Certes, on peut toujours se faire un bon plat de pâtes pour le réveillon, mais papy et mamy risquent de faire un peu la tronche.
La cuisine traditionnelle offre la possibilité de faire bombance sans budget gargantuesque.

Pour le réveillon, quoi de plus sympa que de se retrouver nombreux à table? Mais comment faire un repas un peu festif sans sombrer dans le gavage et le gaspillage, les deux mamelles des fausses festivités contemporaines?
Notre choix s’est porté sur une poule farcie!

Un repas complet, équilibré et savoureux

Une belle poule farcie et ses légumes peuvent facilement nourrir une quinzaine de convives.
Une semaine avant, pensez à commander la bête à votre boucher préféré. Vous pouvez décider de farcir vous-même ou laisser l’homme de l’art le faire comme il convient. Une belle poule bien remplie équivaut à 5 kilos de viande auxquels vous devrez ajouter 2 kilos de légumes de saison, à savoir un demi choux blanc, des carottes, un ou deux poireaux et quelques navets. Cette année, l’ensemble nous a coûté un peu moins de 35 euros, soit la somme extravagante de 2,3 €/personne.
Vous suggérez ensuite à vos invités de ramener le pain, le vin et le dessert.

La veille, vous commencez la cuisson. La poule étant plutôt énorme, il est possible qu’aucun récipient ne puisse la contenir avec son bouillon et ses légumes. D’où l’intérêt d’être pote avec son boucher qui vous prêtera une marmite de traiteur de bonne taille.

Cuisson en 2 temps

Disposez la poule au fond, puis les légumes coupés grossièrement. Couvrez d’eau. 3 litres ont suffit avec notre poule de 5 kg + ses 2 kg de légumes. Ajoutez un bouquet garni (2 feuilles de laurier sauce + une petite poignée de thym), couvrez et portez à ébullition.[1] Lorsque l’ensemble bouillonne franchement, ajustez le feu sur petit bouillon et oubliez tout ça pendant 4 ou 5 heures. Ou 6. La poule peut cuire longtemps sans trop de dommage. Puis laissez refroidir, toujours couvert en attendant le lendemain.

Deux heures avant de passer à table.

Sortez la poule de la marmite et disposez-la dans un plat à four. Récupérez l’ensemble des légumes dans un plat de service capable de passer au micro-onde. Filtrez le bouillon et mettez-le à bouillir dans un récipient à sa taille.[2] Lorsque le bouillon arrive à ébullition, versez dedans tout en remuant dans les 100 grammes de perles du japon. Couvrez et remuez de temps à autre. Ce sera bien cuit au bout d’une petite heure. A ce moment, stoppez la cuisson.

Environ une heure avant de servir, badigeonnez la poule bouillie de matière grasse (huile d’olive, par exemple), couvrez d’une feuille de papier d’aluminium et placez au four à feu doux (120° environ). Si vous disposez d’une broche, vous pouvez tenter de la rôtir. Puis lancez la sauce au pain, petite touche festive en plus. Si la sauce est prête trop en avance, ce n’est pas grave, vous pourrez toujours la réchauffer au micro-onde.

Un repas à l’ancienne.

Le repas commence donc avec le bouillon de poule que vous avez réchauffé rapidement pendant l’apéro. Le grand-père gascon en a repris 2 fois, avec émotion, retrouvant brusquement les saveurs de son enfance.

Les légumes ont été réchauffés quelques minutes au micro-ondes et arrivent ensuite en même temps que la poule qui a rôti un peu sans sécher. Chaque convive reçoit un peu de poule et de farce.
Ensuite, comme vous n’êtes pas gavés, vous pouvez attaquer le dessert sereins. On conseille de faire l’impasse sur la salade et le fromage, toujours en trop dans ce genre de repas. Une tourtière, une croustade[3] ou un pastis landais devrait parachever cette œuvre sans sombrer dans le pâteux d’une abominable bûche pâtissière à la crème au beurre.

Voilà donc un repas convivial, peu coûteux et savoureux, à partager en famille ou entre amis. Et c’est absolument inratable!
En plus, vous pouvez tabler sur des restes, qui passeront très bien, tièdes, avec une bonne sauce gribiche.

Bonnes fêtes de fin d’année sous le signe de la Gascogne!

Notes

[1] Certains préconisent de balancer l’animal et sa garniture dans l’eau bouillante, histoire de garder jus et saveurs dans la viande. Mais nous, nous cherchons à obtenir un bouillon parfumé, d’où le démarrage à froid de la cuisson.

[2] Certains dégraissent le bouillon de poule. Pour notre part, nous considérons que c’est une hérésie, dans la mesure où le goût se trouve essentiellement dans le gras. Le gros des saveur est liposoluble, et un bouillon, riche et parfumé, c’est tout de même essentiellement de la flotte!

[3] La tourtière, comme la croustade repose sur une pâte feuilletée très fine, quasi arachnéenne qui demande un véritable tour de main. Je considère que c’est hors de portée du cuisinier domestique standard, voire amateur éclairé. Il existe une pâtisserie à Aire-sur l’Adour (Le Pâtissier Gascon) où vous pouvez voir les ouvrières préparer la pâte des tourtières en arrière plan de la boulangère. C’est un spectacle de toute beauté qui vous fait admettre définitivement votre incapacité à tenter le coup à la maison!