De l’art subtil de l’automystification

Je commence à comprendre que je viens de passer l’essentiel de ma vie à tenter de faire entrer une clé carrée dans une serrure triangulaire.
Forcément, ça n’a pas marché.


MouvementsPlus on nous exhorte à être nous-mêmes, plus on nous apprend à nous conformer à la norme. C’est terriblement vrai pour l’apparence : exhibe ton particularisme profond en portant le pantalon ou les pompes produits à des millions d’exemplaires dans une usine lointaine dont on ne veut rien savoir. C’est vrai pour les corps, que l’on dresse à coup de régimes et de bistouris, à tel point que les plus exposés à la dictature de l’apparence, comme les actrices de cinéma, finissent par tous se ressembler, comme une armée de clones. Et c’est même vrai pour nos esprits, modelés à longueur de temps par les préceptes du petit écran, rééduqués par les psychotropes officiels et recommandés par l’Académie de Médecine pour des humeurs étales et civilisées, colonisés par les discours creux et les directives de l’ensemble du corps social qui t’enseigne depuis ton plus jeune âge comment bien te comporter, comment bien exister, comme être un gentil petit soldat parmi tous les autres, unique, forcément unique, mais à coup sûr, totalement remplaçable, interchangeable et donc, forcément, dispensable.

Petit guide du savoir-être

Je me demande à quel moment la diversité humaine a cessé d’être désirable. Probablement au moment où les discours se sont mis à la célébrer. Plus on chante l’individualisme, le particularisme, le droit à la différence et plus la norme devient totalitaire.

Longtemps, j’ai cherché du travail. Enfin, j’ai surtout cherché ma niche. Une place pour exister, accomplir et gagner ma vie. Déjà, à l’école, c’est toujours de répondre aux attentes des profs qui paie le plus, même si une touche d’originalité, mais dans les limites de l’écart type toléré, reste appréciable et appréciée pour distraire de la routine. Puis arrive le moment où être bien sorti du moule paie le plus : l’entrée dans le monde du travail, le vrai monde des grands. Le monde des petites cases dans lesquelles tu dois t’acharner à entrer, coûte que coûte. D’où les innombrables ateliers de Pôle Emploi où l’on t’explique comment te distinguer de la masse immense des laissés pour compte en employant strictement les mêmes mots, les mêmes tournures, les mêmes méthodes que tout le monde.
Parce qu’il ne faut pas s’y tromper : le recruteur est timide, frileux, vite effrayé par la nouveauté, rassuré de retrouver ce qu’il connaît. Le recruteur n’aime rien tant que de se recruter lui-même, dans un invraisemblable et complexe jeu de miroirs narcissiques.
Ce qui est logique.
Qu’est-ce qui est au sommet de la chaîne alimentaire du monde du travail ?
Le patron.
Et qu’est-ce qu’il désire comme collaborateurs ?
Les meilleurs.
Et qui sont les meilleurs dans un système hiérarchique ?
Ceux qui ressemblent au patron.

Autrement dit, l’entreprise est le haut lieu de la reproduction, ad nauseam, du même Homo œconomicus. Et c’est d’autant plus vrai que tous les discours de façade prétendent le contraire. Plus on en appelle à l’innovation, à la créativité, à la diversité comme moteurs naturels de l’entreprise et plus on recrute encore et toujours le même prototype de l’homme blanc de la classe moyenne, caractérisé par un profil psychologique de pointe : celui qui a confiance en lui, qui sait exactement ce qu’il est, qui est toujours plein de projets, qui sait rebondir et qui sait surtout se vendre.

Confiance en soi

Je n’ai jamais très bien compris le concept. Enfin, si, je le conçois, mais c’est quelque chose qui heurte fondamentalement mon moi profond. Cette capacité à être sûr de soi, de ses talents, de ses compétences, même et surtout confronté à l’adversité. La conscience de sa propre valeur. La très probable conscience de l’échelon de la pyramide sociale auquel on peut légitimement aspirer, le sens de sa place, l’aptitude à la revendiquer, savoir rester droit dans ses bottes, ne pas se laisser déstabiliser dans des environnements hostiles, la tranquille certitude de son mérite personnel.
J’en suis totalement dépourvue.
C’est même le degré zéro de la connaissance que j’ai de moi-même et que les autres me renvoient sans complaisance. Comment être sûre de quoi que ce soit dans un monde mouvant, fluctuant et insaisissable ? Quelle arrogance folle que de savoir avec précision ce que l’on vaut quand la valeur des choses dépend intrinsèquement du regard et du désir des autres ! Quel complexe de supériorité te permet de ne jamais douter de toi ? Dans quelle rigidité de l’esprit sont sculptées les certitudes dont tu te nourris et que tu renvoies sans l’ombre d’une hésitation à la face du monde ?
Je ne suis que doutes et interrogations, analyse et introspection, j’évolue sans cesse dans un univers complexe où les devins d’hier seront les intouchables de demain. Pas de certitudes auxquelles se raccrocher comme à une bouée, juste la monstrueuse capacité à évoluer dans un environnement en mutation.

Connaissance de soi

Ou plutôt aptitude à évoluer sans effort dans les QCM, à se contorsionner pour rentrer dans un nombre limité de petites cases, inflexibilité d’une personnalité d’airain que rien n’atteint, rien ne touche, rien ne change.
Je suis infoutue de me définir en une phrase ou encore moins en un titre ou une fonction. Je suis multiple, je suis curieuse, je suis comme l’eau qui prend la forme de tous les récipients. Chaque jour, chaque expérience, chaque rencontre me retournent, me bouleversent et me changent. Profondément. J’interagis sans cesse avec le reste du monde, avec le reste des gens. Je suis aujourd’hui déjà différente d’hier et j’ignore totalement ce que je serai demain. Je suis en mouvement, dans le dialogue permanent, dialogue intérieur qui construit chaque jour un peu de moi-même, dialogue diffus, au hasard des circonstances, des moments, des pensées, des êtres, des périodes.
Je ne suis pas et je ne serais jamais, parce que toujours en construction, toujours en gestation de l’autre, toujours en devenir, ni un roc, ni un saumon, juste un fétu qui danse avec le courant.
Je m’adapte. Et je me transforme. Jamais dans la stase et la certitude, toujours dans le changement et la sinuosité.

Se vendre

L’acte ultime de la marchandisation des êtres : se penser comme un produit et en tant que tel, se standardiser jusqu’à avoir un prix.
Certains sauraient vendre un congélateur à un Inouit ou un bol de sable à un Bédouin. J’aurais la plus grande peine à convaincre un naufragé du désert à me prendre un verre d’eau.
Il y a quelque chose de nécessaire à l’art de la transaction et ce quelque chose, je ne l’ai manifestement pas. Peut-être justement de l’ordre de cette fameuse confiance en soi qui fait que l’on entraîne les foules à sa suite, même si on ne leur promet jamais que du sang et des larmes. Ou des vierges offertes. Des pavillons F5. Un aperçu du confort petit-bourgeois. La fin de la peur et de l’incertitude. Tout et n’importe quoi. Tout se vend, tout s’achète, nous devons tous être des VRP multicartes.
Je trouve un peu vaine cette idée d’un monde uniformément peuplé de commerciaux. Pas par rapport au métier lui-même. Mais à l’injonction qui nous est faite de tous savoir l’exercer instinctivement.

En fait, il n’y a rien de pire que de devoir se vendre soi-même, les prostituées en savent quelque chose. Mais encore pire, c’est de devoir le faire quand on n’est pas de cette race des seigneurs, de ceux qui sont suffisamment emplis de cette estime de soi qui leur permet justement de faire inlassablement l’article de leur propre personne.
J’ai toujours pensé que les services nationaux de placement des chômeurs, avec leurs séances de coaching (deviens un winner en autopromotion permanente), leurs stages de formatage (voici comment rédiger la lettre et le CV de tout le monde, mais en faisant en sorte de se distinguer, la contradiction est interne à la proposition de départ !), leurs bons conseils (soyez plus dans la norme, pour mieux vous distinguer) et leurs petites annonces (auxquelles nous sommes des centaines à klaxonner de façon redondante) font très exactement le contraire de ce qu’il faudrait : placer les chômeurs.
Autrement dit, les conseillers devraient être nos agents, ceux qui battent la place du marché pour vanter la camelote, ceux qui démarchent le patron en soulignant nos qualités insoupçonnées.
Alors que se vendre soi-même revient à se détailler dans un miroir, à faire l’addition des petits trucs qui nous agacent et ne cadrent pas avec l’ensemble, à faire l’inventaire de nos défauts. Là aussi, c’est le regard extérieur qui change tout, c’est lui qui voit ce que nous sommes incapables de concevoir tout comme, écoutant de l’intérieur, nous n’avons jamais accès au vrai timbre de notre voix.

On ne change pas une équipe qui perd

Alors quoi ? Le monde de l’entreprise se serait-il peuplé que de gens sûrs d’eux, qui savent qui ils sont et qui savent se vendre ?
J’ai un doute affreux.
Je crois plutôt qu’il n’y a de place que pour la reproduction du modèle unique et qu’en dehors de ceux qui sont pétris de certitudes, il doit y en avoir un bien plus grand nombre qui a appris à faire semblant. Des suffisants et des acteurs. Voilà ce à quoi la course à l’échalote du monde moderne nous a réduits. Sans jamais se poser la question de ce dont on se prive en écartant d’office tous les autres; les timides, les rêveurs, les introvertis, les délicats, les émotifs, les sensibles, les hésitants, les changeants, les créatifs, ceux qui transgressent les normes, ceux qui pensent en dehors du cadre, ceux qui sont animés d’autres envies, ceux qui sont mus par d’autres élans.

Non, on continue à reproduire la norme pour calmer sa peur de l’inconnu, pour se rassurer et se réassurer soi-même, s’autoconvaincre que l’on est le meilleur choix, la meilleure façon d’être, de penser, de fonctionner, de produire, de vivre.
Des autosatisfaits, des camelots et des imitateurs.
Avec le résultat que l’on connaît.

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49 réponses
  1. Fred., de L.
    Fred., de L. dit :

    Hello,

    Je n’ai pas lu ton billet en entier. Juste le premier paragraphe. J’ai lu une BD ce WE. "La page blanche". Scénario de Boulet. Dessin de Bagieu. La norme, tout ça, on y est en plein.

    🙂

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  2. lulu
    lulu dit :

    Et encore, ce n’est pas fini. quand tu as le boulot, tu es censé montrer de l’ambition, avoir envie de manager une équipe et bien sûr t’éclater à fond dans ce que tu fais.

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  3. smolski
    smolski dit :

    Il me vient l’idée qu’il y a confusion dans le sens de ce billet, confusion entre ceux qui recrutent et qui imposent les points favorables, et ceux qui sont recrutés, qui les subissent.
    J’imagine que la pensée d’une personne chargée à pôle emploi de fournir des recrutables aux recruteurs est axée sur la pensée imposée et non sur sa pensée propre quant à la nature des points favorables.
    Hors du contexte, il est plus que probable que leurs pensées personnelles sont tout aussi équitables que celles de la plupart d’entre nous.

    Il est d’évidence que le développement de la personnalité de chacun est le plus sûr garant du maintien de la dignité de tous, en ce sens, il devrait être entendu et protégé à l’unisson plutôt que, comme il est de norme dans cette société hiérarchisée, envié, circoncis ou méprisé.

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  4. FrédéricLN
    FrédéricLN dit :

    Ce billet est tellement juste, tellement précis, tellement bon (au sens de la bonté), que… : bravo, merci.

    Je vais l’abaisser en y ajoutant de la mathématique, de l’économie.

    Cette façon dont fonctionne le marché de l’emploi, cette logique de bio-unicité et de reproduction, n’est pas seulement pauvre pour l’agent ANPE et abêtissante, dépersonnalisante pour le chômeur. Elle est aussi appauvrissante pour la société. Pour l’employeur. (Bon, ce n’est pas un ajout : le billet le suggère déjà clairement).

    Toute l’énergie dépensée à faire des CV, à enseigner la rédaction de CV, à formatter, est une énergie totalement improductive, qui n’apporte à la société aucun bien ou service utile. Le bien ou service utile, on commence à le produire quand on est à un emploi, avec une mission, et celle-ci ne consiste jamais à rédiger des CV.

    Ça fait bien 10 ans que les travaux de Jean-François Amadieu l’ont montré : si on consacrait à former les RECRUTEURS (et leurs dirigeants) une fraction de l’énergie que l’on dépense à préparer les chômeurs à l’entretien de recrutement, ce serait tout bénef pour l’entreprise, pour le chômeur (ex-), pour l’économie et la société dans son ensemble.

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  5. til
    til dit :

    Allez voir sur les souks d’Afrique du Nord, c’est marchandage permanent, tous azimuts. Du grand cinémascope, et ça ne date pas d’hier, du théâtre au quotidien pour vendre tout et n’importe quoi.

    On peut être créatif et sortir les dents. Ca n’a pas plu à mon ex employeur, je lui ai mis 2 procès dans le pif, et les ai gagnés, il fait appel sur un, lui ayant égratigné
    un peu férocement son égo d’escroc, car c’est un escroc, et je lui ai clairement dit par voix d’avocat, il est très probable qu’il le perde à nouveau, tellement c’est un crétin, ainsi que son avocate.

    Finalement, celles avec qui je m’entendais le mieux et me marrait bien, c’étaient les ouvrières de la boite, tous les cadres étaient des planqués et des couards, sauf un.

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  6. Vieux Révolté
    Vieux Révolté dit :

    Bon billet sur la formidable médiocrité des managers dans les entreprises.
    Un jour j’ai postulé dans mon entreprise ( très grosse entreprise .. ) à un poste en promotion.
    J’ai passé quelques tests ( réussis ? ) avant de me retrouver en entretien avec 3 cadres sup ( 1 bon, 1 méchant et 1 technique .. Les rôles bien partagés ).
    Ils m’ont posé la question qui tue :
    "Comment se fait-il que je n’ai guère progressé dans l’entreprise ?"
    J’ai répondu, faussement candide :
    "Dans cette entreprise il y a deux voies, travailler ou s’occuper de sa carrière… Moi j’ai travaillé ! "
    J’ai vu leurs têtes, j’ai pas eu la place …

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  7. Grégoire
    Grégoire dit :

    Agnès, ce qui ressort de ce texte, c’est que tu es sensible, curieuse et intelligente.

    Pour ce qui est de la confiance en soi, ce n’est pas vraiment étonnant que tu en manques. Si l’on en croit un certain Alfred Adler : «Se sentir inférieur, c’est être humain».

    Je ne sais pas ce que tu en penses, mais il y a une logique dans tout ça. La sensibilité au réel développe la curiosité, qui développe l’intelligence, qui développe le doute, qui développe la sensibilité, etc. Tout ça se tient : la confiance en soi, c’est une caractéristique innée seulement chez les gens qui ne sont que peu sensibles au réel, ceux qui peuvent avancer sans se poser de questions précisément parce que beaucoup de choses leur échappent.

    Et puis, sommes-nous les mieux placés pour savoir ce que nous valons? Il y a quelques mois, quand j’étais sur un «bas» au niveau de mon estime personnelle, je me faisais la réflexion suivante : les autres me connaissent beaucoup moins que je ne me connais, c’est évident. Oui, mais ils sont aussi beaucoup plus nombreux que moi, c’est encore plus évident. Et donc, à l’heure où l’on se dit que l’on a raté l’essentiel dans sa vie, il faut avoir l’honnêteté de mettre en parallèle l’image que l’on a de soi, et celle que les autres nous renvoient. Et dans mon cas, le décalage était vraiment grand. Non, je ne vaux pas rien, si tant de gens m’apprécient.

    Ce qu’il y a de bien avec l’intelligence, c’est qu’elle sert aussi de bouée de sauvetage quand on est presque noyé dans le doute… 🙂

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  8. Marc
    Marc dit :

    je me reconnais dans ce billet .. conditionnement, moule social dans moule social et pelage d’oignon égotique sur sa propre valeur personnelle là dedans … bon billet Agnès..
    🙂

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  9. Dom
    Dom dit :

    Juste pour dire qu’il est dommage que je ne puisse rester à lire d’autres articles sur votre site compte tenu du jeu des couleurs, police et je ne sais quoi qui me repoussent immédiatement (problème de vue sensible), malgré que des liens y mêment quelquefois depuis rezo.net.
    J’ai enfin réussi à lire un article entier depuis longtemps grâce à une reprise de cet article sur ce site hébergé en suisse, que je consulte chaque jour.
    http://philum.info/62526
    C’est dommage, les commentaires n’y sont pas repris mais j’ai au moins pu lire cet excellent article car à la différence de rezo.net , le site philum.info reprend de manière lisible les articles (avec les sources) au lieu de joindre de simples liens.
    Si il était possible de modifier un jour votre site pour le rendre un peu plus accessible en lecture qui n’arrache pas les yeux, je pense que je ne serais pas le seul à vous remercier.

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  10. charles de sète
    charles de sète dit :

    Oui , terrible aspect d ‘ une réalité qui nous entoure –
    Elle n ‘ est pas ma réalité – Je me protège de celle-ci du mieux que je peux – et y arrive à peu près , et sans faire trop semblant – Si , avec les " méchants " on est parfois obligé – ils sont parfois si terrifiants – alors on se cache , on rase les murs , comme en temps de dictature – et puis on retrouve son nid protégé – un espace – un dessin gribouillé pour se retrouver – surtout son amour – un ami – car on parle : les chose n ‘ existent ( pas uniquement , mais c ‘ est une des conditions ) que lorsqu ‘ elles sont dites – Il en va de m^me pour notre univers personnel – ces certitudes que nous portons et que nous sentons si souvent menacées – Alors il nous faut les dire – Partager tout cet amour , cette amitié , cette liberté , ce respect , cette insouciance , ces rires – voir celles et ceux qui savent cela aussi – prendre le temps et surtout le bonheur de les aimer – peu importe les menaces et la misère qui pèsent sur tout – Il nous reste parfois un peu de temps pour faire avancer un peu les choses pour notre pauvre planète – Mais ne perdons pas ce qui est vital – L ‘ amour et l ‘ eau fraîche !! – LOVE

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  11. youn
    youn dit :

    Bonjour! C’est Boris Vian (je crois) qui écrivait :"la vie ,mais je l’ai la vie j’ai pas besoin de la gagner".
    Merci Je trouve dans vos articles tout ce que je ressens sans savoir l’exprimer

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  12. MC Gueret
    MC Gueret dit :

    Dans 8 fois debout », de Xabi Molia, quand le DRH demande à Denis Podalydès qui interprète un chomeur quelle est sa principale qualité, il répond : “Le doute.” …

    Répondre
  13. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    @ MC Oui, j’ai vu ce film… ouf, grosse baffe dans la tête quand même. Et finalement, le même propos : la place de ceux qui n’ont pas de place. Les surnuméraires.

    J’ai vu aussi Les Émotifs anonymes. c’est plus une comédie, mais finalement, ça présente aussi des gens dont la sensibilité n’est plus très compatible avec notre monde de brutes.

    En fait, c’est ça : un monde de brutes, par et pour les brutes. Du coup, on devrait plutôt s’organiser à la marge entre gens intéressants plutôt que de continuer à gratter à la porte comme des cons pour juste servir de descentes de lits aux dominants autoproclamés. c’est peut-être par là que doit commencer la vraie révolution : décider de faire sans eux avec autant de désinvolture qu’ils font semblant de faire sans nous. Parce qu’en réalité, ils ont besoin de la grandes masse des déclassés pour continuer à faire pression sur les inclus et les forcer à se soumettre à toutes leurs conneries pour ne pas déchoir.

    L’obsolescence du modèle moisi par l’indifférence et l’oubli : d’autres manières d’être, de vivre, d’échanger, de créer, de tout.
    Et en plus, je pense qu’on est les plus nombreux.

    Répondre
  14. Floréale
    Floréale dit :

    Il y a une bonne part de vrai dans cet article, à mon avis. Effectivement, l’obtention de diplômes, de places, etc, consiste essentiellement en la capacité de ce que j’appelle depuis longtemps "récitation". Il ne s’agit pas seulement d’avoir compris et assimilé un certain savoir nécessaire mais d’être capable de le réciter en faisant montre de savoir utiliser les codes d’expression et d’exposition sur ce savoir. A la limite, quelqu’un qui a un savoir médiocre mais de bonnes capacités récitatives sera préféré à qui a des compétences réelles mais des capacités récitatives limitées. Il y a là une question de mimétisme. Ceux qui ont les meilleures capacités de mimétisme sont en général les moins capables pour le reste. Ils savent débiter de la routine, sûrs d’eux mêmes avec aplomb et arrogance, mais le jour où il faut plus de compétence que de singeries pour mener quelque chose à bien, ils font piètre figure et apparaissent pour ce qu’ils sont: des singes savants. Evidemment, il faut tout de même avoir une capacité minimum d’exposition claire et précise pour entrainer les autres et mener une tâche collective à bien pour le plus grand nombre.

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  15. Mumfils
    Mumfils dit :

    L­’entreprise contemporaine n’est plus qu’une machine a faire des sous qui a besoin d’énormément de complaisance de la part de ses rouages.

    Un être humain n’a pas sa place dans ça, c’est même du sable dans l’engrenage. Le formattage des individus va finir par coûter cher car la complaisance ne forme que des crétins irresponsable incapable de remettre en question quoi que ce soi sinon qu’il serait bien souhaitable que l’entreprise fasse encore plus de bénéfice dans la nébuleuse espérance qu’elle augmentera la prime.

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  16. smolski
    smolski dit :

    Dans une société collectiviste le développement de la pauvreté est un critère d’enrichissement social.
    Ce qui fait descendre les uns fait gravir les autres.
    Ainsi, en prolongeant toujours davantage la distance entre nantis et quémandeurs, la gabegie devient un profit.

    Pôv types va !

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  17. Polydamas
    Polydamas dit :

    Pas vraiment mon genre de commenter ici. Mais pour ce billet, je vais faire une exception.

    On est tous les plus grands mystificateurs de nous-mêmes, on passe notre temps à camoufler la poussière sous le tapis.

    http://abimopectore.over-blog.com/a

    Devenir soi-même, c’est tout simplement, commencer à lever le tapis pour voir ce qu’il y a en-dessous. Tout ce qu’on a refoulé, planqué, refusé d’affronter, il faut à un moment ou à un autre le regarder, et le comprendre, ce qui suffit généralement à le faire disparaitre. C’est comme ça qu’arrive la confiance en soi. La confiance en soi, ce n’est pas avoir la prétention de tout savoir, c’est beaucoup plus se connaitre soi-même, et savoir que quelle que soit la situation, nous avons les ressources intérieures pour y faire face.

    Or le fait d’affronter ses peurs refoulées, d’une part nous déstresse puisqu’elles ne sont plus là pour nous revenir dans la tête au plus mauvais moment, grâce à la prise de distance avec nous-même, et d’autre part, nous permet d’être plus serein sur nous-mêmes, en sachant qu’on a été capable d’aller au-delà de ces peurs les plus profondes. Et si la confiance en soi te pose problème à ce point, alors c’est qu’il y a un truc qui n’est pas clair au fond de ton esprit et sur lequel ça pourrait être une idée de se pencher.

    Le capitalisme a bon dos, mais les autres ne sont qu’un miroir de la manière dont tu te considères toi-même. Si tu est mal dans ta peau, les gens te le feront savoir, mais si tu te sens très bien, les gens le remarqueront de suite, et viendront tout de suite davantage à ta rencontre.

    Tu affirmes être comme l’eau. OK pour la forme. Mais j’ai du mal à vraiment y croire. Tu ne changes pas d’obsessions, de peurs profondes, d’amours et de désirs aussi souvent que tu ne le dis. Sinon tu ne tiendrais pas un blog depuis tout ce temps, et tes proches ne te reconnaitraient pas. Que tu sois sensible et curieuse, pas de problèmes, que tu sois vraiment aussi changeante que tu le dis, impossible.

    Pour la vente, c’est plus subtil que tu ne le dis, et moins intéressant que les paragraphes précédents, puisqu’il s’agit essentiellement d’optimisation de tes compétences pour coller à la situation qui t’est proposée. C’est bien d’être droit dans ses bottes, comme Vieux Revolté, mais c’est mieux d’être capable de voir les enjeux cachés, de comprendre les besoins de la contrepartie, de se mettre à sa place pour pouvoir lui proposer la partie de nous-même qui correspond le mieux à ce qu’elle attend, même si cette personne n’est pas capable de savoir ce qu’elle veut, ce qui est généralement la règle. Ce n’est pas de la prostitution, simplement de l’adaptation aux contraintes, à l’environnement, à l’autre, quoi. Et donc, oui, si tu ne te mets pas à la place de l’autre, il est fort probable que tu te fasses jeter.

    Pour finir, évidemment qu’il y a une reproduction sociale du modèle, reproduction sociale qui n’est pas seulement du favoritisme de milieu, mais aussi et surtout qui vient simplement du fait que les efforts d’adaptation sont moindres, vu que le vocabulaire, la culture et l’inconscient sont globalement les mêmes.

    Mais si tu sais être simplement toi-même, et évaluer le besoin inconscient de l’autre (ce qui est difficile j’en conviens), il n’y a généralement pas de problème pour trouver sa place sans se renier.

    Répondre
  18. Jean Zin
    Jean Zin dit :

    Les normopathes trop adaptés et voulant tout psychologiser, s’imaginent avoir tout compris et nous considérent avec commisération alors qu’ils ne comprendront jamais rien à la condition humaine, le principe d’insuffisance à la base de chaque être (Bataille), notre inadaptation à la compétition généralisée et notre solidarité avec tous les damnés de la terre, les perdants, les poètes…

    Répondre
  19. Alain
    Alain dit :

    "FrédéricLN" en 5 écrit :

    "Ça fait bien 10 ans que les travaux de Jean-François Amadieu l’ont montré : si on consacrait à former les RECRUTEURS (et leurs dirigeants) une fraction de l’énergie que l’on dépense à préparer les chômeurs à l’entretien de recrutement, ce serait tout bénef pour l’entreprise, pour le chômeur (ex-), pour l’économie et la société dans son ensemble"

    Précisons qu"Amadieu a étudié et mesuré les effets de l’apparence (vêtement, beauté, allure, …) et uniquement l’apparence, sur les avis que nous avons sur notre prochain. Il donne des % sur ce que nous avons tous en tête : quelle est la part de l’apparence lors du recrutement ? Réponse : forte. Si forte que c’est de ça qu’il faut le plus jouer.

    Ce n’est qu’un jeu de rôle basé sur des signes.

    L’écart entre le discours sur le recrutement et les faits est très grand.

    Répondre
  20. Polydamas
    Polydamas dit :

    @ Jean Zin :

    Rhôô, c’est moi qui veut tout psychologiser ? Adressez vous plutôt à l’auteur du billet, qui a mis la discussion sur ce terrain là. En outre, je salue votre objectivité et votre intelligence qui vous permet de vous élever des chausses trappes que ne cesse de nous tendre notre esprit.

    Et puis, vous êtes sympathique, mais le principe d’insuffisance de Bataille, ce n’est rien d’autre que le besoin de reconnaissance propre à tout être humain, la compétition généralisée, la souffrance qui résulte de la pression économique, la solidarité avec les perdants, la nécessaire reconnaissance que nous faisons tous partie de la même humanité, et que nous pourrions parfaitement être à la place du perdant. Je ne dis pas qu’il ne faut pas changer le système, qui est injuste à bien des égards, mais ce n’est que parce que nous refusons de nous changer, nous, que ces déséquilibres perdurent.

    Bref, l’homme est beaucoup plus libre que vous ne semblez le penser.

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  21. Solenn
    Solenn dit :

    Bonjour,
    Je salue l’intervention de Polydamas, qui a su mettre des mots précis sur un ressenti que j’aurais été bien à mal de vous expliquer si clairement. J’ai quand même envie de vous donner mon propre témoignage. A vous lire, je sais que nous partageons beaucoup de valeurs humaines et sociales. Et que nous rejetons une bonne partie des mêmes! Pour autant, ma vision fondamentale des choses et mon approche de la vie sont profondément différentes. Je n’arrive pas à formuler tout cela sans paraître prétentieuse ou donneuse de leçons… j’essaierai d’écrire un billet sur le sujet, et je reviendrai vous faire lire mon témoignage.
    Toujours est-il que je trouve ce billet très émouvant. A bientôt!

    Répondre
  22. Solenn
    Solenn dit :

    Oui, oui j’aurais pu tout dire en une fois ^^. Mais je suis tombée récemment sur cette (un peu longue mais génialissime et drôle) vidéo qui définit très exactement ce que vous appelez confiance en soi, que vous assimilez (à tort à mon avis) à des certitudes, et j’ai pensé que ça illustrerait très bien ce que je voudrais vous dire. (rassurez vous il ya des sous titres en français dispos) http://www.ted.com/talks/brene_brow

    Répondre
  23. FrédéricLN
    FrédéricLN dit :

    @ alain #22 : oui, il y a ça, et pas mal d’autres travaux plus profonds aussi 😉 mais je ne les évoquerai que de mémoire.

    En gros, il montre que l’entretien est un outil très peu efficace de sélection de "qui serait le meilleur pour le poste" ; que l’entretien conduit essentiellement à recruter des clones des gens déjà en place (comme le billet d’Agnès l’explique).

    Et il montre que d’autres méthodes marchent bien mieux, par exemple, le test en situation.

    Ça peut paraître évident pour des métiers manuels, mais j’ai vérifié sur plusieurs situations réelles que c’était vrai aussi pour des bac+5+ dans des métiers intellectuels. Les tests en situation, et la présentation de travaux antérieurs du candidat, étaient dix fois plus révélateurs que l’entretien.

    Celui-ci me semble plutôt une forme d’anesthésie réciproque — ou peut-être une torture s’il est mené de façon sadique — dans les deux cas "on se flaire" (comme dirait l’éthologue), très peu une façon de repérer des qualités professionnelles répondant à une situation d’emploi précise.

    Répondre
  24. Emmanuelle
    Emmanuelle dit :

    Je me reconnais étonnamment très bien dans cet article, mais vraiment!

    Et aussi dans votre commentaire Agnès:
    "Du coup, on devrait plutôt s’organiser à la marge entre gens intéressants plutôt que de continuer à gratter à la porte comme des cons pour juste servir de descentes de lits aux dominants autoproclamés. c’est peut-être par là que doit commencer la vraie révolution : décider de faire sans eux avec autant de désinvolture qu’ils font semblant de faire sans nous."

    Ça fait quelques temps que j’y réfléchis.
    Je vois que le chômage monte, monte, monte, voire explose carrément (dans et hors hexagone).
    Bon du coup, ça fait des millions de chômeurs, et toujours plus chaque jour.
    Et Pôle Emploi est complètement saturé (il y a des articles récents, dans Le Monde par exemple, là-dessus).
    Et finalement, que veulent-ils ces chômeurs ? Retrouver un emploi. Est-ce qu’il y en a ? J’ai pas l’impression, non. Ou alors des emplois très précaires, mal payés, avec des conditions de travail de plus en plus dures et de moins en moins de droits. Mais tant pis, même un emploi comme ça, ils prennent.

    Et maintenant que peut-être pour la première fois de son histoire l’humanité a la possibilité de s’émanciper du travail grâce aux machines, on va continuer longtemps à revendiquer notre droit à être aliénés ?
    De toute façon le travail disparaît (même si on ne le dit jamais, on dit que le chômage augmente), alors la question va probablement finir par se poser de plus en plus : au lieu d’essayer bêtement de se réintégrer à un système qui ne veut plus de nous, si nous en construisions un autre ?
    Est-ce qu’il n’y a vraiment pas d’autre choix que celui-là ? Se vendre pour des miettes ? Pour servir les intérêts des puissants ?
    Pourtant les sans-emploi disposent d’un atout incroyable : le temps !!
    Le temps pour réfléchir, lire, s’instruire, s’organiser… Tout ce qui manque à ceux qui bossent (dans un entretien récent de l’économiste Frédéric Lordon, il explique bien que c’est ça, le manque de temps, le facteur crucial qui empêche la révolte).
    Et là, nous sommes des millions a l’avoir ce temps, et nous le passons à chercher comment se réintégrer à ce système fou et même périmé au lieu de construire une alternative. Non mais qui pense sérieusement que ce qu’il veut vraiment dans la vie c’est travailler ?
    Finalement je vais quasiment faire un argumentaire de vente 😉
    Mobiliser les chômeurs résout (à mon sens) plusieurs problèmes qui freinent d’ordinaire l’engagement des gens :
    – le manque de temps (pour lire, réfléchir à tout ça, s’engager)
    – la trouille de perdre son boulot (plus rien à perdre!)
    – la jonction difficile des classes populaires et classes moyennes (quelle est la différence entre un chômeur ?)
    – la taille du public potentiellement mobilisable (des millions, et ça augmente toujours)
    – en plus c’est facile de faire prendre conscience aux gens qu’ils n’aiment pas leur emploi (finalement c’est le cas pour la majorité!! Les gens attendent le week-end ou les vacances, pas le lundi matin!!)
    Et offre probablement bien d’autres avantages ! (un mot d’ordre global contre l’emploi qui permet assez vite de remettre en cause tout le système par exemple ?!…)

    Et puis, quand est-ce que le mot "emploi" est apparu ? Comment ? Pourquoi ?
    Parce que mine de rien, c’est loin d’être anodin.
    Avant nous étions "travailleurs, travailleuses". Aujourd’hui nous sommes "employé-e-s".
    Il y a une sacrée différence. Autant dans le premier terme on est actif, autant dans le second on est passif, voire même soumis.
    Les patrons ne sont plus "patrons" mais "employeurs". C’est à dire de braves gens qui nous emploient (c’est à dire qu’ils nous utilisent) ou qui nous fournissent un emploi (c’est à dire qu’ils nous trouvent une utilité).
    Le but de la vie maintenant c’est de trouver un emploi. Mais c’est horrible ce mot !! On cherche un emploi, comme un objet. Un objet seul n’a pas de but, il est là pour être employé et c’est là son seul intérêt. Ben nous c’est pareil maintenant. Sans emploi, sans utilité, on ne "sert" à rien. C’est ça que pensent les chômeurs, non ? "Je ne sers à rien." Mais pourquoi diable devrions-nous servir à quelque chose à tout prix (surtout le moins cher) ?
    Servir les intérêts des puissants surtout !
    Ils n’ont plus besoin de nous ? N’ayons plus besoin d’eux !
    Ca commence par donner une conscience de groupe (de classe?) aux chômeurs, la conscience que ce monde qui les exclut (et va continuer à en exclure toujours plus) ne vaut pas forcément la peine de se battre pour y retourner. Mais avec les compétences, goûts, envies de tout le monde, on est capable de s’organiser et de vivre autrement.
    Ne plus perdre sa vie à essayer de la gagner.
    En fait, je fais l’éloge de la fuite (titre d’un bouquin d’Henri Laborit). Au lieu de nous battre, fuyons, mais ensemble. Est-ce lâche de ne pas aller au front quand on voit la puissance de ce qu’il y a en face?

    Voir aussi cet intéressant article: http://le-salaire-de-la-peur.blogsp

    Répondre
  25. FrédéricLN
    FrédéricLN dit :

    @ Alain #28 : se rassurer mutuellement sur le fait qu’on sera compatibles. Au lieu de chercher les spécificités qui permettront au candidat de compléter ce qui manque dans l’équipe en place.

    Ceci dit, j’ai constaté les deux types de recrutement. J’ai vu aussi des dirigeants attentifs à trouver le candidat le plus "dérangeant" au sens de : celui qui dérange les habitudes parce que justement, il apporte ce qui manquait, et dont l’équipe s’était habituée à se passer,… s’habituant à la médiocrité sur telle partie de son travail. Les dirigeants auxquels je pense ici sont en fait deux dirigeantes d’ONG ; mais je suis prêt à croire que ça arrive aussi en entreprise.

    Répondre
  26. til
    til dit :

    Les entretiens d’embauche dans les cabinets de recrutement en France, c’est le comble de la bêtise normalisatrice rémunérée.

    Avec tous ces tests psychotechniques stupides et ces questions vicelardes dignes d’un atelier sado maso. Soumis à ce genre de pratiques dégradantes à de multiples occasions, j’ai envoyé paitre plusieurs de ces raclures de recruteurs et recrutrices le plus souvent, tout aussi féroces que leurs homologues masculins, je me foutais ouvertement de leur gueule pendant les entretiens quand ils dépassaient les bornes, et leur claquait la porte au nez à l’occasion. De toute façon, comme c’était parti, je n’aurai pas été recruté, alors autant me payer une bonne tranche d’insolence et de rigolade.

    D’autant plus que j’avais payé les frais de déplacement et de mon temps, alors autant en profiter pour montrer qu’ils ne sont pas les décideurs en dernier ressort, et qu’un trublion peut n’en faire qu’à sa tête sur un coup de tête. J’ai pas dit coup de boule…

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  27. lara
    lara dit :

    C’est une très juste réflexion.

    Je me retrouve dans ce texte d’autant plus que n’ayant jamais su rentrer dans le moule malgré mes efforts, je n’ai jamais pu trouver ma place. Aujourd’hui je suis au chômage, et j’aurais pu écrire ce billet.

    Pour ce qui est de la confiance en soi: les doutes apparaissent à ceux qui ont du talent. Autrement dit, que cherche le recruteur? Une personne qui est sûre d’elle, donc une personne qui ne (se) pose pas (trop)de questions. Quelqu’un qui fera tout ce qu’on lui demande pour peu qu’on lui fasse miroiter sa propre vanité. C’est aussi simple que ça. Personne n’embauche une personne trop" curieuse" et trop intelligente! (Sachant que l’intelligence est un ensemble de choses) On ne recrutera une telle personne que de manière ponctuelle, pour un problème donné, puis on se séparera d’elle.

    Les discours de Pôle emploi n’ont rien à voir avec la réalité, ou peut être si: demandeur d’emploi = perte de confiance en soi. Le demandeur d’emploi se sent inférieur, nul et incapable. Alors on l’encourage à retrouver une certaine confiance en lui-même. Mais ce n’est pas du tout ce que cherche les recruteurs. En leur for intérieur, ils cherchent finalement une personne qui manifeste un certain degré d’assurance démontrant des aptitudes pour un métier. Mais surtout, on ne recrutera jamais quelqu’un qui semble "supérieur" en tout point. C’est donc un problème déguisé: bon dans son domaine mais très malléable! Quelqu’un qui va s’intégrer sans problème, un profil dans la norme! (= ne va prendre la place de personne = saura s’attirer les faveurs du chef, c’est tout un art!)

    Par ailleurs, notre culture européenne et élitiste, en tout cas en France, a conservé cette notion de confiance en soi qui est synonyme d’ambition et de compétence, donc positif, pour les hommes, mais synonyme d’abominable suffisance, donc négatif, lorsque qu’il s’agit d’une femme (c’est du vécu !!). Excusez-moi messieurs, ce n’est pas contre vous, c’est dans notre culture, même les femmes ont cet état d’esprit, souvent.

    Pire que tout, est l’impression d’être différent(e). Se croire incapable d’entrer dans le moule (et l’être) nous fait croire que nous sommes des incapables tout court! Voilà toute l’astuce! Cultiver" in vivo" la culpabilité des gens intelligents et sensibles, ceux qui vont un jour, c’est plus qu’un soupçon, contredire leur collègue ou leur patron. C’est une façon de les tenir éloignés. Car même s’ils ne s’opposent à personne, ils vont afficher sur leur visage, ou dans leur façon d’être, toutes les contradictions relevées dans leur environnement et toute la détresse des gens intelligents et curieux. Trop lucides, s’abstenir! Éléments subversifs, même sans en avoir conscience, veuillez rester à l’écart…

    Un dernier point: notre culture (encore elle) veut (voulait?) qu’on élève les garçons dans la confiance en soi (c’est une qualité) et les filles dans l’humilité et la douceur (c’est une qualité pour elles). Sauf exceptions bien sûr, il très rare qu’une femme s’affirme par son côté sûre d’elle. Si elles le font, il y aura une armada de collègues (hommes et femmes !) qui voudront se mesurer à elle pour l’abattre alors que c’est parfaitement accepté pour les hommes. Laquelle de nous n’a pas (secrètement?) admiré un jour le charme d’un homme sûr de lui ? Ne serait-ce pas relié à ce que nos lointains instincts recherchaient avant tout la protection, pour la famille, auprès d’un mâle qui affiche sa capacité à l’assurer !
    La vie est bien cruelle pour qui est seul sur le chemin.

    Répondre
  28. til
    til dit :

    lara

    Les recruteurs cherchent à être rassurés, car ils sont sur la sellette, et d’autant plus qu’ils ne connaissent rien aux métiers.

    Effectivement, souvent les femmes cherchent une épaule protectrice, et quand cette épaule a des doutes sur ce qui se passe, quand cette épaule pense et réagit, se crispe face au réel, alors elles s’en vont, préférant la sécurité illusoire des certitudes bon chic bon genre.

    Répondre
  29. smolski
    smolski dit :

    La société ne combat pas que les vélléités d’indépendances des femmes.
    La société combat toutes les vélléïtés d’indépendances à elle-même.
    Prendre pour accompli une personne possédant le caractère de régnant (et non d’indépendance), c’est prendre le pas que la société nous impose et nous asservir en esclave à celle-ci, comme toutes les autres personnes dépendantes par elles-mêmes à ses oukases.

    Le roi est nu !
    Quel que soit le roi, quel que soit l’élu.

    Répondre
  30. Richard Heiville
    Richard Heiville dit :

    Personnellement, je me félicite que le monde de l’entreprise soit peuplé de comédiens, de clones , d’incompétents pleins de suffisance.

    Si les gens étaient très compétents, ils auraient terminé de détruire la planète et toute vie sur cette planète depuis longtemps. Réjouissez-vous, leur incompétence nous offre un peu de répit.

    L’entreprise et le capitalisme qui l’anime sont le cancer de la terre avant d’être les fossoyeurs de la race humaine.

    Répondre
  31. smolski
    smolski dit :

    "Si les gens étaient très compétents, ils auraient terminé de détruire la planète et toute vie sur cette planète depuis longtemps."

    Ou bien, sous la férule de leurs savoirs enfin libérés et valorisés, avec les outils d’aujourd’hui, ils créeraient courageusement une civilisation de partage telle qu’elle est majoritairement souhaitée en chacun, pour chacun.
    Compétents ou incompétents, tant que le but social imposé est la privation de tout, tout continuera dans ce sens.
    Ainsi, la lutte pour la survie se doit d’être celle de la liberté individuelle et non l’acceptation désœuvrée des systèmes cohercitifs par crainte, croyance ou lassitude.

    Déjà, ici dans l’informatique, bannissons de nos habitudes les serveurs fascinants tel que google, facedebouc et autres zozios twittant…
    Utilisons au possible les réseaux libres, par exemple: le logiciel de chatte konversation (http://wiki.debian-facile.org/logic…) sur le serveur freenode (http://wiki.debian-facile.org/logic… ), le moteur de recherche libre ixquick (https://www.ixquick.com/fra/ ), les navigateurs libres comme iceweasel (http://wiki.debian-facile.org/logic…) ou midori (http://wiki.debian-facile.org/logic…), etc…
    Participons activement à la propagation des logiciels libres et intervenons toujours plus nombreux sur les forums libristes.

    Ne suivons pas les opinions autorisées qui nous plient, nous façonnent et nous découragent des lumières depuis l’ajustement de leurs cages dorées par l’infime platine de leurs illusions sécuritaires. Nous mourrons tous et tous nous n’emporterons rien avec nous.
    Restons éclairés tel que nous souhaitons que la communauté s’éclaire.
    Vivons souverain de soi et respectueux de tous.
    Brûlons notre vie de désirs.

    « Résister se conjugue toujours au présent. » Lucie Aubrac

    Répondre
  32. Richard Heiville
    Richard Heiville dit :

    Citation:
    Ou bien, sous la férule de leurs savoirs enfin libérés et valorisés, avec les outils d’aujourd’hui, ils créeraient courageusement une civilisation de partage telle qu’elle est majoritairement souhaitée en chacun, pour chacun.

    Si les gens souhaitaient quelque chose comme cela ils l’auraient mis en application depuis longtemps. Ils ne veulent rien de tel.

    Se goinfrer, consommer à en crever, c’est tout ce qui les intéresse. Ils ont compris une chose cependant c’est que leur façon de vivre aura des conséquences mais ils espèrent et feront en sorte que ce soient d’autres qui paient pour leur inconséquence.

    Au final, il faudra peut-être qu’ils (qu’on) meurent pour défendre ce droit qu’on s’est arrogé de dilapider toutes les ressources de cette planète pour notre seul petit confort.

    La guerre a déjà commencé (combien de gens dorment dans la rue en France et qui sont des victimes de cette guerre ?) mais elle va devenir féroce quand il va devenir évident pour tout le monde que maintenir notre niveau de vie et celui de ceux qui commencent à s’éveiller à la consommation n’est pas possible.

    Je viens quelque fois prendre la température de la bobosphère sur ce blog pour sortir un peu de mon morne présent avec son futur peu engageant, menaçant pour tout dire.

    Répondre
  33. smolski
    smolski dit :

    "Si les gens souhaitaient quelque chose comme cela ils l’auraient mis en application depuis longtemps."

    Qui dit que cela n’est déjà pas en application depuis longtemps ?
    Que le mouvement en chacun n’est pas né d’hier mais tût depuis toujours ?
    Peut-être que le net, bobosphère ou pas, permet aujourd’hui d’en apercevoir davantage ?
    Et que le printemps de quelques peuples est celui de tous les peuples, pourvu qu’ils s’en accordent ensemble la volonté persistente !

    Répondre
  34. Richard Heiville
    Richard Heiville dit :

    Citation:
    Qui dit que cela n’est déjà pas en application depuis longtemps ?
    Que le mouvement en chacun n’est pas né d’hier mais tût depuis toujours ?
    Peut-être que le net, bobosphère ou pas, permet aujourd’hui d’en apercevoir davantage ?
    Et que le printemps de quelques peuples est celui de tous les peuples, pourvu qu’ils s’en accordent ensemble la volonté persistente !

    C’est beau !
    J’en verserais presque une larme de crocodile.

    Un capitalisme à visage humain est possible et on va tous pouvoir se goinfrer en consommant vert, les problèmes sont tous résolus, je vais pouvoir mieux dormir cette nuit grâce à cette bonne nouvelle.

    Répondre
  35. smolski
    smolski dit :

    "on va tous pouvoir se goinfrer en consommant vert, les problèmes sont tous résolus,"

    Ça, c’est du rêve. Et même du mauvais rêve, du rêve qui nous maintient dans l’impasse. C’est celui qui couvre nos silences quand nous devons parler, c’est notre morgue hautaine quand nous devons agir., c’est le rêve sarkoziste à la lettre, celui de devenir khalife à la place du khalife et ne rien modifier.

    Vivre c’est le contraire, vivre c’est persévérer en soi.

    « On peut choisir de rêver sa vie, ou de la vivre. » Eva Joly

    Répondre
  36. Richard Heiville
    Richard Heiville dit :

    citation:
    Vivre c’est le contraire, vivre c’est persévérer en soi.
    « On peut choisir de rêver sa vie, ou de la vivre. » Eva Joly

    On atteint des sommets, avec cette citation d’"Eva dans le mur"

    Les gens vivent la vie qu’on attend d’eux, ils consomment, certains viennent de remplacer leur iphone par un ipad pendant qu’un milliard d’individus crèvent de faim et que plusieurs autres milliards exigent leur iphone, leur bagnole. Leur demande est légitime au vu de notre standard de vie.

    Mais il n’y aura pas les ressources pour que tous ces gens, nous compris, puissent avoir leur iphone, leur bagnole et le carburant pour la faire rouler.

    Les pays qui ont les armées les plus puissantes du monde ne voient pas l’intérêt de faire un peu de place au nouveaux arrivants , ne serait-ce que pour que plus de gens mangent correctement.
    La confrontation va être en sanglante !
    Ce qui nous est promis est un cauchemar, bienvenu en enfer !

    Répondre
  37. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    @Richard : effectivement, c’est le plan qui est d’actualité tant que nous n’aurons pas décidé de reprendre les choses en main, c’est à dire de virer les pantins de la pseudo-démocratie, je dis bien pseudo-démocratie, puisque l’on vote pour l’un ou l’autre, le plan reste totalement inchangé. Le plan est simple : ou tu changes de standard de vie pour que tout le monde ait un accès équitable aux ressources, auquel cas, nous nous retrouvons tous au niveau d’un RSA par personne et ça, on le comprend bien, ça doit être totalement inenvisageable pour les pensionnaires du Fouquet’s ou alors, on élimine la concurrence autour de l’accès aux ressources et une poignée continue à gaspiller au milieu d’un océan de misère brute et brutalisée.

    Il est facile de deviner ce que les pensionnaires du Fouquet’s qui s’autoproclament nos représentants ont choisi.

    Il reste une troisième voie : repenser notre modèle de société en fonction des besoins humains et de la façon de les satisfaire de manière à tirer le moins possible sur les ressources. Autrement dit, ne pas produire uniquement pour satisfaire les goût de luxe d’une minorité et flatter sa propension au gaspillage, ne pas détruire juste pour des raisons de solvabilité, mais organiser la société pour satisfaire les besoins réels, pas seulement les désirs solvables. À ce moment-là, les équivalences monétaires n’auront plus de sens.

    Exemple simple : la réponse au besoin de se déplacer n’est pas forcément la voiture, c’est même la plus mauvaise réponse. D’ailleurs, quels sont les déplacements dont on a besoin? Quels sont ceux qui peuvent être remplacés par d’autres pratiques ou d’autres structures? Ne se déplace-t-on pas trop parce que la ville répond aux besoins du productivisme et pas à ceux de ses habitants?

    Repenser le modèle, c’est ouvrir le champ des possibles et surtout du meilleur…

    Répondre
  38. smolski
    smolski dit :

    "Ce qui nous est promis est un cauchemar, bienvenu en enfer !"

    C’est bien connu ça :
    « L’enfer, c’est les autres. »

    C’est la posture du chevalier aux miroirs opposé à don quichotte !
    C’est le mur brutal de celui qui ne veut rien espérer d’autrui paralysé par la peur d’y apercevoir ne serait-ce qu’un brin de lui-même mis à nu.

    Répondre
  39. Richard Heiville
    Richard Heiville dit :

    Citation:
    nous nous retrouvons tous au niveau d’un RSA par personne et ça, on le comprend bien, ça doit être totalement inenvisageable pour les pensionnaires du Fouquet’s

    Ils seront soutenus par l’ensemble de la population française qui a encore les moyens de se payer un iphone (c’est le symbole de l’inutile et du paraitre social qui me vient immédiatement à l’esprit).

    Tu crois que la majorité des gens vont renoncer à leur privilèges de consommer l’inutile et le superflu? Mieux, ce sera facile de les convaincre qu’il faut raser tel pays qui leur conteste ces privilèges.

    Quand les américains refusent un truc aussi basique (et qui ne règle rien) comme s’engager à diminuer leur rejets de CO2, je crois qu’une bonne partie du peuple américain soutient ou soutiendrait ce refus si on lui expliquait ce que cela signifie d’accepter.

    Un certain homme politique parle d’un référendum en France pour décider l’abandon ou non du nucléaire mais si on fait appel aux "bons" sentiments des gens, en leur expliquant qu’avec moins d’électricité il va falloir que cesse la multiplication des "hochets" technologiques (téléphones portables, iphone, ipad etc) et probablement qu’il faudra faire des sacrifices.
    Personne n’a envie de faire ces sacrifices alors ils voteront tous pour préserver leur "niveau de vie" même s’ils condamnent leur descendances à habiter (si c’est encore possible) un désert radioactif: à chacun sa m… comme on dit et après moi le déluge n’est ce pas?

    Par ailleurs, si la population en colère se soulève le sort des Fouquet’s people sera scellé s’ils ne fuient pas, on arrête difficilement une foule en colère et je ne m’y risquerai pas.

    PS:
    Je suis pour la sortie du nucléaire mais, je peux concevoir que cela choque, je ne suis pas pour un référendum sur ce sujet: nos descendants qui sont concernés ne peuvent pas être consultés sur un choix qui entraîne des situations irréversibles à l’échelle de l’humanité.

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