Ils sont parmi nous!

Ils sont parmi nous!

Tout a commencé au Ministère de l’Éducation. Je ne me souviens plus trop de quand date le déclic, je sais seulement que c’est postérieur à Devaquet. On s’est juste retrouvé un soir, avec monsieur Monolecte, à se demander ce qu’il pouvait bien se passer au poste précis de ministre de l’Éducation. Cela faisait des années que nous constations sans trop y penser la répétition du même scénario : une honnête diversité de personnes, d’opinions, de tempéraments, de parcours et de discours très différents prenait ce poste de ministre de l’Éducation et invariablement, il advenait que ce personnage finissait par sauter partout comme un cabri en beuglant « réformons, réformons, réformons ! ».

C’est quand même vachement étrange, quand on y pense. On avait cherché une bonne manière d’expliquer cet étonnant comportement et on en avait déduit qu’il y avait surement une malédiction attachée à ce fauteuil particulier, quelque chose comme l’esprit malin de Jules Ferry assassiné et que nous avions affaire à une sorte de serial killer de la possession, là, comme ça, au nez et à la barbe de tous.

En tout cas, ça nous avait bien fait marrer, un soir d’été, autour d’une bonne bière bien fraiche.

Le problème, c’est qu’on a fini par remarquer que le même phénomène se répétait avec la même constance partout sur la planète et pas seulement chez les ministres de l’Éducation. Et que du coup, l’histoire du siège hanté, ça ne marchait plus trop.

En gros, il y a toute sorte de gens qui prennent le pouvoir dans leur pays respectif, de tas de manières différentes, dans des tas de contextes différents, avec des tas de peuples différents qui ont le droit à des promesses totalement différentes ou un bon gros coup d’État dans le derrière. Il y a des mecs de droite, des nanas de gauche, des révolutionnaires avec le couteau entre les dents, des gros tout mous qui sont trop contents d’être arrivés à quelque chose dans la vie, des fils à papa et grand-papa, des chefs de guerre, des prix Nobel de la paix, des bêtes à bouffer du foin OGM et de gros malins sans scrupules, des humanistes, des dictateurs, des idéalistes, des nains hydrocéphales, des psychotiques, des acteurs de cinoche… et à la fin, t’as la même politique partout. Et puis c’est tout.

Et ça, c’est carrément flippant.

On se souvient de Mitterrand dont on a dit qu’il n’était pas vraiment de gauche même s’il a vraiment fait comme si pendant deux ans et paf!… il rentre dans le rang se retrouve à faire comme les autres. Mais depuis, il y en a eu des tas et ça a pris moins de temps. De moins en moins de temps. On s’est dit qu’il devait exister un truc réservé aux seuls chefs d’État en exercice, un peu comme le téléphone rouge ou le gros bouton nucléaire, mais en encore plus balèze. Un truc comme le livre de la vérité de l’univers avec toutes les réponses aux questions comme le sens de la vie, celui des impôts et 42. Et qu’en fait, comme avec une confrérie secrète, les nouveaux chefs d’État avec de bonnes idées pour le peuple sont invités à une soirée Ferrero Rocher — dont chacun sait qu’elle ne peut être déclinée par les gens de pouvoir et de bon gout — et là, paf, entre deux bouchées de chocolat, ils sont amenés dans une pièce secrète et on leur fait lire le livre mystérieux. Et à la fin, ils ressortent tous en gueulant : « ok, j’ai compris, c’est trop affreux, je ne savais pas, j’ai compris que le Capitalisme est le dernier rempart de l’humanité contre la fin du monde! »

Ou quelque chose d’approchant.

Ou alors, toujours dans la pièce secrète, ils découvrent leur famille ligotée avec du Céline Dion à fond les ballons dans les oreilles et ils acceptent toutes les conditions des ravisseurs.

Mais ça fait vachement complot quand même.

Non, en vrai, pour comprendre ce qui arrive à nos chefs d’État, il faut s’en remettre au rasoir d’Ockham qui sait trancher dans les variables explicatives les plus farfelues — comme d’autres dans les budgets sociaux — pour imposer le principe de simplicité : quand tu as plein d’hypothèses qui caracolent dans tous les sens, la plus simple est forcément la meilleure et la plus proche de la vérité.

Alors, il devient très facile d’expliquer pourquoi un chouette type comme Obama a pu passer du « Yes, we can » au « but, may be » ou comment Tsipras au lendemain d’un référendum qui lui donne le soutien de tout un peuple contre l’Eurogroupe tourne casaque dès potron-minet et propose des bébés grecs pochés pour le petit dej’ des goules avant qu’elles ne crachent leur quatrième Reich comme un glaviot à la face du monde.

La seule explication possible, c’est que tous nos chefs d’État ont été remplacés par des extraterrestres envahisseurs qui ont pour mission de niquer la planète et ses habitants pour faciliter l’installation de ses nouveaux locataires. L’échange doit forcément se faire pendant les soirées Ferrero Rocher qui sont vraisemblablement des agents pathogènes xénomorphes et zou, ni vu ni connu, tous les gars se font pondre dans la tête une grosse larve de la reine mère et deviennent immédiatement les zélés pantins des premiers agents infiltrés qui s’appelaient Friedman et Hayek.

Le dernier pub avant la fin du monde

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Et là, tout de suite, tout devient limpide comme le vomi d’un chat sphinx. Chaque pièce du puzzle prend exactement sa place et la solution à tous nos problèmes s’impose à nous comme le soleil bien rond d’une après-midi de juillet et consiste à coller tous ces parasites de l’espace dans leur soucoupe volante à grands coups de pieds au cul et à reprendre en main le cours de la destinée humaine.

C’est exactement comme ça que tout doit se passer, car toute autre explication — en plus d’être hautement improbable — ne pourrait qu’être extrêmement déprimante.

Bad Taste

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