La vaca del puta

Quand elle avait neuf ans, ma grand-mère a reçu un coup de sabot de vache dans la hanche. La vaca del puta l’a faite souffrir toute sa vie.


Je vous parle de ça, parce que tout à l’heure, vers 23 h, le téléphone a sonné. À cette heure-là, c’est rarement pour vous annoncer que vous venez de gagner au loto. En plus, j’ai reconnu le numéro, de mémoire : c’est celui de la clinique où j’ai laissé Mémé cet après-midi. Insuffisance cardiaque, rénale, veineuse, insuffisance de tout, depuis un sacré petit moment. Elle m’a dit, au moment où l’ambulance l’emmenait aux urgences : cette fois-ci,  c’est la fin. Mais bon, ce n’est pas comme si elle ne me l’avait pas dit 20 fois, déjà. Et à chaque fois, je lui réponds : tu sais bien que tu finiras par avoir raison. Adishatz, je repasse demain.

Comme il est tard et que la clinique est à 20 km, je peux attendre le lendemain matin pour y aller, mais je n’ai pas envie d’attendre plus longtemps. C’est comme si je venais de passer de l’autre côté du temps. Je suis dans cet impensé depuis tant d’années et il n’est plus temps de faire comme si cela n’arrivera jamais. C’est fait. Je n’ai pas envie d’attendre et je n’ai pas envie de m’expliquer. Je veux voir la réalité de cette mort, là, tout de suite, je veux toucher sa peau une dernière fois, en sachant qu’il lui restera encore un peu de tiédeur de la vie qui est partie. Je ne veux pas la voir demain, quand elle aura passé la nuit à la morgue et que sa peau aura la consistance un peu raide d’un poulet que l’on vient de sortir du frigo.

Ma voiture est comme un sas de décompression, entre le monde où elle était là et celui où elle ne sera plus. Un navire entre deux ports, et le Styx brille au-dessus de ma tête comme un écrin scintillant. Je suis la balise clignotante bleue des urgences et je m’amarre là où, habituellement, on décharge ceux qui ont encore un peu d’espoir, là où ils ont débarqué ma grand-mère, il y a un peu plus de 24 h, à peine. À côté de la porte en verre, il y a un énorme panneau rouge dans lequel est sertie une toute petite sonnette dérisoire : sonnez et attendez que l’on vienne vous chercher. Je me dis juste que je suis contente de ne pas me vider de mon sang. J’ai peur de faire arriver tout un aréopage d’urgentistes, le brancard entre les dents. Je tourne la poignée et, miracle, la porte s’ouvre. Puis le sas, quand je m’avance. Tout est vide et désert, comme dans un film postapocalyptique. J’avance dans la lumière blessante des longs couloirs quand un zombi vert surgit brutalement dans mon champs de vision : c’est le médecin de garde, tout grand et tout seul. Il a déverrouillé la porte quand il a appris que j’arrivais.

À l’étage, il y a les deux infirmières de l’équipe de nuit. Routine rassurante dans l’éclat des néons : il faut déjà penser à l’après, faute de croire en un au-delà. Je sais déjà que je vais appeler l’entreprise de menuiserie de mon binôme d’escalade. Parce qu’il fait aussi pompes funèbres. Que c’est un petit artisan indépendant et qu’il fera ça bien. Il faudra que je repasse demain. Les papiers. Les consignes. Comme un rituel rassurant dans son indifférence administrative.

Le sang a déjà quitté son visage qui reste étonnamment lisse pour son âge. Il est plus pâle, plus jaune. Les cheveux sont différents aussi, mais je ne saurais pas dire en quoi. Plus gris. À part ça, elle pourrait presque dormir. Pas de trace de lutte, de souffrance, d’agonie. Tout doucement, le corps a juste lâché prise. Sa peau est encore tiède, comme je le pensais et étonnamment douce. Une petite vieille.

  • Presque 100 ans !

L’infirmière n’en revient pas. Mémé n’a jamais fait son âge. Je crois qu’elle en tirait une grande fierté. Elle n’a arrêté de marcher que sept jours avant sa mort. Joli score.

  • Elle a dû avoir une sacrée belle vie pour vivre aussi longtemps.
  • Non, elle a eu une authentique vie de merde.
  • Ah, ben, comme quoi…

De l’autre côté du rideau à roulettes qu’on voit dans les films, l’autre vieille ronfle. Je prends mon appareil photo et je fixe le dernier visage de ma grand-mère. C’est pour moi une absolue nécessité. On a perdu l’habitude de photographier les malades et les morts. Pourtant, même ces moments-là font partis de la vie et je ne veux pas que ma mémoire réinvente cet instant. Il n’y a plus rien à faire. Je prends son petit balluchon, avec son dentier et ses lunettes, et, en passant, je vole posément ses trois derniers ECG. La représentation graphique de la vie qui s’en va.

Une heure de route pour ces quelques minutes, ces clichés volés et ces quelques lignes qui s’affolent sur du papier thermique. J’ai juste le sentiment que cela devait être fait et que, quelque part, je m’en fous que cela soit compris ou non.

La nuit est encore plus gigantesque qu’à l’aller. Partout, les chats en vadrouille s’écartent de mon chemin. Je fais attention à tous les mouvements à la lisière de mes phares, tellement je sens l’urgence de la nuit et celle de la vie, partout, autour de moi. Et pourtant, j’ai manqué ne pas la voir.

Une vache !
Une putain de vache, au milieu de nulle part, en plein milieu de la route et de la nuit.

Je suis sidérée et je freine en urgence en me demandant si je ne fais pas une grosse hallu parce que je suis finalement comme tout le monde : je viens de dire au revoir au cadavre de ma grand-mère et je suis en état de choc. Je me gare sur le bas côté, arrive tant bien que mal à allumer les feux de détresse et entrouvre la portière pour regarder derrière moi. Et là, dans la nuit claire, je distingue très nettement la silhouette d’une vache, bien debout, bien vivante, mais pas du tout à sa place. Je la vois vraiment, mais je cherche la lampe torche, parce que je me dis que les gens qui ont des hallus, ils les voient vraiment aussi et que cette rencontre, justement ce soir, c’est gravement n’importe quoi, on dirait surtout un vieux retour du refoulé.

Dans le faisceau de ma torche, il y a bien une putain de vache qui broute du bitume. Je fais des gestes avec la lampe, lui colle ma lumière en plein dans ses prunelles dilatées par la nuit et la vache fait comme si je n’existais pas.
J’ai froid, je suis fatiguée, j’ai envie de pleurer et je suis seule au monde avec une putain de vache au bout de la nuit. Je vois ça dans un film, je n’y crois même pas. Je me dis que si je n’avais pas été aussi soucieuse de ne pas écraser un chat en maraude, je n’aurais peut-être pas vu du tout la vache et je me la serais prise de plein fouet. Et vache contre R25, bizarrement, je ne parie pas sur moi. Ce qui signifie que si je repars en laissant cette foutue vache au milieu de la route, il y a peut-être une autre voiture qui va arriver, ne pas la voir et finir par l’encadrer. Et là, ce sera juste horrible pour tout le monde.

Voilà justement des phares qui arrivent au loin. Je commence par faire des appels de phares, puis des signaux avec ma lampe. La voiture ralentit à peine et fait un écart en voyant la vache au dernier moment. Sans déconner, les gens, va falloir arrêter de penser que quand une voiture en warning vous fait des appels de phare en pleine nuit, c’est juste un piège des gitans pour vous dépouiller de votre iPhone et de votre berline tout équipée, même de l’ABS, à ce que j’ai vu. Le gars a vu la vache et ne s’est même pas arrêté. Je dois avoir une gueule d’Heidi en train de contrôler la situation, c’est sûrement ça. Moins d’une minute après, c’est un Transit qui passe à l’arrache entre la vache et ma portière. Puis arrive un semi-remorque qui poursuit sur sa lancée malgré mes signaux. Il colle un grand coup de patin et de volant à la dernière seconde, sa remorque commence à déraper et passe à ras du coffre de ma voiture… et ce connard continue sa route !

Là, je me rends compte que je suis en danger, mais je ne peux pas me résoudre à abandonner la foutue vache à son destin. Parce que la bestiole est toujours plantée au beau milieu de la chaussée, placide, tranquille. Pourtant, elle n’a pas l’air blessée, mais je n’y connais rien en vache et je refuse de crever d’un coup de sabot de vache folle le soir de la mort de ma grand-mère.
Mais je refuse aussi de laisser un pauvre plouc mourir comme un con en emplâtrant le bovidé.
Comme les autres véhicules ont fait un écart pour éviter la bête, j’en déduis que ce n’est probablement pas un mirage. Alors j’appelle le 112… auquel je dois expliquer que je suis en tête à tête avec une vache sur la route, au milieu de nulle part. Le gars n’a pas l’air très convaincu par mon histoire. Il me passe les pompiers, qui me passent les gendarmes, qui ne savent foutre pas où je me trouve, parce que maintenant, les secours sont centralisés loin de chez moi, au bled-en-chef. Mais, bon, il va voir si quelqu’un…

J’ai froid et je guette avec angoisse des phares en approche. Je tente une nouvelle fois de faire bouger la vache avec de grands moulinets de lampe, mais elle me snobe complètement. Je suis garée devant une ferme. J’appelle, rien ne bouge. Et je n’ose pas rester trop longtemps loin de la route. J’appelle monsieur Monolecte sur mon GSM, qui doit trouver qu’il n’y a qu’à moi que ça peut arriver ce genre de connerie. Puis le maire du bled, qui se trouve avoir été mon suppléant aux élections cantonales. Mais à cette heure-là, il ne répond pas.
En désespoir de cause, je me mets à klaxonner, toute seule dans la nuit : trois coups brefs, trois coups longs, trois coups brefs, trois coups longs. Je ne sais jamais lequel est le S et lequel est le O. Alors je compose OSOSOSOSO, en espérant que tout le monde n’est pas aussi sourd que cette putain de vache qui reste plantée là comme si sa vie en dépendait.

  • Qu’est-ce que vous faites là ?

Je ne l’ai même pas entendu venir, il a surgi de la nuit comme un fantôme. C’est le vieux qui habite la ferme devant le chemin de laquelle je suis garée. J’ai enfin réussi à le réveiller. Je lui montre la vache.

  • Oh, mais je la connais, c’est la vache du voisin. Ne bougez pas, je l’appelle.

Pendant qu’il est parti, un nouveau camion arrive, mais celui-là, il s’arrête. J’arrive à convaincre le chauffeur de bloquer la route avec son bahut, de descendre et de venir m’aider à bouger la vache. Il lui colle des coups de pied dans les tibias et je me dis qu’il va se faire buter, un sabot de vache gravé dans la gueule comme épitaphe. Arrive une voiture utilitaire qui refuse de s’arrêter. Excédée, je commence à engueuler le conducteur, quand il me lance : mais putain, c’est ma vache !
Il sort de l’habitacle et court coller de grandes claques sur le cul de la vache.
Et là, je l’entends dire très distinctement : ha ben tiens, c’est l’aveugle qui est sortie.
Même dans une série Z, je n’y croirais pas.

La vache est retournée au pré, le camion est reparti, le vieux me rejoint :

  • Vous savez, c’est vraiment bien ce que vous avez fait.
  • Je n’ai franchement pas eu le choix. Je rentre d’Aire où ma grand-mère vient de mourir et je vois cette vache. Je me suis juste dit qu’il ne fallait pas que quelqu’un d’autre meure ce soir, et en plus par ma faute.
  • Oui, mais c’est quand même bien ce que vous avez fait.

Peut-être que c’est ça, le sens de la vie. Qu’il fallait que ma grand-mère meure ce soir et pas demain, pour que je me retrouve dans cette situation totalement improbable pour éviter à un jeune ou un routier ou n’importe qui d’autre obligé de rouler en pleine nuit, de crever comme un connard, encastré dans une vaca del puta.

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70 réponses
  1. cultive ton jardin
    cultive ton jardin dit :

    Bon repos à ta grand mère. Peut-être que pour elle c’était pas une vie de merde? Peut-être qu’elle aimait ça, le combat contre l’adversité, la rage de vivre et la tendresse rugueuse? Comme on apprend à aimer ce à quoi on ne peut échapper. Comme on apprend à marcher sur son coeur parce qu’il faut bien marcher.

    Elle en aurait fait quoi, elle, de cette vache?

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  2. MHPA
    MHPA dit :

    Je ne sais pas quoi dire, vraiment pas quoi dire (mais tu remarqueras que je ne peux pas m’empêcher de le dire quand même).
    Sincèrement désolé pour ta grand-mère.

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  3. Anne
    Anne dit :

    Je te lis en silence, le plus souvent. Une pensée pour toi, pour le souvenir de ta grand-mère.

    Je dois dire que j’ai bien ri au coup de la vache. Surtout "l’aveugle qui est sortie". Mais je ne crois pas que j’aurais eu les nerfs solides comme toi quand même.

    J’imagine l’histoire de la vache le soir de la mort de la grand-mère qui va se transmettre de générations en générations. Pas pire, comme message d’adieu.

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  4. celeste
    celeste dit :

    Superbe texte!
    Oui, la vie a un sens, la nôtre comme celle des autres. Trop souvent nous l’oublions, nous laissant balloter par les événements, pensant être des victimes, étant parfois des d’inconscients bourreaux.

    Mais dans la grande chaîne de l’humanité chaque vie est unique, précieuse. C’est bien d’être mortel et de le savoir.

    Et puis bravo pour ton courage sur la route moi, les grosses vaches me font plutôt peur!

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  5. paul
    paul dit :

    ça m’a fait pleurer cette histoire d’une vache aveugle dans la nuit juste après la mort d’une grand même qui me rappelle celle de la mienne.

    je me suis dit que la vache, c’est l’âme de la grand mère qui vient dire au revoir.

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  6. Clochix
    Clochix dit :

    Je fais aussi parti de ceux qui te lisent sans commenter, parce que souvent ça se passe de commentaire, inutile de rajouter des mots à ceux avec lesquels tu fais si bien passer des émotions. Mais bon, parfois ça va mieux en le disant, donc j’aurai évidemment aujourd’hui une pensée pour toi et ta grand-mère.
    Et bravo pour ce que tu as fait, pour ton obstination à lutter contre la connerie / la peur ambiante

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  7. Pierre Meur
    Pierre Meur dit :

    On dirait que ta grand-mère t’a passé le flambeau.

    Tu as beau être une intellectuelle, savoir écrire comme personne, tu étais bien dans la m… face à une situation à laquelle tu n’étais pas habituée. Quelle situation ? La vache ou la mort ?

    Je me dis souvent que nous vivons comme des immortels parce qu’en fait la seule expérience que l’on ne fait pas, c’est la mort.

    Un petit bout de bonne femme s’en est allé. C’est la fin de la causalité pour elle. Le retour au "Tout".

    Et Agnes, la poitrine dénudé sur son balcon lance, à la France républicaine qui se perd, un grand "La vache ou la mort". Et la France l’a regarde les yeux hébétés, indifférente à sa douleur. Encore une citadine qui pète un plomb.

    J’ai bien aimé, mais sincères condoléances, comme on dit.

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  8. cleo 32
    cleo 32 dit :

    Je suis émue par la mort de Mémé; je suis émue pour toi; je pense à ta peine; je suis ébahie par ton condensé de sang froid et d’ humour devant la situation surréaliste te confrontant à ce bovidé égaré avec ton chagrin en toile de fond;
    je pense à toi et t’ embrasse

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  9. chris
    chris dit :

    Enfin quand même, pour des gens de la campagne, ne pas savoir taper sur le cul d’une vache pour la faire avancer…

    Enfin, on mettra ça sur le compte d’une émotion particuliére…

    Condoléances surtout.

    Répondre
  10. chris
    chris dit :

    @Swami

    La littérature est l’expression même de la bêtise populaire, où ce sont les plus médiocres, ceux qui n’ont surtout rien à dire, qui vendent le plus…

    Et il y a d’ailleurs de plus en plus de gens à vouloir y prétendre, ce qui est révélateur de l’extraordinaire vacuité de l’époque.

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  11. Le barbier de Séville
    Le barbier de Séville dit :

    Si tu avais mieux regardé, tu aurais vu le labrador. Oui, les vaches aveugles ont toujours un chien guide. En général c’est un vieux labrador sourd. C’est pour éviter la canne blanche. (Notez qu’un canard blanc, ça ne marche pas du tout !). Celui-ci il devait être noir, c’est pour ça que tu l’as pas vu dans la nuit. Enfin, dans la nuit, il y a des trucs qu’il vaut mieux ne pas voir, sinon tu te mets à douter de tout ! Surtout si tu lèves les yeux vers les étoiles…

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  12. saxo
    saxo dit :

    Condoléances Agnés.

    Et scénario rigolo (pour ceux qui ne l’ont pas vécu).
    M’rappelle un veau au milieu de la route qu’on avait fait rentrer dans le pré juste à côté. Et la bataille rangée entre les deux troupeaux de vaches, d’un côté et de l’autre du barbelé (coups de sabots à terre, nuage de poussière énorme), simplement parce que le veau avait du rentrer dans le mauvais pré (du moins, c’est ce qu’on en avait déduit).

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  13. isabelle
    isabelle dit :

    Pareil que Swâmi Petaramesh, quand on pense que Houellebecq a le Goncourt… qu’aurait-il fait face à la vache ? Pas sûr qu’il aurait rendu la mort de sa grand-mère poétique , lui…

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  14. Swâmi Petaramesh
    Swâmi Petaramesh dit :

    @Isabelle #21: « qu’aurait-il fait face à la vache ? » Je pense que, si toutefois il s’était arrêté, il aurait probablement tenté de sodomiser la vache, juché sur le capot de sa voiture, mais que la vache n’aurait probablement pas senti grand-chose, surtout placide comme elle était…

    Répondre
  15. smolski
    smolski dit :

    Aimons, aimons dignement et respectueusement tous ceux qui nous importent, de peur de nous en trouver soudain privé et affamé à jamais !

    Pour la vache et les automobiliste inertes en conscience, nous retrouvons le comportement abbérant induit par le media utilisé.
    Mac Luhan parle d’anesthésie en ce qui concerne les outils que nous utilisons, car ceux-ci transcendent nos sensibilités propres (humaines) le temps de leur utilisation, comme un véhicule aussi clos sur notre environnement qu’est une automobile pour son conducteur (à relier également au déploiement forcené de l’electricité à tout vat avec le nucléaire).
    Il y faut donc une bonne dose de personnalité pour s’en tenir éveillé, comme Agnès le fait dans ce récit devant l’accident probable à éviter pour autrui (anarchiste, va !), et d’autres ne le font pas, hallucinés qu’ils demeurent par l’outil qui les transporte.

    Répondre
  16. garluche
    garluche dit :

    Des pensées pour Agnès, pour cette Mémé et sa vie de merde,

    Cette vache qui ne veut pas bouger me renvoie à la petite ânesse de "la vie est un miracle " de Kusturica.
    Pleurer avec Paul de cette histoire.
    S’arrêter sur des correspondances.
    Et continuer.

    Répondre
  17. Patrick
    Patrick dit :

    Ah c’est malin, tiens ! A force tu y es arrivé, à me faire chialer devant mon clavier.

    Bon d’accord : pas vraiment chialer, hein, mais le bord de l’œil, tu vois. Et puis le petit frisson en haut de l’échine, là derrière, entre les oreilles. Fortes, les images.

    Merci Agnès.

    Répondre
  18. jeab
    jeab dit :

    Avis de grand frais sur le moral d’Agnes.
    Étant presque dans le même cas (à la vache près),j’attends avec un bel appétit l’analyse d’Agnès après s’être frottée aux système des obsèques.
    Amitiés Agnès ;les experts parlent de travail de deuil, pour une fois ils ne se sont pas trompés ,putain que c’est dur.

    Répondre
  19. Sy
    Sy dit :

    C’est curieux la fin de ton texte. Tu te dis que c’est peut-être le sens de la vie et en même temps habituellement tu ne sembles pas croire en un au-delà.

    Répondre
  20. moi
    moi dit :

    Alors, on dirait que vous laisseriez tomber un moment vos combats idéologiques, et vos papiers politiques, pour un travail d’intérêt général : la recherche de vos écrits intimes. Ceux que vous avez mis sur votre blog au fil des dernières années et qui ont fait la joie de vos lecteurs. J’ai personnellement plusieurs textes qui me reviennent en mémoire et que j’aimerais relire, sur papier, sans être obligée d’aller farfouiller sur votre site ( je suis une grosse feignante !)
    Bref, cela ferait pas mal de textes qui, une fois regroupés, constitueraient un recueil sympa.
    Peut-être même que certains éditeurs seraient preneurs.
    Et pourquoi pas après tout ?

    Répondre
  21. Pachen ka
    Pachen ka dit :

    Quelle nuit tu as vécu !!
    Je salue ton courage et ton humanité.
    Et je t’adresse mes sincères condoléances.

    Et aussi… quelle plume !!!
    J’en suis toute retournée…

    Répondre
  22. pupuce
    pupuce dit :

    condoléances madame.
    on s’y attend on s’y attend pis le jour j on se dit qu’en fait on s’y attendait plus tant que ça. certaines fois les mamies nous font croire à l’éternité, un peu.

    (sinon moi pour la vache je dis que c’est bien mais que surtout c’est…normal. je ne comprendrai jamais que ce soit si rare d’avoir des réflexes normaux. le grand mystère pour moi est de savoir ce qui se passe dans la tête de ceux qui ne s’arrêtent pas. si quelqu’un a des pistes merci de m’aider avant que je tourne mal.)

    Répondre
  23. Hippolyte Buro
    Hippolyte Buro dit :

    @pupuce #29

    Dans la tête de ceux qui ne s’arrêtent pas, il ne se passe rien. C’est vide. Juste un courant d’air qui siffle "ma gueule, ma gueule, ma gueule, ma gueule….."

    Répondre
  24. PacoB
    PacoB dit :

    Chapeau Agnès et le bonjour à ta mémé.

    Mon pépé s’était fait lui défoncer le bide par une blonde d’aquitaine hispanophobe.

    Il a été malade 2 fois dans sa vie. La première, mystique j’ai prié toute une nuit et il est revenu. La deuxième, un mois plus tard, je ne croyais déjà plus. Il en est mort.

    Merci de m’avoir fait penser à lui le paysan honnête et courageux chassé de sa terre natale par un lac capitaliste. Il m’a donné une mère exceptionnelle.

    MORT AUX VACHES RACISTES

    Répondre
  25. Anne
    Anne dit :

    merci pour ce récit à la fois touchant et… drôle malgré la tristesse que tu dois éprouver. Toutes mes pensées vers toi et tes proches et bravo pour le sauvetage de la vache.
    Il n’y a pas de hasard?

    Répondre
  26. Gavroche
    Gavroche dit :

    Bon sang de bonsouère, tu m’as fait chialer sur ce coup…

    Même si je ne crois pas en une "entité supérieure", cette pauvre vache, elle était là, et en plus aveugle, comme un signe, celui de la vie, tout simplement, je crois…

    Et moi, c’est con, c’est surtout pour elle que j’aurais eu peur, et pas pour les abrutis qui vous ont laissées seules sur la route…

    Répondre
  27. pupuce
    pupuce dit :

    @ Hippolyte Buro: ce dont vous me parlez ne saurait exister, voyons. sinon je serais atteinte du même mal. m’est avis qu’il y a quelque chose dans ces têtes là aussi. et que si on trouvait quoi, on sauverait le monde, tiens.

    Répondre
  28. H2
    H2 dit :

    Superbe – beau texte -terrible et beau. Étrange bréviaire en effet.

    A vous lire on sent bien que nous n’habitons plus la terre, nous sommes déjà sur Mars. Des zombies passent en bagnoles, des transhumains vous narguent et comprennent au dernier moment que même sur Mars, il y a des vaches aveugles qui broutent au milieu des voies rapides. Le drame des martiens, c’est qu’ils ressemblent tous à des ruminants borgnes. C’est ça le drame. A vous lire, vous êtes la dernière survivante d’un monde englouti. Le voisin de la ferme où vous avez garé votre vieil aéronef a l’air sympa et il vous comprend en partie. Le problème c’est que même lui, quand vous lui dites que " mémé " est morte, il est sourd comme un pot. Il n’entend pas.
    Vieille humanité au lot chargé devenu insensible à force de brouter une herbe invisible sur un asphalte indigeste.

    La vitesse de tout nous ruine. La civilisation n’a plus le temps. Ni pour les humains ni pour les animaux. Tout le monde la paiera à un carrefour. La putain de vache évoque une réincarnation humoristique après disparition ultime, un flash après stupéfiant, une hallucination psychotique, un tableau vivant post-surréaliste. On connaissait la girafe en feu mais pas encore la vache aveugle…Une vache aveugle c’est comme une tache aveugle, un angle mort. Un putain d’angle mort.

    Répondre
  29. NG Afrique
    NG Afrique dit :

    Agnes,
    Oui, même à 5 000 Km des routes de l’Armagnac, j’ai été ému par ce texte, si bien écri, avec une vraie histoire sur le coup de massue qui nous étourdi quand le destin sépare pour toujours le tactile entre êtres de même sang,…
    Oui, Agnes, combien de supers ecrivains ont connu, bien tardivement, le succes litteraire grand public, avec des textes non commerciaux, mais sincéres, de conviction avec un scenario, et suis d’accord sur la publication d’un reccueil,…
    Oui, ici, on ne plaisante pas avec la naissance et la mort , même si celle-ci est souvent vécue avec fatalisme, car, ici, il faut se battre, travailler dur quitte à fouiller les poubelles de gens déjà démunis, pour manger une fois par jour.
    Oui, ici, les gens sont religieux et croient en presque tout, mais surtout en l’espérance de jours meilleurs.
    Oui, eux si différents de peaux, de culture, se retrouvent ébêtés sur la route, en pareille circonstance affective,…
    Agnés, Bisous et bon courage pour accompagner Mémée à sa dernière demeure distance d’un trait de la maison qui l’a vue naître, il y a presque 100 ans. Une éternité dans le monde cybernetique d’aujourd’hui où d’un clic, on va à l’autre bout du monde, on efface et ça repart

    Répondre
  30. Hippolyte Buro
    Hippolyte Buro dit :

    @ pupuce #40

    Au bout du compte, êtes-vous vraiment sûre que ce monde vaille qu’on le sauve ?
    Au point où nous en sommes, je me demande si un grand nettoyage par le vide ne serait pas le mieux. Les Japonnais sont en train de s’entrainer en ce moment…
    (C’était ma minute "espoir et confiance" 😎 )

    Répondre
  31. paul
    paul dit :

    si ce monde "mérite" ?
    le mérite !
    mince !

    ben je sais pas autre chose que ce que me chantent les merles de mon jardin même quand le temps redevient gris.

    Répondre
  32. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Je ne voulais pas faire pleurer qui que ce soit. Je suis rentrée dans la nuit avec cette histoire complètement irréelle et j’ai eu besoin d’évacuer tout cela pour pouvoir dormir et passer à la suite. Cette histoire de vache était tellement insolite, quelque part, qu’elle fait rentrer la mort de ma grand-mère dans la normalité, dans le flux normal de l’existence, qui lui a fait perdre tout caractère dramatique. Du coup, j’ai trouvé ma place, dans le flux des démarches, dans les choses à faire, dans cette espèce d’urgence hébétée.

    Le plus compliqué pour moi va probablement être la confrontation, cet après-midi, à une famille étendue et pas particulièrement "facilitante". J’espère que personne ne va nous faire une psychodrame de merde.

    Répondre
  33. Swâmi Petaramesh
    Swâmi Petaramesh dit :

    Oui d’ailleurs j’ai été étonné que d’aucuns pleurassent :-} l’ambiance quelque peu surréaliste, jusqu’au choc inclus, faisant davantage entendre le générique de Twilight Zone plutôt que celui d’un bon truc bien chewingommeux qui fait larmoyer les chaumières. Mais bon, si on n’est jamais si bien servi que par soi-même, on n’est jamais non plus si bien surpris que par autrui. Doit y avoir un atavisme mort => mouchoir, un truc du genre, concocté par l’abbé Résina.

    Par contre pour la confrontation avec la famille cet aprêm, je te souhaite bien du courage. Ce matin au bled j’ai vu sortir de l’église un cercueil sur quatre robustes épaules pompes-funébrales, accompagné du seul curé en grand uniforme, mais de personne d’autre. Tout le monde n’a pas cette chance.

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  34. genestie
    genestie dit :

    Il y aura toujours un chien perdu quelque part qui m’ empê chera d’être heureux !!
    Jean Anouilh.
    Bon il y a aussi les vaches, et les mecs qui se font du souci pour elles sont des mecs bien.

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  35. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Ça y est. Ma grand-mère a rejoint la terre des ancêtres et tout s’est étonnamment bien passé. Je ne sais pas si je vais raconter quelque chose ou pas, mais je dirais juste : pour organiser vos obsèques, traitez plutôt avec de petits artisans. Vraiment.

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  36. NG Afrique
    NG Afrique dit :

    Agnés,

    Tu vois, je pense que le soleil printanier a accompagné ta Mémée quelque part sur un de nos magnifiques côteaux gersois.
    Ravis que tout ce soit bien passé.
    Effectiement, traiter avec un artisan local , qui n’a pas de Key Performance Indicators des grandes compagnies financières qui font commerce de la mort, permet de "rester, un peu en famille" et assure de l’emploi local!

    En Gascogne, il faut le dire, pour un décès, tous les habitants du village accomagnent l’un des leurs au petit coin réservé, toujours, près de l’église ou de la chapelle (phare de chaque village) .
    Un lieu haut perché pour que les anciens accompagnent ceux qui continuent à faire vivre le "bled".
    En somme, les Gascons sont au fond des types sympa, parfois bourrus et économes mais toujours capables de casser la tirelire ou d’oublier de vieux différents, pour un évènement,…

    Agnès, maintenant la blonde d’aquitaine (race bovine prisée dans le coin) aux regard malicieux doit succèder à la gasconne (autre vieille race boivine locale), l’autre nuit, égarée, le regard vide sur une route en Armagnac,…
    Bious à toi et à ta famille.

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  37. Serge LEFORT
    Serge LEFORT dit :

    "On a perdu l’habitude de photographier les malades et les morts."
    On a perdu l’habitude de s’occuper de ses morts. On les confie aux Pompes funèbres, les requins du marché de la mort.
    Ce qui me plaît au Mexique c’est la fête des Morts. On mange, on boit et on danse jusque dans les cimetières. Mais, petit à petit, le marché de Halloween se substitue aux fêtes. Sinistre !

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  38. fao
    fao dit :

    Chouette texte.

    Ça me rappelle que mon vieux, a faillit y passer en Décembre dernier, je ne l’avais jamais vu comme ça. Alors qu’il a toujours été un mec costaud. Eh bien, il avait un blocage intestinal. Son toubib généraliste n’a pas assuré, ça faisait des mois. J’ai dit laisse tomber ce toubib, il s’y accrochait, et vas un voir un spécialiste. Hôpital et lavements d’intestins plus tard et le revoilà revenu, jusqu’à la prochaine fois. Histoire non pas de vache sacrée, mais de bouse. Comme quoi les tripes sont importantes.

    Pour les vaches, je ne m’y connait pas tant, même si j’en ai trait dans mon enfance, mais avec un bon coup de long bâton sur la fesse permettant de rester à distance, je pense qu’elle aurait bougé son cul de la route.

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  39. RiGeL
    RiGeL dit :

    Au final, la mort de ta grand mère restera associé à un évènement plutôt cocasse, qui, avec le recul, te fera probablement rire.
    J’aurais rien contre le fait que ma mort soit associée à un évènement qui donne envie de rire au gens, plutôt qu’envie de pleurer.

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  40. Prof ou grincheux
    Prof ou grincheux dit :

    Une vraie tranche de vie, un texte bien torché, mais je vais faire le grincheux de service : elle l’a FAIT souffrir.
    pas "elle l’a FAITE souffrir" . C’est comme une fausse note dans un concert.
    Le pronom l’ n’est pas un complément d’objet direct, comme "elle a fait une tarte"
    Dans le meme genre, on dit "elle s’est fait avoir".

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  41. Serge LEFORT
    Serge LEFORT dit :

    Comme d’habitude, j’ai lu le texte sans lire les commentaires. Et puis aujourd’hui, j’ai lu les commentaires avant de relire le texte pour "voir" si quelqu’un avait fait le rapprochement entre la mort de la grand mère, qui "a reçu coup de sabot de vache dans la hanche à l’âge de neuf ans", et l’apparition, "au milieu de nulle part, en plein milieu de la route et de la nuit", d’une vache aveugle… sur le retour d’un trajet réalisé de nuit pour "voir la réalité de cette mort". Hasard signifiant dont seule l’auteure a la clef.

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  42. paul
    paul dit :

    si il me semble que de dire que la vache c’est l’âme de la grand mère qui vient dire au revoir fait directement le rapprochement avec le coup de sabot reçu dans la hanche à l’âge de neuf ans et qui marque toute une vie.
    tout le monde n’est pas marqué par l’animisme…

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  43. smolski
    smolski dit :

    "le rapprochement entre la mort de la grand mère, qui "a reçu coup de sabot de vache dans la hanche à l’âge de neuf ans", et l’apparition, "au milieu de nulle part, en plein milieu de la route et de la nuit", d’une vache aveugle."

    Parce que nous sommes bien dépourvus, nous trouvons largement dans le mysticisme la source à notre émerveillement quotidien, comme ce rapprochement entre grand-mère et la "vaca del puta" rencontrée.
    🙂
    Passé à la moulinette des croyances, le mysticisme conduit à la perte de cet émerveillement naturel pour une terreur aveugle et soumise.

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  44. Serge LEFORT
    Serge LEFORT dit :

    La métempsycose (http://fr.wikipedia.org/wiki/Métem…), grossièrement relookée par les "baba cool" New Age, n’a rien à voir avec le "hasard signifiant".

    Il est vrai que, si le mouvement freudien est devenu une doctrine autoritaire voire totalitaire, le mouvement jungien a viré au mysticisme béat.

    Lire sur la théorie jungienne de la synchronicité :
    • Hubert Reeves, Michel Cazenave, Pierre Solié, Karl H. Pribram, Hansueli Etter, Marie-Louise von Franz, La synchronicité, l’âme et la science – Existe-t-il un ordre a-causal ?, Poiesis 1984 réédition Albin Michel, 1995.
    • Marie-Louise von Franz, La psychologie de la divination – Le hasard signifiant, Poiesis 1986 réédition Albin Michel, 1995.

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  45. PMB
    PMB dit :

    "On a perdu l’habitude de photographier les malades et les morts."

    Autant je suis pour qu’on affronte la mort (les circonlocutions employées dans les avis d’obsèques – on ne sait même pas dire enterrement – pour ne pas dire « est mort » m’énervent), autant je ne cours pas après ce genre de photo. Il en a été fait pour ma mère, je n’ai pas voulu. Ne serait-ce que parce que le thanathopracteur (à vos souhaits) l’avait maquillée elle qui jamais ne le fut, ce qui me mit dans une belle colère. Je ne veux que la revoir vivante dans ma mémoire, même si je sais qu’elle n’est plus rien d’autre qu’un pot de cendres à côté de son mari dans un cimetière où je ne vais jamais. Car entendre mes enfants me parler d’elle, d’eux, me suffit.

    A part ça, quel récit, dites-donc…

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  46. Serge LEFORT
    Serge LEFORT dit :

    Pourquoi il faut réapprendre à parler de la mort à nos enfants, http://www.lemonde.fr/idees/article… :
    La mort ne fait plus partie de notre monde domestique, elle a été mise à distance par l’augmentation de la durée de vie, par la médicalisation de la plupart des fins de vie, qui ont lieu à l’hôpital et dans les autres structures sanitaires, enfin, elle a été rejetée de la sphère familiale et sociale, du fait de l’éloignement et de l’éclatement des filiations.

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  47. MARIE
    MARIE dit :

    bonsoir, je suis très touchée par ton article sur ledécés de ta grand_ mère ,j’ai eté très touchée par la photo par la dernière image, je n’ai pas fait cette photo pour ledécès de ma mère et ne me souvient plus de son visage à ce moment, cet instant est prècieux ,c’est la continuation de la vie sur des petits moments prècieux.
    Merci pour cet article
    marie_luce

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