Parce que ma cafetière expresso est encore tombée en panne, j’en viens à me demander s’il ne faut pas revenir à plus de simplicité.
Forcément.


Rue Bric-à-bracCe n’était pas vraiment de la camelote. À 150 € la machine, j’en espérais un café bien tassé et mousseux sur le dessus. Ce qu’elle parvient tout de même à produire… en début de cycle. Les puristes ne jurent que par des semi-pros, à plus de 500 € pièce, sans compter l’entretien et les accessoires, ce genre de luxe un peu vain qui rend compétitif le petit noir bien serré que tu t’enfiles dans la chaleur humaine du comptoir. Alors, forcément, pour eux, 150 €, c’est de la camelote. Mais pas pour moi. J’en attendais une certaine qualité, une certaine tenue et une certaine longévité. Malgré nos régulières opérations de détartrage — avec un produit idoine, parce que le vinaigre, tu ne te rends pas compte!!! — et bien que nous changions régulièrement LA petite pièce du filtre en plastoc qui pète tous les six mois et sans laquelle rien n’est possible, la plupart du temps, nous buvons un jus de chaussette à peine passable pour ne pas dire franchement dégueu. Alors, au moment de racheter le petit bitoniau en bouse à 15 €, programmée selon toute vraisemblance pour nous lâcher cet automne, je me demande juste si tout cela est bien raisonnable.

Ma grand-mère a attendu dans les 80 ans pour avoir une simple cafetière électrique, une avec la fonction stop-goutte. Avant, c’était plus folklo : une grosse casserole en inox dans laquelle elle faisait bouillir un litre d’eau. Ensuite, elle se faisait les biscoteaux en versant l’eau chaude tout doucement sur un filtre Melitta©, histoire que le liquide imprègne bien la mouture sans jamais tenter de passer par-dessus bord. Le marc, elle s’en servait dans le jardin, je n’ai jamais trop compris pour quoi. Au final, elle avait une réserve de café, qu’elle faisait régulièrement réchauffer dans une petite casserole émaillée et culottée par l’usage. Une fois sur deux, elle l’oubliait et le faisait bouillir : c’était un café, comment dire… qui déchirait le dentier.

Certes, comme le disent certains, il n’est sûrement pas nécessaire de retourner à l’âge de pierre, soit les temps héroïques de mon enfance, mais la machine de guerre qui chiffre 15 bars et te pisse du jus de chaussette, avec une durée de vie de quatre ans si tu as de la chance, j’en viens quand même à me demander si c’est bien raisonnable. Sans compter qu’à la première panne de courant, on se retrouve à poil, sans même un petit kawa pour se réchauffer le cœur.
Je sais de quoi je parle.
J’ai survécu à Klaus.

Donc, c’est sympa, le perco à la maison, mais tout bien pesé, entre les coûts directs, ceux qui sont cachés, la dépendance énergétique, la durée de vie discutable, les consommables et une qualité des plus aléatoires du jus en fin de parcours, je trouve juste que c’est complètement débile comme objet.

Du coup, j’ai bien retourné la question du café dans tous les sens, et la seule logique possible, c’est de n’utiliser la technologie que lorsqu’elle apporte réellement un avantage considérable par rapport à sa non-existence. D’abord, parce que c’est plus rationnel. Et ensuite, parce que s’il nous faut du courant pour chaque geste de notre vie quotidienne, comme se laver les dents ou diffuser du parfum de chiottes ou de l’insecticide, alors il faut arrêter de geindre que le nucléaire, ce n’est pas beau et tout.

Tout à l’heure, en zappant mollement, on est tombé sur un jeune Japonais réfugié dans un gymnase de rescapés, en train de faire la queue pour un bol de soupe.
Comme le souligne judicieusement monsieur Monolecte, voilà un gamin qui était peut-être bien un bon geek japonais, avec sa console de jeu dernier cri, son écran plat, son smartphone de la Guerre des étoiles et ses chiottes high-tech qui pèsent son caca avant de lui envoyer la météo, et là, il n’a plus rien. Plus rien que ses fringues sur le dos et l’intense culpabilité d’être encore en vie. Et maintenant, la chose la plus importante dans sa vie, c’est de manger une foutue soupe chaude. En espérant ne pas finir atomisé comme un Godzilla du pauvre.

Nous sommes tellement dépendants à la technologie que c’en est affolant, quand on y réfléchit deux secondes. Et toute cette technologie est terriblement énergivore dans son ensemble. Chaque petit bidule qui clignote dans ton salon, ta chambre, ta cuisine, ta salle de bain, ton bureau, partout, ne consomme pas grand-chose en soi. Mais c’est cette accumulation de petites choses qui, chacune, exige son petit bout de centrale nucléaire pour fonctionner, qui est ahurissante. Sans compter que chacune de ses petites merveilles technologiques est vouée, de par la nature même de la technologie, de sa volatilité, de son dynamisme, à un cycle de vie de plus en plus éphémère. Ce qui ne sera pas le cas des retombées radioactives que nous allons tous nous ramasser sur le coin de l’œil dans les prochains jours. Des éléments radioactifs dont la durée de vie excède celle de l’humanité comme espèce. Comment pouvons-nous prétendre contrôler de telles choses, pauvres petits homoncules dérisoires ?

Bien sûr, chaque petit bidule a son utilité. Et comme le rabâchent en boucle les accrocs de la technologie (et probablement actionnaires de la filière énergétique), on ne voudrait tout de même pas revenir à l’âge de pierre, hein ? Parce que c’est cela le sens de notre civilisation. De petits bidules qui clignotent dans la nuit. En crépitant, parfois. Sauf que quand il s’agit de payer les factures de cette énergie si fondatrice de notre mode de vie alors que sa valeur augmente bien plus vite que celle de notre travail, il ne dérange soudainement plus personne de renvoyer à l’âge de pierre ceux qui n’arrivent plus à suivre la fuite en avant. Et qu’à force de n’être plus que dans la dépendance énergétique, il suffira de couper le robinet pour que nous retournions justement tous dans l’âge de pierre et voire pire, tant nous avons désappris à vivre sans la fée électricité. Simple question de despotisme hydraulique : quiconque possède l’accès à une ressource vitale possède le pouvoir absolu de la couper. Et contrôle donc de fait tous ceux qui en sont dépendants.

Je vais donc plutôt prendre une cafetière à piston. Que je pourrai alimenter avec juste de l’eau chaude. Et grâce à laquelle je pourrai survivre à tout type de fin du monde en me buvant un bon café chaud.


D’ailleurs, n’hésitez pas à me filer un petit coup de pouce pour mon grand retour à une vie plus simple en me faisant un petit don, grâce au bouton dédié, vers le haut de la colonne de droite. Même si je fais attention à ne pas trop rouler ou ne pas trop chauffer, la facture énergétique a tendance a très sérieusement plomber un budget on ne peut plus étriqué.
Sinon, un boulot intéressant et correctement payé me conviendrait tout aussi bien : un peu plus bas dans la colonne, vous avez un lien vers mon CV.
Merci de votre fidélité et rendez-vous lundi matin pour les résultats de mon incursion dans le monde impitoyable de la politique.

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