Concentré d’humanité

Chapeau bas pour le film de Chantal Briet, Alimentation générale, un petit bijou qui réconcilie pour un bon moment avec le monde des humains.

Un peu comme Ozu, Chantal Briet pose sa caméra à la hauteur des gens et les regarde vivre.

Une bonne accroche pour vous parler d’un documentaire qui m’a scotché. Littéralement. Mais voilà, faut pas casser Le Monolecte quand il est en phase d’écriture et c’est exactement ce qui m’est arrivé. J’avais la tête pleine du film, de ses sons, de son rythme lancinant et réconfortant à la fois. Je voulais vraiment partager avec vous cette tranche de vie racontée du fin fond d’une de ces cités obscures et semblables à toutes les autres. Vous raconter le lever de rideau de la petite épicerie d’Ali, chaque matin, comme une présentation au drapeau. L’éveil de la cité. L’arrivée des habitués. La cafetière qui ne chôme jamais et cet endroit, aussi pouilleux que le reste, mais comme un sanctuaire au milieu du néant.

J’avais plein de mots pour vous raconter ces vies qui traversent l’écran ou s’y installent. Les chants d’Ali. Ses petits arrangements avec les plus démunis de ses clients. Les regards avides des enfants devant la vitrine de bonbons. Tous ces petits riens sans importance qui racontent comment un seul homme, juste en étant là, jour après jour, avec son cœur, avec ses tripes, arrive à tricoter du lien entre les relégués de la terre.

Il ne s’agissait pas de vous montrer combien je maîtrise l’écriture, mais juste tenter de vous faire ressentir, comme je pouvais, ce que ce film m’avait apporté, Ce petit concentré d’humanité. Vous donner envie d’aller le voir. De le partager à votre tour.

Mais voilà, il a fallu s’occuper de la bouffe du chat, de la douche de la naine, répondre au téléphone, faire à bouffer et ce billet est resté en vrac depuis le premier décembre dernier.
Dommage pour le film. Il n’est probablement plus à l’affiche nulle part. Et c’est bien dommage. Parce que comme tous les films importants, vous n’avez pas dû en entendre beaucoup parler. Parce qu’il a dû sortir à la sauvette sur 2 copies dans des salles art et essai des quartiers chics de la capitale…

Espérons qu’il aura une deuxième vie lors de sa sortie en DVD!

13 réponses
  1. Fred., de L.
    Fred., de L. dit :

    Tu vas au cinéma dans les quartiers chics de la capitale ? Tu l’as vu où ce film ?

    Ca me rappele mon quartier d’enfance. Mais moi, c’était moins sympa que raconté comme ça. Je crois qu’on n’était pas encore assez relégués pour vivre ça comme ça.

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  2. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Je ne vis plus à Paris depuis longtemps. Mais il est vrai que j’aimais beaucoup les petites salles quasi mythiques comme la Pagode ou l’épée de bois.
    La bonne nouvelle, c’est que les bons docus passent souvent en avant-première sur Arte. C’est comme cela que j’ai pu voir celui-ci!

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  3. Grabuge
    Grabuge dit :

    C’est tout le problème des films-documentaires.
    Sais-tu que "The Corporation" n’est sorti que dans 3 salles en France dont 2 en Île de France ?
    Et "Pas assez de volume" au sujet de l’OMC ? A peu près le même topo…
    Les docus de Karel (celui du Monde selon Bush), idem…
    Il n’est que le Monde de Darwin qui ait connu une carrière totalement atypique et imprévisible.

    M’en fous !
    Moi, je les "vole" et j’en suis fière !
    Et si on me le demande gentiment, je suis même prête à les "offrir"…

    Qu’ils y viennent les gros producteurs des "Bronzés 3" me faire les gros yeux… qu’ils y viennent…
    Leur bouse, je ne risque pas de leur chouraver…

    Répondre
  4. Grabuge
    Grabuge dit :

    C’est tout le problème des films-documentaires.
    Sais-tu que "The Corporation" n’est sorti que dans 3 salles en France dont 2 en Île de France ?
    Et "Pas assez de volume" au sujet de l’OMC ? A peu près le même topo…
    Les docus de Karel (celui du Monde selon Bush), idem…
    Il n’est que le Monde de Darwin qui ait connu une carrière totalement atypique et imprévisible.

    M’en fous !
    Moi, je les "vole" et j’en suis fière !
    Et si on me le demande gentiment, je suis même prête à les "offrir"…

    Qu’ils y viennent les gros producteurs des "Bronzés 3" me faire les gros yeux… qu’ils y viennent…
    Leur bouse, je ne risque pas de leur chouraver…

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  5. MC
    MC dit :

    Attendre et surveiller en allant de temps en temps sur le site "yentaproduction.com".
    D’ailleurs, ils ont besoin pour leur site d’un bon informaticien, la moitié des infos sont inaccessibles.
    Sinon, ils ont un catalogue d’une soixantaine de films documentaires et les éditent parfois en DVD;
    Sinon, il y a aussi, plus confidentielles, des salles provinciales, généralement dans les petites villes, qui passent ce genre de films à perte (financière) et à gain culturel.
    Et se rattrappent en passant aussi les gros mammouths qui font du chiffre.

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  6. Laurent GUERBY
    Laurent GUERBY dit :

    J’ai du mal a comprendre pourquoi les auteurs de ces films et documentaires militants font des efforts extraordinaire pour que personne a part quelques bobos ultra-riches parisiens ne voit leurs oeuvres.

    De larges extraits sur youtube, quelques courriels aux blogueurs engagés, un paypal + site de vente de DVD (non protégé par CSS) + paiement volontaire si diffusion dans petite salle amateur leur rapporterait surement 1/ un public bien plus large pour leurs idées et 2/ bien plus d’argent et de financement pour l’avenir que la tres hollywood-blockbuster "chronologie des médias" …

    Encore des copyright-victims ?

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  7. Toni Siro
    Toni Siro dit :

    Ah les documentaires. C’est comme le dit Agnès, parfois la Arte nous fait un gros cadeau comme l’épicerie ou il y a quelques temps S21 de Rithy Pan.
    S’ils sont diffusés ou pas dans vos salles cela dépend uniquement de son exploitant qui est d’abord forcé de suivre la loi du marché et d’essayer de jongler entre le profit et la qualité.
    Il reste que si le DVD peut rendre le service que ne donnent pas les p’tits cinés, on peut parfois compter sur les bonnes Médiathèques.
    S’il en reste une près de chez vous profitez en tant que ça dure, c’est aussi en passe d’assimilation au marché.

    Répondre
  8. Anièry
    Anièry dit :

    Agnès, j’ai adoré ce film quand il est passé dans mon cinéma municipal, avec en prime un débat avec Chantal Briet. Je viens d’apprendre le décés d’Ali poignardé par un de ses clients:

    http://www.liberation.fr/actualite/

    Quand des gens fraternels et solidaires comme Ali sont tués, c’est aussi l’espoir de jour meilleurs qui prend un coup!

    Répondre
  9. Anièry
    Anièry dit :

    Agnès, j’ai adoré ce film quand il est passé dans mon cinéma municipal, avec en prime un débat avec Chantal Briet. Je viens d’apprendre le décés d’Ali poignardé par un de ses clients:

    http://www.liberation.fr/actualite/

    Quand des gens fraternels et solidaires comme Ali sont tués, c’est aussi l’espoir de jour meilleurs qui prend un coup!

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  10. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Merci Aniéry!

    Sur le coup, nous n’avions pas compris qu’il s’agissait l’Ali.

    Ça fait quelque chose. Un peu comme apprendre qu’un ami que tu avais perdu de vue depuis quelques années est mort. Petit goût de cendre dans la bouche.

    J’espère vraiment que les télévisions vont en profiter pour programmer abondamment le documentaire de Chantal Briet pour montrer le visage de cet épicier arabe, lequel aurait mérité que les médias s’intéressent un peu plus à la manière dont on injecte quelques tonnes de gentillesse dans un monde de cons!

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  11. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Merci Aniéry!

    Sur le coup, nous n’avions pas compris qu’il s’agissait l’Ali.

    Ça fait quelque chose. Un peu comme apprendre qu’un ami que tu avais perdu de vue depuis quelques années est mort. Petit goût de cendre dans la bouche.

    J’espère vraiment que les télévisions vont en profiter pour programmer abondamment le documentaire de Chantal Briet pour montrer le visage de cet épicier arabe, lequel aurait mérité que les médias s’intéressent un peu plus à la manière dont on injecte quelques tonnes de gentillesse dans un monde de cons!

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