La caverne de papier 1
Public de cinéma portart des lunettes 3D, années 50

La société du spectacle

Je suis profondément fascinée par l’incommensurable vacuité de La Casa de papel, la série présentée par beaucoup comme une performance palpitante et une petite révolution du genre. Mais j’ai cru comprendre aussi que l’objet fictionnel est clivant et qu’une masse non moins aussi importante de spectateurs trouve l’exercice carrément indigent.

Au début, l’affaire est bien ficelée, avec l’histoire d’un type qui a passé toute sa vie adulte à préparer le casse parfait, jusqu’à devenir lui-même invisible et socialement inexistant. Le propos a quasiment les effluves méphitiques d’un pamphlet anar… mais au bout de deux ou trois péripéties totalement improbables — mais quand même vendues comme ayant été entièrement anticipées et planifiées par le cerveau, chef des baltringues — tu comprends avec une légère amertume que le casting des scénaristes n’est probablement pas à la hauteur des prétentions intellectuelles du bousin. Et c’est précisément à ce moment-là que l’aventure redevient intéressante, en ce qu’elle te permet de reprendre la lecture avec l’esprit critique qui, depuis le début, était parti siroter des cocktails à parasol sur quelque plage paradisiaque à sable fin et mer turquoise.

Métaconcept

La clé de la série tient dans le concept même du plan tout capillotracté du cerveau de l’histoire : il s’agit, coute que coute et à n’importe quel prix, de gagner du temps.

Rien d’autre.

Il s’agit de concrétiser jusqu’à la nausée l’inaltérable idée qui nous est rabâchée chaque heure de notre industrieuse existence que le temps, c’est de l’argent et que tout le propos du braquo est de distraire sans cesse les flics pour que la planche à billets tourne le plus longtemps possible. Il faut donc détourner sans cesse leur attention pour qu’ils ne prennent jamais conscience que les otages ce ne sont pas les gus en grenouillère écarlate coincés dans le bâtiment, mais bien eux, prisonniers du spectacle et d’un agenda contrôlé par ceux qui les manipulent, avec, souvent, une maladresse confondante…

Tu la vois arriver, là, la grosse révélation ? Tu le sens, ce léger malaise à la lisière de ta conscience, scotché dans ton canapé, hypnotisé par la énième bouffonnerie de la plus grosse équipe de bras cassés de tous les temps, au point que tu continues quand même à mater cette purge, rien que pour le plaisir de te sentir tellement plus malin que toute la brochette de protagonistes réunie ? Est-ce que tu goutes ce vertige stratosphérique quand tu comprends enfin que le véritable otage de l’histoire, c’est toi, le spectateur ?

Car tel est le plan dans le plan : enfiler les cliffhangers à la mord-moi le nœud, juste pour te garder captif, pour étirer le contrat et que les producteurs continuent le plus longtemps possible à dégainer le carnet de chèques.

On ne t’a jamais menti. Dans cette affaire, le temps c’est de l’argent. Rien d’autre. Alors la solidité de l’intrigue, la cohérence des personnages, la qualité du scénario… on s’en bat un peu les steaks, coco, tant que le bousin fait bien le job, que tu restes bien hypnotisé et que — surtout et avant toute autre considération stérile, car non rentable ! — la planche à billets n’arrête pas de tourner à plein régime.

Qu’importe les dégâts collatéraux : show must go on!

Inception

Alors, complice inconscient ou victime manipulée, tu te réjouis quand même pas mal de ce que le phénomène médiatique et social ibérique t’a permis de comprendre sur toi-même et tu te dis que dans le fond, les protagonistes de la série ne sont pas si cons, eux qui ont si brutalement compris la substantifique moelle de notre époque. Et de te rappeler dans l’élan que rendre le benêt de service satisfait de se sentir plus malin que tout le monde c’est aussi une autre bonne grosse ficelle des prestidigitateurs de notre temps, lesquels ont fait du détournement de l’attention leur unique fonds de commerce.

Parce qu’elle est là, la mise en perspective concrète de la série qui vient du pays de Don Quichotte, la vérité ultime de notre société du spectacle : amuser la galerie pendant qu’on fait les poches du chaland !

Deux hommes en costume se passent discrètement un portefeuilles dans une allée de train

Pickpocket, Robert Bresson, 1959

Et nous voilà embarqués jusqu’au vertige à remonter les niveaux du spectacle dans le spectacle. Depuis combien de temps, déjà, la sphère politique n’a-t-elle plus d’autre vocation que de mettre en scène jusqu’à la nausée son impuissance organisée et délibérée sur notre réalité sociale commune ? Quel autre sens donner aux homards de Rugy ou aux péripéties picaresques1 de Benalla au pays des petites magouilles entre amis, si ce n’est comme éléments actifs2 d’une vaste entreprise de distraction de la populace ?

Les petites phrases de Macron, les déclarations et gesticulations à rebrousse-poil de chacun des membres de ce gouvernement inamovible, les indignations si sélectives des médias de masse, tout cela participe d’une immense entreprise de distraction qui n’a d’autres finalités que de nous maintenir le plus longtemps possible dans la sidération pendant le plus gros braquo de notre temps : nos droits fondamentaux, dont le plus important de tous, celui à un avenir.

Une horloge qui figure les étape de l’anthropocène jusqu’à l’effondrement final.

L’horloge tourne! par CamilieroArt

Adìos le système de santé universel, adìos l’Éducation nationale, adìos l’égalité des chances, les aides au logement, l’indemnisation du chômage, adìos les retraites ! Mais aussi adìos les forêts, les ruisseaux, l’eau potable et l’air respirable… Adìos, les enfants ! Adìos le droit de vivre une vie humaine digne, adìos la justice, la vérité, le droit de grève et de manifestationAdìos Steve… Oh, regardez ! Il y a des voyous qui ont cassé nos permanences… toutes nos condoléances vont aux familles des vitrines…

Et ça ne s’arrête même pas à nos frontières — comme un nuage de Tchernobyl à l’envers —, non. C’est aussi l’Amérique de Trump, le bouffon planétaire qui tripote son jouet nucléaire, mais dont les opposants passent plus de temps à s’indigner des outrances de ses tweets que des abominations de sa politique. C’est le feuilleton du Brexit qui ne va rigoureusement nulle part, mais occupe tout le monde en Grande-Bretagne depuis plus de deux ans. C’est un facho déclaré au Brésil qui rase la forêt. C’est partout, tout le temps, le concours au plus répugnant, au plus médiocre, au plus méprisant.

Et pendant ce temps, la planche à billets tourne, tourne, tourne…

Notes

  1. n’est pas relatif à la Picardie, mais se dit des romans, des pièces de théâtre dont le héros est un aventurier issu du peuple et volontiers vagabond, voleur ou mendiant. (réf. dictionnaire Antidote)
  2. Délibérés, voire scénarisés à moins qu’il ne s’agisse que du recyclage opportuniste d’impondérables non maitrisés ? Difficile de trancher, mais c’est probablement souvent improvisé au fil de l’eau.
20 réponses
  1. paul
    paul dit :

    ello…
    Bon, je n’ai pas spécialement regardé cette série… mais plein d’autres… et à chaque fois, certes je m’y sens complice de mon détournement d’attention, de cette capture de mes divagations par le truc de la société du spectacle…
    Don Quichote remarquiez-vous… ben justement. par « mensonge romantiques et vérités romanesque » René Girard construit sa théorie du Désir Mimétique sur l’analyse de plusieurs romans, dont, celui de cervantes, peut-être le plus révélateur…
    détournement de l’attention, ça me renvoie aussi à la défense névrotique, au refoullement…
    refoulement de quoi…
    frustration…
    la planche à billet, le désir de l’autre, de sa puissance, est innateignable… alors il fascine d’autant plus… on lui « crie sa misère », par l’entremise de personnages, d’idéalisations…
    complice ou adaptation devant l’impuissance ?
    la défense, le refoulement, c’est un peu ça aussi… faut « oublier » ce quelque chose qui manquera encore et toujours… et tourner autour du pot,quand « on peut pas »…
    mais quoi au juste ?
    l’image de ce groupe de spectateurs à lunettes de soleil regardant tous la même chose… ok…
    à chaque fois que je regarde un truc vidéo, comme à chaque fois que je reconstruit les images en lisant un machin pas forcément romanesque, ce qu’en arrière fond j’obser ve, c’est que j’y « vois » ou imagine, ou construit, des « quelques choses discursifs » répondant à un quelque chose qui me gratte malgrè l’épaisseur des matelas : devant tout ça, j’y trouve matière imaginarisante et subjective…
    ok, de leur côté,les producteurs s’en mettent plein les poches alors qu’on peut se demander s’ils n’en auraient pas déjà plus que largement assez pour vivre plusieurs de nos vies comparativement misérables…
    donc, on est tenté de se dire qu’ils nous embrouillent… et on a aussi de quoi asseoir le montage de preuves quant à leur manipulation…
    en attendant,… il ne me reste qu’à faire avec leurs séries vidéo ou leur films comme avec des articles : me demander ce que ça remue en moi de désir faux parce qu’imitateur et rivalitaire de puissance chez un ailleurs sans réalité dans la mienne… et de préciser par là quel serait mon désir subjectif, authentique, cette vérité que s’évertue mon point de capiton à lier…

    Répondre
  2. smolski
    smolski dit :

    Agnès :
    « à chaque fois, certes je m’y sens complice de mon détournement d’attention, de cette capture de mes divagations par le truc de la société du spectacle… »

    Cet aveuglement forcé est dans le principe des images animées :

    Edgar MORIN – Le cinéma ou l’homme imaginaire :
    « Une poussière lumineuse se projette et danse sur un écran ; nos regards s’y abreuvent ; elle prend corps et vie ; elle nous entraîne dans une aventure errante ; nous franchissons les temps et les espaces. […] L’évidence nous crève les yeux au sens littéral du terme et nous aveugle. »

    Répondre
    • saxo
      saxo dit :

      « Cet aveuglement forcé est dans le principe des images animées »

      Dans les livres tout autant…
      Dans la musique aussi devrai-je dire.
      Dans les images fixes aussi finalement (tableaux photos…)
      Dans les divertissements et les arts de tous ordres qui nous font vivre par procuration et nous éloignent de notre réalité…

      C’est pas tant la société du spectacle qui détourne l’attention, c’est l’expression humaine, le divertissement, l’art…
      Plutôt que de fustiger les médias, à nous, nantis de notre sens critique et de notre libre arbitre, de profiter de ce qu’ils nous proposent et même de les enrichir de notre propre créativité.
      Il n’y a pas à culpabiliser d’apprécier un film, un bouquin, un tableau ou un morceau de musique! Et tant mieux si le temps pris à partager son univers (même artificiel) nous déconnecte de notre triste réalité.

      Répondre
  3. smolski
    smolski dit :

    Il y a des médias qui ont des effets très différents quant à la captation qu’ils procurent.
    Les images animées en sont des plus perverses, comme l’indique la citation car il y a un conditionnment pour les percevoir, contrairement à la parole, c’est à dire avec le masque du visage en vis à vis ainsi que de la gestuelle qui l’accompagne et en précise les sens.

    Je cite souvent cet ouvrage :
    « Pour comprendre les medias »
    de Marshall Mac Luhan

    Où l’auteur indique le rôle du média en soi sur l’activité du cerveau, indépendamment de ce qu’il divulgue.

    Répondre
  4. saxo
    saxo dit :

    Oui, Joël.

    Pour moi, le cinéma est un art. Ou plus précisément, c’est la juxtaposition de plusieurs arts. Dialogue, images, narration d’une histoire, musique etc…
    A nous de regarder les « images animées » avec notre recul et notre jugement.
    Perso, un livre a plus d’effet sur moi qu’un film, tant sur le fond de ma pensée que sur la « captation qu’il procure » pour reprendre tes termes.
    Une chanson de Brassens aussi 😉 (par exemple).
    Passant mon temps à écrire des dialogues de doublage, je suis un peu biaisé, c’est certain. N’empêche, il me semble qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Ce n’est pas parce que la production cinématographique actuelle n’est pas forcément réjouissante que le « Film » est un produit nécessairement toxique.
    Ou alors c’est laisser entendre que tout art l’est à des degrés divers…

    Répondre
    • paul
      paul dit :

      ello… ben, je suis assez d’accord avec joël comme avec vous saxo.
      et il vient que l’on puisse approfondir à la fois la question du comment faire acte de travail subjectif à l’égard d’une production écrite, ou « artistique », de sorte d’éviter le risque de la fascination hypnotique, le désir mimétique, le don quichotisme, et à la fois donc la question de la toxicité de toute « formalisation » artistique.
      vous indiquez de faire preuve de recul et de jugement : je pense que c’est effectivement ce que j’entends par acte de travail subjectif. la difficulté tient me semble-t-il au « comment » l’on prend du recul, de la distance et comment l’on « juge », comment l’on se positionne à l’égard d’une forme de discours dont on attend un « quelque chose », donc un rapport au manque, à ce mécanisme psychique de production perpétuelle et de « calcul différentiel » visant à corriger l’erreur d’interprétation, et d’identification, à la réception d’une formalisation d’un quelque chose que l’auteur lui-même n’est pas sûr d’avoir mis en forme de sorte que cela traduise sa pensée du moment.
      Joël me semble indiquer aussi le danger, au delà du contenu « idéologique » de toute production, donc probablement littéraire aussi (que dire de l’impact de « livres » aussi étranger l’un à l’autre que « les évangiles » et le « Mein Kampf » par exemple, quant aux interprétations, aux identifications qui en ont été faites, et par lesquels des « sujets » s’y sont reconnus ?) le danger donc du format lui-même, au sens à la fois technique et cognitif, donc à fortiori psychologique, de toute production d’expressions, pas forcément artistiques…
      il me semble que le propos d’agnes était sensiblement décalé de notre préoccupation : pendant que notre attention est focalisée sur ces spectacles, nous en oublions la merde dans laquelle nous pataugeons. et quand je dis nous, je veux dire « le social », c’est à dire ce par quoi nous sommes « traversés par le Langage », que notre subjectivité, donc notre « humanité » consiste essentiellement dans nos capacités personnelles à réguler, corriger,nuancer, nos erreurs d’interprétation et d’identification (identifier l’autre, son message, des idées venant d’ailleurs, comme, s’identifier, se lier, se définir, se positionner, à l’égard de ce discours de l’autre.)
      Or, à ne fonder l’économie que sur la production de plus-value, que sur le manège de la planche à billet, on ne fonde plus rien d’économico-social, on ne fonde plus rien d’humain : et en se laissant « capter » par ces spectacles, peu-être y compris en plongeant dans le livre, qui semblait être de moindre risque cognitif et hypnotique, on s’extraie du principe de réalité du fait d’une adhésion, y compris dans la contestation, à la présence, notre présence, à cet accaparement du spectacle, on s’extraie de l’échange social, inter-subjectif, d’où se produit le travail de nuanciation, de correction d’erreurs psychiques…
      et c’est précisément ce que le pervers fait au névrosé : il fascine.
      ce système spectaculaire n’est plus une société : il n’y a plus d’échange « mettant en travail ».
      Il fascine.
      ce système est pervers : il détruit les subjectivités afin de nier « la castration », cette faculté d’accepter de « ne pas tout être », de ne pas arriver à « se dire », donc, faculté d’apprendre continuement, ensemble, à s’interpréter comme imparfait dans nos expressions.
      le spectacle se fout qu’on l’aime ou qu’on le déteste. il « jouit » de ce pouvoir de nous accaparer « totalement »…
      et récolte, lui, sa plus-value… pendant que nous ne récoltons pas même un copec de notre labeur à le « critiquer »…

      Répondre
  5. smolski
    smolski dit :

    La production médiatique, artistique et autres, est pernicieuse dans son fait, non par elle-même mais par le fonctionnement de notre intellect en tant que machine autonome à penser/rêver/deviner/inventer…etc

    Pour l’écrit, je dirai qu’il y a aussi un yatus dans la transmission du savoir.
    Par exemple, lire une poésie sans l’exprimer même dans un murmure, c’est enlever du sens à cette poésie.
    Musicalement c’est pareil en lisant l’écriture d’une partition en silence ?

    Si l’on prend en compte ce fait, on n’aborde plus les médias de la même façon, on reste critique sur nous-mêmes, sur nos capacités d’interprétation, et de là beaucoup moins borné par ce que nous percevons via les médias. De recoupement en recoupement, on recompose les informations fournis en y ajoutant du nous-mêmes autant qu’à l’écoute de ceux qui nous environnent.

    De fait, l’intelligence humaine fonctionne comme l’intelligence dite artificielle mais avec des paramètres émotifs bien supérieurs en nombre, en qualités et en individualisme à ce que propose les machines qu’on nous présentent comme nos rivales directes. Penser plus vite et en plus grand nombre n’apporte aucune qualité à la machine par rapport à la folle pensée globale qui habite tout être vivant.

    Pour en revenir au sujet du post, par lassitude souvent, nous démissionnons de nous-mêmes pour nous engluer sur la facilité répétitive qu’impose les médias sur nos facultés mentales en les discordant de l’ensemble de notre être, notamment de notre savoir acquis autant que de nos rêves.

    Exemple
    Dernièrement, sur un rond-point gilet jaune, deux personnes discouraient entre elles à propos des migrants/réfugiés « qu’on doit tous remettre dans leur bateau et les renvoyer chez eux. »
    Bien sûr, je remettais en question cette proposition immorale en tout point et ces personnes me traitèrent alors de racistes à leur égard :
    « – C’est toi le raciste ! »
    M’ont-ils asséné avant de se lever et de partir !
    Voilà imagée la bulle dans laquelle les médias nous pressent, des infos multiples, sans sens, qui appellent autant de non-sens qu’il soit possible de produire à travers elles…

    Répondre
  6. saxo
    saxo dit :

    Bien, bien, bien.
    Il me semble que je partage sensiblement vos analyses.
    Plutôt que de citer « mein Kampf » ou les « Evangiles », qui sont des oeuvres complexes et idéologiques dont le lecteur sait quand il les aborde qu’il va devoir lire « entre les lignes » (cf, faire marcher son sens critique et analytique), je citerais plus volontiers « Blanche neige » ou « La belle et la bête » ou pire, Mickey, qui orientent dès le plus jeune âge vers une lecture du monde totalement biaisée. Mais il en va de même pour chaque oeuvre de fiction.

    Au passage (parenthèse), Joël, la lecture d’une poésie à voix basse peut faire vibrer des cordes. Les mots peuvent résonner dans la tête autant que dans l’air… Il suffit de les penser en y mettant l’intention/le ton. Pour la musique c’est sensiblement pareil, sauf que ça demande encore une plus grande maîtrise et une immense subjectivité (on met dans une partition la subjectivité interprétative que l’on veut – je suis bien placé pour le savoir en tant que chef d’orchestre).

    Au fond, la question que je soulevais initialement, ce n’était pas tant celle de l’influence cognitive que les arts/médias peuvent avoir sur nous. Ils sont des moyens d’expressions, et donc, à moins d’être autiste ou schizophrène, nous recevons une partie de leurs messages. Ce qui m’interroge plus c’est cette critique, fondamentalement violente, des arts et médias comme étant intrinsèquement nocifs…
    Ne sont-ils pas au contraire vitaux?
    L’espace de rêve et de sortie de notre triste condition qu’ils procurent (l’instant où nous nous laissons absorber à leur contemplation) n’est il pas au contraire une expression partagée du « merveilleux « ?
    Personnellement, me laisser absorber par un morceau de musique – que je joue/écoute/écris – est un moment de bonheur incomparable. Une vie dénuée de telles émotions musicales, artistiques/contemplatives/créatrices me semblerait bien morne.
    On peut critiquer le « temps de cerveau disponible » cher à Bolloré, sans pour autant nier que l’être a besoin de rêver. Et rêver ne veut pas dire oublier son sens critique…
    C’est seulement s’ouvrir à d’autres vibrations qu’à celles de son nombril.
    La démarche dangereuse, c’est l’admiration, c’est l’absorption au premier degré du message. Mais si on prend le message pour ce qu’il est (selon le prisme qui est le nôtre), il vient au contraire s’additionner à ce que nous sommes et augmenter d’un point de vue nouveau notre sens critique.

    Bref, je ne sais pas si j’ai été très clair, mais cette défiance média/artis/tique me dérange. Elle a justifié bien des autodafés au cours des âges (entre autres).

    Répondre
  7. smolski
    smolski dit :

    « des arts et médias comme étant intrinsèquement nocifs…
    Ne sont-ils pas au contraire vitaux? »

    Au même titre que manger de la nourriture, et comme tout n’est pas bon à manger tel quel, toutes les productions médiatiques ne sont pas bonnes à recevoir sans les apprêter à notre entendement pour l’édification saine de notre personnalité et celles de nos proches.

    Répondre
  8. paul
    paul dit :

    « Plutôt que de citer « mein Kampf » ou les « Evangiles », qui sont des oeuvres complexes et idéologiques dont le lecteur sait quand il les aborde qu’il va devoir lire « entre les lignes » (cf, faire marcher son sens critique et analytique), je citerais plus volontiers « Blanche neige » ou « La belle et la bête » ou pire, Mickey, qui orientent dès le plus jeune âge vers une lecture du monde totalement biaisée. Mais il en va de même pour chaque oeuvre de fiction. »
    je comprends bien que le choix des « ouvrages » en question puisse poser question. Ils ne sont pas du tout de même nature. les évangiles ont été « construites » de façon collective et ancrées dans une évolution d’une pensée religieuse méditérannéennes. le mein kampf est de la main d’une personne précise… Les deux exemples de contes que vous indiquez sont à la fois ancrés dans une tradition collective et des mains de personnes identifiables… et je pense que les quatres exemples présentent quelque chose d’idéologique, car il y a toujours de l’idéologie même dans une expression poétique, traversée par la traversée du Langage de ou des auteurs, inscrits de quelques façons psychologiques, sociales, intellectuelles, dans les références, les habitus, de leur monde social contemporain.
    la plus part des personnes de tout peuple, lisant ces textes y cherchent un quelque chose de l’ordre de ce qui leur permet de « crier leur misère », donc, d’y trouver une force à se soutenir dans l’angoisse de leur devenir, face à leur impuissance, en relation plus ou moins consciente ou inconsciente au rapport à la mort, au rapport de force, à la tentation de la volonté de puissance. Il y a toujours, même chez l’intellectuel s’inscrivant dans une discipline d’analyse référencée, de distance, de critique, à l’égard du texte, de l’expression, même dans la contestation, une part de fascination, même si cette fascination est de l’ordre de l’aversion.
    Le rêve est certes de ces incontournables nécessité de l’expression du désir, de puissance, de plaisir/déplaisir, de régulation du rapport à la limite, au principe de réalité, à la « castration », au « nom du père », c’est à dire à ce qui l’inscrit par le symbolique ou hors du symbolique à l’égard du « réel », du « trouma », de la mort.
    Mais, ce qui se passe dans la réception, puis le traitement psychique du « spectaculaire », n’est pas de l’ordre du rêve.
    Je ne dénie pas la nécessité, donc je ne dis pas « besoin », de cette fascination, cette auto-hypnotisme, de ce plaisir de la plongée dans un « merveilleux », un fantamagorique, qui est le propre du spectacle, de la poésie, donc par exemple de films, ou, d’oeuvres musicales (je pratique aussi en solitaire le travail des oeuvres de bach au piano… donc j’pense qu’on doit pouvoir se « sentir » ou « comprendre » par là…)
    mais précisément, quand nous travaillons des oeuvres musicales, de même que quand nous travaillons un textes de fictions, voir de traduction, nous construisons notre « jouissance » de « cela » pour y « rejoindre » Notre « ça », tout en régulant, par notre structuration, fantasmatique ou suppléance au fantasme manquant, notre rapport à cette « toute-puissance » de la jouissance toute, de la plongée hors du Langage. Nous nous « mettons en travail ». nous nous « travaillons », et ce travail n’est jamais fini, il y a toujours un « truc » à reprendre, qui est notre moteur, parce que l’approche du vivre un dire ce que l’on a à « se-dire » par cette expression n’est jamais à l’identique…
    Le rêve lui-même n’arrive jamais à nous dire ce qu’il semblerait, aux tentatives d’interprétation du discours du souvenir du rêve, qu’il ait tenté de dire au delà de tous les filtres de nos défenses.
    Or, ce qui se passe dans la lecture comme dans le visionnage d’une peinture comme d’un film, n’est pas de l’ordre du rêve. c’est peut-être de l’ordre de l’interprétation du rêve d’un autre, donc un truc projectif de notre part. ça ne fait pas de mal systématisé en soi, mais sans en passer par une « discipline » intellectuelle, voire, sensuelle et empirique quant on est soi-même peintre, vidéaste, écrivaillon…
    Le danger ne vient pas de là, mais de l’adhésion à une foi en l’interprétation orientée qui puisse nous être induite, comme une injonction, par les « formalisateurs » de la production artistiques ou autre (littéraire, philosophiques etc).
    Le danger peut venir du formalisme outrancier, comme dans l’exemple de Mikey ou des production de type dysney depuis des contes traditionnels, simplificateur du contenu original qui aurait permis la subjectivisation des interprétations, des réceptions, des regards, des écoutes.
    Mais, de plus, il m’a semblé que l’article d’agnes soulevait un danger relevant à la fois de la tecxhnique de diffusion et de formalisation des oeuvres, par exemple cinématographique, par un système pervers qui prolétarise jusqu’aux capacités subjectives. Ils nous ont enlevé la valorisation économico sociale de notre « valeur-travail », de notre capacité à travailler, à construire, à produire, de nos savoir-faire : c’est la première sorte de prolétarisation.
    La seconde est nous nous enlever, nous soustraire à notre capacité à nous inscrire dans nos vies, dans nos pensées, et par là, à nous rendre simple reproducteurs robotisés de leurs modèles de pensées : à nous identifier, par fascination, par sortie du temps de nos vies devant leurs spectacles, à un hors du monde réel,matériel, organique, émotionnel inter-subjectif. la dévalorisation nous l’intégrons par fatalisme du chômage, par fatalisme des rares boulots précaires sur lesquels on se jette, puis, par adaptation, par la « consommation » de « gratuits » de ces productions pourtant fruit du travail rémunérateur à la va que je te pousse d’autres prolétaires, voire de bénévoles, en regardant par exemple des séries en streaming, mais aussi en utilisant autre chose que windaube sur l’ordi bricolé à la main et le système configuré en console (j’parle de ce que je fais couramment depuis longtemps).
    Or le paradoxe, pour moi comme plein d’autres dans le genre, c’est que la « mauvaise conscience », beaucoup influencée par notre travail d’interprétation disciplinée du marxisme, c’est que « rien n’est gratuit » : à travers tout ça, on entretient nos « paupérisations », mais encore, le temps passé devant une série, même si on jouit de façon évidente de se croire très malin d’y lire les références mythologiques classiques, les références idéologiques, anthropologiques, d’en faire des critiques féministes, marxistes, et que sais-je encore, ben, le temps passe et on n’est la tête ailleurs que dans le regard et les mains de l’un à l’autre…

    Répondre
  9. smolski
    smolski dit :

    « un système pervers qui prolétarise jusqu’aux capacités subjectives. »

    Ce n’est pas nouveau :
    « Du pain et des jeux… »
    😉

    Dans le texte, la prolétarisation apparaît synonyme de déchéance, de méconnaissance, pourtant le mouvement prolétaire est porteur de valeurs humaines inamovibles, l’entraide notamment, valeur que le capitalisme se refuse à considérer alors même que ce refus le conduit directement à sa perte.

    On le voit aujourd’hui face au dérèglement climatique planétaire qui s’accélère sans que le monde du capital s’en charge, alors que le peuple prolétaire s’en émeut et gronde sa colère, réclamant sa dignité à exister et que les étudiants dénoncent l’effroi de leur avenir qui les conduit directement à l’abîme via le système actuel.

    Répondre
    • paul
      paul dit :

      ello Joël… je parlais de prolétarisation, en terme de mécanisme, à la fois économique, psychosocial et psychique. et ce qu’alors je désignerais comme prolétaire sont des sujets et des groupes subissant ce mécanisme.
      Je ne parlais pas d’un mouvement de personnes ayant analysé ce dont ils sont victimes puis s’organisant de sorte de se défendre de ce mécanisme…

      « du pain et des jeux »… me semble être malheureusement ce à quoi, toutes conditions sociales et économiques considérées, beaucoup de personnes s’identifient, se reproduisent, reproduisent… en hurlant aussi de colère avec ce qui leur est indiqué par le spectacle comme sujet de colère exprimable… ça permet aux « jeux », de ne plus être de l’ordre des atrocités évidentes de massacres de bouc-émissaires… (cf la violence et le sacré, rené Girard). alors après, à bien y regarder, bon nombre de films et de séries peuvent être analysés comme pseudo »jeux de cirques » devant lesquels les personnes fantasment une violence, une cruauté, un sadisme…
      bien orchestré… mais remontant aux racines humaines, au thanatos…

      Répondre
    • smolski
      smolski dit :

      « je parlais de prolétarisation, en terme de mécanisme, à la fois économique, psychosocial et psychique. et ce qu’alors je désignerais comme prolétaire sont des sujets et des groupes subissant ce mécanisme.
      Je ne parlais pas d’un mouvement de personnes ayant analysé ce dont ils sont victimes puis s’organisant de sorte de se défendre de ce mécanisme… »

      La culture élitiste n’a rien à voir avec la culture populaire, ni dans sa forme, ni dans son fond.

      Il y a une culture humaine essentielle qu’on peut nommer « arborigène » en hommage au peuple natif de l’australie, peuple qui montre que lutter en soi et non contre autrui est une culture ancestrale, constructive, non pyramidale propre à notre espèce, sans appropriation ni définition par quelque système que ce soit.

      Je me réfère ici à une doc sur un natif en Australie qui construit un feu de prière composé de quelques branches sur un parking et dont la police ne peut le déloger légalement tant qu’il n’a pas fini.
      Ensuite, on voit le personnage chez lui, hilare d’avoir joué ce tour à l’administration policière en utilisant son identité réelle, c’est à dire comme habitant conventionnel de cette contrée plutôt que celle d’un propriétaire, imposée par les élites du pays.

      Pierre-Joseph Proudhon – Théorie de la propriété (extrait)

      « En France, vingt millions de travailleurs, répandus dans toutes les branches de la science, de l’art et de l’industrie, produisent toutes les choses utiles à la vie de l’homme ; la somme de leurs journées égale, chaque année, par hypothèse, 20 milliards ; mais à cause du droit de propriété et de la multitude des aubaines, primes, dîmes, intérêts, pots-de-vin, profits, fermages, loyers, rentes, bénéfices de toute nature et de toute couleur, les produits sont estimés par les propriétaires et les patrons 25 milliards : qu’est-ce que cela veut dire ? Que les travailleurs qui sont obligés de racheter ces mêmes produits pour vivre doivent payer 5 ce qu’ils ont produit pour 4, ou jeûner de cinq jours l’un. »
      La première conséquence de ce bénéfice, c’est, en rendant la concurrence universelle impossible, de détruire l’égalité des salaires entre les diverses professions ou fonctions sociales, et, en la détruisant, de créer une division irrationnelle de ces fonctions. La division des travailleurs en deux classes, celle des manœuvres et celle des ingénieurs, celle des dirigés et celle des dirigeants, est tout à la fois irrationnelle et injuste. L’inégalité des salaires entre les diverses fonctions sociales est injuste, puisque ces fonctions sont également utiles, et que par leur division nous sommes tous associés dans la production. Personne ne peut dire qu’il produit seul. Le forgeron, le tailleur, le cordonnier, etc., etc., coopèrent avec le cultivateur au labourage de la terre, de même que le cultivateur coopère à la fabrication de leurs produits. Le manœuvre est coopérateur dans le travail de l’ingénieur, comme celui-ci est coopérateur dans le sien.
      « En France, vingt millions de travailleurs, répandus dans toutes les branches de la science, de l’art et de l’industrie, produisent toutes les choses utiles à la vie de l’homme ; la somme de leurs journées égale, chaque année, par hypothèse, 20 milliards ; mais à cause du droit de propriété et de la multitude des aubaines, primes, dîmes, intérêts, pots-de-vin, profits, fermages, loyers, rentes, bénéfices de toute nature et de toute couleur, les produits sont estimés par les propriétaires et les patrons 25 milliards : qu’est-ce que cela veut dire ? Que les travailleurs qui sont obligés de racheter ces mêmes produits pour vivre doivent payer 5 ce qu’ils ont produit pour 4, ou jeûner de cinq jours l’un. »
      La première conséquence de ce bénéfice, c’est, en rendant la concurrence universelle impossible, de détruire l’égalité des salaires entre les diverses professions ou fonctions sociales, et, en la détruisant, de créer une division irrationnelle de ces fonctions. La division des travailleurs en deux classes, celle des manœuvres et celle des ingénieurs, celle des dirigés et celle des dirigeants, est tout à la fois irrationnelle et injuste. L’inégalité des salaires entre les diverses fonctions sociales est injuste, puisque ces fonctions sont également utiles, et que par leur division nous sommes tous associés dans la production. Personne ne peut dire qu’il produit seul. Le forgeron, le tailleur, le cordonnier, etc., etc., coopèrent avec le cultivateur au labourage de la terre, de même que le cultivateur coopère à la fabrication de leurs produits. Le manœuvre est coopérateur dans le travail de l’ingénieur, comme celui-ci est coopérateur dans le sien.

      Répondre
      • paul
        paul dit :

        euh… nan rien… mais… euh… y’a aussi les moulins à prières médiévaux des contrées hymalayennes hein…
        et puis, debian.org, c’est très populaire aussi… j’voyais ça comme un truc de gens ayant analysé comment ils se font « prolétariser » et qui du coup, s’organisent pour se « déprolétariser »… juste comme ça hein…

        Répondre
        • saxo
          saxo dit :

          Joël :
          « Je pense que le manichéisme étatique doit se combattre par un manichéisme individuel »
          C’est marrant, je pense à peu près la même chose, mais à chaque fois que j’en fais part, je passe pour un individualiste… :/

          Répondre
      • smolski
        smolski dit :

        Oups paul, il y a maldonne, je me suis mal exprimé.
        J’apprécie beaucoup tes interventions sur le sujet et j’en partage l’essentiel, juste je tente de mettre en avant que la culture de l’élite est un carcan dont le prolétariat peut se défaire sans se diminuer et retrouver ses valeurs propres en les imposants là où il se situe socialement.

        Pour l’australien natif de mon historiette, les circonstances religieuses sont une réappropriation de son espace vital en utilisant la législation autorisant la coutume.
        Ainsi, en pratiquant sa religion sur un parking, cet homme rappelait à la police qui l’encerclait sans pouvoir s’interposer et aux habitants de la ville spectateurs qu’ils n’étaient tous qu’invités dans l’espace du natif et non l’inverse.
        D’une manière adjacente, cela permet aussi au natif de conserver son droit de vivre là où il se trouve, le renforce dans sa détermination et qu’importe que cela se passe par le jeu de la religion pourvu que cela soit affirmé.

        Les thibétains le font, les indiens d’amérique le font, les noirs des us le font par exemple en s’agenouillant ostenciblement lorsque l’hymne américain est interprété lors des évènements sportifs, etc…

        Ce n’est pas pour la pratique religieuse ou par fanatisme mais pour le signifiant d’exister pour eux et pour tous qu’ils agissent ainsi, transcendant les valeurs et pratiques imposées par les élites.

        Je pense que le manichéisme étatique doit se combattre par un manichéisme individuel et un rejet constant des signifiants du premier : méritocratie et autres falbalas comprises…

        Répondre
        • paul
          paul dit :

          aaahhh, ben merci de cette précision Joël, car c’est un peu plus clair ainsi.
          ceci étant, je conçois mieux l’intérêt pour cette stratégie de défense et de recentrage sur ce qui structure, au delà de l’idéologique. toute fois, si cela peut avoir une efficacité quant à la personne, compte tenu de l’habileté machiavélique, ou manipulatrice insidieuse, du système « spectaculaire », je ne suis pas « convaincu » que ni le public que la personne prend à témoin, ni le groupe de référence de la personne, ni la personne elle-même ne s’en sorte autrement que de façon ponctuelle. Le public pris à témoin y est encore au spectacle, va certes réagir « subjectivement », mais par effet de groupe, ou d’inscriptions diverses dans les positionnements orchestrés par le système global, va se conformer, y compris dans une position de contestation « autorisée » par le système qui s’y entretient…
          le gars rentre chez lui, puis rigole du « bon tour » jouer aux policiers… ok, sur le moment, ça marche. mais au delà, qu’est-ce que cela change pour sa vie, celle de son voisinage… ? je ne sais pas.
          j’ai l’impression qu’on fait le « jeu » de ce « manichéisme étatique »…
          en revanche, quand on s’organise pour se former collectivement à construire ces moyens de productions (ok, j’suis structuraliste par formation scientifique initiale, donc de façon logique, marxiste en matière économique et politique, et lacanien en psychanalyse… donc bon, pas anar…), on se centre sur la « valeur » travail, c’est à dire co-construction évaluée de façon empirique directe, et là, on observe que des « choses » s’institutionalisent dans les intersubjectivités autour des nécessités de rapports d’échanges « co-productifs ». ça rejoint les thérapies institutionnelles de Jean Oury. d’où mon exemple à propos de debian.org. bon, j’pourrais dire R. Stallmann plus que Torval… mais chipotons pas… ceci dit, c’est pas « populaire » du tout, de fait. la fascination de la plus part des humains de toutes conditions, en dehors de certaines positions exceptionnelles de défaites (culturelles, économiques, subjectives…) ne laissant plus d’espoir autre que celui de « re-trouver » un essentiel, (faut-il en arriver à ce genre de défaite pour « prendre conscience » : je ne le « pense » pas.) fascination pour le « modèle » du « vainqueur », ou du dominant de sa propre culture, fait que l’écrasante, l’étouffante,… majorité préfère, par exemple, racheter en super-marché un bourin sous windaube, plutôt que de passer des soirées à potasser des bouquins, des tutoriels, en ligne de console… c’est juste un exemple. mais dans d’autres articles d’agnes, je repense à cette histoire de tondeuse à gazon, ben ce sont les mêmes mécanismes « désespérants » que je relève.
          ça veut pas dire que ce soit des « minorités » agissantes qui puissent « motiver » mettre en mouvement des évolutions.
          mais qu’avant tout, y compris pour la recherche de cet essentiel structurant, ce qui nous fait « être », il faille, il y ait nécessité, besoin, contrainte, discipline, à la fois d’échange, de discrétion (sortir du spectacle), et patience. ce dernier « truc », la patience, c’est le plus difficile, parce que ce qui nous mine dans ce chemin, pas libre du tout, car tout de discipline, quasi monastique, et souvent très seule, c’est la fatigue, la tentation, pas tant du « mal », c’est à dire de la domination, mais de la facilité…
          ce qui induise par ailleurs, que cette dé-prolétarisation soit une autre forme d’élitisme donc la pente délétère soit une autre forme d’orgueil. parce qu’elle peut induire à se « choisir » une identité s’inventant ses hiérarchies de valorisation, donc nouvelles méritocraties… l’exemple debian en présente beaucoup… (bon, ça m’empèche pas de n’utiliser que ce truc là sur mes machines… j’pense que t’avais deviné…)

          Répondre
        • smolski
          smolski dit :

          « le gars rentre chez lui, puis rigole du « bon tour » jouer aux policiers… ok, sur le moment, ça marche. mais au delà, qu’est-ce que cela change pour sa vie, celle de son voisinage… ? »

          Quand on te dénie ton référent intime, le fait de l’imposer aux autorités oppressantes marque ta personnalité et la renforce communautairement.

          Il y a actuellement des docs sur arte à propos de Mandella et Winnie.
          On peut y voir en action, et la méthode intellectuelle de Madiban qui le mène au procès, et la méthode empirique prolétarienne de Winnie qui conduit le combat de libération en ne se réfèrant qu’au peuple.

          Au final, c’est bien la méthode de cette dernière qui fit de Mandella le chef du gouvernement aux élections suivantes par l’inscription massive du prolétariat au vote parce que l’identifiant politique direct de l’ANC était la prolétaire Winnie et non l’avocat Mandella.
          Ce dernier, en fait, ne faisait que la représenter dans la communauté.

          Je ne discorde pas les deux actions, mais je souligne ici combien le prolétariat porte sa vérité, celle qu’on lui dénie habituellement.

          Je cite un extrait à l’élection du dernier Premier ministre de l’appartheid :
          « J’ai la responsabilité de tous ceux qui ont voté pour moi, et aussi de celles de tous ces barbares incultes qui ne sauraient se conduire dans ce pays sans nous. »

          😀

          Répondre
  10. Etienne
    Etienne dit :

    Je serai bref, comme disait Coluche dans les années 80,
    « Pendant que je suis là, debout, en train de vous distraire, mon producteur se fait la malle avec la caisse »
    Après chacun est libre d’apprécier la distraction à sa juste valeur et au plaisir qu’il en retire, si les ficelles de de la maison de papier sont une mise en abîme du vole de notre temps en échange d’argent (et par conséquent de notre avenir), eh ben alors Dallas, c’était quoi ?
    En fait tout est vol de temps contre de l’argent, le musée du Louvres, pour le gars qui accompagne un ami et qui s’y fait royalement chier, le scandale politique, pour le smicard qui trime et que ça énerve. Alors si il y a des voleurs de temps, c’est qu’il y a du temps à voler.
    Du temps libre, comme tout ce qui appartient à la communauté et qui nous est volé par ceux qui détiennent le pouvoir et la force.
    Alors reprenons notre temps, ainsi, on nous le volera plus.

    Répondre
  11. smolski
    smolski dit :

    « si il y a des voleurs de temps, c’est qu’il y a du temps à voler. »

    Le braquage de temps ne se fait pas sur du temps disponible, il opère comme les intérêts se propagent sur un compte déficitaire, c’est à dire qu’il détruit toute résolution possible.
    C’est en fait le principe même du système monétaire, démunir de tout, tous les prolétaires, les gains ne sont qu’un avantage collatéral pour les pouvoirs qui s’y emploient.

    Je rectifie donc, le :
    « reprenons notre temps, ainsi, on nous le volera plus. »

    En : Dépensons largement tout notre temps de vie sans compter, il n’y a rien d’autre dans notre existence qui ne nous appartienne réellement en propre.

    Répondre

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *