C’était ma première install party

Ami non geek, ne fuis pas : tu vas peut-être apprendre des trucs nouveaux et insolites sur la vie des bêtes, celles qui ont les yeux rectangulaires, par mimétisme avec leur écran de prédilection!

Pour les non geeks, je résume le principe de l’install party : c’est un rendez-vous où se concentrent un certain taux au mètre carré de Linuxiens et autres adorateurs de logiciels libres où sont cordialement invités les béotiens qui aimeraient découvrir cet étrange univers.

Là, deux possibilités : vous venez un peu par hasard, afin de découvrir cette secte étrange, écouter les prêcheurs expliquer qu’ils sont du côté lumineux de la Force et qu’il ne tient qu’à vous de les y rejoindre, ou alors, vous êtes déjà sensibilisé au petit monde des GNU et vous êtes venus avec votre tour ou votre ordinateur portable sous le bras pour y faire installer Linux.

Une seule mission, une seule finalité : vous convertir aux joies du monde libre!

The mission

Nous voilà donc, mercredi soir, à l’assoc’ du bled, à attendre le début des hostilités. Cette fois-ci, nous recevons sur notre terrain. La communication a été faite et nous avons demandé du renfort de grands gourous Linux sur le réseau, histoire de ne pas se retrouver comme deux ronds de flanc face à une configuration graphique récalcitrante à nos efforts de conversion.

Trois GNUsquetaires sont prévus, et comme il vont se taper plus de 120 kilomètres dans le froid et l’obscurité, on a dégoupillé une daube, des chips et du kir pour les recevoir. Trois maîtres Jedi manchots et la trouille que personne ne se pointe, qu’on leur ai fait perdre leur temps. Ils ont prévu un point rencontre à mi-parcours, histoire de se covoiturer sur les petites routes de Gascogne. À l’heure dite, il y en a un qui se pointe tout seul. C’est un actif des mailing-listes. Je trouve sympa de mettre un peu de chair sur son courriel.

Alors qu’on attaque l’apéro, le deuxième grand guerrier débarque : il s’est un peu mangé le point de rendez-vous, il pense que le troisième ne viendra pas. On passe à table.

En fait, je ne sais pas si la soirée va bien se passer, mais je suis un peu la ravie la crèche… jusqu’au moment où l’organisateur du bouzin coupe mon flot intarissable de paroles pour un premier tour de table. À ce moment, passe un gars avec une tour sous le bras… merdum! On dirait qu’on va en avoir au moins un. On active la cadence autour de la salade : deux portables passent et un correspondant de presse du bled qui annonce qu’il a laissé sa tour au chaud dans sa bagnole. On bâcle le dessert. On sort le café : ça arrive toujours. Je me demande d’où ils peuvent bien sortir, tous. Certains sont de l’association, mais d’autres arrivent de nulle part.

Au final, nous sommes une petite vingtaine. Cinq animateurs, deux autres correspondants de presse (va y avoir du manchot en première page!), quelques membres de l’association et des nouvelles têtes : Ben, j’ai vu sur Internet qu’il y avait une Install Party du côté de chez vous, alors j’ai pris ma bécane sous le bras et me voilà!.

Tour de table. Beaucoup de retraités qui ont braqué Windows et ses suites logicielles tant qu’ils avaient un boulot et donc un accès à des licences valides et qui se retrouvent aujourd’hui dans la position peu enviable de méchants pirates : En fait, passer à Linux me semble un bon moyen de me mettre en règle!. Beaucoup de curiosité, mais aussi pas mal de franche détermination : J’ai un portable tout neuf avec Vista et depuis ce matin, plus rien. Si je n’appelle pas un numéro de téléphone, ça ne se débloque pas. J’en ai marre!

Quelques grands débutants : pour nous, c’est le mieux, ils n’ont pas encore eu le temps de prendre de mauvaise habitudes. Quelques rescapés des heures glorieuses du défrichement informatique : J’ai commencé avec un TO7. Les gars qui ont découvert le traitement de texte en ligne de commande. Puis un retardataire : une sorte de martien à lunettes qui a connu Debian 0.01 dépoté à la hache, un vrai geek tellement pointu que je me demande ce qu’il peut bien faire là… en fait, je comprendrai le lendemain qu’il s’agissait du troisième GNUsquetaire.

Finalement, on se répartit en plusieurs groupes : les indécis-curieux pour une démo des capacités des logiciels libres usuels : Je rappelle qu’un logiciel libre n’est pas forcément gratuit et pas forcément sous Linux. Nous allons vous montrer des logiciels libres d’usage courant qui tournent tous sous Windows… aussi! À côté, on a branché les tours sur le réseau et commencé l’installation. Je reste dans le secteurs des portables. Le plus récent ne veut rien entendre avec sa carte-graphique flambant neuf et il faudra les efforts d’un GNUsquetaire de combat pour le faire tourner sous la dernière Mandriva. De mon côté, je convainc mon binôme de laisser tomber le double-boot et d’écraser directement son vieux Windows piraté avec un joli Ubuntu tout neuf. Aucune complication.

Au final, je pense qu’on aura converti une petite dizaine d’ordinateur… la conquête des disques durs continue.

De l’utilité des install party

Comme l’a fort justement précisé l’un de nos GNUsquetaires, les install party sont la réponse conviviale et évidente à la pénurie d’ordinateur vendus avec Linux installé dessus.

Quand vous achetez un meuble ou une voiture, vous pouvez demander à changer de couleur ou à ajouter telle ou telle option. Avec une bécane, rien de telle : on vous la vend directement avec Windows déjà installé dessus, comme ça, sans vous demander votre avis. Comme si Bouygues vendait ses baraques en ayant choisi Powéo par défaut comme fournisseur de jus. À vous de payer!

Or, si l’on vous vendait les bécanes nues et que vous deviez y installer Windows dessus par vos propres moyens, il est fort probable que vous trouviez cet OS nettement moins facile et abordable.

L’installation d’un OS devrait n’être qu’un boulot d’informaticien, pas une corvée à la charge du client final, nous expliqua fort judicieusement José, informaticien quand il ne passe pas son temps libre à évangéliser les foules.

Parce qu’une fois installé, rien de plus facile et intuitif d’usage qu’une bonne distribution grand public de Linux comme Mandriva, Fedora ou Ubuntu. Faut juste quelqu’un pour l’installer.

D’où les install party

Qui ont aussi l’insigne avantage de nous permettre de nous faire de bonnes bouffes entre manchots ou de nous tenir chaud l’hiver.

Bref, totalement contente, plus que jamais convaincue par la communauté du libre!

Merci à José, Jean-Louis et Frédéric pour leur patience et leur abnégation (ben oui, pendant qu’ils faisaient le boulot des intégrateurs matériels à dépoter de l’Ubuntu à la chaîne, ils n’avaient pas leurs arpions bien au chaud, après de leur famille!)