Quel point commun entre Xavier Bertrand et Buenos Aires?
Le premier est l’artisan de ce que les habitants du second tentent de défaire…

Et oui! La Sécu va mal! D’ailleurs, on vous l’a tellement rabâchée, celle-là, qu’il ne viendrait plus à l’esprit de personne de mettre en doute ce type d’affirmation péremptoire.
Sauf que la Sécu est alimentée essentiellement par des prélèvements effectués sur le salariat qui ne se porte pas super bien en ce moment, tant en terme d’effectifs que de revenus. Sauf que la population vieillit et que c’est à grâce à des soins plus coûteux et qui se maintiennent sur de plus longues périodes. Sauf que personne n’aborde le problème du prix des médicaments, à l’heure où les labos pharmaceutiques privées sont des forteresses financières qui pèsent lourd sur les marchés internationaux et qui s’enrichissent encore plus vite que les systèmes de santé solidaires ne s’épuisent…

Mais nous ne parlerons pas de ça, seulement des vrais-faux remèdes de cheval de la Sécu, ceux qui sont sensés faire aller mieux un système que l’on plombe de toutes parts. Au menu, les énièmes mesures de déremboursement des médicaments tombés dans le domaine publique (donc sans royalties) au profit de nouveaux médicaments sous brevet, très coûteux et dont les bénéfices thérapeutiques nouveaux sont des plus discutables. Et puis, toujours la responsabilisation du vilain usager pas beau, le fourbe, qui passe son temps à faire exprès d’être vieux ou malade, rien que pour creuser ce fabuleux trou de la Sécu. La dernière mesure en date est tellement moche, que Xavier Bertrand a tenté de la faire passer sous le boisseau : pour t’apprendre à avoir besoin de médecine coûteuse, tu vas banquer 18€ par acte. Ca va calmer tous ces hypocondriaques impécunieux, je vous le dis! Sauf que 18€, ça n’a pas la même valeur pour tout le monde. Par exemple, c’est anecdotique pour ceux qui sont capables d’avoir 4000 balles de frais de bouche par jour, mais c’est monumental pour ceux qui sont contraints de survivre avec 14€/jour tout compris.
Les premiers continueront à se payer des soins coûteux, en veux-tu, en voilà! Les autres vont encore un peu plus renoncer à se soigner, eux qui ont déjà laissé tomber les soins dentaires et ophtalmiques depuis un bail[1]

On peut se dire, que tout cela, c’est la fatalité du marché, qu’on ne peut pas payer toujours pour tout le monde, patati, patata… Sauf que ce scénario n’a pas été écrit à notre usage exclusif, mais a déjà été déroulé jusqu’au trognon dans d’autres pays, comme en Argentine.

Et nous voilà à Buenos Aires, où de réformes en désengagement, l’assurance santé ne couvre plus que les arpions des plus riches, laissant la grande masse des citoyens se démerder comme ils le peuvent. Et c’est ce qu’il font. Avec talent. Avec solidarité. Et avec succès.
Parce que soigner tout le monde efficacement et sans jeter l’argent par les fenêtres, c’est possible. C’est juste une question de volonté. Et d’indépendance d’esprit!

Maintenant, vous pouvez continuer à accepter ce que l’on vous présente comme inéluctable, à savoir la liquidation totale de notre système de sécurité sociale au profit d’entreprises privées dont l’appétence pour prendre le relais tend à prouver que la santé n’est pas une activité si peu rémunératrice que cela…

Notes

[1] D’un autre côté, avec 14€/jour, qu’est-ce que tu as besoin de dents pour mâcher : t’as rien à bouffer; et de yeux pour voir : t’as plus de bagnole et ton seul loisir, c’est TF1, autant voir flou!