Breaking Bad

C’est l’histoire d’un brave type qui comprend un jour un peu brutalement que ce ne sont jamais les braves types qui gagnent, à la fin.


PoussesCes dernières années, les séries TV américaines ont porté le récit fictionnel à un niveau d’excellence que l’industrie du cinéma, engluée dans la recherche du profit maximum — avec le minimum de risques artistiques ou intellectuels — serait bien en peine de seulement rêver au plus sombre des salles obscures en voie de désertification avancée, malgré la mode déjà aux trois quarts morts-nés du numérique 3D. Parce que l’exploit technique ne pourra jamais rien face à la puissance du récit, à l’acuité glaçante d’une critique sociale et civilisationnelle que seules des séries sans concessions peuvent atteindre aujourd’hui.

Alors que les Bobolywood du monde entier espèrent encore nous faire rêver avec leur saloperie de morale de contes de fées à deux balles, des séries percutantes et extrêmement bien faites s’offrent le luxe de nous tendre le miroir de notre propre déchéance, d’égrener à un rythme infiniment long et précis, la chronique d’une civilisation bouffie d’elle-même qui n’en finit pas de crever tout en faisant ressortir ce qu’il y a de pire en nous. Déjà, j’avais pris une baffe magistrale et désenchantée avec l’excellente série The Wire, magnifique portrait très documenté de la décomposition de la société américaine à travers les destins croisés de dealers, de flics désabusés, de politicards prisonniers de leurs promesses et compromis et de tout un tas de gens qui tentent seulement de surnager dans un océan de merde et qui coulent invariablement, parce que cela est dans la nature du système, de briser les meilleures bonnes volontés jusqu’à en faire le terreau de la violence la plus aveugle et absurde, celle qui ne se trimbale pas forcément avec un flingue sur le côté, mais plutôt celle, bien polie et en costard trois pièces, qui peut décider d’un trait de stylo qui aura le droit de s’en sortir et qui perdra immanquablement la course à l’échalote. Le créateur de ce constat totalement désabusé revient à la charge dans l’élan avec Treme, une série « noire » et sans jeu de mots où la musique ne parvient nullement à adoucir la pestilence de la déliquescence accélérée du rêve occidental, tout entière résumée par le décor quasi postapocalyptique de la Nouvelle-Orléans de l’après-Katrina. Là aussi, la guerre des classes et son objectif de moins en moins éludé d’extermination des pauvres apparaît dans toute sa hideuse réalité et nous conduit à considérer le destin de l’écrivain révolté comme l’inéluctable conclusion d’un monde sans merci où la médiocrité est érigée en mètre étalon de la promotion sociale.

Breaking Bad fait juste le pas de plus, celui que bien des gens ont d’ores et déjà franchi sans vraiment oser se l’avouer, celui de la décomposition totale et irréversible de toutes les valeurs humaines qui faisaient jusqu’à présent le ciment de notre organisation sociale et qui peuvent se résumer en un seul mot : le respect. Celui de l’ordre social, de la morale, de l’autre, de soi-même, de la vie, du sens de ce que qui est juste ou pas, de l’idée, insufflée depuis le plus jeune âge aux petits des Hommes juste avant qu’ils ne sombrent dans le monde des rêves, que l’homme bon est un modèle à atteindre et que c’est toujours lui qui gagne, à la fin.
À cinquante ans, après une vie bien rangée passée à traverser dans les clous et à se comporter en bon père de famille, Walter White apprend simultanément qu’il souffre d’un cancer en stade terminal et que d’avoir été un homme rangé ne va l’aider en rien, parce que la seule chose qui compte aujourd’hui, c’est : en avoir ou pas ! Du fric. Du pognon. De l’argent. Que ceux qui en ont auront le droit de vivre et que les autres peuvent juste crever comme des chiens en laissant ceux qu’ils aiment dans la merde, thème exactement symétrique à celui développé dans l’autre série fumante, Weeds. Dans Weeds, fraîchement veuve, Nancy Boldwin comprend très vite que pour continuer à sauver les apparences dans un monde où pour exister, il faut posséder, l’argent est roi et n’a pas d’odeur. Elle se tourne donc logiquement vers la deuxième industrie planétaire en terme de volume et de chiffre d’affaires : le trafic de drogue.
Et c’est exactement le même choix radical et désabusé que va très rapidement faire Walter White : ne plus faire partie de ceux qui subissent, mais de ceux qui tirent leur épingle du jeu en se vautrant sans vergogne dans une totale absence de sens moral, lequel ressemble de plus en plus à un carcan pour maintenir les classes dominées dans la soumission et la résignation à un destin de surnuméraires décidés par d’autres.

Dans un monde strictement gouverné par deux seuls et uniques critères centraux, la propriété et la hiérarchie, toute autre considération vaguement humaniste est un ticket en aller simple pour l’enfer social, celui de l’exploitation, de la domination, de la spoliation et, pour finir, de la destruction. Ce n’est même plus marche ou crève, c’est juste une cohue générale et immonde pour choper le dernier canot en partance du Titanic et le moindre faux pas est éliminatoire.
Une fois que l’on a bien intégré les nouvelles règles du jeu, on comprend mieux l’apparent désordre du monde et on ne peut que mépriser les indignations faciles de ceux qui n’ont pas encore été rattrapés par la ligne de flottaison de la disqualification, leur dose quotidienne de bonne conscience, à raison de 10 minutes par jour, comme un jogging sur ordonnance, avant de reprendre une belle petite vie normale qui est illusoire et sans lendemain.

Parce que c’est bien là que se situe la force de cette génération de séries qui ont définitivement tourné le dos au leurre du happy end : leur perspicacité fulgurante et leur rôle presque pédagogique quant à comprendre comment tourne le monde contemporain et de quelle manière ont évolué les règles du jeu, bien loin des discours lénifiants et des manipulations médiatiques et politiciennes. Nous voilà subitement placés au pied du mur, à prendre toute la mesure du monde de cauchemar qu’ont réussi à nous accoucher 30 ans de libéralisme échevelé, bien loin des promesses de lendemains qui chantent et d’humanité rieuse, libérée de la faim, de l’exploitation et de l’iniquité.
Merci à tous ces créateurs qui partagent avec nous leur constat sans appel, avec plus de force et de pertinence que les soi-disant élites intellectuelles, depuis trop longtemps converties à l’appel de la gamelle et soumises à la voix de leur maître.

Merci à eux, même si nous savons déjà que quelle que soit l’épaisseur de la couche de lucidité dont ils parachèveront leurs œuvres, il y a fort à craindre que cela ne suffise jamais à réveiller ceux qui se sont laissés endormir et qui, engourdis par la connerie ambiante déversée à flots, elle aussi, par la boîte à cons, préfèrent une longue agonie sous anesthésie à un bref et brutal combat pour restaurer leur estime de soi sacrifiée au nom du consumérisme forcené et de l’illusion provisoire de faire partie du camp des vainqueurs.

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46 réponses
  1. Merome
    Merome dit :

    "C’est l’histoire d’un brave type qui comprend un jour un peu brutalement que ce ne sont jamais les braves types qui gagnent, à la fin."

    Un article sur Nicolas Hulot ? Ah non…

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  2. nekomiaou
    nekomiaou dit :

    Treme et The wire (deux série absolument géniale, méconnu en France, et les sous titre ont bien du mal à venir, mais viennent) sont toutes deux des séries créées par Davids Simons, le type ayant déclaré pendant la campagne d’Obama (après que le candidat ait dit apprécier The Wire) que cette série était sa façon à lui de dire "No We Can’t".

    Il a fait une mini-série en 7 épisodes aussi, "Generation Kill", qui suit une troupe de marines de reconnaissance pendant la guerre du golfe (soit 21 jours) entre erreur de commandement, approvisionnement à la con, recherche de gloriole des gradés, massacres inopiné de civil, bref dans le même genre, extrement réaliste et bien fait, et qui te fait vraiment comprendre qui si les Etats-Uniens ont la plus grosse armée du monde, c’est précisement pour ça, parce qu’ils ont la plus grosse, mais que face à un ennemi sérieux (genre le Japon de 1940, je l’ai vu juste après The Pacifique), ils ce feraient plier….

    Bref, ce mec est très très bon, et me rend bien content d’habiter en France (et encore plus opposé à Nabotléon, qui voudrais faire du pays un USA bis), je jetterais un oeil sur Breaking Bad, et regarde génération kill si tu ne l’as pas encore fait!!!

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  3. Souleymane
    Souleymane dit :

    ça fait vraiment un choc d’apprendre que c’est pas toujours le bon qui gagne à la fin car on est trop marqué par les happy-ends hollywoodiens et surtout le dogme religieux par qui nous habite. J’ai surtout été marqué par le film sur la vie de Don King dans lequel il n’a pas caché qu’il passait sur le corps de beaucoup de personne pour être ce qu’il est devenue. Après ce film j’ai fait une comparaison de ce mec avec des gens proches qui ont eu ascensions sociale et J’ai eu peur car il n’y avait pas grande différence entre lui et ces gens, car tous ils sont sans scrupules et très manipulateurs. Mais comme on le dit, la vie est un choix. Et moi j’ai fait le choix de tenir très fort la manche du bon. Que je perde ou je gagne, temps pis; et c’est mon choix et je crois en lui.

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  4. smolski
    smolski dit :

    "Dans un monde strictement gouverné par deux seuls et uniques critères centraux, la propriété et la hiérarchie, toute autre considération vaguement humaniste est un ticket en aller simple pour l’enfer social, celui de l’exploitation, de la domination, de la spoliation et, pour finir, de la destruction."

    Non !
    Le monde est ce qu’il est où chacun y est ce qu’il est et se gouverne par lui-même, selon ses propres critères, quel que soit l’environnement global.
    S’indigner et lutter n’est pas de l’ancien monde, c’est d’aujourd’hui, de chacun, sur la volonté de chacun, durant la vie de chacun, ni plus, ni moins.
    Car tout cesse à son temps, pour tous.

    Je présume que ces séries, de la manière dont elles sont décrites ici, ne sont en fait qu’une propagande de plus à la démission de soi et au déterminisme social sans recours.

    Amitié, Joel

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  5. nekomiaou
    nekomiaou dit :

    Euh, non, c’est pour moi une dénonciation, un cri d’alarme, une raison de ce bouger le cul. C’est ce que vive des millions d’américains, et qu’une autre partie ignore complètement, leur montrer ne peut pas faire de mal….
    Après, ce qu’ils en feront, c’est autres chose, mais dire de The Wire et de Treme qu’elles sont des propagandes à la démission, juste non; plutôt des encouragement à tout foutre en l’air, je trouve….

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  6. younes
    younes dit :

    Salut,
    J’ai lu aujourd’hui qu’Ingmar Bergman a écrit ceci :  »J’ai la forte impression que notre monde va disparaître. Nos systèmes politiques sont compromis, et ne servent plus à rien. Nos systèmes sociaux – à l’intérieur comme à l’extérieur, se sont révélés des fiascos. Ce qu’il y a de tragique, c’est que nous ne voulons, ni ne pouvons, changer le cours des choses. Il est trop tard pour les révolutions, et tout au fond de nous-mêmes nous ne croyons même plus à leurs effets positifs. Tout près d’ici, un monde d’insectes nous attend, qui va un jour écraser nos existences ultra-individualisées. Cela dit, je suis un respectable social-démocrate. » Il en faut de la volonté pour qu’il ait tort.

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  7. smolski
    smolski dit :

    Le problème est que ceux qui financent et diffusent ces séries ne sont pas ceux qui on intérêt à donner : "…plutôt des encouragement à tout foutre en l’air…" mais plutôt le contraire.

    Il me semble bien que ces séries (comme la thématique des infos) terriifient et réduisent les vélléïtés de résistance des telespectateurs comme l’aboiement du chef réduit l’indépendance du subalterne, et sont donc bien une volonté délibérée de propa banditisme social.

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  8. Thierry
    Thierry dit :

    Bien qu’il soit parfaitement juste que nous traçions chacun de nous nos propres lignes de vie au sein d’un monde en partie façonné par nos perceptions, et qu’en conséquence nos vérités semblent plurielles et souvent incompatibles, je signale, à tout hasard, une analyse trouvée sur le net, qui nous parle de ce monde pourrissant, de cette jungle d’apocalypse semblant engloutir dans son étreinte vorace et perverse toutes vies et toute raison de croire encore qu’il existe une lumière dans ce monde.

    Voici donc ce texte remarquable et extrêmement brillant, singulier et profond, qui pourra nourrir peut-être les perceptions de quelques-uns d’entre les internautes de passage dans les parages.

    "Du Système (I + II)" (dedefensa.org) :

    http://www.dedefensa.org/article-l_

    Bien cordialement à tous,
    Et merci à Agnès Maillard,
    Pour sa prose éclatante et lucide.

    🙂

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  9. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Les séries dont je parle ont justement ceci de très bien qu’elles évacuent généralement la question religieuse en ne l’abordant quasiment pas. La critique est vraiment sociale et se concentre sur les symptômes d’un système économique, social et politique en train de complètement s’effondrer et sur les stratégies que les gens ordinaires doivent mettre en œuvre pour espérer survivre à un krach de civilisation. Il n’est question de de la saloperie libérale, de sa manière de sacrifier l’humain et de pourrir tout ce qu’elle touche.

    Répondre
  10. Euterpe
    Euterpe dit :

    Billet magistralement écrit. J’admire le style. Mais comme Smolski je suis sceptique sur l’aspect constructif de ce genre de docu.
    J’ai même peur qu’elle relève d’une idéologie apocalyptique très répandue aux USA. En effet, dans la religion chrétienne il est dit que l’Apocalypse va permettre aux morts de ressusciter et au Jugement Dernier d’avoir lieu. Un tas d’américains croient á ca et souhaitent la venue de l’Apocalypse, l’appellent de leurs voeux, font ce qu’ils peuvent pour accélérer la destruction en marche. Voir si cette idéologie n’est pas sous-jacente à ce genre de série même si les catastrophes décrites sont bien réelles.

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  11. Bourguignon
    Bourguignon dit :

    "C’est l’histoire d’un brave type qui comprend un jour un peu brutalement que ce ne sont jamais les braves types qui gagnent, à la fin."

    C’est l’histoire d’un brave type qui comprend un jour un peu brutalement que ce ne sont PAS TOUJOURS les braves types qui gagnent, à la fin.

    La propagande zétasunienne vient d’arriver dans le Gers.

    Le ketchup va-t-il remplacer la graisse d’oie?
    Suite dans notre prochain épisode!

    Répondre
  12. Gavroche
    Gavroche dit :

    Les séries amerlocaines sont effectivement assez époustouflantes :

    "The west wing", "Sons of anarchy", et l’incroyable "Profit", seulement quelques épisodes aux Zétazunis, car trop dérangeante…

    Bon, je ne connais pas celles évoquées ici, j’m’en va me les procurer…

    Sinon, c’est Martin Winckler qui avait pas mal écrit (et bien) là dessus.

    Répondre
  13. Laurent
    Laurent dit :

    "Breaking Bad fait juste le pas de plus, celui que bien des gens ont d’ores et déjà franchi sans vraiment oser se l’avouer, celui de la décomposition totale et irréversible de toutes les valeurs humaines qui faisaient jusqu’à présent le ciment de notre organisation sociale et qui peuvent se résumer en un seul mot : le respect. Celui de l’ordre social, de la morale, de l’autre, de soi-même, de la vie, du sens de ce que qui est juste ou pas, de l’idée, insufflée depuis le plus jeune âge aux petits des Hommes juste avant qu’ils ne sombrent dans le monde des rêves, que l’homme bon est un modèle à atteindre et que c’est toujours lui qui gagne, à la fin."

    Plus que le respect je crois que c’est la dignité qui a foutu le camp… Si chacun garde sa dignité tout le reste suit…

    Répondre
  14. chris
    chris dit :

    Le constat est, que depuis des années, il n’y a plus ni cinema ni littérature ni textes musicaux exprimés en France hors de l’underground, et qu’un public exigeant, devant cette difficulté de se procurer ce qui est caché, distillé entre initiés, se repait aujourd’hui de ce qui arrive d’outre atlantique — ce qui en dit long sur le pourrissement de nos institutions culturelles ( d’ailleurs, que dire d’un pays où la rébellion se résume à une Vargas ou un Hessel et son fascicule indigné en guise de livre de messe).

    Et pourtant, les homologues "personnages" hexagonaux, et mieux européens, de The Wire, ne manquent pas, mais l’on suppose que la réalité dérange toujours plus sur son palier que sur celui des autres…

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  15. Marco
    Marco dit :

    J’ai adoré Breaking Bad, cette confrontation de 2 mondes appelés à ne jamais se croiser, avec une lucidité froide et féroce. Et sur le même sujet, il y avait la série Weeds, très politiquement incorrecte dans la bien policée amérique. Certains épisodes sont des pépites dont je ne pensait plus ce pays capable.
    Merci pour cet excellent billet, et au point ou nous en sommes, tant pis pour ceux qui dorment.

    Répondre
  16. horace
    horace dit :

    Bonjour et merci Monolecte pour ce billet
    Je vous lis de temps à autre du fond de mon antre(-deux), je suis sensible au regard que vous portez sur le monde (social, politique…) mais j’apprécie avant tout vos hésitations, vos contradictions, les petits gestes et attentions respectueuses que vous portez à l’autre, l’homme, cet animal étrange et passionnant qui se bat (ou pas) pour devenir vivant et libre etc. J’apprécie en somme l’humanité qui s’ébruite de vos lignes .
    J’ai regardé avec beaucoup de plaisir malgré quelques longueurs Breaking Bad. Série TV qui pour moi témoigne du glissement inexorable d’une civilisation tirant àsa fin, la notre. B.B, c’est l’histoire "d’hommes-et-de-femmes-qui-font-ce-qu’ils-peuvent-avec-ce-qu’ils sont" dans un empire dévoyé. C’est pas joli-joli mais c’est le monde d’aujourd’hui : notre société éblouie par sa propre image qu’elle admire et qui ne ne peut voir son déclin.

    Répondre
  17. apli
    apli dit :

    Dire que ce sont les politiques libérales qui mettent la zone, c’est un peu gonflé. Les crash financier et économique viennent des politiques élus qui ont lâché la bride sur les banques, les rendant de fait irresponsables de leurs actions, dans tous les sens du terme, en faisant des too big to fail, c’est à dire irresponsables, ce qui mérite le régime de la curatelle.

    Donc tout l’opposé du libéralisme où la responsabilité prime sur ses avoirs, quitte à se retrouver en slip.

    Mais bon, il y a une telle confusion des esprits, et des sentiments, que je vous conseille de lire ou de relire Stephan Zweig.

    Répondre
  18. smolski
    smolski dit :

    "Donc tout l’opposé du libéralisme où la responsabilité prime sur ses avoirs, quitte à se retrouver en slip."

    Euh…
    C’est l’anarchie qui est la responsabilité devant les avoir, la barbarie est de tout avoir sans responsabilité aucune, par cooptation, par heritage, par manoeuvres dillatoires.. etc

    Répondre
  19. saxo
    saxo dit :

    Pas besoin des contes de fée avec Happy end ni de la religion pour décider de respecter l’autre quel qu’il soit.
    Suffit de comprendre que l’empathie est un sentiment naturel.
    Quand l’autre souffre, je souffre avec lui, quand l’autre est heureux, je suis heureux avec lui (ça va même plus loin, quand je regarde l’autre agiter la main, les zones de mon cerveau qui correspondent au geste d’agiter la main s’activent).
    Bref, le respect est naturel, c’est l’absence de respect et le mépris de l’autre qui s’apprennent.

    Question, ces séries super réalistes sur la déliquescence de nos sociétés ne risquent elles pas de contribuer à cet apprentissage, justement?
    Etant adaptateur de séries télé (traducteur-auteur des dialogues de doublage), dans celles que j’ai faites, moi, c’est " Friday night lights" qui m’a bien plu. Série humaniste qui se passe au Texas dont le thème est: Comment le foot américain lycéen peut-il apprendre la cohésion sociale à des mômes du Texas (et à leurs cadres aussi, finalement).
    Énormément de sujets y sont abordés, du racisme au dopage en passant par les situations d’échecs individuels, le sexisme, la religion, etc. Cette série a été faite en collaboration avec un lycée entier, et je pense que l’impact social réel de la série est super positif pour tous les mômes qui y ont participé (sur 4 ans).
    Pourquoi son optimisme et son humanisme devraient ils être méprisables, alors qu’elle aussi représente très réalistement une part de la société américaine (qu’on oublie souvent de nous montrer aussi), avec ses travers, mais aussi ses espoirs?… (pour le coup, son réalisateur qui est tout sauf un républicain, croit sérieusement en la jeunesse, et ça fait du bien).

    Répondre
  20. toto
    toto dit :

    C’est pas pour dire, mais Breaking Bad, c’est quand même du très petit niveau par rapport a The Wire (ultime) et Treme. (oui, bon, je l’ai dit. (pi c’est tout de même trop cynique (oui je sais qu’on vit dans ce monde là, m’enfin (pi je le sais qu’un peu trop justement))) (et je le préfère dans Malcom le héros 🙂 ) (chacun ses trucs)

    Répondre
  21. paul
    paul dit :

    ben, j’ai pas la télé et je préfère pas avoir la télé pour rester lucide à l’égard de ce que j’observe autour de moi en sortant de ma tanière.
    c’est pas avec de l’odieux visuel qu’on va apprendre aux gens à se parler entre eux, à s’apprendre des trucs en faisant des choses dans le besoins de réponses les uns aux autres.
    et d’avance
    ça va pas y contribuer
    c’est pas en restant spectateur des ombres sur le mur de la caverne que l’esclave comprend comment elles se forment : c’est en détournant son regard, se retournant et cherchant derrière qui fait quoi, voire, en faisant lui-même un feu et des gestes pour faire des ombres…
    que les trucs filmés soient des divertissements : j’en doute pas
    mais j’aurais vraiment honte d’utiliser ça pour réfléchir sur la vie et celle de mes proches.
    la seule raison de l’intérêt qui est porté à tous ces trucs odieux visuels, c’est la facilité de réception : la fainéantise du spectateur.
    et
    la volonté de pouvoir et de manipulation des commanditaires des auteurs des trucs en question.

    Répondre
  22. x
    x dit :

    @ paul
    Qui est dans la caverne?
    tu ne lis pas de livres? tu ne joues pas? tu crois que les gens que tu côtoies "en vrai" "physiquement" te rapprochent davantage de "la réalité" qu’une série TV? ça reste à prouver.
    "la volonté de pouvoir et de manipulation des commanditaires des auteurs des trucs en question". Un peu comme "en vrai" quoi! Le fait est que qu’en regardant une série, je ne réfléchis pas qu’à "ma vie et celle de mes proches" mais aussi à celles d’inconnus. Sans offense! Pour ma part, les séries TV en question (j’en suis à The Wire) sont un excellent sujet de discussion avec mes amis et une occasion parfaite pour évoquer les questions sociales et politiques.

    Répondre
  23. smolski
    smolski dit :

    "Le fait est que qu’en regardant une série, je ne réfléchis pas qu’à "ma vie et celle de mes proches" mais aussi à celles d’inconnus."

    Le problème est que, afin de percevoir la totalité des propos tenues, la particularité du media télé est qu’il ne nous informe pas d’une manière interactive mais d’une manière absolue, il capte l’ensemble de nos sens.
    Que l’on puisse ensuite les recomposer avec paroles ou écrits est une autre démarche qui ne s’impose qu’à ceux qui le désirent ou on l’opportunité de le faire, ce qui n’est pas donné à tous ni à tout moment, ni une garantie qu’il n’en reste pas un reliquat, une scorie, quelque par dans notre entendement…

    Répondre
  24. areuh
    areuh dit :

    hier soir je suis tombé sur tf1 et sur un épisode de serie usa (NY unité speciale)) dans laquelle les flics faisaient la promotion de la peine de mort pour un malade mental violeur. Une série que tf1 diffuse depuis des ans, et d’autres qui se ressemblent. Les français regardent ça en majorité, d’apres les stat.
    Breaking Bad est passée sur arte et tard le soir ou tôt le matin… et m’a scotché, com disent les jeun’s.
    Sinon, pour 3 euro/mois y a sundance channel, un bon côté des usa

    Répondre
  25. chris
    chris dit :

    L’établissement de tout état scélérat nécessite une vision binaire à communiquer à ses citoyens : celle où le bien est représenté par la police, dont il faut alors à toute force, faire entendre que le policier est un être humain possible, que l’on confrontera à l’image d’un délinquant détraqué, asocial.
    Cela aboutit à des Soap Opéra que l’on pourra décliner avec plus ou moins de finesse selon les niveaux de citoyens que l’on voudra toucher, le tout avec le zèle de tous les salariés concernés, du scénariste à l’acteur final.

    Exemple hilarant avec The Equipo, sorti au Mexique en plein narco-conflit, un Soap Opera caricatural des merdes amerlocaines moyennes, et dont l’amerlocain lui même sourit ( ne pas rater les commentaires, excellents de justesse)
    http://www.borderlandbeat.com/2011/

    Répondre
  26. Exec T
    Exec T dit :

    Breaking bad, nous en avons une version française.

    Les gouvernants de droite ayants fait partie de la résistance ont vécus, ceux ayants des attaches avec la collaboration ont survécus. Ils sont aux manettes.

    Répondre
  27. Breaking worse
    Breaking worse dit :

    Le problème de Breaking Bad — du reste bourré de qualités — c’est qu’il occulte complétement le côté toxico. Soit ils sont complètement dégénérés (le couple que Jessy était venu punir), soit à peine crédible (la copine de Jessy, fraîche comme une rose au sortir de l’héro, qui replonge en enfer comme on cède à une plaque de chocolat aux noisettes).

    En ce moment sur Arte passe Katka (dernière diffusion très tôt le 21) :

    http://videos.arte.tv/fr/videos/kat

    Pour illustrer le morceau d’humanité qui manque. Il paraît cependant que les saisons non encore diffusées en France abordent le thème ; à voir, donc…

    Répondre
  28. Brave type
    Brave type dit :

    C’est l’histoire de braves de salopard qui ne comprennent pas que être un salopard c’est une fiction

    et qu’on finit au meme endroid

    Croyez vous qu’il y ait jamais eu un brave type ?

    Ou croyez vous qu’il y ait jamais eu un brave démon ?

    Répondre
  29. MarcB
    MarcB dit :

    le 1er épisode de la nouvelle saison vient de sortir !!!!
    Heureusement, car ma vie était vide de sens depuis le dernier suspense insoutenable du dernier épisode de la dernière saison.

    Un autre OVNI télévisuel incroyablement créatif et déjanté à ne pas manquer si vous pouvez :
    MISFIT
    http://www.blabla-series.com/misfit

    Répondre
  30. RiGeL
    RiGeL dit :

    Oui, ces séries devraient nous ouvrir les yeux, nous faire réagir.
    Question : Qui est prêt, pour défendre une certaine idée de l’humanité à mettre sa vie, sa famille, dans la balance, parce que j’ai beau ne pas avoir de famille, et ne quasiment rrien posséder, personnellement, je ne me sens pas prêt à le faire ? Quelqu’un d’autre ???
    …………
    …………
    …………

    Répondre
  31. jeanminux
    jeanminux dit :

    "Là aussi, la guerre des classes et son objectif de moins en moins éludé d’extermination des pauvres apparaît dans toute sa hideuse réalité et nous conduit à considérer le destin de l’écrivain révolté comme l’inéluctable conclusion d’un monde sans merci où la médiocrité est érigée en mètre étalon de la promotion sociale."

    Non. Exterminer les pauvres serait extrêmement contre-productif: après tout qui fait les sales boulots ici? Qui nettoie les chiottes? lave les bagnoles? fait la vaisselle? promène les gosses et les chiens (pas forcément dans cet ordre)? etc…
    Par contre faire en sorte qu’il y ait toujours à disposition un troupeau de pauvres – et moins pauvres – "corvéables à merci" (précarité), désorganisés (éradication de la volonté syndicale), dépendants (crédits à gogo), heureux (télé-réalité et peopleisation, loisirs bidons mais présentés comme indispensables – avec comme effet collatérale de ramener encore plus de fric! – ahhh on ne dira jamais assez la récupération géniale des loisirs pour enrichir encore plus les riches et appauvrir plus les autres), ces objectifs là me paraissent bien plus malins que l’extermination pure et simple.
    Enfin, je dis ça… C’est ce que je ferais si j’étais riche!
    Merci en tout cas pour l’analyse. J’en prépare une également en rajoutant les séries "sons of anarchy" et "mad men", pour des raisons que j’expliciterai ici: http://jeanminux.over-blog.com. Il y a longtemps que traîne dans ma tête qu’après la mort du cinéma (annoncée il y longtemps par Godard), une certaine – rare – télé a repris le flambeau.
    Je citerai ton analyse en référence.

    Répondre
  32. smolski
    smolski dit :

    "Question : Qui est prêt, pour défendre une certaine idée de l’humanité à mettre sa vie, sa famille, dans la balance, parce que j’ai beau ne pas avoir de famille, et ne quasiment rrien posséder, personnellement, je ne me sens pas prêt à le faire ? Quelqu’un d’autre ???"

    Non, la résistance nest pas de signer un blanc-seing aveugle et désespéré, elle est le fruit de notre conviction et des choix quotidiens qui en découlent.

    "Mourrit pour des idées, d’accord !
    Mais de mort lente…
    Mais de mort lente."
    G Brassens

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  1. […] l’on cherche de l’audace ou des thématiques adultes, on est bien mieux servis par les séries TV dont certaines enterrent depuis pas mal de temps la platitude narrative de l’industrie du […]

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