Tant que les hommes auront des besoins impérieux à assouvir, il ne faudra pas s’étonner de servir de porte-manteaux dans les conseils d’administration.


L’écriture de haut niveau, c’est comme le sport de compétition, ça crée des tensions internes terribles qu’il convient de soulager prestement. C’est pour cela qu’après un bon papier bien tourné, j’ai besoin de me payer un petit jeune bien membré pour quelques aller-retour vigoureux, administrés par un pro du sexe. Bien sûr, on pourrait m’objecter que je n’ai pas besoin de payer pour trouver quelqu’un de disposé à me baiser, mais, c’est que voyez-vous, dans ces cas de grosse fringale sexuelle, l’essentiel c’est de jouir vite fait bien fait et de ne surtout pas me prendre la tête avec le mec. J’ai des besoins tyranniques. Je paye un mec pour les satisfaire et m’épargner les complications. Pas envie de perdre mon temps avec des phases d’approche, pas envie de m’emmerder à penser à plaire, à séduire, pas besoin d’aller m’épiler, de penser à ce que je vais mettre, à ce que je vais dire, de me faire chier à être sympa ou vaguement baisable. Je peux être nulle, médiocre, puer du bec ou de la moule, je n’ai aucun effort à faire, il me suffit de sortir le fric pour me sentir remplie et si j’ai envie d’un cuni, je n’ai pas besoin de négocier trois plombes pour avoir ce que je veux.

Je vous choque, là ?
Je vous gêne, au moins ?
Je vous mets vaguement mal à l’aise, peut-être ?
Vous êtes déçus ?

C’est que vous êtes de sacrées chochottes, c’est tout. C’est pourtant de notoriété publique : nous, les femmes de lettres, nous sommes puissantes, imaginatives, en pleine possession de nos moyens et nous avons de gros besoins sexuels pour alimenter notre art. Nous sommes passionnées et voraces à la fois, nous avons besoin de collectionner les pompes de luxe sur plusieurs niveaux, les sacs à main et les bons coups. Surtout que les pros, au moins, ils savent faire jouir sans coup férir et qu’ils ne nous pourrissent pas la vie après l’orgasme à s’avachir dans un coin du lit en ronflant bruyamment. Plus nous avons du succès et plus il nous faut nous payer de belles robes et de petits minets dont les abdos ne se sont pas encore fait la malle dans des torrents de bière et dont les petits culs rebondis nous promettent des saillies vigoureuses et pleines d’entrain.

Je peux comprendre que mes angéliques lecteurs/supporters soient un peu désappointés, mais c’est surtout dû à leur ignorance du milieu. Les éditeurs connaissent bien nos petites faiblesses et ils ont toujours quelques agences d’escort boys dans leur carnet d’adresses pour sceller un bon contrat avec une femme écrivain. Le pire, c’est pendant les salons littéraires, là où se retrouvent les déesses de la plume, les nanas à gros tirage, et pas seulement dans les linéaires des librairies, si vous voyez ce que je veux dire. Entre les flots de champ’, l’ivresse de la reconnaissance du public et de la profession, on se met à consommer de l’étalon comme d’autres se bourrent de petits fours au caviar. Au dernier Salon du livre, les organisateurs ont même pensé à créer des cabanes à bites aux alentours, pour que les filles puissent rapidement se faire mettre un bon coup avant de retourner à leur séance de signatures.
Faut dire que c’est éprouvant pour les nerfs, les séances de dédicaces, faut nous comprendre aussi.

Bon, maintenant, avec toute cette énergie sexuelle et créatrice démultipliée par la fièvre de l’événement, il y a toujours à craindre que les petites putes bien membrées qui ont convergé vers le Salon ne suffisent pas à la tâche pour assouvir les besoins frénétiques des dizaines de milliers de lectrices chauffées à blanc par la magie des mots. Dans le but louable d’éviter les débordements et qu’un homme innocent (mais un homme bien gaulé peut-il être totalement innocent, ne cherche-t-il pas, inconsciemment, à attirer sur lui la concupiscence irrépressible des femmes pleines de vie ?) ne devienne une victime collatérale de nos ébats et débats de haut niveau, on tente de limiter le nombre de visiteurs masculins. D’ailleurs, généralement, les hommes ne goûtent guère toutes les subtilités de notre art et préfèrent rester entre eux, à nous attendre dans les hôtels. Heureusement, il y a aussi quelques hommes un peu plus astucieux que les autres, et il y en a même un qui propose pour le prochain Salon du livre la ceinture anti-viol, avec un dispositif ingénieux qui empêche une érection suffisante du membre actif en cas de stimulation extérieure.
Grâce à cette invention, nous allons pouvoir exhiber nos compagnons légitimes au prochain Salon du livre, l’esprit tranquille.

Il y a des collectifs d’hommes qui s’insurgent contre le sort qui est fait à leurs congénères lors de nos réunions littéraires, il y a même des hommes prohibitionnistes, de vieux garçons aigris et pas très gâtés par la nature qui cherchent à obtenir l’interdiction de la prostitution, sans tenir compte du fait que les petits jeunes, par exemple, ça leur rend bien service ce gentil commerce pour financer leurs études, que l’on parle tout de même du plus vieux métier du monde et qu’ils font l’impasse sur les impérieux besoins féminins.
Certains parlent même d’égalité des sexes, revendiquent l’accès au pouvoir, aux postes à responsabilité.

Un peu comme si Mac Do allait entamer des négociations avec les vaches qui garnissent ses hamburgers

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