• Ben non, on est aujourd'hui.
  • Ha bon, mais Sophie a dit que demain, ce serait le carnaval.
  • Ha oui, elle en a parlé hier, donc c'est aujourd'hui.
  • Alors, on est demain?
  • Par rapport à hier, oui. Mais en fait, on ne peut qu'être aujourd'hui.

La naine me regarde dans un grand silence perplexe.

  • Mais alors, demain, c'est quand?
  • C'est le jour après aujourd'hui. Mais dès qu'on y arrive, ça devient aujourd'hui et aujourd'hui devient hier. En fait, on est toujours aujourd'hui.

Jusqu'à ce que ma fille me bombarde de questions, le passage du temps ne me semblait pas si complexe.

  • Dis maman, j'étais où avant?
  • Avant quoi?
  • Ben avant d'être dans ton ventre.

Arf! Quatre ans et déjà des angoisses métaphysiques. Après, nos connaissances nous regardent bizarrement quand on évoque le fait que la naine est suivie par un psychologue. De mon point de vue, ce serait de ne pas la faire suivre qui serait une belle boulette. On se retrouve parfois très démuni dans son job de parent. Avec la naine, j'ai l'impression que c'est souvent...

  • Je ne sais pas. Tu n'étais nulle part. Ailleurs. Pas là.

Être nulle part : rien de d'y penser, j'en ai la nausée. Quelle est notre emprise sur le temps? Avant moi, c'était la préhistoire. Après moi, ce sera de la science fiction. L'intervalle entre les deux, c'est la réalité palpable du temps, celle d'une existence humaine.

  • Et après?
  • Tu seras sûrement ailleurs. En fait, la seule chose qui est certaine, c'est que nous sommes ici et maintenant.

Ici et maintenant, seule réalité tangible. C'est là que nous sommes chaque seconde de notre vie. Ici et maintenant. Avant et après ne sont que pures spéculations. D'une certaine manière, l'univers entier se résume à cela : ici et maintenant. Ad vitam æternam.
Ad nauseam.