Leçon de démocratie

Ce que les citoyens plébisicitent vraiment

Une petite bruine froide et maussade a vidé la place de ses manifestants, mais je brave les intempéries pour prendre le temps de discuter avec Juan.

— Alors, monsieur l’élu, comment ça se passe, dans les cuisines de la démocratie locale ?

— Très bien, je démissionne à la fin du mois.

— Bah, pourquoi ?

— Parce que c’était une promesse de campagne.

Juan — appelons-le Juan — fait partie de ses personnes que je ne peux m’empêcher de croiser depuis que j’ai débarqué au bled, cela fait… un sacré bout de temps, déjà. Certains y verraient un signe du destin, mais plus prosaïquement, j’appellerai cette tendance :

Les habitus minoritaires convergents.

En gros, cela revient à dire que si l’on adopte le mode de vie ou la vision du monde de la majorité, on se retrouve immanquablement perdu dans la multitude à pousser son caddy le samedi matin, applaudir des millionnaires égocentriques en short qui tapent dans un ballon ou avoir la satisfaction d’avoir régulièrement laissé choir un bulletin gagnant dans l’urne.

Par contre, si l’on appartient à une minorité, une minorité réellement restreinte, on finit immanquablement par retomber encore et encore sur le même petit cercle de personnes qui ont étrangement une foultitude de points communs avec soi.

La première fois que j’ai rencontré Juan, c’était vraiment il y a très longtemps et c’était à une install party Linux. Pour les Windowsiens par défaut qui pensent que PC = Windows, il s’agit en fait d’aider les béotiens à installer sur leur machine un système d’exploitation libre et gratuit qui fonctionne sous Linux. Il existe une multitude de distributions (des Linux préconstruits et pratiquement prêts à faire tout ce que vous avez besoin de faire avec un ordinateur dès livraison) et à l’époque dont je vous parle, il est vrai qu’il était parfois ardu de choisir et de paramétrer sa distribution Linux quand on était néophytes. C’est pour cela que, régulièrement, des geeks barbus en tongs se réunissaient le soir dans les arrières-boutiques d’associations locales, pour aider les gens à passer du côté lumineux de l’informatique.

Sauf que Juan n’était pas barbu et en tongs.

J’ai recroisé Juan un peu plus tard dans une manif et, bizarrement, malgré cet étrange handicap qui m’interdit de reconnaitre les gens avant une demi-douzaine de rencontres décontextualisées, j’ai compris que je l’avais déjà vu.

La réforme des retraites nous ouvrira un boulevard de discussions très régulières et c’est donc sans une trop grande surprise que je le retrouverai au milieu d’une dizaine de militants, le soir où je pousse pour la première fois la porte du local du parti des Alternatifs rouge et vert du département pour proposer mes services pour la dernière des élections des conseillers généraux.

Si nous avons tous perdu cette fois-là, Juan persévère et finit par décrocher un siège au bled-en-chef.

L’accoutumance mortifère

Et nous revoilà, de nouveau réunis par une énième indignité législative, à parler sous le crachin de sa prochaine libération.

— Ah, oui, je me souviens, on avait parlé d’un truc dans le genre. Quelque chose sur l’usure du pouvoir…

— Oui, ça va me faire du bien d’arrêter. C’est que ça bouffe du temps et de l’énergie.

— Mais pourquoi un an ? Pourquoi cette promesse ?

— Parce qu’on est contre le cumul des mandats, y compris dans le temps, contre la professionnalisation de la politique : le temps que je passe à mon mandat, je ne le consacre qu’à ça, pas à manœuvrer pour me maintenir ou prendre plus de pouvoir.

— Oui, c’est logique, ça élimine le carriérisme ou le risque de corruption. Mais souvent, les élus que je connais argüent de la nécessité de porter un dossier sur la durée.

— Il n’y a pas de problème avec ça : ma suppléante les a tous suivis, je lui transmets tout en partant.

— Oui, mais, il y a la connaissance des arcanes, des réseaux, des personnes, de savoir qui voir pour tirer tel levier…

— C’est précisément ce qu’il y a à éviter. L’entresoi, le copinage…

—… les petits meurtres entre amis… Mais un an, ce n’est pas trop court pour mener à bien une action politique ?

— Non, si tu te consacres vraiment à ça et pas à bétonner ta position… et puis c’est bien assez, je suis crevé.

Des fois, j’ai l’impression d’être un Padawan qui asticote Yoda pendant tous les entrainements, sauf que mon Yoda me dépasse d’une bonne tête… comme l’immense majorité de la population.

J’en profite pour lui demander son avis sur un ami politique commun, un élu au long cours qui a planté justement le parti aux dernières élections pour rallier les socialos sur lesquels nous ne nourrissions pas de grandes illusions.

— Il a fini par succomber à l’appel du pouvoir ?

— Non, pas vraiment. Je pense plus qu’il a eu peur du vide.

— Peur du vide ?

— Oui, c’est le problème quand tu es élu : tu deviens quelqu’un d’important, quelqu’un qui compte. Tu deviens quelqu’un tout court. On te sollicite pour ceci ou cela. Tu participes aux décisions importantes. Tu travailles sur des projets d’avenir. Tu te sens utile. Et tout ça, il n’a pas voulu le perdre. Il sait que c’est son dernier mandat. Il ne voulait juste pas se retrouver tout seul à côté de son téléphone qui ne sonne plus.

— Du coup, tu ne lui en veux pas d’avoir trahi tout ce en quoi il avait cru, tout ce qu’il avait défendu ?

— Non, je n’approuve pas, mais je comprends.

— La politique, comme une drogue… C’est marrant que tu m’en parles. Je viens de voir une série géniale qui parle de ça… tu sais, du gars qui a fait The Wire et Treme. L’histoire d’un jeune maire idéaliste qui se prend dans la gueule la férocité du pouvoir. Il y a une scène absolument énorme et prenante où il revoit sa meilleure amie un an après qu’elle ait perdu les élections et où elle raconte son extrême solitude, son sentiment d’abandon et d’inutilité depuis que son téléphone ne sonne plus et où elle lui explique à quel point ça lui manque, la politique. D’ailleurs, à la fin, ils se battront comme des chiens l’un contre l’autre pour avoir le dernier siège. Plus d’amitié qui tient… C’est un peu ça qui lui est arrivé à Machin, bien plus qu’une trahison…

— Oui, c’est bien ça.

— Oui, du coup, je comprends bien mieux ton choix de t’en tenir à un an de mandat… avant que ça ne devienne une drogue. Que tu te retrouves à promettre tout et n’importe quoi pour juste un mandat de plus…

Le sens démocratique

Je n’avais jamais encore vu les choses sous cet angle. Le fait que le pouvoir ne corrompt pas particulièrement, mais qu’il rend accroc, ce qui induit des tas de comportements très déplaisants pour nous tous. Du coup, je commence à comprendre la profondeur et la portée du choix de Juan.

— D’un autre côté, comme élu d’un mouvement très minoritaire, tu ne peux pas espérer réellement changer les choses ou faire passer un projet. Donc bon, ce n’est pas très important de se maintenir en place. C’est même un peu frustrant, non ?

— C’est pour cela qu’il est tout de même important d’être là, toujours là, d’intervenir régulièrement sur toutes les questions et de toujours apporter notre point de vue, nos idées, notre vision dans tous les débats.

— Mais ça sert à quoi ? Au final, ce sont toujours les mêmes Yolus qui l’emportent et qui imposent le même genre de politique qui nous ruine, nous asservit et dégrade irrémédiablement notre biosphère.

— Ça sert à amorcer le changement. À faire vaciller les certitudes. À cultiver de nouvelles idées. C’est long, c’est fastidieux et c’est ingrat, le changement.

— Oui, je comprends bien, mais ce n’est pas comme si nous avions le temps. On n’a plus le temps, ça urge.

— Oui, mais c’est le temps de la démocratie.

— Oui, mais c’est absurde. Et si la majorité, elle ne veut que des trucs pourris ? Si elle n’en a rien à foutre de laisser des ruines à nos enfants ? Si tout ce qu’elle veut, c’est pousser un caddy le dimanche ou avoir une plus grosse voiture que celle du voisin ?

— C’est exactement ça la démocratie : les gens qui choisissent eux-mêmes.

— Mais si la démocratie, c’est la fin de notre espèce ?

— Pareil. Tu ne peux pas croire à la démocratie que quand ça t’arrange. Parce que sinon, ce n’est plus la démocratie.

51 réponses
  1. BillBoa
    BillBoa dit :

    C’est exactement ça. Un pays de cons a un gouvernement complètement con. Les Français sont bien placés pour le savoir.
    C’est ça la démocratie. Encore faut-il qu’elle prenne soin de bien régler la machine à fabriquer des cons sinon y’a des poils à gratter qui mouftent.
    Et au bout du compte, les vaches sont bien gardées …quoique …finalement …j’chais plus trop…

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    • Croa
      Croa dit :

      NON !
      C’est même très con que de se poser cette question, comme si remettre en question les vérités d’évangile était si iconoclaste que ça donnerait mauvaise conscience.

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  2. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    L’autorité du nombre

    Un jour, nous cesserons de considérer comme un aboutissement un système politique dans lequel une majorité exerce un rapport de domination sur une minorité, au prétexte de quelques pourcentages d’écart…

    by Yannis Youlountas · 26/06/2016

    Voilà qui vient éclairer ce qui me met définitivement mal à l’aise avec l’idéal démocratique…

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  3. Robert Spire
    Robert Spire dit :

    « Leçon de Démocratie » intéressante. Dans la même veine et pour hâter le procès on peut s’inspirer du concept de  » Démocratie continue » développé par Dominique Rousseau dans son livre « Radicaliser la démocratie, proposition pour une refondation »

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  4. Brigite
    Brigite dit :

    tout aussi bien votre élu, il aurait pu planter des ananas à la Martinique ( 9 mois pour la récolte) et nous en ramener.

    putain !
    à part ça, c’est la CGT qui fout la merde…

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  5. smolski
    smolski dit :

    Mais d’où nous vient l’envie d’être gouverné par d’autres ?

    Plus d’efficacité que pas de gouvernement du tout ?
    J’ai un doute…

    Plus difficile pour chacun ?
    Peut-être…

    Impossible ?
    ah ah ah 😀

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  6. Etienne
    Etienne dit :

    Nous ne somme plus en démocratie, malheureusement, ou pas. Maintenant on appelle ça la post-démocartie, parce qu’on a pas encore choisi de dire vraiment qui gouverne le monde.
    Alors ploutocratie, kleptocratie (ceux qui volent les pauvres, les ressources, pour tout récupérer), il y a du choix.
    Depuis quand est-ce qu’on laisserait les individus décider eux-même ce qu’ils doivent faire ou penser ?
    Ça a déjà été évoqué maintes fois par des puristes, Abbaye de Thélème, la Nouvelle Atlantide, et pourquoi pas Libertalia (un monde où on serait libre, mais libre comme quoi au fait, y pas une bestiole qui est libre sur terre, chacun porte sa croix)
    Pour l’instant, le nom qui lui va le mieux à cette utopique démocratie, c’est encore l’Ile Mystérieuse.
    Et puis choisir le pouvoir c’est pas choisir les responsabilités. Ceux qui dirigent le monde (pour faire court on va dire les banques, les trusts industriels…) sont plein de pouvoir planqués derrière des sociétés anonymes, ANONYMES, personne… On prend tout, mais c’est personne.
    si un jour le pouvoir s’accompagne de la responsabilité, plus d’addiction, plus de lutte pour grimper, chacun restera chez soi à s’occuper de ses oignons.

    Je me demande si au temps régaliens, on avait pas plus de chance que maintenant de tomber sur un monarque éclairé. Au moins le pouvoir il l’avait d’emblée, pas besoin de magouille, et tout son temps consacré à s’occuper de son pays, avec les meilleurs précepteurs pour le guider sur le dur chemin de la connaissance.
    Maintenant, une bande d’illettrés, mi-voleurs-mi-loufiats, qui vomissent leurs inepties sur les médias et tout le monde applaudit parce qu’on s’est endetté pour cette télé, alors vives les banques, et vive la téloche.

    D’ailleurs, la plupart du temps on est aux ordres de notre entreprise, qui est un pur système pyramidal, pas du tout démocratique, à qui on donne notre temps et nos efforts, en échange de notre seule ressource, l’argent.
    Tout passe déjà par l’entreprise, pour la majorité d’entre nous. Alors si c’est pas elle qui fait la pluie et le beau temps sur nos vies et notre planète, on se demande. (et le code du travail, alors, ben justement, il était de trop, hop zigouillé, à moins qu’une bonne manifestation statique à domicile fasse fléchir les gouvernement)
    Et comme les entreprises sont tenues pas les banques…

    Ah ouais tiens, on peut toujours lutter pour pas être licencié, discriminé, voire même respecté, pourquoi pas ? En plus naïvement on demande ça aux politiques qui n’ont qu’un seul pouvoir (SVP M. le ministre, rétirez le projet que vous venez d’écrire pour faire plaisir à ceux qui vous maintiennent en place), celui de faire les yeux doux à l’entreprise pour conserver leur privilèges, déjà vacillant. La preuve si l’extrême droite s’en sort aussi bien avec des arguments anti corruption, de changement, de contestation, c’est que personnes ne croit plus aux discours politiques qui sont mensonges, et pour cause, c’est pas eux qui décident.
    « Mon ennemi c’est la finance », vous vous rappelez ? Et hop, quelques mois après on file (nous filons, parce que c’est notre pognon) 800.000.000.000 aux banques, qui les pauvres, non contentes de récupérer tout notre argent chaque début de mois, ne sont pas foutu de se prendre en main.
    Oui je suis un peu énervé.
    Oui je suis le colibri qui tente d’éteindre la forêt en flamme.

    Votre serviteur.

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    • Auxi
      Auxi dit :

      Ma banque vient de bloquer ma carte bleue. Motif : j’ai dépassé de quarante euros le montant du découvert autorisé. J’aurais dû dépasser de quarante millions.

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    • smolski
      smolski dit :

      Etienne : « Je me demande si au temps régaliens, on avait pas plus de chance »

      Le pouvoir n’existe que si tu l’accordes, que ce soit aux temps anciens ou maintenant.
      C’est d’abord par la circulation de l’information (le Savoir) que réside la balance entre le pouvoir et la liberté pour tous.

      Aujourd’hui, par la Toile, débute cette circulation débridée et bien qu’elle se noie dans le trop plein, chaque instant nous pouvons/apprenons à la filtrer un petit peu mieux selon nos convictions et nos vœux.

      Dans cette idée, je propose à tous de se tourner résolument vers la liberté de la circulation de cette information, notamment en utilisant ce que faire ce peut le système informatique libre et de le diffuser tout autours d’eux car chaque petit pas fait dans cette voie trace un grand chemin pour tous ceux qui nous suivent à lutter contre la sauvagerie des pouvoirs en place.

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  7. Martin Scriblerus
    Martin Scriblerus dit :

    « C’est exactement ça la démocratie : les gens qui choisissent eux-mêmes.

    — Mais si la démocratie, c’est la fin de notre espèce ?

    — Pareil. Tu ne peux pas croire à la démocratie que quand ça t’arrange. Parce que sinon, ce n’est plus la démocratie. »

    Et l’athéisme en matière politique, c’est pour quand?

    La démocratie et sa majorité sont tout de même une manière ancienne et très policée de se payer de mots pour ne pas devoir continuer de dire crûment l’habituelle et sanglante dégueulasserie de « la Loi du plus Fort »: et confrontés à une telle leçon, il se trouve heureusement parmi les fervents démocrates des gens conséquents, prompts à s’empresser un moyen ou un autre de forclore leur propre entendement, et à voir en qui la porte et la formule un ennemi – ce qui n’exclura aucune forme de ménagement, de flatterie, ou de forfaiture à son endroit, en fonction de la menace que cet ennemi constituera ou non pour « la démocratie »…

    Pour ce qui est de la conséquence de devoir penser plus loin, c’est une autre histoire.

    Mais quand on ne tient ni à gouverner autrui, ni à le faire gouverner par d’autres, et ce pas plus qu’a être soi-même l’objet d’un semblable gouvernement… on est tôt ou tard traité par
    les démocrates – direct, radicaux, parlementaires, et tutti quanti – en ennemi politique. Les démocrates n’hésitent pas moins que les autres, au nom de la céleste grandeur de leur bel idéal, toujours menacée par le sordide de son application dans cet ici-bas si imparfait, et forts de la banale et très matérielle force du nombre, assurés qu’ils sont de bénéficier des formatages, des conditionnements, du poids du fait établi, à se comporter comme tels.

    « Oui, mais c’est le temps de la démocratie. »

    Ce qui dit assez bien la brutalité de la chose. Le temps de la démocratie n’est effectivement pas le temps des vivants. C’est le temps d’un Pouvoir, avec ce que cela implique de falsification et d’illusions.
    Dommage pour elleux.

    « Tu ne peux pas croire à la démocratie que quand ça t’arrange. Parce que sinon, ce n’est plus la démocratie. »

    Je suis las des théologiens. Les laïcs sont les pires.

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    • Agnès Maillard
      Agnès Maillard dit :

      Mais quand on ne tient ni à gouverner autrui, ni à le faire gouverner par d’autres, et ce pas plus qu’a être soi-même l’objet d’un semblable gouvernement…

      Oui, je suis plutôt dans cet axe, mais en fait, dans un cas comme dans l’autre, comment faire en sorte que ce soit le bien commun qui en sorte vainqueur?
      Parce qu’à l’arrivée, la somme des égoïsmes ne donne rien de bien probant.

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  8. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Encore une autre façon de voir la démocratie (et ses limites) :

    Considérez-vous comme juste que les citadins d’une grande ville votent pour dire s’ils sont d’accord pour déverser les boues de leurs stations d’épuration dans les champs des paysans 30 km plus loin ? Il s’agit d’une procédure démocratique, les paysans pourront voter. Décharge publique et traitement des boues se feront selon des objectifs de haute qualité environnementale. Et les grenouilles seront transportées, euh… au Bangladesh, tiens. Pour les riverains les plus proches, des bougies purificatrices de l’air seront distribuées gratuitement.


    Exercice de pensée : l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes pour les nuls – 30 juin 2016, par Yves Heuillard

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  9. saxo
    saxo dit :

    La démocratie, c’est le pouvoir du peuple, non?
    Et si le peuple, si informel, cet agglomérat de personnes, cette somme d’unités « inajoutables » les unes aux autres, n’avait pas vocation au pouvoir?

    Si le pouvoir n’était précisément qu’une illusion crée par les oppresseurs pour justifier leur oppression?…

    Le pouvoir d’une majorité (si imparfait le système électoral soit-il) n’a qu’une légitimité de façade…
    C’est le pouvoir en lui même qui dessert l’humain… Mais peut on imaginer une société sans pouvoir (autre que le pouvoir sur soi-même de tout un chacun)?

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  10. Chabian
    Chabian dit :

    Alors que votre interview est celui d’un démocrate qui fait circuler le pouvoir (en démissionnant), vous enterrez tous la démocratie d’un coup. Au profit de rêves. La démocratie, c’est choisir des dirigeants « représentants » (ou/et tirer au sort des « échantillons représentatifs »). On peut faire le procès de ce qui dénature et pervertit la démocratie, depuis Athènes et Rome à aujourd’hui, mais on y revient toujours. Heureusement ! Il y a les partis et leurs verrous, il y a les « techniques » d’organisation des élections (un tour, deux tours, scrutin de liste, proportionelle, pouvoir de rayer des noms…) qui sont très variées de pays à pays ! Il y a la reddition des comptes versus le cirque des promesses électorales, etc. Vous fourrez tout dans un même sac, c’est facile et stérile. Non ?

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    • Agnès Maillard
      Agnès Maillard dit :

      Ce n’est pas une interview, mais une discussion à bâtons rompus avec un pote que j’apprécie énormément pour son engagement sincère. Après, cela n’empêche pas la critique. Le fait est que ceux qui veulent plus de démocratie râlent le plus souvent quand le vote ne leur est pas favorable, remettent en question les procédures ou la légitimité démocratique, alors que cela leur convient quand ça va dans l’autre sens.
      Donc, la manipulation de l’opinion, ce n’est nul que quand ça marche pour le camps d’en face et pas le sien?
      Un peu comme la liberté d’expression que ne vaut que quand elle concerne nos idées et pas celles qui nous déplaisent?

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      • Noblejoué
        Noblejoué dit :

        @ Agnès Maillard

        Pour la liberté, et éviter la censure étatique à géométrie variable, ne faudrait-il pas imiter le Premier Amendement de la Constitution américaine ?
        Le jour où on reviendra aux principes et où on n’aura pas honte d’imiter ce qui se fait de mieux, on aura fait un grand pas.

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  11. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Je pense que là, on touche au cœur du problème démocratique :

    Yves Sintomer : “La démocratie devient un spectacle, pendant que l’essentiel se déroule en coulisses”

    Dans cette optique, la démocratie devient une sorte de leurre ?

    Elle devient un spectacle, avec ses acteurs, ses récits et ses intrigues installés sur le devant de la scène, pendant que l’essentiel se déroule en coulisses. Un exemple éclatant est celui des élections grecques de 2015. Syriza est porté au pouvoir sur la foi d’un programme de rupture avec la politique d’austérité libérale de ses prédécesseurs et à peine élu se trouve contraint à renoncer à ses projets. Qu’importe le choix des citoyens grecs, les véritables décisions sont prises ailleurs. De même, le rejet, par référendum, du projet de constitution européenne par les Français et les Néerlandais en 2005 a-t-il été suivi du traité de Lisbonne qui en reprenait sans vergogne les principales dispositions. Là encore qu’importe le vote des citoyens.

    http://www.telerama.fr/idees/yves-sintomer-la-democratie-devient-un-spectacle-pendant-que-l-essentiel-se-deroule-en-coulisses,144690.php

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  12. Auxi
    Auxi dit :

    La démocratie tient en deux mots : mandat impératif. Sous mandat impératif, le candidat doit présenter un programme daté et chiffré, à la seconde près et au centime près, concernant des domaines de compétences clairement définis. Sitôt élu, le candidat et son parti sont placés sous la surveillance constante d’un jury qui ne juge pas, mais se borne à constater : si les actes ne correspondent pas pile-poil à l’heure dite, pour les montants dits, le jury prononce instantanément la destitution du fautif, le remboursement intégral et immédiat de toutes les sommes perçues au titre du mandat et de tous les frais, directs ou indirects, inhérents, sous peine de lourdes condamnations toujours fermes, sans jamais de sursis, sans appel ni recours de quelque sorte que ce soit et de privation à vie de tous droits civiques et sociaux.
    Les élus ne le sont pas pour commander, mais pour obéir, sur le champ et sans aucune discussion : sitôt que le suffrage universel a tranché, il a force de loi et la discussion est définitivement close.

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    • Etienne
      Etienne dit :

      Hello,

      Je me rappelle que Rousseau disait que la démocratie ne peut s’appliquer que sur de tout petits pays, et il nommait la Corse comme exemple.
      Parce que pour que la démocratie soit réelle, il faut que tout le monde se connaisse et puisse discuter, apporter sa voix, sur les décisions qui concernent chacun.

      Le vote, c’est l’échec de la discussion. Quand on vote c’est qu’on va appliquer la loi de la majorité, pour écraser la minorité. Quand on est pas tous d’accord, et qu’on a plus le temps de discuter, ou que les avis de certains ne sont pas recevables (selon d’autres), ou que ceux qui veulent le pouvoir sont pressés de savoir qui a gagné, alors on vote, solution hyper facile, remise au hasard et à la séduction. Mais personne ne doit gagner (ou plutôt tout le monde dois gagner), on doit être là pour discuter, bon évidemment ça prend du temps et le temps c’est de l’argent, pour ceux qui considèrent que tout peut se transformer en argent et que c’est la seule valeur qui compte.

      Le seul vrai processus démocratique qu’on a encore c’est celui du jury d’assise, d’où l’on ne sort pas tant que tout le monde n’est pas d’accord et convaincu que la décision finale est la plus juste, après discussion. Le vote ne doit pas être majoritaire, il doit être absolu, avec 0 voix contre.
      Ça prend 20 minutes, ou 6 jours, et le résultat est peut-être injuste, mais tout le monde est d’accord, et tout le monde est en mesure d’être responsable de la décision.

      Et il s’agit de la vie d’un seul homme ou d’une seule femme.

      Donc, non, en France ce n’est pas le peuple qui est souverain (la blague, rien que l’étymologie fait marrer, la souveraineté du peuple,vous vous rendez compte), non le vote n’est pas une solution juste, mais pratique.
      La démocratie en France est aussi réelle que la liberté aux EUA, c’est un produit marketing, comme Somatoline cosmétique. On vous le dit, ça fonctionne, alors achetez-en, allez voter, comme moi pour éviter le pire, comme pour les cosmétiques, si ça fait pas de bien, ça peut pas faire de mal.

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      • Auxi
        Auxi dit :

        Je suis assez d’accord, mais il y a une faille, et de taille, dans votre raisonnement : les pauvres. Les pauvres ne PEUVENT PAS attendre, jamais, en aucune circonstance. Les pauvres ne peuvent pas se perdre en d’interminables débats sur des sujets qui mettent en cause des questions pour eux cruciales, vitales, et impératives, tels le logement, l’alimentation ou les soins. Car quand les pauvres attendent, ce sont bien souvent les commandements de payer, les mises en demeure et les huissiers qui arrivent, et c’est l’expérience vécue qui parle. On ne demande pas d’attendre à quelqu’un qui est en train de se noyer, le temps de savoir de quelle couleur sera la bouée !

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        • Brigite
          Brigite dit :

          « les pauvres ne peuvent pas attendre »

          c’est la dernière trouvaille du MEDEF ?
          Des bruits de la vie courante ?

          Il n’y a pas de pauvres en France !

          DROIT DE REGARD SUR LES LICENCIEMENTS, POUVOIR D’ACHAT, RETRAITES.

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  13. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Danielle Mitterrand : “La démocratie n’existe ni aux USA, ni en France”.

    Danielle Mitterrand : Mai 1981 fut un mois de grande activité, car c’était la préparation de l’arrivée au pouvoir de François. J’essayais d’apporter tout ce qu’il y a de meilleur en moi, pour que ces rêves d’avoir une société socialiste, quoique à l’européenne, deviennent réalité. Mais bien vite j’ai commencé à voir que cette France juste et équitable ne pouvait pas s’établir. Alors je lui demandais à François : Pourquoi maintenant que tu en as le pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais offert ? Il m’a répondu : “Je n’ai pas le pouvoir d’affronter la Banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme…. J’ai gagné un gouvernement mais je n’ai pas le pouvoir !”

    J’appris ainsi que d’être le gouvernement, être président, ne sert pas à grand-chose dans ces sociétés sujettes, soumises au capitalisme. J’ai vécu l’expérience directement durant 14 ans. Même s’il essayait d’éviter le côté le plus négatif du capitalisme, les rêves ont commencé à se briser très rapidement.

    et un peu plus loin

    DM : En France on élit et les élus font des lois qu’ils n’ont jamais proposées et dont nous n’avons jamais voulu. Est-ce la démocratie quand après avoir voté nous n’ayons pas la possibilité d’avoir de l’influence sur les élus ? Je ne crois pas que dans aucun des pays qui se disent démocratiques, ceux-là qui croient avoir le droit d’imposer « leur » démocratie aux pays pauvres, il existe la démocratie, à commencer par les États-Unis et la France. La France est une démocratie ? Une puissance mondiale ?

    http://www.les-crises.fr/danielle-mitterrand-la-democratie-nexiste-ni-aux-usa-ni-en-france/

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    • Brigite
      Brigite dit :

      “Je n’ai pas le pouvoir d’affronter la Banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme…. J’ai gagné un gouvernement mais je n’ai pas le pouvoir !”

      c’est qu’ elle le traite de crevure de queutard là.
      la classe totale …
      What’s the fuck ?

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    • lik
      lik dit :

      Tonton n’avait peut être pas le pouvoir de tout changer, mais il a utilisé son pouvoir pour faire des sacrées conneries, comme l’Euro tel qu’il est et imposé à l’Allemagne, sans compter toutes les saloperies comme des contrôles fiscaux envers ceux qui le gênaient.

      Ce type a été une calamité, un petit marquis prétentieux, incompétent, arrogant et mafieux, et on paye cher le prix maintenant. Il est l’incarnation même de cette morgue de nos « élites » nullardes et snobinardes.

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  14. smolski
    smolski dit :

    Il me semble que la démocratie est en train de prendre son envol pour redonner le vrai visage de ce qu’elle dissimule sous sa blanche aile de colombe…
    Une guerre peut-être perpétuelle, façon 1984 d’Orwell semble inéluctablement se mettre en place, les états d’urgence généreux et généraux n’en étant que les prémisses.

    Il revient au monde libre de dénoncer ce principe, d’en éclairer les verrous et les mises en scène successives qui apparaissent sous le dehors falacieux que nous allons vers le moins pire, mensonge animé notamment par les medias assermentés aux dirigeants les plus puissants.

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  1. […] Maintenant que le Brexit est voté, et que le Royaume Uni sombre dans le ridicule, les ténors du Brexit s’enfuient un à un. […]

  2. […] 7. La chimère du libéralisme se dévoile.Derrière l’Euro-béatitude se cache surtout un libéralisme économique honteux. On l’avait vu lors de la purge libérale imposée à la Grèce l’an dernier. L’UE s’était révélée incapable de solidarité et de protection avec l’un des berceaux de la démocratie. Il s’agissait d’abord de sauver les banques allemandes et françaises, puis de forcer la vente à la découpe des services publics du pays au profit d’entreprises occidentales. Le BREXIT dévoile à nouveau cet égoïsme libéral au grand jour: ce n’est pas tant le départ d’un « membre de la famille » que les conséquences économiques qui inquiètent. Le BREXIT n’a ainsi pas (encore) provoqué d’électro-choc solidaire parmi les 27. […]

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