La face cachée du soleil

Nous ne sommes que des funambules aveugles qui trébuchent dans les ténèbres tout en s’imaginant savoir où ils vont.


Passe-MurailleBien plus que des outils jetant des ponts entre les gens, les médias sociaux sont de redoutables machines à remonter dans le temps. Dans un monde voué à la mobilité, les liens avec les autres se créent et se distendent au gré de nos déplacements et nombres de nos rencontres finissent par n’être plus qu’un lointain souvenir enchâssé dans notre mémoire profonde, un bout d’histoire inachevée dont on se plaît, de temps à autre, à écrire des suites alternatives.
En permettant aux figures de notre passé de nous rattraper dans le flux de notre existence, les réseaux sociaux ont l’étrange propriété abyssale de nous montrer le destin des autres, nos vieux ennemis comme nos grands amis perdus de vue, et de nous ouvrir enfin l’effrayante perspective des conséquences de nos choix… comme de nos non-choix.

Il y a un quart de siècle, mon premier amour me plaquait, me laissant seule avec une douleur encore inconnue, l’abominable impression d’être amputée sans anesthésique, la sensation qu’une main invisible et formidable étranglait mes poumons tout en m’arrachant les tripes. La douleur d’un chagrin d’amour est immense. C’est un deuil. Un deuil d’autant plus cruel que celui qui cause cette douleur est toujours là, qu’on le croise, le côtoie et qu’on est souvent le témoin involontaire et rétif de ses nouvelles amours ô combien plus réussies. Je ne sais pas si le premier chagrin d’amour est pire que les autres. J’ignore si l’âge ajoute ou retranche à notre capacité à souffrir. J’ai eu la bonne fortune de ne connaître que celui-là et d’avoir pu reconstruire une vie qui, jusqu’à présent, ne m’a pas encore laissé de regrets.

Dès le début, j’avais aimé son rire rocailleux, ses blagues de salle de garde et je passais de longs moments à le regarder jouer au foot avec ses copains sans jamais avoir pu apprendre une seule règle de ce jeu. J’aimais sa gentillesse un peu rude et maladroite, son sourire lumineux et la manière dont il pouvait tenir ma main pendant les longs moments que nous devions passer côte à côte en voiture ou en bus. J’aimais l’odeur de propre que la lessive de sa mère laissait sur ses t-shirts et qui l’imprégnait totalement. J’aimais quand il me disait que j’avais les plus beaux yeux du monde, même si je savais que ce n’était pas vrai, parce que cela rendait ses paroles encore plus précieuses. J’aimais un garçon qui m’avait fait la bonne grâce de m’aimer en retour, même si ce n’était pas aussi fort, aussi puissant et aussi ravageur que ce que je ressentais pour lui.
Nous n’étions plus tout à fait des gosses, à peine des adolescents et pourtant, même aujourd’hui, je ne sous-estime pas la force de ce premier amour, l’ampleur, la qualité des sentiments qui m’animaient alors. Chacun d’entre nous a un premier amour bien enfoui dans les strates de sa mémoire, une grande histoire dont le souvenir est poli par les ans, mais dont l’intensité a éclairé le reste de sa vie d’adulte, a infléchi certains de ses choix et de ses renoncements, en fonction de cette expérience brute, terrible et délicieuse à la fois.

Il m’avait plaquée pour la femme de sa vie.
Bon, c’était un chouïa plus compliqué que cela. Rien qu’être ado est terriblement compliqué en soi. Mais, en gros, c’était ça : il était tombé totalement amoureux d’une autre et quelle que soit sa volonté de ne pas trop me faire souffrir, il avait fait les choix qui s’imposaient à lui et m’avait ravagé l’âme pour des mois et des mois. J’avais bien cru que je ne m’en remettrais jamais, que je n’aimerais plus jamais personne. Je ne voulais même pas survivre à cette perte immense, mais la vie est puissante et têtue. J’ai fini par me consoler en pensant qu’il avait fait le meilleur choix, celui qui n’est pas fertile en regrets et rancunes tenaces, celui qui libère, plutôt que celui qui enferme et aigrit. J’ai appris bien plus tard, au hasard des rencontres, qu’il avait fini par se marier avec elle, qu’ils avaient eu deux enfants et une gentille petite vie. Je n’ai pas de penchant marqué pour la nostalgie : du haut de ma propre expérience réussie, je me suis réjouie pour lui et j’ai continué ma route.

Par la grâce de Facebook, j’ai fini par être contactée par sa sœur. J’avais été très proche d’elle pendant toute mon adolescence. Elle m’avait aidé à séduire son frère, m’avait soutenue lors de notre rupture sans jamais prendre parti, elle avait été présente, amicale et compréhensive malgré notre petite différence d’âge.
Il y a une quinzaine de jours, je suis donc allée la voir, vingt ans après que nos routes se soient séparées. Il est intrigant de voir de quelle manière des gens changent sous la pression des années tout en restant intrinsèquement les mêmes. Vingt ans, c’est une demie-vie. Une foule d’évènements plus ou moins maîtrisés qui ajoutent leur part de complexité à la trame initiale de nos personnalités sans vraiment atteindre le cœur de l’édifice. Ce sont des couches géologiques qui se superposent sans jamais enterrer le petit noyau dur de notre moi profond. Nous avons tellement changé… et tellement peu. L’essentiel est toujours là. Juste plus habillé, à peine plus complexe, plus profond, plus dense. Ce petit quelque chose d’indéfinissable qui fait que nous aimons les autres ou pas apparaît avec encore plus d’acuité qu’avant. C’est comme revenir dans la maison de son enfance : tout est plus petit, subtilement différent, mais pourtant totalement fidèle à nos souvenirs et tout de suite, on se sent chez soi.

Vingt années qui se déroulent furieusement dans une discussion à bâtons rompus, des éclats de vie avec toute leur âpreté, leurs aspérités et leurs moments de bonheur. Il y a les enfants, cette meute d’inconnus merveilleux, nés de nos parcours chaotiques et inachevés. Il y a les accidents, peu nombreux, heureusement. Il y a les trajectoires prévisibles, ceux dont on distinguait clairement la destinée à 17 ans et qui sont restés collés sur leurs rails. Il y a eu les surprises, parfois bonnes, souvent dures, les leçons de vie, comme on les appelle, celles qui rappellent que l’on ne maîtrise pas vraiment son destin, qu’on fait au mieux, tout le temps, en fonction de ce que l’on est, de ce que l’on aimerait être et de ce que l’on peut faire. Il y a surtout l’inconfortable vertige de voir enfin ce que certains de nos choix, certaines de nos actions, ont pu créer comme trajectoires et conséquences.
J’ai de nouveau 14 ans, une foi immense en l’avenir et je contemple les fils entremêlés de la destinée de ceux dont je partage l’existence, ici et maintenant. Je vois ces mots qui n’ont pas pu sortir et qui ont enfermé certains dans des vies qu’ils ne voulaient pas. Je vois ces choix, tellement simples et évidents sur le moment, qui entraînent une masse considérable de gens dans des histoires dont les ramifications ne cessent encore de se dessiner. Je vois ces gosses qui ont l’âge de leurs propres gosses et qui se démerdent, depuis tout ce temps, pour surnager dans les flots tumultueux du temps. Je suis ici et avant et je prends la mesure de l’existence humaine.

En fait, ça ne s’est pas bien passé pour lui. Même s’il a fait en sorte que tout le monde y croie pendant des années. Peut-être même est-il parvenu à se convaincre lui-même. Son amour est devenu sa prison. Il a abdiqué l’essentiel de ce qu’il était. Il a serré les dents, avec la belle obstination que je lui connaissais et il a probablement décidé que ça allait marcher, malgré tout. Il y a deux ans, il s’est effondré en pleurs chez sa sœur, a dit qu’il n’en pouvait plus, qu’il voulait divorcer, que tout ce temps, il avait eu une vie d’enfer. Les amours toxiques. Celles qui aliènent au lieu de libérer, celles qui usent au lieu de magnifier le monde, celles qui dévorent vivants les plus belles aspirations, les plus beaux élans. Je suis certaine qu’il s’est battu comme un lion contre la spirale de l’échec, sans même se rendre compte qu’il l’entretenait. J’espère juste qu’il a été heureux, un peu, même un tout petit peu avant que ça parte en couilles. Parce que sinon, rien n’aurait de sens. Ni notre premier baiser échangé dans la paille dorée par le soleil de l’été, ni cette longue marche que nous avions partagée dans la complicité de la lune et surtout pas toute cette douleur intense que le souvenir vient d’extirper de sa gangue de chair, comme une petite pierre polie par un torrent en furie.

Je ne pense pas avoir eu besoin de le détester pour guérir. Je ne pense pas que l’on guérisse des coups que nous assène normalement une vie bien remplie. Ils font partie de nous, le meilleur comme le pire. On n’oublie rien, on temporise, on éloigne, on circonscrit dans une zone tampon, on enchâsse nos souvenirs dans notre moi profond et on ajoute une couche d’écorce de plus, comme un chêne qui traverse le temps.

Après toutes ces années, je retrouve la paralysie du choix qui m’habitait quand j’étais plus jeune. La prise de conscience qu’à aucun moment, nous n’avons la possibilité d’appuyer nos décisions sur des éléments rationnels. Nos vies sont continuellement bouleversées par des choix que nous faisons sous la pression des événements en nous convainquant nécessairement qu’ils sont les meilleurs possibles. Et quand on prend pleinement la mesure de la vanité de ce genre de réflexion, on devient incapable de continuer à trancher… tout en se rendant parfaitement compte que, piégé dans le flux constant du temps, même le non-choix revient à choisir quand même, malgré nous et souvent, contre nous.

Qu’est-ce qu’une existence humaine si ce n’est ce couloir étroit que nous dessinons sans cesse sous la pression des événements, entre le moment de notre naissance et celui de notre mort ? Qu’est-ce qu’une existence humaine, si ce n’est une succession de moments, plus ou moins intéressants, que nous subissons tout en nous donnant l’illusion que nous maîtrisons le flux de notre vie ? Nous n’avons, fondamentalement, pas les moyens de décider rationnellement de quoi que ce soit. Nous devons agir, nous devons choisir, sans rien distinguer de la trame d’ensemble, de l’imbrication des décisions simultanées et de leurs conséquences. Ce savoir-là ne nous est donné qu’après coup, au moment où il ne nous sert plus à rien d’autre qu’à nous faire croire que la somme de nos expériences va nous rendre plus aptes à tenir la barre de notre existence. Ce qui est aussi d’un orgueil fou et inconséquent. Parce que finalement, dans le maelstrom humain, toutes les décisions sont égales entre elles. La somme des interactions que nous tissons avec les autres infléchit le courant de l’histoire bien plus sûrement que chacun de nos choix que nous aimerions réfléchis et corrige, quelque part, les erreurs d’appréciation.

Il n’y a pas de vie bonne ou mauvaise, d’existence ratée ou réussie.
Il n’y a que la somme de nos trajectoires qui écrivent dans une partition immense la symphonie inachevée de l’épopée humaine.

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52 réponses
  1. au privave
    au privave dit :

    Belle réflexion sur nos choix de vie. Ça me rappelle la chanson "Qu’est-ce que tu crois" que chantait le grand Mouloudji :

    Y a des gens qui s’battent qui s’battent
    Pour se faire un jour un grand nom
    Et qui s’battent et puis qui s’débattent
    Et qui combattent sacré nom de nom

    On devrait dire à ces gens là
    Mon pauvre vieux qu’est ce que tu crois ?

    Tu n’es qu’un maillon de la chaîne
    Tu n’es qu’un moment de la vie
    Un moment de joie de misère
    Et puis on t’enterre et puis c’est fini

    A méditer…

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  2. saxo
    saxo dit :

    question de rhétorique…
    dit-on "Nous ne sommes que des funambules qui trébuchent (les funambules trébuchent) " ou "qui trébuchons ", ou encore les deux sont ils permis.
    Personnellement, j’aurais mis "trébuchons"…

    Qu’ajouter sinon que l’amour n’est pas ce que l’on croit ?… (on confond l’état amoureux et l’amour, et ton premier amour en a visiblement fait les frais, j’en connait d’autres).
    Que c’est en tombant qu’on apprend à se relever. Mais que lorsqu’on refuse de regarder qu’on tombe, bah ça fait encore plus mal.
    Que la question n’est pas de savoir ce qui se serait passé si, mais que se passera-t-il si …
    Que c’est vachement plaisant de retrouver du monde et d’apprendre ce que sont devenus ceux qui ont compté pour nous et qu’on a perdu de vue. Et que parfois, on est vachement déçu…
    bref, encore un très bel article, merci Agnès.

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  3. saxo
    saxo dit :

    Merci John ! tu peux ajouter j’en connai-s- d’autres.
    Ceci dit la formulation du titre m’a réellement laissé perplexe, c’est pourquoi je pose la question…

    Répondre
  4. paul
    paul dit :

    ben voilà !
    le truc que je retiens, ce sont les deux derniers paragraphes de votre exposé ainsi que la citation de la chanson de Mouloudji !

    ça correspond à ce que je dis souvent, que y’a pas de libre arbitre et que la liberté, c’est comme dieu, un concept projectif, en rapport avec une forme de volonté de pouvoir…

    parce que effectivement, devant l’imprédictibilité des devenir, malgré l’expérience donnant la capacité d’anticipation, ben on sent, au moins en arrière fond, qu’on fait ce qu’on peut et ce qu’on Doit, tendu entre une multitude de contraintes, qu’on peut voir comme des potentiels.

    alors bon, vouloir : même la simple faim et l’instinct de conservation, ça montre bien que c’est pas ça !

    Répondre
  5. Patrick
    Patrick dit :

    @saxo : "Mais, je pense qu’on est libre d’agir sur soi." La validité de cette proposition passera probablement par l’étude du niveau de "maîtrise" qu’on a des critères qui amènent à ces choix "d’actions sur soi". Comme tu le soulignes à juste titre "on est de la matière vivante", nous sommes formés de nos expériences, la première de toutes étant notre naissance. Évènement sur lequel nous n’avons eu, me semble-t-il, aucun "droit de choisir".

    On peut argumenter que notre naissance ne constitue qu’une "expérience" unique, puisque techniquement sans précédent, l’impossibilité dans laquelle nous nous trouvons, à partir de cet instant, d’établir une "traçabilité" des évènements influents sur l’alchimie de nos choix ne me parait pas de nature à maintenir très solidement la construction intellectuelle du fameux libre arbitre en valeur absolue. C’est-à-dire en dehors de l’étude à postériori du cadre extrêmement réducteur de certaines de nos actions (ie l’écriture de la musique) qui, prises isolément, pourraient entretenir l’illusion que nous avons la "maîtrise" de nos choix.

    Tout ça me donne à penser que "l’imprédictibilité des devenir", dont parle Paul dans son commentaire (#6), entraîne l’impossibilité ontologique de "démontrer" le concept de libre arbitre.

    Mais je peux me tromper, bien sûr. 😉

    @Agnès : "Je crois que le libre arbitre se cache dans la transgression". Yep ! c’est séduisant.

    Répondre
  6. Patrick
    Patrick dit :

    @saxo : à propos de la musique et autres formes de manifestations artistiques de ce fameux "libre arbitre" : à contrario, si nous étions capables de maîtriser nos choix, cela impliquerait que la créativité ait des sources identifiables. Si tel était le cas, nous finirions tous par y puiser. Ce qui semble tout de même loin d’être aisément observable, en dehors de quelques "filiations culturelles", qui n’épuiseront en aucun cas le sujet de leurs propres émergences 🙂

    Répondre
  7. saxo
    saxo dit :

    @ paul
    La question n’est pas de savoir si nous sommes libres où pas (à mon sens) puisque nous ne pouvons pas répondre à cette question…
    De là à dire qu’ "y’a pas de libre arbitre et que la liberté, c’est comme dieu, un concept projectif, en rapport avec une forme de volonté de pouvoir", y’a un pas.

    On est de la matière vivante, à ce titre nos expériences nous forment, nous modèlent… Mais on a le droit de choisir ses expériences.
    Lorsque j’écris un morceau de musique, c’est un imbroglio de sensations et d’émotions que j’ai vécues qui ressortent et qui me font résonner (et qui, j’espère en feront résonner quelques autres). Ceci dit, elles me sont propres, et je choisis à chaque instant librement ce que je veux faire du morceau que j’écris.
    Ca n’a de rapport avec une "forme de volonté de pouvoir" que celui de "pouvoir" exister.
    Pourquoi le libre arbitre ne s’exercerait-il que dans la transgression. A mon avis il s’exerce dès lors qu’on apprend à dire non et à réfléchir aux conséquences d’un tel acte.
    Pour le côté "incalculable" des conséquences de nos actes c’est facile à postériori d’observer l’évolution des évènements et de constater qu’on aurait jamais pu prévoir. Maintenant, de façon basique, il est des actes dont les conséquences sont très prévisibles (de l’ordre de je débouche la bonde, la baignoire se vide).
    Ce qui est illusoire et vaniteux c’est de prétendre agir sur les autres… On ne peut que les encourager à faire le boulot. On ne peut pas le faire à leur place.
    Mais, je pense qu’on est libre d’agir sur soi.

    Répondre
  8. jide
    jide dit :

    Superbe tranche de vie, comme on dit, avec de gros morceaux d’humain dedans…
    Juste une remarque, tu dis:"Dans un monde voué à la mobilité…", alors, qu’à moyen terme, c’est à l’immobilité que notre monde est voué, je pense, ou en tout cas à une mobilité réduite, amputée et sobre…

    Répondre
  9. saxo
    saxo dit :

    Sur le fond, Patrick, entièrement d’accord.
    Ca rejoins ma phrase d’intro,
    "La question n’est pas de savoir si nous sommes libres où pas (à mon sens) puisque nous ne pouvons pas répondre à cette question…"

    Simplement, maintenant qu’on est là et qu’on vit. autant considérer que le libre arbitre, on l’a. Sinon, on est incité à baisser les bras (si on estime qu’on n’a pas d’incidence sur le monde qui nous entoure, ou du moins que c’est une illusion, que toute action n’est que la conséquence d’une organisation de la nature qui nous échappe, ou que "tout est écrit", ben ça motive pas vraiment)

    Donc je me crois libre d’agir sur moi, par choix (même si la nature même de ce choix peut être remise en cause).
    Au fond ça n’a pas d’importance, du moment que tu en as conscience.

    Répondre
  10. saxo
    saxo dit :

    La créativité est un fantasme tout autant que le génie. 😉 .
    Du moment qu’on travaille et qu’on a été sensibilisé tôt à quelque chose, on est capable (chacun en fonction de son parcours évidemment, et du moment qu’on n’a pas de réelle déficience) d’être à la hauteur de ceux qu’on admire. D’ailleurs, à la fin, on ne les admire plus. On les aime simplement.

    Le malheur c’est que la sensibilisation arrive souvent trop tard. Et le travail c’est encore une autre discussion …

    Pour reprendre ton terme, j’invite tout le monde à y puiser. Ce que tu fais au travers de ton blog (j’ai déjà été y lire quelques articles fort intéressant). Mais je m’écarte du sujet. 🙂 .

    Répondre
  11. Patrick
    Patrick dit :

    @Saxo : "autant considérer que le libre arbitre, on l’a" Mouaaaarf ! celle-là, elle est très drôle. Si-si, parce que bon, autant que le verre soit à moitié plein, hein. 😉

    @Paul : je vais me répéter un peu, là, mais tu n’as pas tort : puisque dieu n’existe pas, autant que le verre soit à moitié plein. A moins que ce ne soit l’inverse. Où le contraire. Mouaarf !

    Nota : n’allez pas confondre, surtout, je ne me moque pas de vous là, je trouve juste ces échanges très… stimulants pour mon neurone. Vraiment.

    Vous savez quoi ? j’adore internet 🙂

    Répondre
  12. paul
    paul dit :

    patrick et saxo…
    ce que je me demande en observant vos réponses…
    c’est quels sont vos domaines de formation intellectuelle ?
    parce que comme par hasard… la croyance en le libre arbitre est souvent revendiquée par les littéraires et les "artistes"…
    du regard qu’on porte sur le monde dépend l’explication qu’on s’en construit et qui induit ensuite l’expérience suivante, puis le regard sur l’expérience, et le regard sur le regard et l’expérience du regard…
    lors bon…
    que dieu n’existe pas, ça peut pas se démontrer évidemment puisque ça n’existe pas !
    tautologie
    donc phénomène culturel
    donc production émergente dynamique de l’expérience des groupes d’organismes s’y référençant.
    le libre arbitre
    la liberté
    c’est du même genre
    donc on peut très bien montrer ce que c’est, comment ça fonctionne, à quoi ça répond, comment ça apparait, et en quoi ce n’est pas du tout ce que s’en imaginent ceux qui y croient.

    Répondre
  13. Patrick
    Patrick dit :

    @oh hé : euuhh… on s’en fout, là, non ? on est pas en train de se la péter, on est juste en train de rigoler avec nos neurones. Ne me dit pas que tu restes coincé par l’ortografie dans des échanges comme ceux-là ? c’est dommage, je trouve. Mais bon, c’est ta vie, en même temps, tu en fais ce que tu veux.

    Ah non, mince ! c’est vrai, on vient justement de dire que le libre arbitre, toussa-toussa. Mouaaaarf !

    Répondre
  14. saxo
    saxo dit :

    Juste pour te répondre, Paul, puisque tu poses la question.
    Mon parcours, c’est : Maths et bio. Puis Maths et économie (pour étudier l’ennemi), puis Maths… Pour aujourd’hui être traducteur (plus précisément adaptateur de doublage, classé "auteur" ) prof de musique, et chef d’un big band associatif…
    Pour moi, scientifique, littéraire ou artiste ne signifie pas grand chose.

    Répondre
  15. Fesbouq
    Fesbouq dit :

    Euh, oui… d’accord… très bien…

    Mais : qu’est-ce que cet article fait à la une de Rezo.net ?

    Je ne comprends plus les critères de sélection du portail des copains : si vous mettez un texte comme ça à la une, vous pouvez aussi en indexer 150 autres qui sont sortis sur 150 autres blogs aujourd’hui même !

    Qu’est-ce qui fait un contenu valable pour le ouèbe indé aujourd’hui ? J’avoue que là je suis un peu perdue !!

    Répondre
  16. Oh hé hein bon !
    Oh hé hein bon ! dit :

    @ saxo et Patrick

    Vous étiez malades le même jour ?
    a posteriori, a priori, a contrario… c’est du latin, pas d’accents.

    On fait un peu gaffe quand on se la pète comme vous !

    Répondre
  17. Alberto
    Alberto dit :

    "J’aimais un garçon qui m’avait fait la bonne grâce de m’aimer en retour, même si ce n’était pas aussi fort, aussi puissant et aussi ravageur que ce que je ressentais pour lui."

    Ah les filles!… rien que penser ce qu’elles peuvent être ravagées me fait peur.

    "El amor es simple y a las cosas simples las devora el tiempo"
    César Isella – Canción de las simples cosas

    Répondre
  18. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    @Freton : comme je le dis déjà dans le texte : ne pas choisir, c’est tout de même choisir. Tu as deux options. Tu n’arrives pas à choisir. Donc, tu ne fais rien. Donc, tu choisis de laisser les autres, les événements choisir à ta place : c’est bien un choix et il aura ses conséquences. Seule possibilité viable : refuser les choix qui te semblent les plus regrettables. Éviter les regrets donc, même si tu finiras toujours par en avoir.

    @B.L. : Joli! On dirait que je viens de me faire tacler. 😛

    Répondre
  19. Freton
    Freton dit :

    Certains des choix que nous croyons devoir faire ne sont que ceux que nous imposent en tant que tels les convenances.

    Et si parfois, on essayait de ne pas choisir, pour voir s’il était réellement nécessaire de choisir ?

    Répondre
  20. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Heu… non, nono… je ne renie pas ce que j’ai éprouvé, mais c’est de l’histoire ancienne. J’ai eu la chance de faire les bons choix et de vivre une autre histoire d’amour avec quelqu’un d’autre. J’ai juste de la peine d’avoir appris qu’il n’avait probablement pas eu la vie qu’il méritait, mais je ne peux rien y faire, rien changer.

    Répondre
  21. B.L.
    B.L. dit :

    Mais Agnès, si tu n’as jamais rien compris aux règles du fouteballe, comment peux-tu juger du bien-fondé des décisions du libre arbitre, hein ?
    🙂

    Répondre
  22. paul
    paul dit :

    @saxo.
    merci de votre réponse.
    parcours intéressant en effet.
    ben les "étiquettes" ne représentent rien si on ne définit pas leur propriété.
    là j’avais précisé que ce que je cherchais à voir, c’est comment les gens ont construit leur regard.
    mais encore
    leur regard sur leur regard.
    et pour en venir à comment on en vient à concevoir la notion de libre arbitre.
    y’a deux remarques d’Agnes qui me trottent dans la tête : celle sur la transgression, celle sur le non-choix, donc en fait sur le choix.
    ben c’est pareil.
    c’est quoi un choix en fait à partir de toutes ces observations ?
    dans tout ce qui se passe dans nos vies, il faut bien, pour les décrire, puis à partir de ces descriptions, chercher à comprendre ce qui se passe, trouver des concepts, des mots, pour désigner des processus qu’on repère régulièrement dans nos actions.
    l’idée c’est de comprendre comment on agit dans les circonstances.
    parce que, à la base, à la racine de la vie de tout organisme, y’a la nécessité d’aller vers les sources de nourriture pour répondre au mécanisme de conservation de l’organisme.
    c’est pas finaliste. c’est une conséquence du développement des organismes dans le "chaos" des circonstances. ça génère la complexification progressive des organismes autant dans toutes les fonctions que en particulier dans celles sensorielles de relation à l’extérieur de l’organisme et à l’intérieur de celui-ci.
    ben l’apparition de la conscience chez des organismes complexes, ça procède du même développement de moyens sensoriel de relation à soi et à l’autre au sens "du monde".
    est-ce qu’on fait vraiment des choix et dans quel sens ?
    même la présente discussion, je la ressens comme un truc réactionnel de ma part : je suis attiré par quelque chose qui répond à un truc en moi.
    et j’y participe. parce que sur le moment, je sens quelque chose à extérioriser.
    si je commence à me dire que je pourrais ne pas le faire… à mon expérience, c’est que je sens que ça ne répondra pas à un besoin intérieur, ou que je n’y vois aucune source de "nourriture", ou que j’y vois un "danger".
    même le non choix, je le vois, je le regarde, comme un constat que sur le moment, dans la situation, je ne vois pas quoi faire, comment agir.
    même quand je cherche à comprendre comment je fonctionne, dans mon présent et dans mon passé, c’est parce que ça répond au constat que ma situation présente me pose "problème", qu’il y a un élément anxiogène, un truc qui m’empèche d’aller vers les "nourritures" qui me sont nécessaires simplement pour poursuivre le chemin de mon organisme.
    donc même quand je cherche à "réorganiser" mon regard, mes désirs, mes pulsions, mes jugements, ma psychologie, par exemple par une démarche psychanalytique, ben là non plus je ne pense pas en terme de libre arbitre ou de choix. ces concepts me sont inutiles pour réorganiser mes actions finalistes : genre de celle du singe qui choisit entre plusieurs "outils" pour décrocher un fruit.
    maintenant, quand j’observe chez les autres l’utilisation de ces concepts, ben je me demande à quoi ça répond chez eux. qu’est-ce que ça leur donne comme moyen de regard sur eux-mêmes et sur le monde.
    y’a une réponse parmi d’autre qui consiste à revenir sur les trucs anxiogènes qui sont moteurs d’inhibition donc qui empèchent d’agir. dieu, c’est pareil. ce sont des concepts qui facilitent grandement l’action en donnant des réponses virtuelles à des trucs anxiogènes pour le sujet dans son environnement. de croire en dieu quand on est dans la merde, comme quand on est au dessus de la mêlée de la misère (je prends facilement des cas un peu gros) ben ça aide à supporter l’angoisse, l’impuissance, la culpabilité etc… et ça fait partie interdépendante de tout un environnement culturel, de solutions virtuelles, orientant les comportements etc…
    alors les transgressions dans tout ça… ben là encore, on peut suivre la piste de dire qu’à un moment, dans une situation, la transgression est l’action générée par le constat que la règle comportementale indiquée par l’environnement culturel facilitant les relations interindividuelle, ne facilité pas le cas du sujet qui va trangresser.

    c’est écrasant de se rendre compte qu’on est le produit de la vie.
    la solution "inventée" par les humains en face de ça, c’est dieu entre autre : le monde, c’est dieu, l’environnement, la culture humaine, la biosphère, conceptualisés par un discours théologique cadrant cette angoisse de la production du regard sur le monde par le monde lui préexistant : seul le monde se suffit à lui-même… et pourtant il n’est fait que de toutes ces parties, donc les quelques organismes sujets à l’angoisse existentielle.
    d’où la traduction très curieuse dans toute les théologies d’une relation filiale entre l’individu et le dieu, l’individu se soumettant au dieu, mais le dieu exprimant par cette même induction de soumission son besoin de reconnaissance de la conscience de l’individu…
    le libre arbitre est une invention de la théologie chrétienne !
    comme la laïcité par ailleurs !
    y’a une recherche d’objectivisation dans ces deux concepts du regard sur le monde et du regard sur le regard.
    bon, ben faut continuer à faire évoluer le regard…

    Répondre
  23. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    @Freton : en fait, vivre, c’est choisir. À chaque moment de ta vie, tu choisis. Tu agis ou pas, tu fais ceci ou cela, il y a des mots qui sortent et d’autres que tu gardes. La plupart du temps, nous ne percevons pas la grille permanente de nos choix. Il faut bien dire que la plupart du temps, les choix sont totalement insignifiant et sans conséquences… ou pas. Tout le problème est là.

    La plupart du temps, choisir tes chaussettes ou ton slip le matin est un choix sans importance, auquel tu penses peu… mais il peut y avoir derrière des choix anodins des conséquences imprévisibles au moment du choix, quand bien même tu n’as pas conscience de choisir. Tu prends tes chaussettes pas très chouettes. Mais voilà, à l’aéroport, tu devras enlever tes chaussures et peut-être que le trou à la chaussette va, à ce moment précis, changer radicalement le cours de ton existence. Je repense à une de mes connaissances qui est parti passé le concours Air France. Il n’a pas pensé à ses pieds et le trou à sa chaussette l’a privé de sa place. En fait, l’a privé de sa carrière et de plein de choses.

    A contrario, de grands choix cornéliens, au final, ne changent rien au cours de ton existence. Tu transpires à choisir, tu te tortures, sans savoir que le résultat sera neutre.

    Répondre
  24. Freton
    Freton dit :

    Pas tt à fait d’accord Agnès : car il y a deux genres de savoirs : celui dont tu prends conscience par toi-même et celui qu’on t’impose : dans le cas qui t’intéresse, quelqu’un a pris soin de perdre son temps à te présenter certaines informations parmi toutes celles dont il dispose pour t’inciter à daigner considérer l’existence d’un choix. Si tu étais restée dans l’ignorance, tu n’aurais pas eu connaissance de l’éventualité d’un choix.

    Donc, tu te fais imposer l’existence du choix par le choix d’un autre de te l’imposer.

    C’est un peu pareil en politique : pour les retraites, par exemple : alors que tu bêchais tranquillement ton jardin, on vient t’imposer l’existence d’un débat au sujet d’un système de retraites dont tu ne bénéficieras de toutes façons jamais, pour diverses raisons. Idem pour la burqa, les chiens dangereux, l’absentéisme scolaire : ici s’illustre le pouvoir qu’essaient de manipuler les intellectuels professionnels : te faire croire qu’un choix s’impose à toi alors que tu peux en ignorer l’existence, pour, par exemple, garder ton attention toute concentrée sur des sujets que tu pourrais avoir choisi : l’horreur du spectacle de la réalité que nous imposons aux miséreux de par le monde, quelques interrogations sur notre extraordinaire tolérance aux inégalités, voire, un travail artistique en amateur.

    Les choix n’existent donc pas par essence : ils sont imposés à nos esprits par le choix conscient d’autrui de nous imposer la question qui les intéresse comme un choix. Les envoyer paître reste une possibilité.

    Répondre
  25. fleur
    fleur dit :

    > “Nous n’avons, fondamentalement, pas les moyens de décider rationnellement de quoi que ce soit.”

    Je suis aveugle, donc tout le monde l’est, et il n’est pas possible d’y voir clair. C’est ça votre raisonnement?
    Vous affirmez que l’aveuglement est universel, mais vous lancez sentencieusement des affirmations qui se veulent universelles.
    Bravo. 🙂

    > “Parce que finalement, dans le maelstrom humain, toutes les décisions sont égales entre elles.”

    Euh… lol ?
    Bref, vous dites n’y voir pas clair, mais vous prétendez quand même que tout se vaut.
    L’ignorance ne guérit pas de l’arrogance apparemment.

    > “A contrario, de grands choix cornéliens, au final, ne changent rien au cours de ton existence.”

    Euh… lol bis?
    Adepte des lois cornéliens, je peux dire que ceux-ci, une fois résolus, ont grandement changé le cours de mon existence. Mais je suis probablement une anomalie statistique dans la masse sur lesquels vous faites vos jugements.
    D’ailleurs, je n’en ai pas encore fini avec les choix “cornéliens”… c’est un peu une quête sans fin, une fois que l’on a commencé à choisir la liberté. 🙂

    Pardonnez mon ton caustique, mais à juger les vies de tout le monde à l’aune de votre seule expérience, c’est un peu présomptueux, non?
    Des «je sais tout, mon expérience me l’a enseigné», j’en ai un peu trop vu dans ma vie. :/

    Répondre
  26. Dr No
    Dr No dit :

    C’est toujours joliment écrit. Sinon j’attends toujours que nos trajectoires respectives me permettent de poser devant ton objectif pour de me tirer le portrait … tu me l’a promis !

    Répondre
  27. Freton
    Freton dit :

    Encore une remarque : il est à la portée de chacun de réduire les conséquences de ses actes au plus infinitésimal possible : c’est même ce à quoi le respect d’autrui invite, théoriquement, chacun de nous. Pour ce faire, quelques règles de vie peuvent aider : ne jamais infliger son opinion à autrui, refuser de débattre de quelque sujet que ce soit, ne jamais parler de soi, ne jamais émettre de jugement de valeur.

    Et surtout, ne jamais interpeller l’autre, de peur que ce qu’on lui dire lui impose, brutalement, de devoir faire un choix qu’il aurait aimé éviter faire : par simple civilité

    Répondre
  28. paul
    paul dit :

    @freton…
    y’a un truc que je pige pas là dans votre propos n°33
    c’est que si on applique ça, il reste plus grand chose à faire !
    de possible j’veux dire !
    alors que si on se dit que bien que pas libre de vouloir, mais déterminé par ce qu’ont perçoit de diverses façons pas toutes conscientes, ben on fait ce qu’on sent de possible.
    la nuance, c’est que du coup, ça induit une certaine prudence ainsi qu’une certaine humilité, donc ni de la culpabilité, ni de l’orgueil.

    Répondre
  29. Freton
    Freton dit :

    paul: chacun dispose d’yeux pour voir, même si personne ne lui dit où regarder et d’oreilles pour entendre, même si personne ne souhaite lui parler. Tout ce que je dis, c’est que respecter l’autre, ce n’est pas lui imposer son verbiage aux oreilles ou le forcer à regarder les images fabriquées à son intention.

    Répondre
  30. fao
    fao dit :

    "J’ai eu la chance de faire les bons choix"

    Ah bon ! Faire les bons choix serait une affaire de chance ?

    Si il y a chance, il n’y a aucun faire, juste celui du loto, promu par nos instances politiques sur le net désormais, dernière innovation de la bêtisation.

    C’est vrai que c’est un problème de langue, en France on dit faire faire, en Angleterre ou en Allemagne on parle de laisser faire, let it go, lassen machen…

    Répondre
  31. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Bien sûr qu’il y a beaucoup de facteur chance dans tout ça. Tu peux choisir, mais comme tu n’as aucun moyen de connaître à l’avance les résultats de tes choix, ça revient effectivement à jouer au loto sur les choix les plus importants. 

    Choix simple : raison ou passion. Le type de choix que nous devons tous faire à un moment ou un autre. En moyenne, on te laisse penser que le choix de la raison est souvent le meilleur. En fait, du point de vue de celui qui choisit, c’est 50/50 : ça passe ou ça casse. Le choix raisonnable peut s’avérer désastreux à l’usage et te faire passer à côté de ta propre vie, le choix des tripes, un coup, c’est que du bonheur, un coup, que du désespoir.

    Je me souviens de ma fin de terminale : le choix raisonnable, c’était les filières scientifiques, les grandes écoles. Le choix passion, c’était les sciences humaines. J’ai commencé par le raisonnable, une cata. Par contre, j’ai fait un bon parcours dans le choix passion. 10 ans plus tard, j’ai croisé un ancien condisciple. Le gros bosseur. 100% raisonnable, classes prépa, ingé, la totale : pas de vie, pas de jeunesse, pas de fiesta, que du boulot. Le top du choix. Certes, je n’avais pas fait carrière et j’avais un boulot à 2000 lieux de mes aspirations. Mais lui, il avait que dalle, que ses yeux pour pleurer. Sa formation de pointe était devenue obsolète, délocalisée. Trop spécialisé pour s’adapter. Il l’avait dans le trognon jusqu’à l’os. Il avait pourtant fait le bon choix.

    Répondre
  32. saxo
    saxo dit :

    Il avait pourtant fait le bon choix….
    ah beh non alors ! 😉

    vu ce que tu décris.

    Le choix des tripes et le choix de la raison.
    Moi je dis (mais c’est moi qui le dis et ça n’engage que moi) qu’on peut arriver à accorder ses tripes et sa raison. Mais ça demande du boulot (introspectif) du temps et de la chance (quand on ne nait pas au bon endroit, on se pose même pas la question).
    Alors, le choix des tripes et le choix de la raison se rejoignent et deviennent le "bon choix".

    Pour ma part. Je ne me suis jamais demandé si j’avais fait le "bon choix". Face à une situation où il y a un choix à faire, j’en fait un et je ne vais pas chercher à réfléchir aux conséquences d’un autre choix éventuel que j’aurais fait. J’ai déjà suffisamment à faire à gérer les conséquences de celui que j’ai fait. 🙂 .
    Dans le cas inverse, quand un choix est fait pour moi, c’est pareil… J’essaie d’en tirer l’enseignement que je peux en tirer pour avancer (surtout si c’est un choix qui m’affecte).
    Les chutes font mal, mais si on ne tombe pas, on ne grandit pas.
    Il suffit de regarder la bande de "bien formés" qui nous dirigent, qui sont arrivés premiers de leur classes jusqu’au bout de leur études, qui ont passé tous leurs concours, et qui au bout du compte, n’ont eu à subir aucune remise en question.
    Pour eux, ils sont des exemples, ils ont une haute opinion d’eux même. Pour moi, ce sont (pour la plupart) des gens totalement déconnectés de la réalité….

    Répondre
  33. paul
    paul dit :

    euh…
    ben ce que je note dans les diverses intervention, c’est l’idée du bon ou du mauvais.
    bon ou mauvais, en fonction de quel référentiel d’évaluation ?
    le résultat ?
    ben oui mais, on note aussi que le résultat est évalué dans un contexte dont il est le fruit… et lui-même porteur d’éléments évaluateurs parce que orientant une sélection…
    y’a l’idée des bons élèves ! c’est quoi un bon élève ? un élève de quoi ? c’est quoi qu’est évalué dans les résultats de l’élève ? et comment on fait faire des résultats à des élèves ?
    hein, parce que les exemples indiqués de bons élèves là, dont le plus caricatural est celui du président français, c’est plus que débatable !
    mais même si je reprends le cas du gars ayant fait "le choix de la raison" science et compagnie… ben, l’idée que sa formation soit devenue obsolète et trop spécialisée aussi est très débatable : qu’est-ce qu’on a utilisé et qu’on lui a fait mettre en pratique de ce qu’il a assimilé de sa formation ?
    et lui-même qu’a-t-il assimilé de ce qui lui a été donné ?
    y’a aussi la distinction classique entre les tripes et la raison : moi je vois une rationalité aussi dans les tripes… et même dans les démarches "scientifiques", je sais très bien "sentir" la part d’intuition, d’affects, de passion, de projections, d’induction idéologiques, qui troublent (et motivent) les regards autant que parfois ils peuvent permettre de faire avancer très vite, efficace à l’égard de l’obtention d’un résultat direct.
    p’t’être parce que j’ai une très forte "sensualité" et que ça m’a incité à faire à la fois des sciences de la matière, de la vie et humaines, et parallèlement de réinvestir tout ça dans des emplois dont le seul but était la survie.
    bon, j’vais pas imposer à autrui mon verbiage hein et des images préfabriquées… parce que rien que de constater ou de craindre que ça peut être perçu comme tel, ben ça dissuade automatiquement…

    mais y’a autre chose à propos de la raison et des tripes.
    on est dans une culture qui hiérarchise la raison comme supérieure au tripes.
    ça induit aussi la hiérarchisation sociale des domaines de connaissance s’y attachant.
    la raison qui pousse à aller vers les maths plutôt que vers sciences humaines par exemple, ben c’est pas du rationalisme intellectuel ou même psychologique : c’est une projection de valeur de hiérarchie sociale.
    c’est de l’ordre du désir mimétique : l’objet, c’est la valeur sociale. le médiateur c’est le capital symbolique d’un domaine culturellement valorisé. on choisit d’imiter le matheux parce que ça donne une image de marque sociale qui est l’objet du désir d’intégration sociale.
    mais y’a aussi les capacités particulières de l’individu qui le rendement "raisonnablement" sensible à un médiateur plutôt qu’un autre. Le gus qui choisit maths plutôt que lettres, ben c’est probablement aussi parce que ça fait un bout de temps qu’il expérimente qu’il a plus de facilités à jouer avec un univers conceptuel fermé, mais dont le jeu lui donne l’impression d’une création illimitée, qu’avec un champ d’expression ouvert où en dehors de la reproduction culturelle mimétique il est très difficile de "créer" quelque chose et de le faire diffuser.
    donc pour moi, y’a toujours effectivement plusieurs éléments conduisant un individu à développer une solution plutôt que les autres. le dualisme courant proposé en explication de tout ça ne me convainc pas souvent.

    Répondre
  34. PMB
    PMB dit :

    Dans la (terrible) chanson de Mouloudji, il y a un vers que je mets plus haut que les autres :

    "Un moment de joie de misère"

    Il prend soin de mettre les deux sur la même ligne…

    Je rapproche ces mots de ceux de Pagnol, plus pessimistes, à la fin de Le Château de ma mère :

    "Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins."

    Mais si on se bat sans répit contre nos chagrins, ça va encore. Si l’accumulation des manques irréparables cède, même un peu, devant les bonheurs à venir (pour moi, mes tRois ¨Mages), tout n’est pas foutu…

    Répondre
  35. Meson
    Meson dit :

    Beau texte Agnès ,

    J’ai pris une sacrée claque suite à la rupture avec mon premier amour…J’ai souffert comme une bête et contrairement à toi , ensuite , je me suis protégé…Incapable de replonger totalement…

    Mais je pense que dans un premier amour il y a tant de choses…L’idéalisme adolescent ,le moi pas tout à fait formé , l’héritage familial…

    Bien sûr j’ai aimé ensuite mais me suis-je vraiment donné ? Et d’ailleurs doit on " se donner "? Ca doit être encombrant pour l’autre s’il y a un décalage…

    Autre chose , j’ai perdu de vue toutes mes connaissances d’adolescence…Une fois j’ai essayé de rencontrer un pote "inséparable" : double désillusion…

    Mais tout de même j’aimerais savoir ce que sont devenus les constituants de mon " noyau."… Mais je n’arrive pas à faire la démarche…Un jour , pour une histoire grave concernant un de mes enfants , j’ai appelé une " amie" devenue médecin qui m’a accordé "cinq " minutes….C’était pas vraiment encourageant…

    Ca m’arrive souvent de m’interroger sur ma vie…"aurait pu mieux faire !" Mais pas complètement catastrophique…Je suis devenu relativiste , ai investi différemment et parfois me suis noyé dans du travail social stressant…

    Aujourd’hui ,j’apprécie la vie , le calme aussi , et savoure ce temps que je sens compté…

    Répondre
  36. pupuce
    pupuce dit :

    il y a essentiellement un paramètre qui pollue les choix humains, c’est la peur. certains l’appellent la raison, mais quand y regarde de plus près…
    et alors quand on arrête de la regarder…et surtout de l’écouter, alors là on fait des choix vrais, sincères, sensés, éclairés.
    dommage qu’on n’apprenne pas ça à l’école, on gagnerait du temps, je trouve. et le temps, quand on n’a pas mille vies mais une seule et le genre très fragile, c’est important.

    (c’était la minute philo de bobonne, retour en cuisine, hop, pfuit.)

    Répondre
  37. fao
    fao dit :

    Le problème de base c’est de se mettre un juge sur la tête, comme Dieu par exemple, celui de la morale conventionelle, ou le Dieu de la raison ou celui de la réussite, amoureuse, professionnelle, financière…

    Les psychanalystes, quoiqu’en dise Onfray, et malgré leurs extravagances pour certains, n’ont pas si mal vu le principe du surmoi, celui qui nous impose une notation du genre j’ai réussi ou j’ai raté, jugement binaire, tout autant que le loto ou la bourse, par rapport à une grille de notation complexe mais concluant simplement à une guillotine radicale. J’ose espérer que que mes choix sont un peu plus subtils, quelques soient leurs conséquences, que le pile ou face de la condamnation des bilans.

    Sinon je me retrouve dans le billet, sauf que les gadins, c’est nous-je, ou plutôt le contexte du discours, le discours donc qui nous l’impose, de gauche ou de droite, pas de différence.

    Répondre
  38. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    La peur et le jugement, la peur du jugement, des conséquences, oui, il y a plein de contraintes, imposées par l’extérieur ou par nous-même qui nous poussent dans les "mauvais" choix, c’est à dire ceux qu’on aurait gagné à ne pas faire pour être un chouïa plus heureux.

    Répondre
  39. saxo
    saxo dit :

    Je répond à ma propre question, après enquête…
    Nous ne sommes que des funambules qui trébuchent…
    ben c’est bon. Rien à dire… si ce n’est que la formulation n’est pas courante et qu’elle titille l’oreille, mais grammaticalement, ça marche.
    Désolé d’avoir douté Agnès.
    J’aurais appris quelque chose 😉 .

    Répondre
  40. paul
    paul dit :

    à FAO
    je suis allé écouter l’interprétation que vous indiquez en lien de cette pianiste chinoise.

    ben, je suis désolé hein… la qualité sonore de la vidéo est aussi à prendre en compte…

    mais jouer à cette vitesse là… ben ça détruit totalement la musique… c’est froid, mécanique, impressionnant de performance technique d’une certaine nature… mais pas musical du tout

    des exemples de l’idée de réfléchir autrement, de jouer avec tout son corps, j’en ai rencontré beaucoup, et ça n’avait rien à voir avec ce que fait cette pianiste.

    alors maintenant, ce que je me pose comme question, c’est comment vous donnez du sens à ce que vous avez vu et ressenti là, qu’est-ce que vous prenez en compte dans ce qui est observable de votre sensibilité comme de la pianiste, pour voir là quelque chose que vous exprimez de la sorte.

    Répondre
  41. fao
    fao dit :

    paul,

    Coréenne, pas Chinoise, la pianiste.
    Je reconnais que c’est la virtuosité qui m’a plu et par ailleurs il est vrai que que ça fait penser à une sorte de Bruce Lee féminin. Mais se faire bluffer, y a pas de mal à ça.

    D’ailleurs, ce n’est pas à ce type d’interprétation que j’ai été formé, plutôt les demi teintes de Fauré, Debussy…

    Pour les interprètes Pollini, Ciccolini :
    http://www.youtube.com/watch?v=q1k3

    Répondre
  42. fao
    fao dit :

    Sinon, je pourrais rajouter que toute interprétation est subjective, même si la partition est assez rigide dans son formalisme on peut en trouver les portes ouvertes.

    Donc j’ai réécouté, comme on relit un texte d’un autre ou de soi même, et je n’ai vraiment pas à rougir de qui m’intéresse dans cette virtuose, car c’est le cas.

    Mais je pourrais vous choquer encore plus, puisque je suis friand du Metal rock.

    Autre approche, œuvre d’un de mes ancêtres familiaux qui n’aurait pas approuvé probablement toutes mes dispersions musicales, on y voit les coulisses de l’orgue, instrument gigantesque et complexe, mais là j’aurais joué différemment si j’étais organiste, d’une façon plus fantasque, c’est mon trait de caractère :

    http://www.youtube.com/watch?v=-Ijt

    Répondre
  43. fao
    fao dit :

    Finalement, comme je réfléchis un peu, je crois que vous n’avez rien compris de ce que fait cette coréenne, trop empesé que vous êtes dans un modèle musical valable mais limité, d’où votre appel à mon autocritque.

    Vous ne vivez pas le son et le mouvement, les globes oculaires figés, vous restez les pieds dans le béton d’une forme d’académisme musical. Heureusement que d’autres prennent le risque de respirer ailleurs.

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