Cela vient de la TéléLibre.fr, lancée il y a quelques semaines par John-Paul Lepers.

Il s’agit de la vidéo partielle d’une opération policière habituelle ces derniers temps qui consiste à venir chercher les clandos dans les écoles, à l’heure où ils viennent récupérer leurs enfants. Ces rafles d’étrangers choquent les enfants et révoltent de plus en plus souvent leurs parents qui s’opposent directement à ces actions. Cette désobéissance civile est plutôt mal vécue par le pouvoir qui tente de criminaliser les fortes têtes.
Je me réjouis de voir de simples citoyens prendre conscience de l’iniquité de certaines lois et pratiques qui ciblent les plus fragiles d’entre nous et souvent vont à l’encontre des principes fondamentaux de notre république. Mais j’ai aussi beaucoup de compassion pour les flicaillons qui se retrouvent ainsi pris entre deux feux, dans des situations inextriquables.

Les flics sont des humains comme les autres

Le matin, les policiers que l’on voit sur cette vidéo se sont levés la tête dans le pâté, ont pissé un coup, se sont brossé les dents, ont pris un petit déjeuner et ont embrassé leurs gosses avant de partir. Il est probable que la plupart d’entre eux ne savaient pas qu’ils allaient, quelques heures plus tard, devoir faire la retape devant une école maternelle pour tomber sur le rable d’un papet bridé dont le plus grand crime est de ne pas avoir de papiers en règle. Comme pour le reste de la population, certains doivent penser que la loi c’est la loi et que les clandos doivent être virés à coups de pompes dans le derrière, d’autres peuvent mal vivre le fait de pouchasser les citoyens de seconde classe pendant que d’autres endroits sont laissés en friche républicaine, sous la coupe des petits caïds et des dealers de cam’.

Contents ou pas, ils doivent faire leur taff, parce que les ordres du jour, c’était de ramasser du clando.

Je vois cette vidéo et je pense donc à ces flics (qu’importe s’ils sont contents ou pas de ce qu’il font, beaucoup doivent seulement penser à faire bouffer leur famille) qui se retrouvent bien seuls face à un petit groupe d’hommes et de femmes bien déterminés.

Des parents! Ils sont face à des pères et mères de famille. Peut-être quelques militants de RESF, mais pour l’essentiel, des gens totalement normaux, banals… et déterminés. Et plus nombreux qu’eux. Et capables d’arrêter l’opération par leur seule présence. En faisant bloc. En se couchant devant les bagnoles.

On voit ce policier noir qui, plusieurs fois, repousse assez énergiquement la foule qui entoure son véhicule. On peut dire qu’il est facho, violent, ceci cela. Mais moi, je n’ai vu qu’un homme qui avait peur.

Un homme qui avait peur avec un flingue dans son étui. Un homme qui a peur, qui a un flingue dont il sait qu’il ne lui servira à rien. On ne tire pas sur des pères et mères de famille à la sortie d’une école. Même pas des tirs de sommation. On les pousse, on les traîne et on tente de se tirer de là vite fait. Et la foule est là. Elle gronde. Elle tape sur la voiture où un ou deux poulets doit se demander ce qu’ils peuvent bien foutre là. Où quelqu’un appelle les renforts. Peur. Solitude.

Finalement, ils vont passer en force, à coup de lacrymos. Mais ce que j’ai vu, ce n’est pas leur force, c’est leur faiblesse, c’est leur peur.

Et des flics qui ont peur, ça ne me réjouit pas du tout. Des flics qui sont contre la population qu’ils sont censés protéger, ça n’annonce rien de bon.

Je me demande comment ces hommes ont pu replonger dans leur quotidien ensuite. Je me demande aussi à quoi ils ont pensé en rentrant chez eux ce soir-là et en embrassant leur enfants.
Pas vous?