,

Mémoire de pierres

C’est une église juchée au sommet d’une colline et dont le clocher semble accuser le ciel.

C’est un édifice incongru, même pour ce coin de Gascogne, jusqu’à ce que son histoire soit contée. L’histoire donc d’un petit seigneur local, brutal et tyrannique, comme sa naissance l’y encourage. Un dimanche, le seigneur traine suffisamment à la chasse pour que le prêtre, un peu lassé de l’attendre, décide de commencer sans lui. Du coup, le tyran arrive en retard à la messe et, de colère, tue le prêtre.

Ce n’est pas du tout du gout du roi qui condamne à mort le Gascon trop sanguin et le punit au-delà de la tombe, puisqu’il exige que son château soit rasé et qu’une église soit construite à son emplacement.

D’où la petite église juchée au sommet de la colline et dont la silhouette se dresse comme un témoignage.

Au pied de la petite église vengeresse, le traditionnel cimetière égrène en creux la petite histoire pas toujours tranquille d’un petit village perdu un peu au milieu de nulle part. On y lit les guerres qui fauchent une génération, les épidémies, les accidents — de la vie comme de la route —, les grands drames silencieux des gens ordinaires, la longévité, aussi, que peut conférer une vie sage dans un pays en paix.

Et au milieu de cet album minéral, il y a cette tombe qui décide de nous raconter une autre histoire, une histoire qui n’appartient pas à ce lieu.

Mémoire du RwandaIl avait presque mon âge et il est venu du bout du monde pour mourir ici, trop jeune, dans ce petit village bucolique presque oublié de tous.

C’est étrange, cette résurgence historique, ici et maintenant, cette mémoire perdue qui attendait le hasard d’une journée d’été improbable pour se dévoiler, à peine, et nous submerger d’interrogations sans fin.

Voilà Basile le survivant, Basile l’exilé, Basile qui amène dans notre petit coin de planète tranquille les fracas de la guerre et de l’atrocité. Peut-être que, la veille du jour où la sauvagerie l’a rattrapé, Basile avait-il une vie assez proche de la mienne ? Peut-être pestait-il contre les prix trop chers, les salaires trop petits et avait-il, comme nous tous, ce genre de petits soucis qui devraient nous rappeler sans cesse combien notre vie est douce et bien protégée ?

Peut-être venait-il de se marier ou songeait-il à le faire ? Peut-être que, comme moi, il était parti au loin pour suivre des études supérieures. Il devait déjà s’imaginer mille vies, mille possibilités, mille métiers… mais surement pas mille collines, dont la dernière, la toute dernière… si loin de chez lui.

D’un seul coup, il est devenu proche et familier. D’un seul coup, cette guerre dont nous entendions les échos d’une oreille distraite avant de replonger dans l’insignifiance de nos vies et de nos problèmes, cette guerre ancienne et oubliée, comme toutes les guerres, cette guerre s’est incarnée devant moi, a pris racine dans notre propre tranquillité, non pas comme une menace, mais plutôt comme un rappel de l’extrême précarité de l’existence.

13 réponses
  1. chester denis
    chester denis dit :

    Basile avait 29 ans à sa mort. Le génocide date de 1994 (il avait 24 ans) malgré que le monument parle de 1991. Il avait donc perdu une innombrable famille. était-il là-bas, était-il ici, nul ne le dit. Ce qui est dit est que sa mort est aussi la mémoire de tant de membres de sa famille décédés, trucidés. Dont 13 enfants, non nommés.
    Les hommes sont les seuls animaux à tuer avec plaisir ou perversité leurs congénères. Basile n’a pu survivre à ce fait. Nous tolérons bien trop facilement cette hécatombe, en ayant plaisir à haïr à nouveau l’homme, son groupe, sa ‘race’ ou sa ‘religion’. Pour dire vrai, nous tolérons excessivement la violence des entreprises et des institutions autour de nous. Et la domination masculine n’est pas étrangère à ces faits.

    Répondre
    • lik
      lik dit :

      « Les hommes sont les seuls animaux à tuer avec plaisir ou perversité »

      Faux, il y a de nombreux exemples de lionnes qui tuent des lionceaux sans aucune nécessité de survie.

      Répondre
  2. smolski
    smolski dit :

    Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa force
    Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
    Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix
    Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
    Sa vie est un étrange et douloureux divorce.

    Répondre
  3. herve_02
    herve_02 dit :

    Chester

    Pourquoi, encore et toujours ce p*tain de rapport à la domination masculine. C’est g*nflant de sortir cette rengaine à chaque truc. Faut consulter, je pense. Les obsessions sont le symptôme de trucs plus profonds. Il y a domination des ‘riches’, pas des mâles. Faire des stats sur le nombre de femmes ici ou là par rapport au nombres d’hommes pour conclure sur la domination est juste stupide. Peut être qu’elle ne veulent juste pas être ici ou là.

    Alors on peut toujours se dire que c’est la société qui a inculqué gnagnagna, mais pour cela, il faut des études pour commencer à réfléchir, parce que l’éclair de génie d’une meuf (par ailleurs assez agressive – je parle pas de Monolecte, mais des égéries féministes sur le web), ça me laisse froid, d’autant plus que cet éclair ne fait que conforter son hypothèse de départ, elle aussi enfant d’un éclair de génie perso. Un exemple tout con. Le nombre de personnes qui ânonnent le 30% d’écart de salaire entre un homme et une femme pour ‘démontrer’, et bien c’est …. du flan. Un équipe de chercheur a étudié cet écart de salaires hommes-femmes, il est de 5% seulement pour les causes inexpliquées (donc potentiellement la différence homme-femme, ou juste l’age du capitaine.) soit probablement inférieur à l’écart type des salaires hommes ou femmes.

    A un moment, il faut grandir et sortir de cette propagande inepte : la domination elle n’est pas masculine, elle est oligarchique. Se faire détourner de cet état de fait est, de mon point de vue complotiste populiste, probablement xénophobe et fasciste, une belle manœuvre de l’oligarchie à l’encontre des idiots utiles.

    Répondre
  4. Samson
    Samson dit :

    Hommage à la mémoire de Basile!
    Dans un cimetière voisin, au pied de l’église du village, se voit encore la pierre tombale et – quoiqu’ornée d’un croissant – anonyme, d’un de ces innombrables soldats de l’empire colonial français tombés dans nos brumeuses contrées en combattant les troupes du Kaiser. Quoique personne ne sache qui il était, sa tombe reste elle aussi honorée.

    @chester denis
    « Les hommes sont les seuls animaux à tuer avec plaisir ou perversité leurs congénères. …. Nous tolérons bien trop facilement cette hécatombe, en ayant plaisir à haïr à nouveau l’homme, son groupe, sa ‘race’ ou sa ‘religion’. Pour dire vrai, nous tolérons excessivement la violence des entreprises et des institutions autour de nous. Et la domination masculine n’est pas étrangère à ces faits. »

    La domination masculine n’est certainement pas étrangère à ces faits et reste de fait très présente au sein des entreprises et institutions qu’elle a fondé, mais hors choix de leurs modalités, je ne lui attribuerais qu’un rôle « transitoire » dans de tels comportements, relevant essentiellement des développements humains du langage articulé et de la psyché dont elle n’est qu’héritière. Que je sache, les premières traces anthropologiques de guerres, de conflits et de massacres humains sont largement antérieurs à l’ère patriarcale.

    @herve_02
    « Pourquoi, encore et toujours ce p*tain de rapport à la domination masculine. »

    Difficile de faire autrement!
    Emergeant durant le néolithique de la compréhension du lien entre relation sexuelle et procréation, la logique patriarcale a nécessité rien moins que les inventions du droit et de l’écriture pour s’imposer et fixer les modalités d’une filiation masculine – par définition toujours attribuée et hypothétique – pour se substituer à une filiation matrilinéaire directe et évidente depuis l’aube de l’humanité.

    Si le succès du premier test ADN déterminant la paternité biologique a techniquement et définitivement posé terme à l’ère patriarcale, ses valeurs et ses institutions (justice, armée, religion, …), on ne sort pas d’un claquement de doigt, ni sans grincements de dents, d’une logique multimillénaire.
    Si la domination est oligarchique, elle reste encore pour très large part masculine, mais rassurez-vous : même s’il n’est jamais agréable de renoncer à ses prérogatives « traditionnelles », quelques générations devraient désormais suffire à en effacer même le souvenir! 😀

    Répondre
    • Aqua de L'Hère
      Aqua de L'Hère dit :

       » effacer même le souvenir  » et pfiou, même l’essence disparaît….La vanité qu’elle charmante réalité. Une sorte d’hommage à contrario de l’historicité de Basile Museminali.

      Répondre
    • lik
      lik dit :

      Au lieu de délirer des théories fantasques, renseigne toi :

      « Du point de vue des autres grand singes, chez qui les mâles ne font rien d’autre que se battre pour l’accès aux femelles, les hommes chez les chasseurs-cueilleurs sont « exploités » par les femmes pour le compte de leur progéniture. Sans cette institution du service pour la fiancée, l’espèce humaine moderne à grand cerveau ne serait pas là. Si l’on compare à la situation des mères chez les grands singes, où les mâles sont le « sexe fainéant », il est tout à fait impossible de considérer les femmes des chasseurs-cueilleurs comme opprimées, du fait qu’elles font travailler les hommes pour elles et leurs enfants. »

      http://cdarmangeat.blogspot.fr/2016/07/un-echange-sportif-avec-une.html

      Répondre
  5. Noblejoué
    Noblejoué dit :

    Bha, il y en a pour tous les goûts, question domination : des riches sur les pauvres, des hommes sur les femmes, des Blans sur les Noirs et que sais-je encore ?

    Tout rapport de force déséquilibré peut y mener. Les techniques, pharmaceutiques comme la pilule, équilibre des pouvoirs, d’autres encore, limitent les dégâts.

    Un revenu de vie inconditionné serait aussi une technique allant dans ce sens. Ne faisons pas dans la concurrence des victimes mais l’aide à ce qu’il y en ait moins.

    Je ne nie pas par là la gravité exceptionnelles de certains abus, comme, notre hôte nous le rappele avec pertinence, les génocides.

    Répondre
  6. herve_02
    herve_02 dit :

    « Émergeant durant le néolithique de la compréhension du lien entre relation sexuelle et procréation, la logique patriarcale a nécessité rien moins que les inventions du droit et de l’écriture pour s’imposer et fixer les modalité… »

    faut arrêter la fumette ou changer de fouisseur, elle est frelatée..

    Honnêtement, je n’ai pas lu plus loin, autant ne pas perdre son temps chacun à argumenter, restez dans votre monde vu à travers vos lunettes… je reviendrais dans 1 mois ou plus tard lorsque le sujet sera autre. bon courage dans vos combats.

    Répondre
  7. paspier
    paspier dit :

    Quels sont les choix réels que nous faisons encore dans nos existences ?
    En termes de malheurs , trouver pire que soi n’a rien de compliqué .
    Hiérarchiser les violences subies ne fait que conforter les tyrans …
    <>
    Hormis les catastrophes naturelles et la mort ( naturelle ) , il faut bien reconnaitre que l’humain est souvent la cause de la souffrance humaine ,
    quelle soit due à des individus ou a des entités . L’utopique fraternité mondiale a encore un long , très long chemin à parcourir .
    Si tous les gars du monde pouvaient se lâcher la grappe ( juste un trait d’humour , pas de théorie du genre ).

    Répondre

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *