Une fois n’est pas de coutume, je publie ici l’intégralité d’un texte que j’ai écrit pour le Petit Journal du Gers.
Parce qu’il est important de voir que cette histoire de fermeture de classe n’est pas la chronique d’un village de campagne peuplé d’irréductibles Gascons ronchons et sanguins, mais bien l’illustration de la lutte contre les fossoyeurs de l’idée même de République, une et indivisible, creuset de liberté, d’égalité et de fraternité entre tous et envers les générations futures.

Commune de Nogaro mardi 14 février 2006

Les parents en colère!

fermeture classeBien qu’étant au cœur d’une zone de très grande ruralité, Nogaro s’enorgueillit depuis longtemps de la qualité de l’accueil dont peuvent bénéficier les jeunes enfants à partir de 2 ans. C’est donc avec stupeur et incrédulité que les personnels enseignants et les parents d’élèves ont appris la semaine dernière la possible fermeture d’un poste à la maternelle de Nogaro.
Très rapidement, les parents ont réagi en mettant en place une cellule de crise et sont parvenus dans la foulée à mobiliser une petite centaine de parents et élus pour manifester leur opposition au projet de fermeture de poste, ce qui entraînerait mathématiquement la fermeture d’une classe. Sur ce, il a été décidé qu’une délégation de représentants des parents iraient rencontrer l’inspecteur d’académie du Gers, monsieur Boulanger.

Monologue d’un sourd

Ce ne sont pas les arguments qui manquaient pour défendre le maintien de la classe des tous petits : qualité de l’accueil et de l’équipe pédagogique, réfection et agrandissement de la classe ces dernières années pour un espace plus adapté à la petite enfance, décloisonnement croissant avec les autres classes de la maternelle pour favoriser l’accès aux grandes classes et meilleure carrière scolaire des enfants scolarisés précocement. Sans compter que le canton de Nogaro a la satisfaction de voir ses effectifs enfantins remonter ces dernières années de façon particulièrement réjouissante.
Patrick Boulanger a approuvé tous les arguments des parents d’élèves, a reconnu la qualité particulière de l’accueil pédagogique de Nogaro et a immédiatement annoncé que sa décision était déjà prise : un poste fermera à Nogaro à la rentrée prochaine, dans le but de favoriser la ruralité.

Les chaises musicales

Cette réorganisation de la carte scolaire, qui a essentiellement pour but de réduire le nombre de postes d’enseignants pour des raisons budgétaires sans aucune autre espèce de considération, se résume pour l’essentiel à un gigantesque jeu de chaises musicales où les enfants sortent grands perdants. Le nombre de postes diminue sans cesse alors que la population augmente et que rien n’est mis en place pour palier au problème qui va rapidement devenir aigu : celui du non remplacement des enseignants qui partent à la retraite. La logique comptable s’impose frontalement à tous, niant les intérêts les plus élémentaires des générations futures, réduisant comme peau de chagrin le principe de l’éducation nationale, gratuite et ouverte à tous : beau symbole en cette année auto-proclamée année de l’égalité des chances.

Les parents de Nogaro ne s’y trompent pas et savent bien qu’au delà de leur problème local, c’est une certaine conception de l’école républicaine qui est remise en question. Entre l’abaissement de l’âge de l’apprentissage à 14 ans et l’élimination progressive des enfants de 2, voire 3 et 4 ans des classes, c’est l’école de Jules Ferry que l’on rabote consciencieusement, méticuleusement, année après année. Et c’est pour cela qu’à Nogaro, comme partout ailleurs, dans le Gers et le reste de la France, plus aucune classe ne doit fermer!