Pendant que l’Europe scrute l’Est avec effroi et se méfie de ses volatiles divers et variés, un virus en pleine forme est en train de faire un carton à La Réunion.

Chikungunya!

Un mot presque magique, qui résonne comme une malédiction, dont les sonorités ne sont pas sans évoquer la Marabunta, l’invasion des fourmis.
Sauf que là, il s’agit de moustiques, principaux vecteurs de la maladie.

Le chikungunya n’en est pas à son coup d’essai. La première fois qu’une population a été touchée, c’était en 1953… en Afrique! Il est réapparu en 2005 aux Comores et est arrivé à la Réunion en mai 2005.

En gros, le chikungunya se caractérise par une forte fièvre subite (plus de 39°C) et des douleurs articulatoires assez intenses aux extrémités des membres et souvent, d’intenses migraines. Ce sont les douleurs articulaires qui permettent de différencier le chikungunya de la dengue, assez courante aussi sous ces latitudes. Le tout n’est pas mortel, mais très invalidant. Le virus cloue les gens au lit plusieurs jours mais les douleurs peuvent revenir régulièrement pendant 3 mois, voir nettement plus, selon les témoignages.
Le virus est apparenté aux fièvres hémorragiques même si les formes véritablement hémorragiques sont extrêmement rares (1%). Il n’existe bien sûr aucun remède connu et selon Nath, dont la fille est touchée, l’homéopathie semble donner quelques résultats en symptomatique[1]. De toute manière, on se doute bien que dans les labos pharmaceutiques, ce n’est pas demain la veille qu’on va coller un stagiaire sur la question, même s’il n’est pas rémunéré. Fallait pas habiter dans des régions du monde truffées de maladies insolites et vicieuses qui ont une prédilection pour les populations même pas solvables ou presque…

La bonne nouvelle, c’est que l’immunité acquise suite à la contamination est durable.

Le virus se transmet par les piqûres d’un moustique également vecteur de la dengue, Aedes aegyptii et Aedes albopictus, lequel a le bon goût de ne pas séjourner sous nos latitudes. Ce qui fait qu’actuellement, pour se prémunir du chikungunya, il faut s’enduire de répulsif et se planquer sous une moustiquaire traitée. Il vaut mieux également reporter ses vacances à la Réunion.

En terme de marketing sanitaire, le chikungunya est donc un désastre.

Un nom exotique et difficile à retenir, un truc même pas mortel, la quasi certitude de voir ce type de désagrément rester bien loin de la métropole : bref comme tout ce qui touche les autres (surtout si les autres sont en Afrique) et pas nous, tout le monde s’en tamponne un peu.
Et à l’heure où l’on entasse le Tamiflu dans la perspective d’une pandémie meurtrière, les soucis des Français de seconde zone ont bien peu de chance de passer la barrière médiatique, bien plus préoccupée par des sujets sérieux comme les périodes de soldes ou le lancement de la nouvelle saison de haute couture.

Actuellement, l’épidémie de chikungunya, c’est près de 8000 cas déclarés sur l’île de La Réunion[2], dont plus de 2000 authentifiés. Ce sont des milliers de personnes qui sont fortement invalidées.
Si la facture des arrêts maladie explose, il est possible que les autorités sanitaires de notre pays et la Sécu en particulier se penchent un peu sur le sort des Réunionnais. Ce serait bien pour les Français d’Outre-Mer.

Ha oui, j’oubliais, en Swahili, Chikungunya signifie : "celui qui marche courbé", posture caractéristique de la maladie, due aux douleurs terribles qu’elle inflige à ceux qui en sont atteints.


Pour en savoir plus

Notes

[1] Perso, je ne crois pas du tout en l’homéopathie, mais tout comme l’agnostique qui prie de temps à autre, le seul risque que l’on prend, c’est que ça marche…

[2] 7700 et des brouettes au 15 janvier 2006 : c’est déjà un bien meilleur score que la grippe aviaire, tous continents confondus, alors que La Réunion, c’est 770 000 habitants, seulement.