Vecteurs de l’éphémère

L’aube prochaine n’a pas encore commencé à déteindre dans le ciel de Bordeaux que je suis déjà arrimée à ce poteau qui symbolise un arrêt de bus.


Gare de LyonL’air a cette vigueur des fins de nuit, ce moment précis où les noctambules hésitants croisent les forçats des premières heures de la journée. Même si le monde appartient plutôt à ceux qui ont des employés qui se lèvent tôt, j’aspire toujours à pleins poumons ce parfum enivrant de liberté, celle des pionniers qui chevauchent entre deux mondes. Déjà la ville résonne de cette humanité qui s’éveille, les paupières encore soudées de sommeil et la paume hasardeuse à la recherche d’un réveil matin à écraser rageusement, juste pour un petit sursis au creux de l’oreiller où se nichent leurs rêves.

D’elle, je vois d’abord une paire de mollets incroyablement ronds, surmontés du noir étriqué du petit tailleur de la femme active accomplie. Elle aussi traîne une valise-cabine à roulettes, mais la sienne est aussi réglementaire et rigidifiée que la mienne est avachie, nichée comme un chien malade à mes pieds. Elle ne me calcule même pas, tout engoncée dans son rôle un peu daté de nana hyper efficace. Je ne me fends donc même pas d’un bonjour appuyé, pourtant de circonstance, alors que le bus s’immobilise devant nous dans un chuintement feutré, très exactement à l’heure prévue par la grille des horaires dénichée en ligne. Une seule enjambée et me voilà enfin en voyage, déjà en train de batailler avec l’horodateur sournois qui refuse d’avaler mon ticket à trajets multiples.
Le bus navigue dans un petit canyon d’immeubles et se remplit à chaque arrêt d’autres ombres silencieuses. Je détaille sans vergogne mes compagnons de voyage. Des femmes, des étudiants, la plupart les traits tirés, le regard perdu dans leur propre reflet et une capacité nouvelle pour moi d’ignorer totalement le reste du monde. Il y a encore quelques années, dévisager quelqu’un dans les transports en commun, c’était une agression qu’un regard noir sanctionnait dans les trois secondes. Là, je suis emportée vers la lumière naissante du jour au milieu d’un rassemblement d’abstractions, une étrange grappe de bulles isolantes à usage personnel et permanent. Je note que la plupart des passagers se sont greffé les tentacules blancs d’un iPod dans les tympans.

À peine le bus s’est-il immobilisé au pied d’un immeuble en construction que sa cargaison humaine se déverse dans la rue, se hâtant dans un grondement de roulettes en plastique vers la gare Saint-Jean. Je goûte ce chœur de raffut que nos valisettes produisent de concert, tout en déplorant d’être pratiquement la seule à pleinement en profiter. Les mélomanes du vingt-et-unième siècle ont perdu le contact avec la musicalité propre à une ville, une heure, un moment, ils se sont recroquevillés dans leurs armures technologiques. Chaque ville est un organisme cohérent, elle a son odeur, ses sonorités, une lumière particulière, un univers sensoriel dense produit par la superposition chaotique de ses bâtiments, de ses matériaux et de ses habitants. Les pavés du parvis de la gare syncopent notre mélopée pour valises-trolley, puis le hall nous absorbe, nous propulsant dans un autre univers de bruits stridents et d’annonces d’horaires susurrées d’une voix suave probablement volée à un aéroport.

Voilà peut-être 10 ans que je n’ai pas mis les pieds dans une gare. Comme partout ailleurs, les machines ont conquis le terrain, mais, obstinés, les voyageurs continuent à s’étirer sur de longues files patientes pour accéder au dernier guichet encore équipé d’un humain, pas forcément aimable, mais tellement mieux qu’un menu déroulant.
Que j’aime les gares et les histoires qui s’y tricotent et s’y défont en quelques minutes­! Il y a cette foule qui se télescope en une multitude de trajectoires plus ou moins hasardeuses, ces amoureux qui se séparent dans une dernière étreinte désespérée, ces autres qui s’y retrouvent avec une ardeur renouvelée, ces enfants qui tournent le dos à leurs parents pour jouer aux grands en colonie de vacances, les hommes d’affaires, toujours soucieux et concentrés, les familles qui s’agglutinent autour d’un chariot qui dégueule de bagages en équilibre précaire, les bandes de potes, hilares et bruyants, les zonards et leurs clébards à bandanas qui fendent la foule qui leur tourne le dos d’un air pincé et faussement absent, des bourgeois en goguette qui s’esclaffent de trouver la SNCF si typique, des âmes en peine, des stagiaires en transit, tout un monde qui ne fait que passer, des éclats de vie qui rebondissent haut sur les murs avant de disparaître à jamais dans les couloirs carrelés creusés sous les quais. Il y a tant de vie, tant d’histoires qui s’imbriquent en si peu de place que je pourrais passer des jours entiers à les regarder vivre, tout simplement.

Les TGV aussi ont bien changé. Les destinations, les numéros de wagons et même ceux des places sont à affichage électronique à présent. Je me demande combien de cheminots ont pu ainsi ne pas être remplacés par quelqu’un en recherche d’un boulot, juste pour bouffer. L’espace est toujours aussi parcimonieusement distribué en seconde et les portes-bagages ont pris des airs de cabine d’aviation. Les dossiers des sièges ont été rehaussés et ainsi, une fois assise, je ne vois plus que 5 personnes à la fois, mon voisin, et deux rangées de sièges de l’autre côté de l’allée. Là aussi, les lignes de regards sont brisées et les grandes discussions improvisées avec la moitié du wagon ne sont plus de mise.
Mon voisin est droit et mince comme un couteau, il arbore la mine soucieuse de l’homme investi d’une grande mission et une veste en velours de médecin de campagne. Il remplit d’un air appliqué et vaguement tendu un bloc-notes à petits carreaux, avec des listes et des alinéas. En fait, il prépare une réunion de commerciaux.
Un samedi de départ en vacances.
En seconde classe.
Les temps sont durs.

Je suis en train de me dire que je vais trouver le temps long quand ils déboulent, dans ces grands éclats de bagout chantant et tonitruant que j’affectionne tant : une bande de vieux potes Gascons, le béret vissé sur le crâne, l’œil pétillant, le jaja à porté de main et le verbe grivois. Un ami m’a affirmé que le béret, c’est la Charentaise de la tête.
Je t’en foutrais, moi, des pantoufles ! C’est le signe de ralliement de tout un pays de cocagne, c’est l’étendard levé du Sud-Ouest, celui qui nourrit le reste de la France et qui envahit le TGV en rangs serrés, à la conquête de la capitale et de son fameux salon de l’agriculture. La voiture est remplie à présent de ces voix de rocaille, de ces rires hauts et du pop reconnaissable entre tous du bouchon de jaja qui saute gaiement hors de son goulot trop serré. Les gars d’Arcachon ont embarqué quelques bourriches pour la route et je dois me traîner à la voiture-bar pour engouffrer un immonde club-sandwichs dont l’étiquette d’ingrédients doit contenir toute la panoplie des E000-quelque chose, me promettant une mort lente et sans saveur.

Les voitures-bars aussi ont beaucoup changé. Il n’y a plus de sièges, il faut avaler sa pitance debout, probablement pour faire descendre plus vite. Là encore, c’est le degré zéro de la convivialité qu’un barman tente de peupler de quelques traits d’humour avec chaque facturette. Effectivement, il faut un solide sens de l’humour quand le regard accroche le dernier chiffre, tout en bas de la note qu’il vient de me tendre. Je prends le temps de me brûler longuement avec mon expresso tout en écoutant les autres convives agglutinés comme les moules d’un parc à huîtres. Il y a une bande de nanas qui s’en vont se faire un tournoi de bridge et pas mal de parents isolés, des deux sexes, en train de désaltérer leurs chérubins de 2 à 4 ans. Tout cela a un petit air de garde alternée, mais c’est plaisant aussi de voir les nouveaux pères parler doucement au creux de l’oreille de leur jeune enfant, tout en bataillant pour protéger le verre de chocolat du roulis du rail. Il y a aussi un groupe de jeunes paysans, reconnaissables à leurs joues rougies par le grand air, leurs cheveux en bataille et leur pull jacquard, qui débattent doctement des mérites comparés des dernières barrières à vaches.

L’ambiance s’est encore échauffée à mon retour dans le wagon et mes compères au béret, qui ont repéré en moi une auditrice captive et consentante, rajoutent une couche de grosses blagues égrillardes. Je m’amuse énormément de toute cette agitation, sans savoir que je retrouverai mon quatuor aux bérets dans le train du retour, deux jours plus tard.
À la recherche du fameux wagon-bar comme d’un phare dans la nuit, je vais errer dans un train silencieux de fin de week-end aux faux airs de geek-party. Partout, des ordinateurs portables, des lecteurs de DVD, des smartphones, des consoles de jeux, des iPod, un train peuplé de fantômes que la technologie a définitivement coupés du monde. Les regards ne s’accrochent plus, les conversations ne fusent plus, chacun est absorbé par ses quelques centimètres carrés luminescents. Les trains ne sont plus ces formidables lieux de rencontres éphémères, de découverte de l’autre, quand il fallait bien meubler le temps qui s’étirait dans un quelconque tortillard asthmatique qui gémissait dans un grand coup de patins à chaque petite gare perdue. Terminé le jeune avocat kabyle qui partait sur Lyon plaider sa première grosse affaire, fini le groupe de potes à cheveux longs coincé entre deux wagons à beugler du Dylan en écorchant une gratte joyeusement, disparu l’Italien de l’express de Turin qui avait porté haut ma vieille valoche avant de m’offrir un café avec une liasse énorme de lires. Tous ces petits moments, ces parcelles de vie ont été comme avalés par la lueur pâle de centaines de petits écrans portables.
Les transports n’ont plus de commun que le nom.

  • Ha, bonsoir, vous !
  • Ho, bonsoir ! Vous étiez bien au Salon de l’agriculture, non ?
  • Oui, mais on a tellement fait les cons qu’ils n’ont plus voulu de nous.
  • Vous y faisiez quoi, exactement ?
  • Nous, on était dans le jury du piment d’Espelette.
  • Bah, vous êtes Basques ?

Ils sont toujours hilares, même s’ils ont l’air un peu crevés. C’est sûr, ils ont bien dû se marrer, chez les Parigots. On est juste contents de se reconnaître, d’échanger trois banalités dans le train silencieux, de se raconter, un peu. Je retrouve Bordeaux comme je l’avais quittée, sombre et fraîche. Sur le quai, je toque un dernier coup à la vitre des quatre compères qui me saluent joyeusement. Nos voyages continuent, mais j’ai tout de même réussi à arracher une pépite d’humanité à un monde d’incommunicabilité.

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18 réponses
  1. Berceuse
    Berceuse dit :

    Bon, ça fait longtemps que je n’ai plus pris le train… Les iPod n’existaient pas encore 😉
    Et, c’était amusant de constater que presque tous les passagers finissaient par s’endormir presqu’en même temps… Je dirais un quart d’heure, vingt minutes après le départ du train. Surement rassurés d’avoir eu leur train… Ça donnait une atmosphère assez particulière. C’était amusant !

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  2. fao
    fao dit :

    Je recommande les trains allemands, c’est un peu plus cher que les trains français mais bien plus agréable. Même en seconde classe on y a de la place pour les jambes. Les gens enlèvent souvent leurs chaussures, et marchent en chaussettes. Très convivial, et les pc portables sont là, le wi fi est bien là, mais n’empêchent pas le dialogue à l’occasion.

    Le wagon restaurant est très agréable, un vrai resto avec des prix corrects, rien à voir avec les prix sncf. On peut s’y assoir à une table, manger un bon repas pas cher et discuter avec son voisin de table.

    Même le site de la Deutsche Bahn est bien fait comparé à celui de la sncf qui est une vraie merde.

    La sncf est une entreprise publique qui a les pires défauts du privé. A force de vouloir être des gestionnaires efficaces, ils ont tout écrabouillé.

    Maintenant, quand je voyage en train allemand, je me dis que je vais passer un bon moment, quand je dois voyager longtemps en train français, je me dis que c’est un mauvais moment à passer. Seuls les TER ont encore du charme, le charme des campagnes françaises.

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  3. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Ta, ta, ta, le TGV est pratiquement le dernier train qui circule dans mon coin et je peux te dire qu’entre Bordeaux et Paris, il ne va pas franchement plus vite que le bon vieux Corail, bien moins cher et sans réservation. Il faut comprendre que la SNCF n’est plus un service public et qu’il n’y a plus d’idée d’aménagement du territoire. Il y a les besoins des métropoles en travailleurs à desservir et c’est tout. Le gros du réseau ferroviaire consiste à relier les Parisiens au reste de la France. Le reste sert à arroser les bassins-dortoirs des métropôles régionales. Et c’est tout. Tu ne peux pas te tenter un Toulouse-Lyon correct, l’interrégional est morribond, les zones blanches s’étendent. Dans mon département, il n’y a presque plus rien, sauf la ligne Auch-Toulouse, cordon ombilical qui éloigne toujours plus les travailleurs toulousains incapables de faire face à la flambée de l’immobilier. Côté ouest, mon côté, c’est mort. Deux heures de routes, en bagnole, forcément, pour joindre la liaison ferroviaire la plus proche. Avant, je pouvais embarquer à Mont-de-Marsan ou Dax (45 mn de route et 1h30), mais là aussi, c’est fini : des horaires à la con et des TGV qui ne s’arrêtent plus, pressés d’amener les Parisiens à leur lieu de villégiature.

    Je pourrais en raconter des histoires de trains, dans les tortillards de la Maurienne, ou les longs Corail qui traversaient le pays. Mais ce n’est pas qu’une question de vitesse et de desserte. Il y a aussi les mutations profondes de la société, la manière dont les liens sociaux sont atomisés. Finalement, ici, je parle moins de trains que de dépendance technologique.
    Il ne faut pas s’y tromper : je suis clairement geek. Je passe le plus clair de mon temps rivée à un écran.
    Mais je me soigne. 😉

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  4. Passant
    Passant dit :

    Un train qu’on prend pour aller le plus vite possible d’un point à un autre ne peut pas être un lieu de vie.

    Faut prendre le TER, ça n’a rien à voir !! Même si ça va bien moins vite.

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  5. alsospracht
    alsospracht dit :

    Et oui, ça s’appelle la gestion de la transhumance ce service privé. Adieu les voyages plaisirs où, ados, on fantasmait sur d’hypothétiques rencontres. et adieu aux trains dortoirs de banlieues où tu te foutais de la gueule des endormis jusqu’au jour où tu t’apercevais que tu faisais la même chose : à l’époque j’avais appelé ça la dépression lente, j’ai fini par acheté une moto… Super ton texte mais il rajeunit pas hein ?
    ( Au fait, tu fais des test d’orthographe pour lecteur attentif ?)

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  6. Fraz
    Fraz dit :

    Bonjour.

    "Vous qui voyagez peu, vous qui ne voyagez jamais, il vous arrive quand même, un jour, de prendre un train. Dans la gare, beaucoup d’hommes d’affaires. Vous les reconnaissez de loin à leur visage qui manque. Le même homme à des dizaines d’exemplaires. Le même homme jeune, vieilli dans sa parole, embaumé dans son avenir. (…). Le train arrive. C’est un de ces trains rapides inventés par les hommes d’affaires, pour leur convenance personnelle. Une ligne droite de train clair. Une main de vent froid qui égalise les champs et les vide de leurs rides, de leurs accents, de leurs nerfs. Des champs désertés par le regard, par les hommes et les bêtes. Des bas morceaux de terre jetés aux chiens de la vitesse. Le paysage n’est plus rien, ce qui fait qu’on le traverse vite. Devant ce rien du paysage, vous prenez connaissance de l’homme fabriqué en série, de l’homme absent (…). Il va partout sur la terre électrique, comme un cadavre répandu dans sa mort. Il prend des trains. Il prend des trains qui vont d’un point à un autre. De rien à rien. Dans sa précipitation il amène le vide. Si souvent qu’il parle, il n’entend que lui même. Si loin qu’il aille il ne trouve que lui même. Il tache de gris tout ce qu’il traverse. Il dort dans ce qu’il voit. Vous vous dites : ces gens qui voyagent tant, ils ne font plus un seul pas. Il n’avancent pas, jamais.(…). De même ces hommes anéantis dans l’équivalance financière qu’ils amènent : en les voyant, vous découvrez un type d’homme qu’ils ne savent réduire, qui va beaucoup plus loin que jusqu’ au bout du monde. En les voyant vous découvrez l’homme déplacé, l’homme mélangé. L’homme inconsolé de trop d’enfance, ou trop de faim. Sur son visage, tous les ciels. Dans son coeur toutes les voix. (…). On l’aperçoit ici ou là. Il pousse devant lui le troupeau de ses pensées. Il rêve dans toute les langues. De loin, visible. Il est comme ces gens du désert, ces hommes bleus. Il est comme ces gens aux chairs teintées du tissu qui les garde du soleil. Il a le coeur perclus de bleu. On l’aperçoit ici ou là, dans les révoltes qu’il inspire, dans les flammes qui le mangent. dans les livres qu’il écrit."

    C’est toujours à ce texte de Ch. Bobin que me fait penser le TGV. Le theme en est différent du votre (indifférence au monde, à la nature, à la beauté, à la continuité de la vie plus qu’aux autres) mais certainement complémentaire et peut être éclairant.

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  7. alsospracht
    alsospracht dit :

    Tu sais, moi, je ne suis plus sûr de rien depuis l’avènement du socialisme post Jaurés, m’enfin entre sursit et sursis et "aillant repéré en moi…" et ayant repéré… hein après tout…

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  8. Céleste
    Céleste dit :

    Quel beau texte!

    comme toi j’adore les gares, les trains et les rencontres qu’on y fait;
    C’est vrais qu’on en fait moins, des passagers ont des ordis, d’autres des Ipod, d’autres encore hurlent au téléphone tout le long du voyage (le volume sonore est peut-être italien)

    toujours en Italie, je suis frappée par le peu de voyageurs qui lisent, il y en a beaucoup plus en France.

    Mais mes trains préférés sont les trains indiens, lents, cahotants, emplis de passagers, de famille avec des bébés souriants, j’adore!

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  9. Yanaee
    Yanaee dit :

    C’est peut-être de la chance, le hasard ou ?…mais même en TGV, j’ai de bons souvenirs de mes voyages. Il est très rare qu’il n’y ait aucun échange. Je fais tout pour que ça n’arrive pas et entraine mes voisins, de fil en aiguille.
    J’ai remarqué que l’humanité nous fait défaut, souvent, mais que peu de choses suffisent à la faire émerger, sous le vernis bon teint : En effet, passé les premières minutes d’installation, où chacun se pose, farfouille dans ses affaires, sort sa bouteille d’eau, ses passe-temps (livre, écrans en tout genre), sans trop regarder autour de lui, n’importe quel incident déclenche des commentaires qui s’étoffent et se transforment en conversations.
    Un retard du train, une clim’ en panne, un bébé qui s’agite et râle, ou, un enfant plus âgé qui trottine de voyageur en voyageur, un petit animal qui voyage (chat, chien) et c’est partit ! L’humanité ressurgit et s’épanouit, chacun se transforme, s’anime, les traits se détendent, les sourires s’amorçent, les barrières tombent peu à peu, une connivence s’installe, magique car transitoire, éphémère et sans conséquence aucune. Avez-vous remarqué comme on éprouve parfois l’envie de se livrer à un parfait inconnu, lorsqu’on sait qu’on ne le reverra jamais ?…A bord d’un train, c’est frappant et c’est ça qui fait tout le charme des voyages.
    J’ai ainsi eu des conversations très intimes avec de parfait inconnus, de tout âge, toute situation, de l’étudiant, au salarié, fonctionnaire jusqu’au retraité : J’ai toujours été émerveillée de découvrir au fur et à mesure de mon voyage l’histoire de chacun, de comprendre pourquoi il voyageait dans le même train que moi, pour quelle destination, avec quel objectif…Fascinant !!! Je ne m’en lasse pas…

    Je peux vous citer ce couple de petits jeunes mignons comme tout avec leur furet qu’ils aimaient comme un enfant, cette retraitée qui traversait la France pour garder ses petits enfants et soulager sa fille car son beau fils était parti sans laisser d’adresse, cette fonctionnaire qui travaillait dans une prison et partait quelques jours se vider la tête d’un boulot très difficile humainement…l’impression de saisir une vie au vol, à un instant T. D’entrer dans la vie de l’autre, de façon fugace, et d’en ressortir quelques heures plus tard sur quelques mots chaleureux « bon séjour, bonne continuation,.. »

    Ces moments me redonnent de l’espoir, ils me font espérer qu’il suffira peu de choses un jour pour que les gens se reconnaissent, s’écoutent, s’entraident …pourvu que certaines conditions soient réunies et qu’ils soient prêts. La petite graine d’humanité au fond de chacun de nous ne demande que ça, elle attend son petit rayon de soleil, sa petite pluie pour émerger de toutes ses forces, croître, et rejoindre ses semblables dans un enchevêtrement de regards et de paroles bienveillantes.
    Ce qui retient cette petite graine d’émerger, c’est le plus souvent l’obscurité générée par la peur de l’autre, de l’étrangeté, de l’altérité.
    C’est pour ça qu’à toute occasion, j’aide mes voisins à soigner leur petite graine, à reconnaître son existence, à lui laisser une place en eux, à ne plus craindre qu’elle grandisse : Je noue contact lorsque moi et mes semblables sommes réunis pour quelques minutes au moins, dans un train, une salle d’attente, à l’arrêt du bus.
    Je le fais surtout dans les endroits les plus vidés de toute humanité et qui génèrent de l’angoisse, à l’anpe, aux impôts, en attendant un entretien d’embauche, à la caisse du supermarché…

    Je pense que c’est pour cela que je suis là, sur terre, en ce moment. Pour cultiver l’humanité, même – et surtout- dans les endroits où on essaye de l’éradiquer. Pour réapprendre à d’autres personnes, en toute modestie, par ma simple présence, par mon comportement, à retrouver le chemin de leur propre humanité : Croiser quelqu’un et lui sourire, le saluer, s’intéresser à autrui, l’écouter avec bienveillance, sans jugement, lui donner un coup de main, sans calcul, aucun..pour le plaisir de faire plaisir. D’aider. Je le fais avec une personne, puis une autre, puis une autre, en espérant faire tâche d’huile. Les petits ruisseaux ne font-ils pas les grandes rivières ?

    Répondre
  10. alsospracht
    alsospracht dit :

    ah, ah, je me fouette, criant "faites ce que je dis , pas ce que je fais". Je te jure , John, c’est pas moi c’est un sabotage, ça me rappelle quand j’étais collégien tout neuf, j’avais entendu parler du "Mythe décisif" d’un certain Albert Camus. Heureusement, jamais je n’avais eu l’occasion de frimer à ce propos. Et, un jour dans une librairie je vois un bouquin du même Camus "le Mythe de Sisyphe", Oh le rouge m’a pris jusqu’aux doigts de pieds, j’ai vérifié autour de moi que personne n’ avait lu dans ma petite tête et j’ai acheté ce bouquin… il y a du bon en tout.
    Idem là… hou ! le rouge ! enfin tout cela est moins grave que de s’être inscrit au MPA en y croyant…

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  11. jardin
    jardin dit :

    La derniere fois que j’ai pris le TGV, un dysfonctionnement sur la ligne a grande vitesse nous a obliges a prendre la voie normale.

    Il me semble meme que la vitesse etait inferieure a celle d’un train normal. Moi, je m’en foutais un peu, devenue tres fataliste depuis que retraitee. Et d’ailleurs, si j’ai un bon bouquin, je peux passer des heures n’importe ou sans me plaindre.

    Mais ma voisine avait un rendez-vous medical important, et pas prevu de dormir a Lyon, du coup elle etait tres angoissee et avait bien besoin de parler.

    Ainsi, c’est dans le creux des dysfonctionnements de notre societe hyper technique que se nichent les rencontres humaines.

    Les interstices accidentels sont les fissures par ou peut se glisser l’humanite, conmme une touffe de pissenlit magnifiquement fleurie entre pave et goudron.

    Répondre
  12. Françoise Boulanger
    Françoise Boulanger dit :

    Magnifique texte, Agnès, qui m’a d’autant plus parlée que je reviens moi-même d’un voyage où j’ai eu la chance de pouvoir discuter en face à face avec un bel inconnu noir (qui avait l’âge de mon fils ainé) de philosophie, économie, religion (si, si !) et politique centre africaine. Quelques heures plutôt inoubliables… Rencontrer un humaniste est si rare. Oui le train est quelquefois l’occasion de belles surprises !

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  13. faribole
    faribole dit :

    on parle sans doute moins…
    mais moi qui adore écouter, surtout en vase clos, je resterais des heures dans le train…
    mention spéciale à 2 contrôleurs, à qui une jeune et très avenante barmaid du wagon-restaurant faisait état de sa vie sexuelle peu satisfaisante…. (le tout, à voix très haute, habitude du portable peut -être ?)
    Les têtes des 2 types, qui cachaient difficilement leurs langues pendantes derrière un discours de type "tu es jeune… tu verras, avec des hommes mûrs, ça sera différent" -) inutile de préciser qu’ils étaient plus vieux qu’elle, nettement…
    il y a encore de belles occasions de rigoler dans les trains. De voir des humains. Parfois, de communiquer avec eux.

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