La seule manière de survivre convenablement quand on est au chômage, c’est d’évacuer au pas de charge tout rejet de candidature, histoire de rester en selle et de passer rapidement à autre chose.

C’est un peu pour cela qu’après la fin de non-recevoir qui a suivi le dernier entretien d’embauche que j’ai réussi à décrocher, je me suis dit que, finalement, le salariat ce n’est plus pour moi et que j’ai eu une riche idée de concentrer mon énergie sur ma petite boîte à moi toute seule. J’ai donc archivé la jolie lettre de refus et je n’ai pas cherché à en savoir plus. Au final, tout processus d’embauche n’est qu’un remake de Highlander, puisqu’à la fin, il ne pourra y en avoir qu’un. Ce qui signifie que tous les autres finiront en cadavres. Dans ce parcours du combattant, j’ai réussi à sauver ma tête et ce n’est déjà pas si mal.

Du coup, je n’attendais pas spécialement le coup de fil que j’ai reçu hier de Monpotamoi, celui qui m’avait cooptée dans cette candidature sans fin.

  • Salut, Monpotamoi, ça va?
  • Voui, mais ça pourrait être mieux, lundi, je découvre mon nouveau collègue et ça ne me fait pas envie.
  • Arf, tu veux parler de l’heureux élu qui a eu le boulot à ma place.
  • Oui, oui…

A ce moment-là, j’aurais pu enchaîner sur les vacances de Monpotamoi, ce genre de truc. Mais une soudaine poussée de perversion poussa mes lèvres à formuler la question que mon cerveau se refusait à penser.

  • Mais tu sais pourquoi je n’ai pas été prise?
  • Ben, en fait, je voulais t’en parler. J’aurais du le faire plus tôt, mais tu sais ce que c’est, on est toujours débordé…
  • Oui, oui, pas de soucis… C’est à cause du fric, c’est ça? C’est quand j’ai fait ma mercenaire en disant que je venais pour le pognon?
  • Ha, bon, tu as dit ça? Non, ça ne les a pas marqué…
  • Tu parles, quand j’ai dit ça, j’ai vu que leur regard devenait flou, surtout celui de Bigboss…
  • Non, non… En fait, tu leur as fait une forte impression.
  • Gné
  • Oui tu leur a fait une très forte impression.
  • Vi, vi, vi, bien sûr! Et c’est pour cela qu’il en ont choisi un autre. Remarque, je ne vais pas chouiner pour ça. Dans un recrutement en phase finale, il reste souvent une vingtaine de gus, alors, forcément, ça fait 19 perdants. C’est la loi du genre.
  • Ben non, vous n’étiez que 2 pour l’entretien.
  • Arg!!! Et l’autre, c’est un mec, c’est ça?
  • Oui.
  • Voilà, c’est la prime aux testicules. On ne prend pas le meilleur, mais celui qui a le moins de chances de faire péter un congé maternité en cours de route!
  • Non, non, c’est surtout parce que tu leur as fait trop forte impression.
  • Arf, voilà que je fais peur, maintenant!
  • Enfin, ma chef directe était furax, c’est toi qu’elle voulait. Mais l’autre était un pote d’un autre gus du service et du coup, Bigboss a tranché pour lui. Depuis, c’est la guerre avec ma chef directe. Elle pense que tu as l’étoffe d’un chef de service et elle va tout faire pour te recruter.
  • Ouais, cool!!! A dans deux ans, alors, hin, hin, hin, hin[1]… Ben maintenant, je regrette un peu de savoir ce qui s’est passé. Avant que tu appelles, j’avais évacué cette histoire et je me disais que j’avais été écartée dans la masse au profit d’un meilleur que moi. Truc standard et sans affect. En fait, j’apprends que j’avais une chance sur deux de décrocher un job intéressant avec une source de revenus régulière, que j’ai été la meilleure, mais que j’ai été écartée arbitrairement sur fond de guerre des chefs…. Tu veux que je te dise?
  • Oui?
  • Ben, je vais me balancer par la fenêtre, là, tout de suite…
  • Mais non!!!
  • Ben non, je rigole… ce n’est pas assez haut… je suis sûre de me rater et de me faire mal quand même… quelle merde!
  • Désolé.
  • Mais non, ça va, j’ai la couenne dure. Et puis dans les faits, c’était moi la meilleure. Même que j’ai trop été la meilleure. Même que je fais peur. C’est tout moi, ça.

Ça m’a fait penser à Chris, le cyber mercenaire d’Actu>chômage, qui ne cesse de répéter à longueur de forum que pour rentrer dans une boîte, il faut toujours prendre grand soin de ne jamais avoir l’air plus malin que tes futurs chefs. Question d’égos. Et de réassurance. Sacré Chris…
En fait, c’est l’histoire de ma vie : je suis la meilleure, mais je fais peur. Hin, hin, hin…

C’est très bon pour mon égo, tout ça. Un peu comme mon arrivée surprise au Monde Citoyen. Seule nana inconnue au milieu de vieux routards de la plume ou de la caméra. Pour le coup, je dirais que j’ai bénéficié de la prime à l’ovaire… une forme de caution paritaire. Mais c’est quand même bien pour mon égo.

Même si j’ai remarqué que ce qui gonfle mon petit égo n’est jamais de nature à satisfaire mon banquier.

Dommage!

Notes

[1] Rire sardonique et vaguement désabusé!