De la normalité en temps de crise

T’inquiètes maman, c’est pas grave : tous mes copains savent que j’ai une mère space !

Juste avant l'accrochage de l'œuvre de Daniel BAMBAGIONI à la Galerie Bleue

Juste avant l’accrochage de l’œuvre de Daniel BAMBAGIONI à la Galerie Bleue

J’ai récupéré la gosse au collège en fin de matinée, ce mardi. Plus de profs en vue, pour cause de formation. Ce n’est pas trop grave, cette demi-journée buissonnière, ce n’est que la deuxième depuis le début de l’année. Dans l’autre collège, celui où elle ne va pas, c’est endémique, les absences de profs et tout le monde se démerde pour gérer un emploi du temps à trous variables et permanents. L’autre jour, je suis passée saluer les parents d’une de ses amies de primaire. Elle n’aime pas le collège : trop de monde dans sa classe, trop de bruit et plus assez de profs. J’ai cru comprendre qu’elle en est au deuxième prof de math depuis le début de l’année. Là, c’est une vacataire espagnole qui rame pour parler français et qui ne parvient même pas à faire semblant de tenir sa classe. Mais il y a deux autres profs qui vont disparaître en congés maternité. Bizarrement, alors que c’est très prévisible, le collège semble très dépourvu quand la ponte est venue. Bref, la copine rame déjà dans sa scolarité après seulement trois mois d’anarchie, mais il parait que c’est normal, à présent.

Pour récupérer la gamine, je dois me présenter à la vie scolaire. C’est en traversant la cour à grands pas que j’ai salué les autres enfants de sa classe. Finalement, elle s’est bien intégrée, on dirait. Les autres bourdonnent autour d’elle, l’interpellent, lui font un petit signe alors que je l’entraine dans mon sillage.

Dans le hall, je remarque que les nouvelles toiles sont arrivées.

C’est aussi ça, le collège de ma fille : une galerie d’art au milieu des enfants, un espace ouvert que l’on traverse ou où l’on s’attarde, c’est selon. C’est la magie de l’endroit : je vais assister à un accrochage en direct, sans tôle froissée. J’ai sorti l’appareil photo en me disant que cela fera une bonne accroche pour présenter la nouvelle expo de la Galerie Bleue. Je me dis aussi, en passant, que je vais encore avoir vachement besoin du vernissage et de la rencontre avec l’artiste pour comprendre son œuvre.

Ma fille ronchonne un peu : profitant de toute cette liberté, je lui ai proposé que nous passions une journée entre filles, sans montre, sans écrans, sans autre but que de voir si dans les magasins qui annoncent déjà la deuxième démarque, il n’y aurait pas quelques petites choses à vil prix qui me permettraient de vêtir cette grande nana trop vite montée en graine. On prend si peu souvent le temps de faire des choses ensemble, finalement, même si on dine tous les soirs dans la cuisine isolée du brouhaha du monde. Bientôt, elle n’aura plus envie de passer plus de temps avec nous. Mais ce n’est pas encore maintenant.

Comment ça, je suis space ?

Ben spéciale, quoi !

Oui, ça, j’avais compris, je ne suis pas encore vieille et décatie à ce point-là !

Nous roulons sur la toute nouvelle bretelle à 27 millions d’euros, celle qui permet aux élus du coin d’annoncer que le Gers aussi a un accès autoroutier. Je lui ai demandé si elle supportait encore d’être vue avec moi au bahut et c’est là qu’elle m’a balancé ça dans les gencives.

La nouvelle normalité : un magasin vide pendant les soldes

La nouvelle normalité : un magasin vide pendant les soldes

— Ben, pas normale !

— Je ne suis pas normale ? Mais c’est que ça m’intéresse bougrement, cette histoire ! Qu’est-ce que ça veut dire, pour toi, être normale ?

— Et voilà ! Je savais qu’il ne fallait pas te dire ça. Et que tu allais me poser plein de questions. Tu vois, justement, comme ça !

— D’accord, mais j’aimerais foutrement bien savoir ce que c’est, pour toi, être normale !

— Et bien, être normale, c’est quand la mère se lève tôt le matin pour préparer le petit déjeuner à ces enfants, puis qu’elle reste avec eux pour les écouter, qu’elle s’occupe d’eux…

— Ah, c’est ce que doit être une mère normale, pour toi !

— Oui, non, ‘fin, tu vois…

— Une mère normale, c’est une nana qui est au service de ses enfants, c’est ça ? Et tu en connais beaucoup des mères normales ?

— Mais non, ce n’est pas ça. Bon, oublie le petit déjeuner…

— Ouais, on va l’oublier, ouais…

— Elle écoute ses enfants, elle leur parle…

— Hum, hum…

— Non, mais pas comme ça, pas comme toi. Tu vois, c’est pas pareil…

— Oui, une mère normale, c’est une mère pas comme la tienne. Une mère comme celles de tes copains, donc.

— Ouais, enfin, bon… les parents de mes copains que je connais, ils sont encore plus space que toi…

— En fait on est tous différents du bon gros chichton de la mère parfaite des années 50, quoi !

— Et voilà… tu recommences !

— Mais en fait, c’est quoi être normal, pour toi ?

— Ben, là, je ne sais pas.

— Est-ce que tu es normale ? Est-ce que tu te sens normale ? Est-ce qu’il n’y a pas plein de manières différentes d’être normal ? Peut-être que, finalement, la normalité, c’est la diversité, c’est la manière que chacun d’entre nous a d’inventer ses différents rôles. Je suis ta mère à ma façon, je suis une amie comme je peux l’être, une femme, une fille… Du coup, ça ne veut plus dire grand-chose que d’être normal. À la limite, les gens trop normaux, il faudrait s’en méfier.

— Ouais, mais quand même, tu vois, cette façon de discuter, c’est un peu pas normal, quand même…

— D’un autre côté, tu vois, les mères courages qui sont derrière leur gosse chaque heure de leur vie, qui sont toujours prem’s pour toutes les élections de parents d’élèves, qui connaissent les 2000 façons d’animer un gouter d’enfants, qui font taxi-maman dès qu’elles ont une minute de libre, perso, je les ai toujours trouvées un peu zarbies, assez angoissantes. C’est cool d’avoir une maman aussi dévouée… mais aucun gosse ne se demande ce qu’elles deviennent quand le petit dernier est parti faire sa vie…
En fait, tu vois, on est toujours le « pas normal » de quelqu’un.

— Moi aussi, j’ai été pas normale.

— Ah bon ? Quand tu avais ta trichotillomanie ?

— Non, pas ça… quand je ne supportais pas de porter un jean.

— Heu… ouais… enfin, bon, ce n’était pas important…

— Oui, mais, tu vois, j’étais la seule. Tous les autres, ils portaient des jeans.

— Ah oui, forcément, ça doit être ça, être pas normal… juste ne pas faire comme tout le monde.

Alors, aujourd’hui, j’ai fait un truc normal : je suis allée acheter du lait au supermarché. Pousser un charriot vide entre des allées qui dégueulent de marchandises, c’est une certaine idée de la normalité. C’est aussi un truc puissamment chiant. Mais c’est aussi le moment où l’on rencontre des tas de gens normaux, rassurants, qui se font au moins autant chier que nous sous les néons blêmes et la musique criarde.

— Ben, tiens, ça faisait longtemps ! Tu vas bien ?

— Tu sais, en ce moment, c’est dur.

— Ah bon ? Les gosses vont bien ? Ton mari itou ? C’est le boulot ?

— Ah oui, ça, ça va. Mais tu vois, j’ai enlevé mon badge ce matin, et depuis, je ne me sens pas bien.

— Ton badge ?

— Oui, je m’en étais fait un, pour les marches et tout ça et tu vois, de le porter, ça me rassure.

— …

— Quand je pense à tous ces cons qui dénigrent, vraiment !

Je commence à comprendre de quoi elle parle et je n’arrive même pas à grommeler un truc intelligible.

— Mais tu vois, les gosses, ils ont parfaitement tout compris et ils sont à fond. Et ça, ça me réchauffe le cœur !

J’ai l’impression que ma mâchoire pèse juste une tonne et je sens qu’il faudrait que je dise un truc, ou plutôt non, qu’il ne faut absolument pas que je dise quoi que ce soit. Parce que là, je suis juste dans la quatrième dimension. En fait, on est tous dans la quatrième dimension et comme tous les gens qui y sont paumés, on ne se rend compte de rien jusqu’au moment où l’on est submergé par un insondable malaise poisseux.

— Oui, mes gosses, ce sont de bons petits républicains, de vrais petits républicains, tu vois. Et je suis vraiment très fière d’eux.

Et là, effectivement, je commence à me sentir vraiment, vraiment space.

58 réponses
  1. Karl-Groucho D.
    Karl-Groucho D. dit :

    « après seulement trois mois d’anarchie »
    Non, l’anarchie, c’est PAS le bordel, au contraire, « c’est la plus haute expression de l’ordre » comme l’écrivait de bon Élisée Reclus ;-))

    K.-G. D.

    Répondre
  2. Sombre hermano
    Sombre hermano dit :

    Le mieux après avoir lu tes articles seraient de se retrouver dans un cani devant un ballon de rouge (ou tout autre boisson qui réchauffe) pour discuter. Mais attention, on risquerait de passer, aux yeux du taulier et des autres consommateurs de passer pour des gens pas « normaux ». La vie que nous menons remplit rarement notre coeur et le plus souvent nos poubelles. À votre bonne santé, les ami-e-s !

    Répondre
  3. Un partageux
    Un partageux dit :

    Et tous les « pas normaux » pas assez comme tout le monde, pas assez laïcs, pas assez républicains, pas assez nationalistes ou pas assez je ne sais trop, on en fait quoi ? En maison de redressement ? En camp ? En chambre à gaz pour une solution finale ?

    Quand je vois qu’il devient même difficile de faire réfléchir sur la genèse de la construction d’une émotion collective, je m’inquiète beaucoup… http://partageux.blogspot.fr/2015/01/je-suis-remi.html

    Quand je vois ce que d’autres qui essaient de sortir du discours stéréotypé, prennent sur la gueule, ça ne nous donne pas grand espoir d’échapper à de nouveaux conflits.
    http://partageux.blogspot.fr/2015/01/nous-ne-sommes-pas-charlie.html

    Répondre
  4. Clocel
    Clocel dit :

    Elles sont marrantes, les belettes…
    L’entrée au collège, ou peu après, c’est l’age où elles s’envolent, laissant les mecs sur place, une maturité qui s’affirme, un besoin de responsabilités, (du mou dans la laisse, ou du moins, l’impression!), l’esprit délié qui s’affûte sur « l’adulte » empêtré dans son quotidien et ses contradictions…
    Après viendra l’ado, casse-couilles et flippant, bouffeur d’énergie, grand « useur » de patience, qui sans cesse nous pousse à contempler notre propre sillage… Quel emmerdeur, j’étais…
    Ce corps qui prend une dimension énorme, ces questions qui n’attendent plus de réponses orales, tout est pesé dans la plus grande confusion, l’oracle, (camarade un poil plus avancée, croit-on!) est pris d’assaut, temps où le père doit rester disponible et, discret…
    Les mômes, quoi, notre seul et unique grand-œuvre ici bas…
    Loupe rien Agnès, ça va vite, trop vite, bientôt vient le temps de …
    – Tu te souviens de…?
    Oui, je me souviens, et c’est même sacrément bon de voir avec les yeux du dedans, ce n’est pas Georges Perec qui prétendra le contraire…

    Répondre
    • Eugène
      Eugène dit :

      Bonjour cloclo,
      tu es complétement dans le bourrage de crâne lorsque tu interviens sur l’article Bon débarras.
      Heureusement que Smolski est là pour te remonter ta culotte.

      Répondre
  5. Wood
    Wood dit :

    Ah, je m’en souviens, du collège, et de cette obsession de la « nomalité ». Porter des fringues normales, parler « comme tout le monde », ne pas être trop bon en classe mais pas trop mauvais non plus, et surtout avoir une famille normale. Avec le recul, je crois qu’on avait tous secrètement honte de nos parents.

    Répondre
    • Agnès Maillard
      Agnès Maillard dit :

      Elle n’a pas honte. Elle-même cultive pas mal de bizarreries par rapport à ses petits camarades. Disons que, pour l’instant du moins, je ne dégage pas encore le genre de bizarrerie qui donne honte aux gosses.

      Répondre
  6. Globule Blanc
    Globule Blanc dit :

    Nouvelle mesure pour notre sécurité à tous :

    Tous les réfractaires à la méga-piquouse Charlie devront pointer tous les matins à 7h à la gendarmerie du bled.

    Non mais va falloir marcher à un pas normal, maintenant ! Terroristes, va !

    Répondre
  7. saxo
    saxo dit :

    🙂
    Moi aussi, quand j’ai pas voulu adopter le « badge », il a fallu que je m’explique…
    C’est chiant la normalité.
    Mais quel rapport avec la crise?

    Répondre
    • Bracam
      Bracam dit :

      En fait, chiant est devenu la norme, qualificatif et nom propre, racine du verbe. C’est vrai, la normalité est triste.

      Quant à la poésie et les arts évoqués plus haut, je crains qu’ils ne finissent au petit coin, comme les mauvais élèves.

      Répondre
  8. Swâmi Petaramesh
    Swâmi Petaramesh dit :

    Bah, Srî Minîshiva, acculé à l’aveu, a fini par dire l’autre jour à la Sorcière de la Montagne et Ma Sainteté que ce qu’il voudrait, en fait, ce sont des « parents normaux ». On a beau avoir tout fait pour lui expliquer que les normaux, ça pue violemment des pieds et surtout de la tête, il est à l’âge parentnormauxphile, tu sais, celui où les parents du copain y z’ont un écran plasma d’un mètre vingt dans leur maison bien cubique toute propre avec une voiture neuve en leasing sur 48 mois dans le garage et où la maman du copain elle fait des gâteaux pour la sortie du collège et où le copain il a la PS/4 et la Xbox et l’iPhone et où tout le monde s’adonne à l’endive, comme aurait dit le grand Pierre…

    « Endive n.f. L’homme qui s’adonne à l’endive est aisément reconnaissable, sa démarche est moyenne, la fièvre n’est pas dans ses yeux, il n’a pas de colère et sourit au guichet des Assédic. Il lit Télé 7 Jours. Il aime tendrement la banalité. Aux beaux jours, il vote, légèrement persuadé que cela sert à quelque chose. »
    — Pierre Desproges

    Répondre
    • Agnès Maillard
      Agnès Maillard dit :

      Je crois qu’ils veulent tous des parents imaginaires, des produits de la pub bien archétypaux qui sourient dans leur maison Ikéa tout en attendant l’ami Ricoré. Je crois que le pire, c’est que certains les ont, ces parents-là… 😉

      Répondre
      • Swâmi Petaramesh
        Swâmi Petaramesh dit :

        Exactement ça, le tout dans des couleurs pastel lumineuses, le papa (cadre dynamique quadra avec serviette), la maman (blonde, trentenaire, en robe, jolie sans être sexy), les 3 nenfants (blancs, l’adote avec l’appareil dentaire) bien propres sur eux, le chien (gentil), le pavillon (Kouffeman & Borat) et le SUV (hybride) qui pointe son museau hors du garage…

        Qui l’eût cru, nos gosses voudraient-ils vivre dans une pub de banque/assurances ?

        Répondre
          • Swâmi Petaramesh
            Swâmi Petaramesh dit :

            Voilà, tu peux te vanter d’être arrivée à me faire flipper en une ligne et demie, ce qui mérite le Guinness :-\

          • Patrick
            Patrick dit :

            Euuh… la plupart des gens tuent déjà beaucoup pour avoir ça. Mais comme on ne leur dit pas dans la pub ils ne le savent pas. Et ne voudrait, pour la plupart, de toutes façons pas le savoir. C’est loin, tous ces pays qu’on pille depuis si longtemps qu’on en a oublié jusqu’à la nature même de ce pillage.

            Par chez moi (au pays de l’ISF, le 78), il y a déjà un bon moment que les 4X4 ont pris massivement la couleur des véhicules de la guerre urbaine : noir, avec les vitres teintées.

  9. laki
    laki dit :

    Avec Normal 1er normal de devoir être normal.

    L’impératif de la normalité c’est le principe du surmoi en psychanalyse ou celui du surhomme ou saint dans les divers fascismes athées ou religieux.

    Répondre
    • laki
      laki dit :

      Tout le monde tient le beau pour le beau, – C’est en cela que réside la laideur. – Tout le monde tient le bien pour le bien, – C’est en cela que réside le mal.

      Tao Te King

      Répondre
  10. saxo
    saxo dit :

    Iaki : « Avec Normal 1er normal de devoir être normal. »

    🙂

    bien vu.

    Par contre, pour le reste… C’est de la maxime à 2 balles (j’en fait aussi, « la vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », et hop, le tour est joué).

    Répondre
    • laki
      laki dit :

      « la vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité »

      Ça effectivement, ça vaut pas un clou et n’a rien à voir avec ce qui précède.
      Donc tu fais en plus des remarques à 2 balles.

      Répondre
      • saxo
        saxo dit :

        hum, merci pour ton appréciation, la mienne valait effectivement ce qu’elle valait, elle ne faisait que reprendre :
        « L’éveil, c’est qu’il n’y a pas d’éveil. »
        Et ça, c’est pas moi qui l’ai écrit…

        Répondre
      • saxo
        saxo dit :

        Quant à
        – « La figure du sage, du gourou, dans les philosophies orientales relève du même principe fascistoide, ce qui fait le beurre des sectes. »

        C’est assez péremptoire…

        Que sais tu de la sagesse dans les philosophies orientales au juste?
        la « sagesse » est une quête personnelle (qui relève plus de la psychanalyse), il me semble, non pas un principe sectaire fascisant imposé par un gourou.

        Rien à voir avec la norme. Etre sage, si ça veut dire quelque chose, c’est être libre, non pas être dans la norme.

        Répondre
        • laki
          laki dit :

          La psychanalyse n’a strictement rien à voir avec la sagesse.

          Tu es à peu près aussi ignorant de ce qu’est la psychanalyse que de ce qu’est la sagesse. A la limite, la sagesse c’est pas d’être libre, c’est de savoir qu’on est pas libre, la docte ignorance. Mange ton foin, je passe mon chemin.

          Répondre
          • saxo
            saxo dit :

            eh beh.
            Inutile d’argumenter, passe donc ton chemin.
            Ton point de vue valant pour vérité.
            En bon ignorant, je te salue.

          • laki
            laki dit :

            Ton problème, c’est que tu n’as pas d’arguments, tu n’as que des mythologies de sagesse, des idoles de sagesse du même ordre dogmatique que les religions.

  11. Koan
    Koan dit :

    Dès lors qu’on a au moins un enfant, il est inutile de se poser de questions. C’est la norme. Tout le monde fait ça. C’est comme ça, ça la toujours été et tant pis pour ceux qui ont été forcés à exister et à mourir dans un monde tel que le nôtre et qui n’ont rien demandé.

    Répondre
    • Eugène
      Eugène dit :

      Il y en a qui s’appellent
      Aimé Bienvenu ou Désiré
      moi on m’a appelé Destiné

      Je ne sais pas pourquoi
      et je ne sais même pas qui m’a donné ce nom-là

      Mais j’ai eu de la chance
      On aurait pu m’appeler
      Bon à rien Mauvaise graine Détesté Méprisé
      ou Perdu à jamais.

      Jacques Prévert

      Répondre
  12. smolski
    smolski dit :

    « L’économie suppose une division entre des sphères différentes du comportement humain. […] Cette division est rendue possible par des dispositifs institutionnels très particuliers : l’existence des avocats, des prisons et de la police pour garantir que même ceux qui ne s’aiment guère, qui n’ont aucune intention d’entrer dans des relations suivies et qui visent uniquement à s’emparer du plus grand nombre possible de biens de l’autre, s’abstiendront de recourir au moyen le plus évident (le vol). Ce qui nous permet ensuite de postuler que la vie est nettement divisée entre le marché, où nous faisons nos courses, et la « sphère de consommation », où nous nous intéressons à la musique, aux fêtes et à la séduction. Autrement dit, la vision du monde qui fonde les manuels d’économies, et qu’Adam Smith a si puissamment œuvré à diffuser, s’est aujourd’hui tant intégrée à notre sens commun que nous avons bien du mal à imaginer toute autre configuration possible. »

    David Graeber

    Répondre
  13. smolski
    smolski dit :

    @Eugène
    Je le cite parce que je le découvre et que j’y trouve beaucoup de réponses aux questions sociales du moment, notamment le formatage de notre pensée par le modèle économique que nous subissons. J’allais ajouter : « sans le prendre vraiment en compte… » en compte… comme quoi, hein !
    🙂

    Ors, ce modèle économique fondé sur la monnaie mène inévitablement à une société esclavagiste justifiée par l’établissement d’une dette exactement calculable.
    Ainsi d’un salaire par exemple qui ne représente pas le produit créé ni même les individus en relation pour la création de ce produit mais uniquement une dette contractée arbitrairement entre le patron et l’employé par la loi injustifiable du marché, celle de l’offre et de la demande.
    Enlevons la monnaie de la relation et du coup nous enlevons le salariat ainsi que l’esclavagisme qu’il représente. Il ne reste alors que des individus unis pour la création d’un produit mis en commun et la raison de ceux-ci pour la mener à bien.

    C’est en gros (j’ai pas fini d’étudier l’bouquin) ce qui ressort des études menées par David Graeber dans son livre : « La dette – 5000 ans d’histoire ».
    😀

    Répondre
  14. saxo
    saxo dit :

    Joël,

    « la loi injustifiable du marché, celle de l’offre et de la demande. »

    injustifiable?

    L’offre et la demande c’est basique, ça n’a même pas besoin d’argent pour exister. On peut la traduire par « plus quelque chose est abondant, moins il est nécessaire de faire d’effort pour y avoir accès et inversement. »

    C’est sa traduction en terme d’abord d’échange, puis de monnaie qui est discutable. Et encore, dès lors qu’on explicite le fonctionnement d’une monnaie il n’y a aucun problème à la formuler.

    Ce que tu remets en cause, ce n’est pas la loi de l’offre et de la demande. Ca n’a rien à voir. C’est la nécessité du système d’échange (auquel tu opposes système de partage).

    Répondre
    • smolski
      smolski dit :

      saxo : « L’offre et la demande c’est basique, ça n’a même pas besoin d’argent pour exister. »

      Ah tu as raison saxo, en fait je me suis aperçu après coup qu’il manquait le mot « moral » dans la phrase telle que je l’entendais.
      Tu me donnes l’occasion de le faire là :

      « Ainsi d’un salaire par exemple qui ne représente pas le produit créé ni même les individus en relation pour la création de ce produit mais uniquement une dette contractée arbitrairement entre le patron et l’employé par la loi « moralement » injustifiable du marché : celle de l’offre et de la demande, à l’inverse d’une économie non monétaire qui se justifie elle par la moralité des individus qui la pratique, notamment par une gestion non plus d’une dette calculable mais par un crédit auquel on n’est redevable que par la nécessité des uns et des autres. »

      À propos de la loi de l’offre et de la demande, je parle de celle appliquée sous la monnaie.

      saxo : « L’offre et la demande c’est basique, ça n’a même pas besoin d’argent pour exister. »

      Sans monnaie les surplus ou les pénuries de production sont inconcevables, pourquoi les pratiquer sans intérêt pour personne ?
      On peut penser au contraire que cette loi du marché est intimement liée à la calculabilité offerte par la monnaie, cette dernière transformant quoique ce soit en loi économique avec intérêt, puisque c’est sa fonction.

      Répondre
      • saxo
        saxo dit :

        moral 😉

        Ca fait référence à quoi? à quelle morale?

        J’ai été recalé au concours d’instits (y’a un bail) pour avoir soutenu qu’il n’existait pas de morale laïque (j’avais une haute opinion de la laïcité), puisque, toute morale étant dogmatique par essence, elle relevait du religieux…

        L’offre et la demande, ça sert à expliquer comment les prix s’équilibrent, et comment la production s’ajuste à la demande dans un système d’échange sans entraves.
        Ca n’a rien à voir avec une quelconque morale (justement) et ça ne le prétend pas.

        On peut argumenter qu’un système d’échange sans entraves ça n’existe pas, ou encore que ce qui résulte de l’application de cette loi n’est pas nécessairement favorable à la société, mais la notion de « justifiabilité » (tu l’as qualifiée d’injustifiable) m’échappe quelque peu.

        La critique vaut plus pour le système d’échange que pour la loi de l’offre et de la demande qui y est intrinsèquement liée.

        Répondre
    • smolski
      smolski dit :

      saxo : « [la loi du marché – l’offre et à la demande] n’a rien à voir avec une quelconque morale (justement) et ça ne le prétend pas. »

      Exactement, nous sommes bien d’accord sur ce point. Pas de problème.

      Disons qu’une dette calculable est ammoral parce qu’elle rend l’emprunteur esclave (en n’étant plus son égal) du prêteur selon les termes d’un contrat d’obligations de l’un envers l’autre, alors qu’un emprunt non quantifiable amorce une relation d’entraide par le crédit moral qu’il établit entre égaux.

      La Jeanne, la Jeanne,
      On la pai’ quand on peut des prix mirobolants
      Un baiser sur son front ou sur ses cheveux blancs,
      Un semblant d’accord de guitare,
      L’adresse d’un chat échaudé
      Ou d’un chien tout crotté comm’ pourboire…

      Où se tient la morale demandes-tu ?
      Dans toi-même.

      Répondre
    • smolski
      smolski dit :

      « C’est la monnaie qui nous a permis de nous imaginer comme nous incitent à le faire les économistes : un ensemble d’individus et de pays dont l’activité principale consiste à l’échange des choses.

      Il est clair aussi que la simple existence de la monnaie n’est pas suffisante pour nous permettre de voir le monde de cette façon. Si elle l’était, la science économique aurait été créée à Sumer dans l’Antiquité, ou du moins bien avant 1776, l’année de publication de la Richesse des nations d’Adam Smith.

      Le facteur manquant, en fait, est justement celui qu’Adam Smith tentait de minorer : le rôle de la politique de l’État. »

      David Graeber
      Dette – 5000 ans d’histoire

      @ Agnès : me suis gourré de post précédemment, tu peux l’effacer si cela te convient.

      Répondre
  15. Eugène
    Eugène dit :

    Bouclé dans une clinique neurologique
    Pieds et poings liés et tabassé
    voilà qu’un maître de la critique
    veut m’encenser ou m’éreinter

    à droite le style, à gauche les formes
    Par ici métaphore par là contraste
    Mon Dieu, qu’on est tous aux normes
    Aujourd’hui personne n’est faste

    Sergueï Tchoudakov

    Répondre

Trackbacks (rétroliens) & Pingbacks

  1. […] de Hara-Kiri. Les temps ont un peu changé. C’est indéniable. La pensée et l’écriture, dans notre pays laïc exempt de références religieuses, ne sont plus entravés. Il y a bien de […]

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *