sans être encore rejetée sous les ponts de la ville rose, une grosse partie de la population s’est serré la ceinture de plusieurs crans. On surnage.

Vers le centre, dans les quartiers traditionnellement bourgeois, c’est clinquant. Le luxe ne se cache plus. Il s’étale. Il brille, il interpelle, il a perdu toute mesure. C’est rutilant. Fascinant. Je vois juste que le fossé s’est creusé. Les pauvres plus pauvres, les riches plus riches… et moins nombreux. On resserre les rangs. On cultive l’entre-soi. La prédation est à l’oeuvre et le pré carré se transforme en bastion. Je lis déjà sur le bitume de la ville que bientôt, il y aura des grilles et des voies privées. Barrière osmotique standard.

Même dans le bled en chef, le même phénomène de concentration se voit. Même là, les camps de fortune s’institutionnalisent sur les quais du Gers. Le provisoire dure. Le bidonville revient à la mode. Les autres détournent le regard. Par superstition, je pense. Parce que regarder est presque contagieux. Un écart professionnel, une rupture et c’est leur tour.

Dans le bled, c’est petit, tout le monde se connaît. La misère, c’est pour les villes. Mais je sais et ils ignorent que cette année, 55 familles se sont inscrites, très discrètement, aux restos du cœur. Sur 2000 villageois. C’est beaucoup.

Pas d’échappatoire ! On est cerné. Lutter ou disparaître !

Je repense à l‘autre billet du jour et au proverbe indien : sur la roue de la vie, la mouche qui était en haut va en bas et celle qui était en bas se retrouve en haut.
Sale temps pour les mouches de chez nous!