Pendant longtemps, chez soi était une idée qui n’avait pas grand-chose à voir avec un endroit. Bien sûr, il y avait la familiarité des lieux, la connaissance intime des plantes que l’on pouvait manger, de celles qui soignent et de celles qui tuent, le nom que l’on donne à la montagne dans le lointain qui sert de point de repère à tous dans le coin, le parfum particulier de la terre à cet endroit, juste après la pluie, le brouhaha reconnaissable de la faune locale et la lumière si spéciale au moment précis où le soleil s’appuie sur l’horizon, juste avant de sombrer de l’autre côté du monde, dans l’inconnu, l’obscurité… ailleurs.

Mais en fait, se sentir chez soi, c’était quand même plus largement être ensemble, avec les autres, avec les siens, avec ceux que l’on connait depuis toujours et qui nous reconnaissent, ceux qui savent qui nous sommes, qui connaissent notre penchant irrépressible pour les fruits des petits arbres près de la rivière, ceux qui nous identifient rien qu’au son de notre rire, ceux de la tribu, du groupe, de la famille, ceux avec lesquels on traverse les épreuves de la vie sans jamais se sentir seul. Être chez soi était un état d’esprit et aussi une façon de vivre, un rapport au monde, un sentiment capable d’éclore partout et tout le temps. Quelque part, c’était juste se sentir bienvenu, accepté, c’était faire partie de quelque chose de plus grand et de plus important que soi.

Et puis un jour, un type a dit : voilà, entre le ruisseau, l’arbre et la pierre, c’est chez moi. Pas chez nous, avec vous, mais chez moi tout seul et à l’exclusion de tous les autres.

Et à partir de ce moment-là, on a cessé d’habiter le monde.

La diagonale du vide

La diagonale du vide, c’est cette bande de territoire allant du Nord-Est de la France jusqu’au Sud-Ouest en passant par le Massif central, caractérisée par une faible densité démographique et une tendance à la dépopulation. Cette expression alimente souvent un discours alarmiste, voire catastrophiste, en opposant une France urbaine supposée riche et dynamique à une France rurale abandonnée, en voie d’appauvrissement et de désertification. Cette opposition est simpliste et le tableau de la diversité territoriale de la France est beaucoup plus complexe et composite. Une étude récente de l’INSEE[1] à partir du dernier recensement le montre à nouveau.

Les paradoxes de la « diagonale du vide », par Olivier Galland, 31 janvier 2020, Telos

Depuis le travail de Christophe Guilluy sur La France périphérique, et sa grille d’analyse des fractures sociales qui divisent les territoires de la République et surtout depuis le début de l’implacable confirmation de sa vision qu’a apporté le soulèvement des Gilets jaunes, j’ai comme l’impression que les élites n’ont de cesse de vouloir décrédibiliser ces thèses qui — d’ailleurs — mettent tellement à nu leurs stratégies de domination.

Ces résultats mettent donc à mal les visions simplistes et duales1 qui opposent la « France périphérique »2 rurale, isolée, appauvrie et abandonnée par les pouvoirs publics, à la France urbaine.

Idem.

Or, il se trouve que je vis depuis plus de 20 ans dans un territoire de la diagonale du vide, je viens d’aller en visiter un autre et les données que j’en rapporte sont assez différentes.

La principale variable explicative des mouvements de population actuels est soigneusement gardée sous le boisseau, car il s’agit moins d’« attractivité » des territoires périphériques que d’un renforcement jamais égalé de la force centrifuge des métropoles par la pression immobilière.

Tags hostiles au gouvernement dans une friche industrielle

La France périphérique qui n’existe pas

Le premier cercle de l’exclusion

Pour la faire très courte : il n’est pas possible avec des revenus de zones périphériques de s’implanter à moins de 30 min d’une métropole régionale (c’est encore plus vrai pour la capitale). Les conditions demandées pour l’accès à des logements étriqués excluent de fait au moins 50 % de la population (en étant très généreuse). Je ne fais plus la liste des gens — pourtant pourvus de revenus supérieurs à la médiane — qui galèrent à satisfaire les innombrables exigences des agences immobilières et qui se retrouvent à mon âge à devoir… présenter la caution solidaire de leurs parents et autres stupidité dans le genre.

Plus prosaïquement, lorsque tout le monde trouve parfaitement normal de réclamer l’équivalent d’un salaire minimum pour loger dans un deux-trois pièces exigu et pas forcément très bien placé, c’est le moment où je me dis qu’il y a quelque chose de bien pourri dans les soi-disant choix résidentiels dans ce pays.

S’il y a bien quelques retraités encore un peu dotés financièrement et quelques actifs très autonomes qui cherchent un cadre de vie de meilleure qualité dans les zones rurales, ce n’est plus du tout un mouvement majoritaire. Les jeunes ruraux (et assimilés) des zones excentrées qui espèrent avoir une éducation et/ou un boulot de qualité doivent toujours quitter le pays pour « la ville » qui concentre à un point jamais égalé la production de valeur ajoutée. Les babas & bobos qui sont arrivés jusqu’au début des années 2000 cherchent à présent à se rapprocher des centres de santé et services des métropoles régionales, qui répondent mieux aux problématiques des gens en perte d’autonomie et de santé.

Alors qui arrive dans les zones périphériques ?

Fenêtre avec gilets jaunes à slogans anti-Macron

Quelque part à Foix, préfecture de l’Ariège

Depuis le début des années 2000 et encore plus intensément depuis la crise de 2007 qui a creusé vertigineusement les inégalités : les pauvres « inexploitables » des métropoles , les gens abonnés aux minima sociaux sans espoir d’en sortir un jour, les « Cassos » qui entrent frontalement en concurrence avec les jeunes restés au pays qui godillent laborieusement dans le sous-emploi sous-payé et éclaté caractéristique de ces zones portées essentiellement par 4 secteurs d’activité :

  • l’agriculture, saisonnière, morcelée, usante et extrêmement mal payée, qui ne permet généralement pas de sortir des minimas sociaux,
  • les soins aux personnes (territoires vieillissants + pression foncière pour EHPADer loin des villes, où la « vie » est moins chère), un peu plus rémunérateurs, mais très usants,
  • le tourisme, qui paie peu et de manière saisonnière, donc on reste dans les systèmes D et minima sociaux,
  • les fonctionnaires (surtout dans les préfectures) qui sont généralement les mieux payés et les mieux éduqués et qui permettent de n’avoir pas totalement une économie du tiers monde, mais que les différents gouvernements s’acharnent à faire disparaitre.

L’arrivée des pauvres éjectés des villes ne se fait pas sur le mode du choix, mais plutôt de la sanctuarisation des métropoles économiques et cela engendre sur place des comportements de rejet et de repli qui ont commencé un peu à s’exprimer il y a un peu plus d’un an.

De facto, la politique de métropolisation peut se penser comme une politique de recentralisation multipolaire. La concentration des services publics autour des centres urbains de forte densité de population produit des situations redondantes d’abandon des territoires périphériques et ruraux. Ce déséquilibre se fait par creusement des inégalités entre les urbains surconnectés, surdesservis et le reste de la population qui est repoussée de plus en plus loin des centres de vie et de décision par la force centrifuge des couts immobiliers.

Toutes les politiques des transports, de la santé, de l’éducation ou même des salaires concentrent les moyens sur une part de plus en plus réduite de la population : les jeunes urbains des catégories supérieures3. Les autoroutes, les gares, les aéroports dessinent le schéma d’un pays à deux vitesses : celui des habitants privilégiés des centres urbains qui bénéficient de l’interconnexion des transports, des services publics, des centres de formations et d’éducation, de la concentration des équipes de santé, de la rapidité de mouvement, de la multiplicité des choix ; puis celui des périphéries, des campagnes assujetties aux seuls besoins d’emprise territoriale des métropoles, des transports inexistants, des écoles qui ferment et s’éloignent, de la difficulté permanente de se déplacer, d’accéder à des professionnels de santé, à des emplois de qualité…

Concrètement, il n’y a plus aucune égalité de traitement et de chances entre les citoyens de ce pays et les ségrégations spatiales se renforcent à un niveau encore inconnu en France.

Les besoins d’une minorité de la population (pourtant celle qui cumule les meilleurs capitaux financiers, culturels, professionnels, etc.) s’imposent assez brutalement à tout le reste des citoyens. Les zones périphériques des métropoles sont des espaces de stockage d’une main-d’œuvre abondante et subalterne asservie aux besoins des populations du centre pendant que les populations rurales sont des colonisées de l’intérieur, des réservoirs d’espaces de villégiature ou de productions alimentaires à couts contrôlés, totalement inféodés à l’emprise des métropoles régionales. Les moyens de transport performants les traversent, les hachent ou les contournent, les dessertes se font uniquement en fonction du calendrier et des besoins des populations des métropoles. L’éducation et la santé sont à l’avenant.

Tout se passe comme si les citoyens des zones périphériques étaient des citoyens de seconde zone, avec moins de besoins, de perspectives et d’autonomie.

Ma contribution à un questionnaire — à présent disparu — du Sénat, 14 février 2017

S’il est bien possible que les travaux de Christophe Guilluy ne soient pas exempts de toute faiblesse et doivent donc faire l’objet de débats contradictoires, il n’en reste pas moins que cette obsession à vouloir jeter le bébé de « La France périphérique » avec le bain de son découvreur n’en reste pas moins éminemment suspect à mes yeux.

Son analyse4 est réfutée par des gens qui vivent également en centre-métropole et par des outils statistiques aussi pensés et conçus en centre-métropole.
Il y a une bonne raison à cela : il n’y a aucune place pour les professions intellectuelles supérieures en zones périphériques.

Bien sûr, il existe ponctuellement des regroupements de cadres sup. dans des trous perdus, au grès d’implantations de centres de recherches ou de boites ayant une implantation excentrée historique, mais si tu y vas en profondeur, ils se vivent comme exilés ou au vert, à la recherche de modes de vie alternatifs et gardent des habitudes ancrées dans des métropoles qu’ils veulent accessibles et pas trop éloignées → gros lobbying pour avoir des accès autoroutiers, voire privatiser des nationales pour aller plus vite là où les choses se font.

Certaines zones dynamiques périphériques décrites comme contrarguments jouissent plutôt de l’effet Bill Gates entre dans le bistrot5.

Pas loin de chez moi, il y a le Madiran. Zone viticole prospère… ouais… si on veut. Il se trouve que j’y ai été candidate. Donc ça donne :

  1. Une poignée de gros propriétaires terriens blindés, qui règnent en seigneurs sur le coin, tendance très grosse bourgeoisie, avec un mode de vie gentlemen farmers très peu éloigné de celui des gus des hypercentres friqués (manière, ils y ont souvent un beau portefeuille immobilier). Comme ils nourrissent les gueux du coin, ils profitent de la reconnaissance du ventre pour occuper (cumuler) des fonctions électives locales : ne pas oublier qu’un mandat de maire chez les blédards ouvre la porte sénatoriale, surtout si tu as du fric et de l’entregent.
  2. Une énorme masse de travailleurs captifs (problèmes récurrents d’accès à l’éducation, confirmé par d’autres études), qui n’ont pas les moyens d’accéder aux villes où se concentrent les meilleurs salaires et qui survivent avec des bouts d’emplois complétés plus ou moins bien par le RSA (le manque de services public fait que beaucoup s’assoient sur leurs droits faute de savoir et de moyens de les faire valoir, ce qui est aussi bien commode pour les statistiques !). Leur très grande pauvreté est masquée par l’abondance de l’économie informelle, pas bien mesurée non plus par les travaux et statistiques officielles.
  3. Une pseudo classe moyenne : les fonctionnaires qui même en catégorie C font figure de nantis et font remonter la moyenne des salaires, de petits commerçants en voie de disparition qui cachent le fait qu’ils complètent leurs revenus par le RSA (et qu’ils fraudent surement un peu), des employés de la grande distribution qui grâce à des empilements de crédits font semblant de ne pas être pauvres.

Bref, ce qui est particulièrement bien caché aux sociologues de centre-ville, c’est l’ampleur des inégalités (il est vrai que le problème se généralise) et surtout la perte de « chances » dans tous les domaines, suite à la disparition des services publics (partagé aussi par les banlieues populaires).
À cela s’ajoute l’éloignement qui augmente (disparition des transports périphériques, routes à 80 km/h, villes saturées et chères) qui interdit de fait toute ascension sociale (alors que le pauvre de banlieue peut encore accéder aux services et aux salaires de centre-ville).

Exemple : avec des revenus de brousse, on ne voit pas comment financer des études supérieures en ville.

Mon commentaire sur la déconstruction des thèses de Guilluy, 19 décembre 2019, Seenthis

Démétropolisation

Donc, la France périphérique n’existe pas, les Gilets jaunes n’ont aucune raison objective de battre le pavé depuis 64 semaines et l’on a bien fait de lourder l’aménagement du territoire il y a une vingtaine d’années : la main invisible du marché y pourvoit tellement mieux.

Pendant ce temps, l’on découvre que concentrer toujours plus la valeur ajoutée et la population dans des espaces toujours plus denses n’est pas forcément l’idée du siècle.

Après 2 années d’échanges et de co-construction, avec les territoires, les citoyens et acteurs de terrain, le projet de SRADDET (Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Égalité des Territoires) de la Région Occitanie a été arrêté en Assemblée plénière du 19 décembre 2019.

Le SRADDET incarne le projet d’aménagement du territoire porté par la Région à l’horizon 2040. Il dessine un cadre de vie pour les générations futures, pour un avenir plus durable et solidaire. Ainsi, le SRADDET fixe les priorités régionales en termes d’équilibre territorial et de désenclavement des territoires ruraux, d’implantation d’infrastructures, d’habitat, de transports et d’intermodalité, d’énergie, de biodiversité ou encore de lutte contre le changement climatique.

[…]

Un rééquilibrage régional pour renforcer l’égalité des territoires :
Dans un contexte de forte attractivité démographique, le rééquilibrage suppose d’une part de limiter la surconcentration dans les métropoles en engageant le desserrement des cœurs métropolitains et d’autre part de valoriser le potentiel de développement de tous les territoires, le tout en portant une attention particulière à la sobriété foncière (privilégier l’accueil dans les territoires d’équilibre et les centres-bourgs). Ce rééquilibrage doit être opéré en termes d’accueil et d’habitat, mais aussi en termes de services publics et d’activités.

SRADDET (Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Égalité des Territoires) de la Région Occitanie

Inverser la logique d’emprise territoriale des métropoles et de désertion des villes et bourgs secondaires, de concentration de la richesse et des équipements n’est pas une mince affaire, en ce qu’il s’agit avant tout de dépolluer nos esprits de la vérole capitaliste de l’accumulation sans fin au service d’un pouvoir sans vergogne. Mais il n’existe probablement pas d’autres voies pour sortir ensemble d’une logique mortifère qui nous exile partout et tout le temps et qui nous dépossède de notre droit fondamental d’habiter le monde.

Notes

  1. C’est moi qui souligne le propos en le mettant en gras, cette intéressante entreprise de déconstruction d’une théorie opposée que l’on se garde bien de nommer frontalement.
  2. Par contre, ce n’est pas moi qui met entre guillemets le titre de la thèse ennemie…
  3. … et les rentiers, bien sûr!
  4. Celle de Guilluy.
  5. Grosso modo, si Bill Gates entre dans le bistrot du bled, le revenu moyen du bar grimpe en flèche, mais en dehors du milliardaire, aucun client n’est plus riche à la fin de la bière.
21 réponses
  1. Un partageux
    Un partageux dit :

    Petit séjour en Cognaçais, une région que je connais bien depuis longtemps. Le gars est un viticulteur fort prospère, merci à son père qui était agriculteur avant lui, et grand merci à son beau-père qui disposait d’argent et de savoir-faire financier. Mais le gars n’est pas du tout représentatif de son canton à la population vieillissante et incroyablement paupérisée. Et c’est la même chose pour tout le Cognaçais où les grosses voitures et les maisons bourgeoises des viticulteurs ne font pas une moyenne avec les très nombreuses habitations non chauffées pour cause d’étranglement du portefeuille…

    Répondre
    • Agnès Maillard
      Agnès Maillard dit :

      Ces inégalités sont une formidable opportunité pour les possédants qui ont des activités dans le coin : la main d’œuvre y est captive et donc très docile et bon marché. J’avais déjà raconté le patron de la PME industrielle du bled que j’avais interviewé : le gars ne restait pas par attachement au site historique, mais parce qu’il pouvait à peu près faire ce qu’il voulait. En payant juste un peu au-dessus du SMIC des OS qui vaudraient probablement près du double en métropole, il était le meilleur plan à portée de bagnole et comme il était à peu près le seul employeur important — et comme d’autres avant lui — il savait que l’inspection du travail n’allait pas lui chercher des poux sur la tête et les élus seraient toujours près à tout pour qu’il ne délocalise pas → le roi du pétrole, quoi! S’il n’était pas trop chien, c’est juste parce qu’il le voulait bien.

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  2. Un partageux
    Un partageux dit :

    Cognac, début de la décennie 1990.
    — Un avion, toujours complet, fait la ligne hebdomadaire Cognac-Paris. Départ le matin, retour le soir. Ces dames vont faire leurs achats dans les belles boutiques des couturiers parisiens. L’avion est rebaptisé « Air Shopping » par tout le monde.
    — Création du Resto du cœur. Les nantis en rigolent, « ça ne concerne personne ! » À la fin du premier hiver le Resto de Coganc compte déjà un nombre respectable de centaines de bénéficiaires…
    Quelle est la photo qui donne une image fidèle de Cognac ? Quelques bourgeoises emperlousées ou une queue d’attente au Resto du cœur ?

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    • Agnès Maillard
      Agnès Maillard dit :

      Les deux : c’est parce que les pauvres y sont particulièrement bien pauvres et nombreux que les riches peuvent ne concéder pratiquement rien et ramasser plus. Ce sont des comportements de colonisateurs. Et cela est souvent favorisé par les élus locaux (qui sont souvent eux-mêmes des nantis et notables). Une fois, monsieur Monolecte avait tenté de négocier une augmentation de salaire, sachant que son boulot était dramatiquement sous-payé : avis défavorable de la mairie (co-financeur). Ils leur fallait maintenir les salaires dans la moyenne le plus basse possible pour ne pas perdre l’attractivité du territoire. On voit bien leurs priorités.

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  3. smolski
    smolski dit :

    Merci de cet article Agnès et bravo pour le boulot !

    Comme il le dénonce in fine, ce n’est pas le concept de pouvoir qui est en marche mais celui de l’accumulation abusive et sans logique pérenne.
    Il y a donc lieu de redéfinir le sens des luttes sociales à suivre pour nous diriger non pas vers un renversement gouvernemental qui du fait de sa constitution sera toujours prédateur, mais vers une logique d’expropriation et de redistribution équitable des ressources.

    Comment organiser cette logique vitale ?
    Il faut s’attaquer au pilori qui nous met tous la tête dans l’ c…l, c’est à dire dénoncer la monnaie et ses élucubrations dantesques (élucubrations : nf opinion, théorie, élaborée difficilement et qui a souvent peu de sens ou de portée réelle) et fonder une société coopérative actualisée à la situation mondiale.
    Dans le monde, des régions entières fonctionnent de cette façon sans se trouver dépréciées dans le pays où elles se fondent, par exemple le Chiappas.

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  4. Delphine
    Delphine dit :

    Exactement. Tu peux ajouter qu’ici à Bordeaux le seul candidat aux municipales qui ose parler vraiment de rééquilibrage des territoires, c’est celui … du FN (en même temps il va se faire laminer, et heureusement). Et dans les campagnes très, très Gilets Jaunes autour, j’en parle même pas, il suffit de voir le résultat du FN aux européennes…. là, ils ne vont pas se faire laminer.
    Pourtant l’environnement est au coeur de la campagne électorale, et tant mieux. La saturation automobile et la méga-crise du logement aussi. C’est tellement énorme qu’on ne peut pas l’éviter. Mais les propositions en face sont non seulement tièdes (à la limite, le contexte local peut l’expliquer), mais surtout absolument pas dans le sens d’un partage réel ou même théorique de la richesse économique de notre métropole avec les autres villes du département.
    Ecolo dans les villes et FN à la campagne, tu vois le paysage… L’exil, ça devient aussi un fossé culturel. Parce que c’est pas simple non plus : les quelques boites de métropole qui cherchent des employés / ouvriers n’en trouvent pas parce que c’est pas assez payé par rapport au coût du logement. Ca fait l’affaire des vieux, ceci dit, parce qu’ils sont là depuis longtemps, la maison est payée, on peut avoir du temps partiel dans ces boîtes. C’est toujours ça de gagné pour aller correctement jusqu’à la retraite en disant que « les jeunes de nos jours ils ne veulent pas travailler ».
    Les quelques boites de la campagne (la vraie, pas à 30 minutes de la ville) qui cherchent des cadres n’en trouvent pas parce que c’est trop isolé ne serait-ce que pour trouver un poste pour le conjoint…. et les salaires restent au ras des pâquerettes (« on se loge pour pas cher, ici »).

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    • smolski
      smolski dit :

      Delphine :
      « Et dans les campagnes très, très Gilets Jaunes autour, j’en parle même pas, il suffit de voir le résultat du FN aux européennes…. là, ils ne vont pas se faire laminer. »

      Il est abusif d’assurer que le mouvement des GJ est particulièrement FN. Il est vrai que l’opportunisme de ce dernier le mêle aux nombreux échanges de points de vue différents, voire opposés, qui caractérisent l’idéal des GJ, c’est à dire l’opposition au sectarisme quel qu’il soit.

      Il suffit de participer à ces échanges pour défaire l’idée du vote FN en remède à la situation, les GJ sont solidaires, ils sont loin d’être tout fou dans leurs opinions partagées et quelques arguments sensés débattus et renseignés suffisent à maintenir la cohérence du groupe.

      Approchons-nous le plus possible des ronds-points, tout y reste à faire, ensemble.

      Répondre
  5. smolski
    smolski dit :

    À propos de la colonisation des pauvres par les nantis, aux US il existe de manière pérenne une communauté libre implantée hors urbanité depuis les années 68 qui fait exemple de réalisation anticolonisatrice.
    Une doc est passée sur Arte à son propos.

    Ils ont abolit le travail obligatoire (il revient à chacun de s’employer pour tous), et le système scolaire. Une somme forfaitaire minimaliste est versée mensuellement à égalité entre tous. C’est donc plutôt un système de partage en interférence avec la communauté urbaine proche qu’un enrichissement tel qu’il est conçu via les banques.
    Ils ont même tenté de modifier le statut horaire, malheureusement, leur inter-action avec l’extérieur (le commerce de leurs produits notamment) a été le principal empêchement pour fonctionner durablement sur ce point.

    Je dis pas que c’est tout bon ni que ça va durer tel encore longtemps, n’empêche que c’est diablement à méditer dans nos ruralités, comme avec les ZAD par exemple ! 🙂

    Répondre
  6. Robert Spire
    Robert Spire dit :

    Ces mouvements en Occident genre GJ ne seraient-ils pas la matérialisation de la thèse de Xavier Ricard Lanata dans « La tropicalisation du monde: « …nous sommes Nord et Sud uniment plongés dans l’expérience de la migration. (…) L’ ampleur des changements démographiques à venir nous enjoignent de penser à nouveaux frais le rapport au Sud. (…) (Croissance démographique et projections du GIEC) Entre un Nord… situé pour sa majeure partie aux latitudes tempérées qui seules offriront à l’homme des écosystèmes habitables….la rencontre invitable pourrait devenir confrontation….Il nous appartient de nous présenter avec le visage souriant de l’hôte qui sait qu’il a d’ores et déjà tout perdu, à l’exception du choix de sa mort (…) nous pouvons mourir en frères plutôt qu’en ennemis….habitants d’un même îlot d’humanité, voué à devenir bientôt ce globe muet qui « continuera, mais sans nous, à décrire dans l’espace ses orbes impassible » (C. Levi-Straus)
    (…)
    Sommés de s’ajuster aux exigences d’un capitalisme redevenu colonial….Nous voici tous colonisés, nous voici tous appartenir a la condition tropicale. »
    Et l’auteur de préconiser aux populations du Nord, dernières victimes de ce capitalisme colonial, d’adopter les luttes et moyens de résistances forgées depuis des décennies par les populations du Sud….

    Répondre
  7. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Push – Chassés des villes

    Les grandes métropoles deviennent peu à peu le territoire exclusif des riches. Dans le sillage de Leilani Farha, rapporteuse spéciale de l’ONU sur le logement convenable, une enquête sur un phénomène mondial qui s’amplifie.

    De Londres à New York en passant par Berlin, Valparaíso ou Uppsala, de plus en plus d’habitants des grandes villes, locataires à faibles revenus ou petits commerçants, voient leur loyer flamber ou leurs baux résiliés. En cause, la gentrification galopante qui transforme en un tour de main des quartiers défavorisés en enclaves embourgeoisées, mais aussi – et surtout – la prédation des grands investisseurs. Rasant des immeubles vétustes, ces derniers font sortir de terre des ensembles de standing, que les anciens occupants n’ont plus les moyens d’habiter, tandis que ces opérations immobilières assurent à leurs promoteurs de juteux retours sur investissement.

    425 %
    Rapporteuse spéciale des Nations unies sur le logement convenable, Leilani Farha, que le cinéaste suédois Fredrik Gertten a suivie pour ce film, parcourt la planète afin d’enquêter – et d’alerter – sur cette crise à bas bruit qui met à mal le droit au logement. Cette avocate de formation, originaire d’Ottawa, souligne par exemple qu’en trente ans, dans le grand Toronto, les prix de l’immobilier ont grimpé de 425 % en moyenne, tandis que le revenu familial moyen n’a augmenté que de 133 %. Ce phénomène mondial, loin de connaître une pause, s’amplifie. Étayée aussi par les analyses de la sociologue Saskia Sassen, du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et du romancier italien Roberto Saviano, une enquête alarmante sur la manière dont le système financier alimente l’explosion des loyers, responsable de l’expulsion de citadins modestes des grands centres urbains.

    Documentaire suédois de Fredrik Gertten de 90 min disponible du 03/02/2020 au 03/05/2020 sur Arte

    Répondre
    • Robert Spire
      Robert Spire dit :

      « Exils », « Exclusions », pour illustrer votre excellent article, quelques citations:
      « Les travailleurs pauvres de nos démocraties sont endettés comme ailleurs les journaliers agricoles pris au piège de « l’enganche » néocolonial. La théorie de la dépendance, conçue à destination des pays de la « périphérie », s’applique tout aussi bien, aujourd’hui, aux pays du « centre ». Le capitalisme, désormais affranchi des frontières qui lui faisait un costume trop étroit, a converti le monde en un vaste terrain de jeu où il se sent partout à son aise, tandis que les sosiétés se sentent partout étrangères, comme ces autochtones dont on a envahi le logis et qui se découvrent « indigènes ». D’absolue, leur position est devenue relative. Nous voici tous colonisés. » (…) « le capitalisme, comme un cheval auquel on a lâché les rênes, reprends le vieux cours colonial auquel le conduit spontanément sa nature. » Xavier Lanata Ricard (La tropicalisation du monde – 2019)

      « Ce qui naguère semblait malheureusement le propre des pays du Sud est devenu aujourd’hui le quotidien des pays européens. Décidément, le monde a basculé. » Gilbert Rist – (Le Développement : Histoire d’une croyance occidentale – 1996)

      Répondre
    • smolski
      smolski dit :

      Cet extrait de thèse fait tomber à la renverse, merci de l’avoir mis en partage ici, et je m’en vas en distribuer le lien, en attendant de me munir de la thèse dans son entier.

      Répondre
    • smolski
      smolski dit :

      Citation du lien Violaine Girard :
      « Les fractions populaires sont en réalité loin d’être converties en masse au vote FN et se caractérisent surtout par des rapports distanciés au politique. »
      D’où le mouvement des gilets jaunes.

      « prendre en considération les trajectoires professionnelles des fractions populaires établies »
      Dans le doc :
      « Pourquoi nous détestent-ils ? – Les pauvres »
      On voit combien aujourd’hui dans la classe ouvrière la grande précarité n’est jamais éloignée des pensées, ce qui l’entraine à se défier du vote ou à l’extasier en totem contre ses intérêts.

      Répondre
  8. christine
    christine dit :

    Cet extrait de thèse fait tomber à la renverse, merci de l’avoir mis en partage ici, et je m’en vas en distribuer le lien, en attendant de me munir de la thèse dans son entier.

    Répondre
  9. sebastien
    sebastien dit :

    Petit séjour en Cognaçais, une région que je connais bien depuis longtemps. Le gars est un viticulteur fort prospère, merci à son père qui était agriculteur avant lui, et grand merci à son beau-père qui disposait d’argent et de savoir-faire financier. Mais le gars n’est pas du tout représentatif de son canton à la population vieillissante et incroyablement paupérisée. Et c’est la même chose pour tout le Cognaçais où les grosses voitures et les maisons bourgeoises des viticulteurs ne font pas une moyenne avec les très nombreuses habitations non chauffées pour cause d’étranglement du portefeuille…

    Répondre

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