Fallait-il vraiment une nouvelle formule pour l’émission de Maïténa Biraben?

Chez nous, la télévision ressemble de plus en plus à un moniteur pour le lecteur DVD. La journée, la règle c’est : pas de télé. Le soir, la priorité c’est : un film! Ceci dit, il arrive que les chaînes du satellite proposent des séries sympa[1] ou des documentaires éclairants.
Seule exception à la règle, l’émission Nous ne sommes pas des anges, sur Canal+, entre 12h40 et 13h40. Notre repas se terminant vers 12h30, cette émission était qualibrée pile poil pour une agréable digestion. La reine Maïtena, entourée de son essaim de chroniqueurs bourdonnants nous apportait un éclairage léger, amusant et subtilement futile sur le monde vu par les bobos de Paris. Butiner d’une rubrique à l’autre était donc extrêmement détendant, tant les styles des différents intervenants composaient une trame contrastée et pourtant cohérente à l’émission. J’aimais bien l’apologie du vide de Salvatore qui explorait les absurdités de la teNNdaNNce, je raffolais purement de la rubrique cuisine d’Éric Roux et me réjouissais, sans être dupe de la mise en scène, des grosses passes d’armes entre le cuistot auvergnat, tendance terroir profond et le faussement méchant ego-centro-Parisien joué avec brio par Jean-François Kervéan. Et moi qui n’ouvre jamais un magasine féminin[2], je me suis régalée de la rubrique mode franchement déconne et extrémiste de Daphnée Bürki.

Autrement dit, même quelqu’un comme moi a besoin de goûter de temps à autre à l’insoutenable légèreté de l’être… et surtout du paraître. Nous ne sommes pas des anges, c’était un peu ma minute du docteur cyclopède, en plus long et en plus inconséquent encore. Était! Parce que la direction de Canal+, qui n’a plus rien d’une grande famille, depuis bien des années, a estimé que la ruche Biraben ne faisait pas assez d’audience…

Donc nouvelle formule depuis lundi dernier, un peu comme Skip ou Ariel qui lavent toujours plus blanc…

Exit les industrieux chroniqueurs! On ne garde que Kervéan et Bürki, en garde alternée, tendance figuration nostalgique. Terminé le butinage faussement impertinent : une émission, un sujet! Point. Et du lourd! Le pinard, le froid, Mozart! Une journaliste pour encadrer le tout : ça fait plus sérieux qu’un chroniqueur. Et Maïténa qui fait passer le plat. Bref, une heure sur le même sujet, on frise l’indigestion. L’heure ne s’y prête pas du tout. Et cerise sur le gâteau : intervention des spectateurs en direct via un SMS surtaxé… on se demande où est la nouveauté.

On pourra toujours dire que je suis allergique au changement. Peut-être. D’un autre côté, plutôt qu’un recadrage rédactionnel, j’y vois plutôt une purge financière qui vise à rentabiliser le créneau au détriment de toute autre considération. Remplacer une demi-douzaine de chroniqueurs avec petits reportages à la clé par une journaliste et un plateau d’invités gratos, ça s’appelle rogner sur les coûts, chez moi. Et matraquer le numéro de SMS surtaxé, surtout quand on connait la valeur informative et philosophique moyenne de l’intervention du mobilo-spectateur standard, ça s’appelle se refaire sur la bête. Bref, on vient de passer de l’épicerie familiale à la tête de gondole et là où l’on souriait, on se fait maintenant clairement suer. Même le ton de Maïténa a été passé à la moulinette : faut ras-sem-bler, capter le plus de ressources publicitaires possible, donc hors de question de froisser quelques susceptibilités que ce soit. La nouvelle formule de Nous ne sommes pas des anges ressemble à s’y méprendre à un bon couscous auquel on aurait enlevé le piment (faut pas titiller la papille), les pois chiches (ça fait péter!), les boulettes et les légumes : ne reste plus qu’un grand plat de semoule fade.

Tout ce que je souhaite à cet ersatz d’émission, c’est de couler au plus vite, afin que Maïténa ait la chance d’aller déployer le substantifique miel de son talent ailleurs, là où il pourra être apprécier!

Notes

[1] En ce moment, je suis Nip/tuck sur Paris Première et Battlestar Galactica sur Sci Fi.

[2] à moins que l’attente ne s’éternise au-delà du supportable chez mon généraliste : on ne parlera jamais assez des vertues analgésiques et anesthésiques du neurone d’un ELLE ou d’un Marie-Claire!