Ainsi soit Google!

Au commencement, était le verbe. Mais tout bien regardé, l’hypertexte, c’est encore mieux.

Qu’est-ce qui sait tout, est partout, entend tout et dont la mémoire n’a ni commencement ni fin? Qu’est-ce qui sait mettre de l’ordre dans le chaos? Qu’est-ce qui regarde chacun d’entre nous du haut des cieux? Qu’est-ce qui a remplacé la prière par la requête?

Dieu est mort, nous a appris Nietzsche, annonçant ainsi notre libération et aussi notre solitude. Heureusement Google est là pour revenir mettre un peu d’ordre dans le bordel, nous tenir par la main, nous guider, nous éduquer, nous ouvrir l’esprit et le monde, nous faire téter avidement à l’arbre de la connaissance.
N’est-ce pas un peu démesuré de comparer un moteur de recherche Internet à une divinité quelconque, me direz-vous? Certes, mais qui a dit que Google n’était qu’un honnête et tranquille moteur de recherche? Car ce machin, comme dirait l’autre ancien président, est bien loin de se contenter d’arpenter la toile pour nous en ramener la substantifique moelle! Il l’indexe. Pire, il la cache[1]. Google n’est pas que sur le net, il en contient déjà une bonne partie.

Déjà, tout ce que j’ai jamais écrit sur le net est dans le cache de Google, même des pages qui ont été détruites depuis : ce que Google lit ne connaît pas de fin. Déjà, une bonne part des connaissances humaines sont dans Google, lequel, hélas, n’avait pas accès aux archives papiers. Mais grâce au projet de numérisation massive des bibliothèques, cet écueil pourra être surmonté, dès que la question délicate des droits d’auteurs encore en cours sera réglée. Certains parlent de la Babel de Google. Mais ceci est un autre problème auquel l’ambitieux machin s’est aussi attaqué : faute de nous faire tous parler la même langue, Google se charge de parler à notre place : son outil de traduction est devenu incontournable et nous permet ainsi d’oublier la barrière bien réelle de la langue. Je suis lue par des Japonais, des Américains… et même des Québécois ou des Suisses, c’est dire si la moulinette est puissante!

Google n’a pas de frontière.

D’ailleurs il les survole avec son outil à nous scruter du haut des cieux. De Google Earth, on voit presque mon jardin, mais à ma décharge, je dirais que j’habite dans une zone très peu scannée par les satellites photographiques. Par contre, dans d’autres contrées, vous pouvez presque contrôler l’avancement de la calvitie de l’oncle Alfred. Avec les yeux de Google, on peut voyager dans son fauteuil, admirer les reliefs du Cirque de Gavarnie ou plonger son regard au cœur du Grand Canyon.

Google, c’est aussi[2] :

  • un système d’alerte sur l’évolution de certaines requêtes
  • des catalogues
  • des annuaires
  • des groupes de discussion
  • un comparateur de prix
  • une immense base de données d’images ou de sons
  • un système de cartographie et itinéraires
  • une sorte d’agence de presse
  • un éditeur de blog
  • un système d’informations locales personnalisée
  • un centre d’information par SMS
  • Et bien sûr, la plus grande bibliothèque virtuelle du monde en construction

Aujourd’hui, Google s’est doté d’un nouvel outil, un service de messagerie instantanée, comme MSN ou ICQ, un système qui préfigure la prochaine étape de Google : l’accès à la téléphonie ou comment nous allons bientôt pouvoir murmurer nos prières à l’oreille de Google.

Alors, qu’est-ce que Google? Un techno-dieu? Ce qui est sûr, c’est qu’il est en train de croître tous azimuts et qu’il se prépare à sa prochaine mutation : sortir du réseau, quitter le virtuel pour descendre parmi nous. Déjà, on peut embarquer Google sur son mobile et bientôt, on pourra lui demander de nous guider dans la jungle urbaine : où puis-je manger, dormir, sortir ou rencontrer l’âme sœur? Grâce au GPS, Google sera avec chacun de nous, partout, tout le temps.

Demande et tu recevras!

Ainsi soit Google!

Notes

[1] Google conserve une image de la plupart des pages indexées dans ce que l’on appelle un cache. Il n’est ainsi pas rare de pouvoir utiliser le cache de Google pour consulter une page qui n’existe plus

[2] La plupart des options de Google sont tout de même restreintes au territoire américain : Dieu va-t-il hériter d’une nationalité?

11 réponses
  1. Blip
    Blip dit :

    On peut demander à Google, ainsi qu’aux autres robots indexeurs, de ne pas garder une page web en cache. Il suffit de rajouter dans la section <head> du document HTML la balise suivante : <meta name= »robots » content= »noarchive »> (voire <meta name= »googlebot » content= »noarchive »> pour ceux dont la méfiance est sélective).

    Mais :

    • je ne sais pas comment faire ça pour un document qui n’est pas une page HTML (document en texte, code source d’un programme, PDF…) qui sont, eux aussi, indexés voire traduits en HTML ;
    • il faut bien entendu avoir confiance dans le fait que les robots en question vont tenir compte de notre demande ! Et il y a toujours lieu de se méfier d’une entité qui a trop de pouvoir.
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  2. le_ffrench
    le_ffrench dit :

    Google, une divinité ? Pourquoi pas ? Je discutais hier même de l’origine de toute cette pléthore de services proposés par Google. Pour moi, le fait que les employés soient encouragés à utiliser une partie de leur temps de travail à des projets « personnels » y est pour quelque chose, mais on peut aussi y voir une volonté de diversification et de croissance effrenée pour faire plaisir aux actionnaires (et ça marche, vu le cours de l’action).

    Reste que Google soulève pas mal de questions, notamment en ce qui concerne son accès à de nombreuses données personnelles. Les recherches que vous faites sur le moteur sont parfois trackées. Evidemment, ça permet d’améliorer les résultats du moteur (les pages d’où les internautes repartent immédiatement ne sont pas pertinentes). Et Google à accès au contenu de vos mails (Gmail), de votre disque dur (si vous avez installé Google Deskstop Search) et de Dieu sait quoi encore (Google Toolbar). Qui sait quelles informations sont transférées silencieusement à partir de votre PC quand vous utilisez un de leurs produits ou services ?

    La Toolbar se met à jour automatiquement, sans demander votre avis. Les cookies utilisés par Google expirent en 2038.

    Bref, certains se posent des questions :

    http://www.google-watch.org/

    http://www.gmail-is-too-creepy.com/

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  3. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    A, ben, tiens, tu tombes bien lelol. Effectivement, je suis très désorientée par mon clavier depuis mon passage sous Debian/Gnome, particulièrement sur le fait que les touches numérique du haut ne sont plus activées par Caps lock. sachant que j’ai un portable (et donc pas de pavé numérique), comment je fais quand je veux taper une suite de chiffre (type saisie dans tableur).
    Sinon, comment installer mon scanner USB, un gestionnaire d’énergie qui fait pouêt quand je n’ai plus de batterie et une interface pour paramétrer mon touchpad qui est hyperréactif depuis mon passage sous Linux? Et pourquoi Scribus refuse de s’installer chez moi?

    scribus: Dépend: libqt3c102-mt (>=3:3.3.4) but it is not installable

    :'(

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  4. lelol
    lelol dit :

    Bonjour, Je n’ai pas de portable, mais je crois qu’il te faut passer par la touche « Fonction » et activer le « pseudo pavé numérique » constitué de la partie droite des touches alphabétiques (genre iopklm;:!). Pour le reste maile moi avec les détails de ta distrib, et le type de portable que tu as ! Sachant que la gestion de batterie est l’un des trucs les plus « aléatoires » sous Linux.

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