Open bar

Alors qu’il y a encore quelques semaines, tous ceux qui, comme moi, critiquaient ouvertement et vertement le capitalisme débridé se faisaient traiter de réactionnaires allergiques au progrès et incapables de se conformer à la réalité, voilà que ces derniers jours, les très nombreux thuriféraires du marché triomphant expliquent à longueur de colonne à la une que les marchés ont soufferts d’un défaut de régulation et qu’ils ont toujours dit que l’immobilier, c’est comme les arbres, ça ne grimpe pas jusqu’au ciel.
Bande de faisans !

Paris, un peu avant l’automne 2000

Je ne sais absolument plus ce que je fais à Paris, ni quel mois précisément. Je suis hébergée chez un de nos meilleurs amis, un pote de fac qui bosse dans le secteur de la finance, mais n’en reste pas moins totalement fréquentable. Ce soir, c’est open-bar sur les Champs pour le lancement d’une boîte de boursicotage en ligne qui a débauché un bouquet de ses potes à lui des banques plus sérieuses et assises sur le marché. Le truc est sur invitation, mais je pense que Jean (appelons mon ami Jean) a négocié ma venue en l’échange de la promesse d’exhiber une vraie gauchiste du bled, ascendant Arlette Laguiller en plus jeune et énervée.

La toute nouvelle startup a réservé un bar à cocktails bien chicos qui donne sur les Champs Élysées, parce qu’à ce moment-là les boîtes Internet peuvent tout se permettre et elles le font. À l’intérieur ça grouille de jeunes loups carnassiers à la petite vingtaine triomphante. Pas encore tout à fait trentenaire, je fais partie des seniors de l’aventure. Le champ’ coule à flots et des plateaux de sushis totalement délicieux tournent non-stop au milieu de convives qui s’avachissent à mesure que le temps passe. De temps en temps, un winner’s 2000 tente de déclencher une bordée bolchévique, mais je suis tellement captivée par le spectacle et les conversations que je suis en mode éponge, immersion totale dans l’océan de winnitude décomplexée.

Je reconnais quelques têtes dans le tas, des anciens de notre tribu d’étudiants qui se retrouvaient chez Jean le samedi soir pour bouffer des pizzas au cassoulet et autres explorations culinaires à même le tapis, tout en s’abreuvant de vodka au piment.
Quelqu’un a monté un vidéoprojecteur dans un coin et fait une démo du site boursier, avec ses petites courbes qui montent, montent, jusqu’au ciel… Je le reconnais. La dernière fois que je l’ai vu, il était un Dark Vador très convaincant qui dansait sauvagement sur le thème de l’Île aux enfants lors d’une soirée eighties chez un autre de la bande. À la fin de la démo, il lance la distribution des contrats d’adhésion au site : 500 FRF offerts pour les souscripteurs de la première heure. Et champagne pour tout le monde ! Nous sommes nettement plus de 100 à nous abreuver aux frais de la toute jeune société. Ils ne jettent pas les biftons comme confettis, mais dans ma tête, c’est tout comme. Je tète un gin fizz au long court et signe en bas de la page. Huit ans plus tard, je reçois toujours mon bilan financier annuel de cette boîte : un peu plus de 76 €. Jamais touchés. Jamais placés.

Le gros sujet de conversation, ce sont les placements sur le CAC 40. D’une manière qui m’est totalement obscure, les gars jouent la valeur du CAC 40 à terme. Certains ont misé dans les 20000 FRF que le CAC passera les 8000 pts avant Noël. D’autres ont investi beaucoup plus. Et sur l’écran, les petites courbes grimpent, grimpent toujours.
Je leur demande s’ils ont des bookmakers. Certains rigolent, d’autres ont juste une petite moue de mépris. On ne joue pas, ici, camarade, on opère des placements sur des marchés à terme, on achète des options sur des valeurs sans avoir le fric, mais ce n’est pas grave, parce que le jour où on devra payer, on aura déjà revendu avec une belle petite plus-value pour financer le Nouvel An à Hong Kong. Manière, je ne peux pas comprendre, c’est de la finance, c’est du sérieux, ce n’est pas comme le livret à la Caisse d’Épargne, un truc de loosers.

  • Tu vois, le MATIF, ben on doit être 3 ou 4 sur l’ensemble des salles de marché de Paris à vraiment comprendre comment ça marche dedans. Mais tout le monde y place ses billes, parce qu’à la sortie de la boîte noire, on fait du fric, plein de fric.
  • Comprend pas. Pour moi, c’est du casino, c’est tout.
  • Bon… tu vois la gestation du cochon ?
  • Ben c’est l’origine de tout. Le fermier fait saillir sa truie et il sait que 112 jours plus tard, il aura en moyenne une dizaine de porcelets. Donc, il peut vendre sa production à terme. C’est un cycle boursier. Le truc, c’est de jouer sur les variations du prix du cochon sur 112 jours…

Un putain de casino, avec des paris sur le prix, non pas des choses, mais des indices des cours des promesses d’achats et de vente dans 90 jours. Des gamins qui achètent des paris avec un gain anticipé sur le marché, donc avec du vent.
Tant que ça grimpe, tout va bien… il y a aussi toujours des malins qui jouent baissiers… faut prendre des options en cas de retournement, mais bon, le plus souvent, c’est du fric foutu en l’air, y aller sans couverture, c’est plus rentable. On parle de cavalerie et de varans… Il y a déjà des cadavres incrustés dans les sofas tout mous. Les winners ne font rien à moitié, que ce soit pour jongler avec le fric des autres ou se mettre cartable avec la picole. Tout le temps à fond. C’est pour cela que la moyenne d’âge est aussi basse dans les salles des marchés des grandes banques. L’espérance de vie s’y compte en mois, plus rarement en années. Faut se dépêcher de remplir les fouilles avec un maximum d’oseille, avant de migrer dans un service plus calme de la banque. Même auditeur, à côté, c’est du gâteau. Certains racontent en rigolant qu’un peu avant l’ouverture du bal, à 9h00 à Paris, ça sent le picrate et le pernod dans les salles de marché. La coke, ça ne sent rien. Tout le monde est blindé, parce que dès que le coup d’envoi est lancé, on ne débande plus, faut brasser. Comme des lapins qui traversent l’autoroute. Pression maximale pour un maximum de profits. Le fric cabriole de mains en mains, mais sans salir les doigts.

À la fin de l’année, les gamins ramassent le jack pot, des primes relatives au fric ramassé pendant l’année. Certains espèrent faire la culbute plusieurs fois par rapport à leur salaire annuel, qui n’est déjà pas minable. D’ailleurs les primes, ils les ont déjà investies sur des produits spéculatifs. Le fric pond du fric, ex nihilo. C’est la fête.

On se retrouve à tituber sur les Champs au petit matin. Sapés luxe en déhanché caniveau.

  • C’est galère pour avoir un taxi par ici à cette heure : ils se méfient de nous, parce qu’on a tendance à gerber sur leur banquette arrière.

Évidement, cette année-là, personne n’est parti fêter le Nouvel An à HongKong.

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45 réponses
  1. jide
    jide dit :

    Merci pour cette tranche d’ethno vécue de l’interieur.
    Comment sincerement souhaiter que ces jeunes cons soient rattrapés par le fric des loosers du Livret A (ou de n’importe quel fric "gagne petit" ?

    Qu’ils crèvent dans la rue, entre un carton sale et un litron de mauvais rouge.

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  2. emcee
    emcee dit :

    Super compte … rendu!
    Mais ça y est, je suis démoralisée! Ca, et la sélection du jour, là à droite de l’écran, je crois que je vais me coucher et attendre que ça passe.

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  3. christophe
    christophe dit :

    Quelle justesse d’analyse !!! Quelle finesse !! Coment as-tu pu les supporter tout ce temps sans leur dire? As-tu déjà parlé de ça avec ton ami? Qu’en disait-il? Il y croyait tout le temps? Il n’a pas eu de doute? Et toi, penses-tu qu’il a eu des doutes, mais qu’il y croyait?

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  4. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Je ne cherche pas à désigner ceux qu’il faut lyncher à coups de figues molles. Après l’éclatement de la bulle Internet, la plupart des gens de la soirée se sont fait essorés. Mais ils ont aussi majoritairement retrouvé du boulot dans la finance, retour dans les banques traditionnelles, en back office, certains sont devenus consultants et une nouvelle fournée de chair fraîche les a remplacé aux manettes du gros Monopoly… des petits Kerviel. Car ces gens sont dans un système. Un système qui les coupe totalement des conséquences de leurs actes, qui ne leur laisse pas faire le rapprochement entre la danse des courbes qu’ils alimentent et le gars qui perd son taff et sa baraque dans l’élan.

    En 2000, comme l’année dernière, c’était l’euphorie! Plein de petits jeunes fraîchement sortis des écoles de finance qui se retrouvent à jouer avec des chiffres impalpables. Plus ils jonglent, plus ils prennent de risques, plus ils rentrent du blé et plus leurs chefs sont contents. Les mecs ne voient rien sortis de leurs écrans, c’est le Sin City du blé : tu vends des options sur des matières premières qui vont être semées, tu prends des positions sur les valeurs d’indices à 90 jours. C’est totalement déconnecté de la réalité. Et en plus, c’est la fête. Tu brasses du pognon et tu te fais plus en un an avec les primes que tes parents en trimant à deux pendant 10 ans. C’est un putain de jeu. Exactement comme pour les gamins américains qui se font Quake grandeur réelle en Irak.

    C’était la fièvre. Le fric brûlait les doigts et était facile à gagner pour les spéculateurs. Tout le monde voulait spéculer, tout le monde voulait jouer à faire du fric en dormant avec son petit paquet d’actions et personne ne cherchait à savoir d’où venait l’argent. L’âge d’or de Boursorama.
    Quand tu as lu des bouquins sur l’ambiance avant le krash de 29, tu sais bien que tout dévisse dans l’euphorie, au moment où il n’y a plus de limite et où tout le monde fait tapis en flambant du fric virtuel sur les marchés. Surtout qu’avec la multiplication des produits financiers, tout est fait pour mettre un maximum de distance entre les joueurs et la source du blé, à savoir l’économie réelle, le travail des prolos, les 10% de PIB qui sont passés des salaires aux actionnaires.

    Les gars de la soirée ne sont pas l’origine de tout. Ils font juste partie du système, comme nous, et comme nous aussi, quand ça chie, ils se font écraser la gueule. C’est bien au-dessus des fantassins de la finance que se situent les maîtres du jeu. Ceux qui maîtrisent les grands circuits financiers internationaux avec les chambres de compensation qui maquillent les trajectoires du fric bien réel qui alimente les paradis fiscaux et les gros business mondiaux, plus ou moins légaux. Très très haut dans la stratosphère financière, bien au-dessus du marigot des gagnent-petit.

    Jean fait toujours parti de mes meilleurs amis (enfin, je l’espère, vu qu’il va probablement lire tout ceci et se reconnaître! 🙂 ) et il bosse toujours dans l’univers feutré des établissements financiers. Il ne fait pas partie de la caste des gros caïmans. Dans son domaine comme dans les autres, il y a des types bien, voire charmants, avec qui il est agréable de passer du temps et des gros connards. Comme partout.

    C’est bien là l’une des ultimes perversions du système qui nous pète à la gueule en ce moment…

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  5. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Pauvres bêtes…les varans, heureusement pour eux, ne sont pas des options, et n’ont pas à se méler aux requins ou aux crocos! On parle plutôt de warrant…

    Je sais ce que c’est les warrants… enfin, en gros et de loin par temps de brouillards, comme pour la plupart des produits financiers, mais c’est juste pour rendre un peu la sensation de décalage que peut éprouver un non initié dans ce genre de soirée.

    Sinon, je n’ai jamais remangé des sushis aussi bons que ce soir-là!

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  6. chris
    chris dit :

    Mouai , nenfin suis pas sur qu’ils s’agissent des vrais capitalistes, nenfin ceux de Marx ….

    Marrant qu’en ce moment , les projecteurs ne soient braqués que sur les States en pleine debacle ……les Russes seraient en train de se marrer grave et faudrait pas le montrer……

    AH ben oui c »est vrai ..ils sont occupés a fourguer des flingues a Chavez et au Kenya ….entre autre..

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  7. Swâmi Petaramesh
    Swâmi Petaramesh dit :

    Mouarf 😀

    …ou Bhleeeeuuuuââaâaâârkkkkk 😯

    N’est-il pas incroyable que ce soient ces connards qui "gouvernent" plus ou moins le monde, ou plutôt qui tapinent pour cher et vendent leur âme (ou le peu qu’ils en ont) sans complexe à ceux qui le gouvernent véritablement.

    Faudrait jamais laisser les gamins, ni les crétins, jouer avec les allumettes…

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  8. bert
    bert dit :

    Pauvres bêtes…les varans, heureusement pour eux, ne sont pas des options, et n’ont pas à se méler aux requins ou aux crocos! On parle plutôt de warrant…
    Hier, c’était les "startup", mais avant hier, les "winners" étaient déjà à la fête, je me souviens d’une pub désopilante dans laquelle on voyait deux types en costard, sur fond de Défense, discuter marchés financiers et se déplacant en…trotinette…(autre mode). A la fin des années 80, tout être désireux de ne pas espérer une fortune boursière et un "job à la City" s’attirait la pitié ou le mépris de la presse et des autres représentants de la "société"…Mr Bernard Tapie était alors déjà un héros…
    la principale courroie du capitalisme, c’est celle qui permet de faire tourner l’idée selon laquelle "toi aussi, un jour, tu pourrais avoir le yacht "milliardaire russe"…
    Combien d’anciens "gestionnaires de startup" sont aujourd’hui agent immobilier?

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  9. comme ça
    comme ça dit :

    Mètavi que toutes ces histoires de cacarente, de tradeur, etoutim, c’est que du pipi de chat.

    Etre bourge est un beau métier qui consiste à bien vivre sans rien glander en faisant suer lézotes. Pour que monsieur et madame bourge et leurs petits bourges y profitent bien, y faut que lézotes y bossent plus.

    Donc, le blaîme, c’est de faire bosser plus lézotes. C’est pas fastoche paceque lézotes y sont rigides. Y faut donc ramollir lézotes. Pour que lézotes y soyent tout ramollo les bourges y déloquent par exemples. Mais faut dire aussi que le bourge, il est sympa, y peut te prèter du pognon pour payer ta carrée à chrome. Les subprimes qui z’appellent ça. Sûrement une sorte de prime de Noël… Le bourge est Père Noël de lézotes, alors faut arrêter de dire des craques sur les bourges tas de bolchos.

    Ouais mais le great problaîme, c’est que y’en a des lézotes qui veulent pas qu’on ramollisse leurs rigidités. C’est que des jean-foutre qui savent pas qui qui sont: un salarié c’est fait pour bosser, un proprio pour toucher des loyers, un toubib pour traîner ses fesses en katkat, un hérisson pour se faire crabouiller par le katkat du dit toubib.

    Et un banquier pour banquerouter.

    L’économie j’ai tout compris : un p’tit Ricardo à l’apéro ça fait grimper le pays B.

    Répondre
  10. jide
    jide dit :

    @Agnes: Je suis bien conscient que ces irresponsables font partie d’un système qui les dépasse complètement.
    Mon appel à les voir crever la gueule ouverte était rhétorique, et visait le système plutôt que ses rouages.

    N’empêche, être irresponsable à ce point, ça mérite des baffes…

    Répondre
  11. KesJenDi
    KesJenDi dit :

    Pour avoir touché de pas trop loin à ce dont il est question ici, je sais à quel point ça peut vite monter à la tête tout ça, et je pense que l’image du bookmakeur convient bien : ça ressemble vite aux sensations qu’on ressent en jouant.
    Je dédouane personne mais le système pré-existe aux individus : ils n’inventent rien et ne font que se conformer après tout… comme le type qui verse de la javel sur la bouffe qu’on lui fait jeter à la fermeture du supermarché.

    A propos, en ce moment on entend plein de choses à propos des off-shore, mais si je ne m’abuse, c’était quoi d’autre l’affaire ClearStream ?

    Répondre
  12. Bourguignon
    Bourguignon dit :

    "Un système qui les coupe totalement des conséquences de leurs actes, qui ne leur laisse pas faire le rapprochement entre la danse des courbes qu’ils alimentent et le gars qui perd son taff et sa baraque dans l’élan."

    Ils n’ont pas de cerveaux ces gens-là.
    Ils ont été éduqués et élevés par qui ces gens-là.
    Et maintenant qui va payer pour les conneries de ces gens-là?

    Répondre
  13. céleste
    céleste dit :

    Oui, un jeu.
    c’est bien ça le problème!
    des enfants élevés dans le culte du jeu: playstation, jeux vidéos, game boys…
    inconscients des risques qu’ils prennent et qu’ils font prendre aux autres.

    bercés aux dessins animés, des mondes de super héros, insensibles à la douleur, l’argent facile…

    et ne jamais avoir mal, ne jamais se heurter à la réalité, ou le moins possible.

    et être désarmé quand pleuvent les coups.

    Répondre
  14. jj
    jj dit :

    histoire de se faire plaisir ou peur … (au choix des bourses,ou des cojones)
    à ecouter l emission de la bas si j y suis
    "Bienvenue à bord du Titanic financier – 30 sept 08" tres tres instructif….mais pas nouveau

    nos chers financiers grosse tete (pas les grouillauds d Agnes qui jouent à la play station)
    nous ont mis un pistolet sur la tempe – alors on paye ?
    baaaah tfaçon je crois qu on est obligé ….. pas le choix
    on vit un grand moment …
    c est plus tard qu on s en prendra plein dans la gueule au propre et au figuré!
    mais avec le sourire :-))
    il y aura toujours assez de gens biens comparé à la bande de gros connards qui s en sont foutus vraiment plein les fouilles et qui nous menent par le bout du nez, hein dites?!
    et vive les loosers au passage!

    Répondre
  15. jean-christophe
    jean-christophe dit :

    C’est comme le gars qui dit réduire la contenance des pots pour prévenir l’obésité ou TF1 qui vous fait compprendre que si vous etes pauvres, c’est parce que vous ne savez pas accomoder en beignets, vos épluchures, les orties et pourquoi pas votre m…. Tout cela mérite des patates et oui, qu’ils crévent la gueule ouverte comme il l’ont fait subir à certains terriens en début d’année en spéculant sur la bouffe ou l’énergie qui sert à se chauffer

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  16. Fin De Partie
    Fin De Partie dit :

    Pendant qu’on se demande avec effroi quelle sera la prochaine banque qui va plonger, la plus grave crise économique des 25 dernières années se prépare et le nombre de chômeurs va exploser sur fond d’inflation galopante.
    J’espère que vous n’avez pas un crédit sur votre baraque pour 25 ans?

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  17. cultive ton jardin
    cultive ton jardin dit :

    C’est marrant de voir que beaucoup de commentaires sont sur le registre moral et indigné. Je pense au contraire que si nous voulons que notre société résiste à ces engouements malsains, il faut repérer, et sans doute repérer en nous même, ce qui les rend possibles.

    Les évacuer sur le thème "ce sont des méchants et on a rien à voir avec eux" ne fait guère avancer la question.

    Par contre, se souvenir des épisodes où on a soi-même, si peu que ce soit, participé au système pourrait nous aider à comprendre. Mais pour certains c’est un péché difficile à avouer, le climat d’indignation renforce cette censure.

    Répondre
  18. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Merci Jardin! 🙂

    En effet, nous participons tous au système d’une manière ou d’une autre et le plus souvent, nous ne faisons même pas l’effort de chercher à quel moment nous pourrions glisser un grain de sable dans la machine à broyer les êtres. Comme il est facile de fustiger les joueurs de bonneteau financier et d’aller ensuite se consoler en remplissant son caddie au supermarché!

    Quant à l’aspect jeu des salles des marchés, même si l’analogie est frappante avec les jeux vidéo, tant dans le modus operendi que dans l’absence de conséquences (pour l’acteur), elle l’est bien plus pertinente avec les jeux de casino, à cause du rapport à l’argent et l’addiction que ce mode de vie engendre. Les gars se shootent au pernod, au pinard et à la coke, mais ils se shootent surtout à l’adrénaline et ils en redemandent.

    Et je pense aussi que l’argent facile a beaucoup à voir avec l’ensemble de ces comportements. Une pute a aussi beaucoup de mal à lâcher le trottoir quand elle peut gagner en une nuit ce qu’elle mettrait péniblement un mois à ramasser dans un boulot standard. Le système tourne surtout grâce aux inégalités de salaires, lesquelles récompensent fortement ceux qui servent bien le système, qui y adhère et le perpétue. Il suffit de comparer les revenus, par exemple, d’un journaliste de la pensée dominante avec ceux d’un journaliste contestataire (ou juste un peu trop fouineur) pour comprendre.

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  19. herve_02
    herve_02 dit :

    @cultive ton jardin

    C’est une remarque intéressante, je crois qu’il y a 2 ou 3 ‘petites choses’ qui sont concommitantes :

    – l’hypermatérialisme qui s’est développé (ou qu’on a poussé) qui a permis la consommation de masse (et donc la croissance de masse). "Allez plus haut, allez plus haut…." Cet hypermatérialisme a gangrené le monde du travail : on a préféré la machine à l’homme. On aurait pu adjoindre une machine à l’homme pour le soulager des taches difficiles, dangereuses ou trop répétitives et lui laisser plus de latitude dans son travail, moins d’horaires pour le même salaire, des taches plus agréables (des hôtesses de caisses qui t’aide à faire tes courses, qui t’aide à les ranger …. On a préféré remplacer l’homme par la machine.
    Dès lors l’homme est devenu une variable dans l’équation économique, et une variable désincarnée : ce n’est pas son frère, son père, son voisin, c’est un autre qui n’existe pas réellement. Les bellants affirment haut et fort que le progrès crée plus de travail qu’il n’en détruit : oui si ce n’est pas un progrès de substitution, Actuellement une part importante est un progrès de substitution : plus de machines pour moins d’homme et non plus de machines pour un meilleur travail.

    – Les formations aux méthodes ‘modernes’ de gestion et management : le flux tendu, la motivation comme rémunération, la compétition au sein même de l’entreprise. La notion de bilan inter-service. Ainsi plutôt que l’entreprise soit vue comme un tout, chaque ‘zone’ est concurrente des autres, a des ratios indépendants, des objectifs propres, ce qui favorise donc forcement les licenciements internes pour améliorer _son_ ratio. cette ‘ratio-nalisation’ permet de chasser le détail (le taux de productivité des secrétaires avec logiciel tartempion) sans le placer dans une dynamique d’ensemble : variable désincarnée, car même si on le licencie pas, on n’embauche pas, on ne remplace pas etc.

    – Le relativisme et c’est mon plus grand cheval de bataille : par approximation on ‘relativise’ la chose, par exemple : oui ça va être dur pour certain, mais _dans l’ensemble_ [le truc est là] c’est mieux. Ainsi on sacrifie certains pour le groupe, et là tu vois, nous sommes en plein matérialisme historique, ce qui est quand même une valeur de ‘gauche’, comme quoi….

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  20. Kamizole
    Kamizole dit :

    Pasionnant ! A peu près à la même époque, quand on ne pouvait ouvrir un journal, la radio ou la télé sans entendre parler de "nouvelle économie", laquelle mettait définitivement la "vieille économie" au rancart, j’avais regardé un "Théma" sur Arte, plusieurs docu consacrés au "star up", petites merveilles des merveilles…
    Déjà l’on sentait que sur le plan économique et surtout boursier, tout commençait à tanguer quelque peu. Mais de l’intérieur, ils ne sentaient pas encore le prévisible retournement conjoncturel, et qu’une telle "bulle" avait forcément vocation à éclater.
    C’était vraiment un monde de déjantés. Les patrons de l’économie réelle étaient fascinés par internet et ses promesses. Et du côté des star up, un appartement de deux ou trois pièces, quelques ordinateurs, parfois un serveur et des "petites mains" enthousiastes dont certains dormaient même sur place. Peu ou pas payés sinon avec des actions de la société censées les rendre autrement riches qu’un salarié de la vieile économie…
    A cette époque, il suffisait de créer n’importe quel logiciel pour n’importe quelle utilisation sur internet pour obtenir des sous, souvent de grosses entreprises dont les responsables n’avaient à l’évidence aucune idée du fonctionnement d’internet et de ses possibilités. Mais ça marchait !
    Le dernier docu que j’ai regrdé portait sur une fête mensuelle donnée à la Bourse des échanges (près du Châtelet) et était censée mettre en rapport les start up et les dirigeants d’entreprises.
    Le discours tenu par les "allumés" de la nouvelle économie était à proprement parler totalement hallucinant. Non seulement déconnecté de la vie réelle mais il m’a semblé très proche des fanatiques d’une secte. Ils n’avaient qu’un seul mot à la bouche : ouvrir des nouvelles frontières…
    Tels une armée de Quakers et autres Shakers à l’assaut du Nouveau Monde, se ruant vers l’Ouest. Il n’y manquait que les chariots !
    Peu de temps après, le Nasdak s’effondrait… En une sorte d’implosion qui fit sans doute pas mal de dégâts dans les finances des sociétés de l’économie réelle qui y avaient investi, sans parler, bien entendu de toutes les "petites mains" qui avaient travaillé pour la peau.
    Mais ils firent sans doute moins de mal à la société que les traders de la finance. Et je reste persuadée qu’un grande part de l’argent perdu (même aujourd’hui) est purement virtuel. Monnaie de singe ?

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  21. manu25
    manu25 dit :

    Le pire, et comme l’explique très justement Frédéric LORDON du diplo, les états vont payer la note (700 milliards pour les states) eux, si promptes à dénoncer la gabegie des administrations publiques; et sans contrepartie c’est à dire : on renfloue et demain : play again please.
    Tiens y sont passé où les ténors de la finance qui nous bassinaient matin et soir sur les bienfaits de la mondialisation.

    Répondre
  22. chomon
    chomon dit :

    -Le marxisme est moribond.
    -Le socialisme est bon pour l’hospice.
    -L’écologisme sait plus oû il habite
    -Le capitalisme est trés malade (espèrons qu’il s’en remettra pas).

    On sait pas oû on va, mais on y va. shepakiladi

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  23. Livret A, A comme "Ah, je vous ai bien eu"
    Livret A, A comme "Ah, je vous ai bien eu" dit :

    Moi… ce qui me fait peur, que je ne connaissait pas avant, et que je n’imaginais pas, c’est le "déni". Tu peux avertir les gens, présenter des rapports bien ficelés et solides, crier sur tout le toits… c’est dingue, la facilité avec laquelle une majorité va se réfugier dans le "déni". Incroyable, et affolant ! Ça peut les concerner (santé, emploi, etc.) ou pas… ça peut être plus facile (simple, économique, etc.) de traiter au début… ça peut être n’importe quoi… un majorité va se réfugier facilement dans le déni. Je ne sais pas ce qui rend (ou a rendu) les gens comme ça… la religion ? la télé ? Être devenu, comme ça, totalement irrationnel… avoir perdu ainsi son bon sens… Et la cerise sur le gâteau, après ils vous jouer au loto… alors que la probabilité de gagner est très largement inférieur à ce qu’ils viennent de dénier… Qu’est-ce que vous voulez faire avec des gens comme ça ? Et ils ont tous le droit de vote… (tu m’étonne qu’on est dans la merde).

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  24. Chompitiarve
    Chompitiarve dit :

    @Livret A
    pfff, ce pseudo, enfin !!! 🙂
    Le déni est le comportement par excellence de refuge contre l’insupportable, réel ou imaginé, culpabilisant ou paniquant d’une façon ou l’autre.
    On le trouve chez tous ceux qui font du maintien de leur boniment une affaire de vie ou de mort, à commencer par les paranoïaques,et bon nombre de junkies (j’arrête quand j’veux, pis de toutes façon j’en prends pas beaucoup, c’est-pas-moi-c’est-l’autre, et j’contrôle), etc etc.
    Les gens qui sont censés représenter des populations, des économies entières, des industries énormes savent que si une digue de leurs flics lâche devant la colère qu’ils suscitent, c’est la grosse violence qui les attend.
    Ils le savent. Pour maintenir cette digue qui les protège, on peut s’attendre à ce qu’il utilisent TOUTES leurs ressources. A la fois. Mensonges ET balles réelles (les deux postes dont le budget ne connaît JAMAIS de "crise")… On dit (en Chine, y paraît) qu’il ne faut jamais bloquer un chat dans un coin…

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  25. Kaa
    Kaa dit :

    Bien sûr, ce sont des rouages. Bien sûr, le système broie la pensée critique. Ces gens-là sont hyper formés, mais rien ne les empèche d’avoir un cerveau et de s’en servir ! On me répondra, ils (nous) sont non seulement très bien formés, mais surtout très formatés. Mouais, mais là encore, ça ne me satisfait pas. Dans les boîtes d’informatique où j’ai été, les gens finissaient toujours par raler, critiquer, mais je n’en ai vu aucun accepter de prendre un risque et de remettre le système en cause. Le vrai cadenas de la prison dorée (pour eux/nous, pour les moins chanceux, la prison tout court), c’est la peur. Qu’on nous distille à l’envie. Le pouvoir est là.
    Un jour, j’ai vu une conférence d’Albert Jacquard. Il a dit bcp de choses intéressantes, mais je me souviens surtout d’une réplique dont j’ai retenu en gros ça : "certaines vendent leur corps, elles n’ont souvent pas le choix, mais bcp vendent leur cerveau et eux, ils ont le choix".
    Chacun est responsable, aussi.

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  26. jean-christophe
    jean-christophe dit :

    Mais moi j’ai rien fait
    Dans ma vie, il y a eu le cupide, l’ambitieux, le gosse de riche, l’instit, le directeur, le maire , le conseiller général, le député, le president de la comcom, le chef d’équipe, le patron, le lobbyiste, le syndicat, le juge, le banquier, l’assureur, le chef, la bourse, la télé, le flic, le juge et tout ça. Tous ces mecs passent leur temps à me commander ce que je dois faire, ils m’oppriment et me font chier en permanence et ce serait de ma faute si tout leur système se casse la gueule. Pas d’accord.

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  27. Dom
    Dom dit :

    Humm… avec 400€ par mois, comment je m’en tape…des gens que je ne verrais jamais, et pour qui je n’existe pas. Je sais que je suis plus balèze qu’eux 🙂 J’ai fait le stage de survie en milieu hostile…La CLI.

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  28. Fred., de L.
    Fred., de L. dit :

    A propos de la crise et de Quatremer… Le journaliste halluciné qui pense que l’Europe ne mérite pas d’être critiquée… et qu’il faut faire la guerre pour faire aimer l’Europe…

    Il disait l’autre jour, il n’y a pas très longtemps, juste après que tous les états européens aient subventionnés de grands établissements financiers, que finalement, "vous voyez bien que l’Europe n’est pas si dogmatique, qu’elle sait changer ses règles de fonctionnement quand il le faut". Il répondait cela en quelque sorte à tous les cassandres gauchistes rouge-bruns expliquant que l’Europe est dogmatique.

    Finalement, en évoquant cet abandon du dogme, Quatremer ne faisait que confirmer les propos de ces fameux gauchistes. Il ne faisait que valider l’idée selon laquelle les dogmes ne valent que quand ils sont à l’avantage de l’Europe de la Finance.

    Le dogme de l’Etat qui ne doit pas intervenir dans l’économie, il ne vaut que pour privatiser ce qui ne l’était pas… mais pour maintenir l’activité des financiers, il ne vaut pas. Jusqu’à la prochaine fois, où il sera possible de racheter à un cours intéressant les établissements financiers qui auront été viabilisés par l’intervention publique.

    Le pire. C’est que Quatremer, il y croit à toutes les conneries qu’il raconte. Quand on le lit dans les journaux, on s’dit qu’il est équilibré… mais quand on le lit sur son blog… on se dit qu’il est complètement halluciné.

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  29. manu25
    manu25 dit :

    @ jean Christophe : c’est quand l’immolation ? Et sur quelle place, car dans ton message il me semble que malgré tes dénégations … Tu dois bien être capable de (chut on te surveille) ….

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  30. ctoileblog
    ctoileblog dit :

    Attention !

    Pour les particuliers : il y a ceux qui ont eu le nez fin et se sont séparés de leur portefeuille d’actions l’années dernière, ils vont pouvoir se le reconstituer sur la bête aujourd’hui.
    Pour les Banques et autres institutions : le capitalisme monopolistique de marché se met en place. L’épuration et la sélection naturelle commence : si les perdants vendent pour avoir de la liquidité c’est qu’il y a des acheteurs en face, et donc des gagnants. Concentration des pouvoirs, moins de concurrence. Les gros ont gagné contre les petits. Ce n’est pas la revanche des sans grades, mais bien la Victoire des plus riches qui se déroule sous nos yeux !
    Le seul moyen de les avoir, c’est d’imploser avec eux : Le Bank run ! tout le monde aux guichets ! ah ah ah – ils ont gagné.

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  31. marie
    marie dit :

    je n’ai plus le moral, vraiment je n’en peux plus de lire que les baleines, dauphins sont mal à cause de nos sonars, bateaux à moteur et autre bruits…eux qui étaient dans le silence de la mer…que faut-il que nous fassiions please! au secours il faut sauver nos petits frères les animaux en danger

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  32. R.L.
    R.L. dit :

    Et si on parlait un peu des responsables, inéluctablement très nombreux :

    • Non seulement les vendeurs initiaux qui, après avoir vendu à des gens insolvables tôt ou tard, ont fabriqué des titres mixés (de AAA à CCC) avec ce qu’ils savaient donc être de la merde – avec la complicité des agences de notation (des clients !) et la complicité au moins passive des organismes de tutelle et de contrôle;

    • Mais aussi toutes les banques, assurances, organismes financiers de toutes sortes (fonds à risque, de pension, collectivités diverses…) qui ont acheté ces merdes sciemment (et ce sont des criminels qu’ils faut aussi poursuivre) ou sans réaliser (c’est alors de l’incompétence indigne d’un garçon de course) malgré leurs experts, leur conseil de surveillance et d’administration grassement rétribués…

    • Également et par nature même des principes fondamentaux de la démocratie, les élus parlementaires nationaux (et régionaux) et les membres des gouvernements chargés d’organiser, de surveiller, grâce à des lois et des règlements, le fonctionnement de la finance. Au premier rang, ce qui nous sert de président à l’Élysée, pronant le libéralisme (sans jamais avoir lu -et surtout compris- A. Smith) depuis 25 ans et qui veut des prêts hypothécaires et des retraites par capitalisation ! (http://www.lemonde.fr/economie/arti…)

    • Enfin, tous les individus et groupes vivant de, pour, par… le monde de la finance : économistes, journalistes spécialisés, organisations diverses (COB, Banque de France, C.E.S., C.A.E…..) qui, par leur assourdissant silence, espérant en récolter des fruits directs ou indirects, ont apporter leur contribution à cet hold-up interplanétaire qui dure depuis des années.

    Enfin, vous l’avez compris, de quoi donner à manger à tous ceux qui vont être leurs victimes sur la planète !
    Et ce n’est pas les quelques "personnalités" du haut du panier qui ont pu, une fois ou deux pour leur grande majorité, faire part de leurs doutes (ils ont souvent parlé dans les 2 sens pour pouvoir dire ensuite : je vous l’avais bien dit) qui pourra y changer grand chose…

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