25 novembre 2010 : fête de la dinde aux USA et première journée nationale contre les violences faites aux femmes en France.
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Fantasme

La lutte contre la violence faite aux femmes a été déclaré « grande cause nationale 2010 » par le gouvernement. La loi du 9 juillet 2010, qui accentue les mesures de prévention et de protection des femmes, a institué en France une « journée nationale de sensibilisation aux violences faites aux femmes », organisée désormais chaque 25 novembre, le même jour que la journée internationale de l’ONU.
Une journée nationale contre les violences faites aux femmes, Le Monde, 25 nombre 2010

Résultat des opérations : une campagne médiatique totalement axée sur le viol et une sorte de happening zarbi où les femmes qui veulent manifester leur ralliement à la bonne cause sont invitées à se trimballer en jupe une journée où la météo incite clairement à l’emmitoufler dans une combinaison de ski.

Affligée, je suis, et je ne suis pas la seule.

Parce que j’ai l’impression d’assister à une compilation de gadgets communicants plutôt indigestes qui prennent bien soin de n’effleurer que la surface du problème sans rien remettre en question. Oui, taper sur une femme, ce n’est pas bien; la violer, ce n’est pas mieux; l’insulter, ça craint… Oui, oui, enfilons des perles et des banalités et comme d’habitude, offrons-nous une bonne consience politique à moindre frais sur cette question comme sur toutes les autres.

Les femmes ne cessent d’occuper une place infériorisée sur le marché du travail notamment du fait d’une minoration voire d’une négation des compétences dont elles disposent ou qui sont nécessaires pour occuper ces emplois. Qu’il s’agisse des secteurs les plus techniques où elles sont très minoritaires ou des secteurs dits des services aux personnes où elles sont au contraire largement majoritaires, on retrouve à l’œuvre cette même logique discriminante. Ces conditions de travail et d’emploi des femmes ont, par ailleurs, des conséquences spécifiques sur leur santé, physique et psychique.
Travail des femmes et égalité professionnelle

Parce que, par ailleurs, continuer à payer systématiquement les femmes moins cher que les hommes, leur imposer plus facilement des temps partiels et des salaires-plancher qui les maintiennent durablement sous la ligne de flottaison de la pauvreté et les rendent le plus souvent particulièrement fragiles et dépendantes, ça, tu vois, aujourd’hui, on n’en parle pas. Comme on ne parle pas de la femme comme objet offert à la convoitise marchande, pour nous fourguer des bagnoles, des perceuses ou des fusils d’assaut. Comme on ne parle pas de la femme comme la somme des trous à posséder et à fourrer le plus virilement possible dans l’industrie pornographique, aujourd’hui la première source d’information des ados sur le sexe-mode-d’emploi.

La violence contre les femmes, ça fait surtout chier quand ça laisse des traces. Parce que socialement parlant, cette violence des mentalités et des conditions de vie qui s’exercent chaque jour contre les dominés du système où les femmes sont sur-représentées, c’est autre chose, c’est un autre problème.

Sauf que je ne vois pas les choses comme cela. Les coups, le viol, les salaires honteux, le harcèlement au boulot, dans la rue, à la maison, tout cela participe de la même chose, d’une logique de domination complaisamment mise en scène chaque jour, partout, tout le temps. Entre la femme offerte et l’homme qui se pense au libre-service, finalement, ce n’est qu’un tout petit pas sémantique à faire, une petite main au cul, un coup de sifflet dans la rue, un rire gras et la foi en sa supériorité physique et sociale pour exercer son pouvoir sur l’autre, la victime institutionnelle.

Rien que sur la question du viol : La honte doit changer de camp.

Franchement, je m’en fous que le violeur ait honte. Le plus souvent, il ne se rend même pas compte qu’il a violé, tant il se pense légitime dans le rôle survalorisé du mâle alpha de la meute. Alors, la honte…
Par contre, cela me plairait bien que les hommes cessent de voir les femmes comme des victimes potentielles, que ce soit les prédateurs, bien évidemment, tout comme les amis, maris, frères et autres protecteurs. Toujours ce statut d’infériorité, cette ouverture intrinsèque vers la domination, qu’elle soit hostile ou amicale.

Pour avoir été victime d’un prédateur sexuel relativement fier de l’être, je crois surtout à la pédagogie du coup de pied dans les couilles, la simple idée que femme ≠ de victime; femme ≠ proie facile; que tenter de dominer une femme peut être aussi risqué qu’avec un homme et peut se solder par une grosse tête et une démarche ridicule. Quelque chose de l’ordre du changement de paradigme, de représentation sociale de la femme dans l’ensemble du corps social : quelqu’un qui peut se défendre, quelqu’un qui compte, quelqu’un qui vaut autant que l’autre, quelqu’un à qui il convient de demander poliment ce que l’on désire au lieu de l’exiger ou de se servir.

Autrement dit, nous gagnerons la bataille de la violence physique en apprenant à nous défendre et en devenant collectivement redoutables, tout comme nous gagnerons la guerre de la violence institutionnelle en refusant les rôles d’éternelles secondes qui nous sont habituellement réservé!