Ainsi donc, voici le retour d’Alain, le pin déplumé des Landes, le fils prodigue de la Chiraquie moribonde, revenu tout sourire de son TIG hibernant chez nos cousins à l’accent charmant.

Qui a dit que notre pays ne faisait rien pour la réinsertion sociale et professionnelle des repris de justice?

Regardez avec quelle promptitude l’homme de paille élu par les Bordelais s’est empressé de gicler de son siège pour le laisser à son grand pote Alain! Il ne faudrait pas un grand effort de concentration pour se croire dans un épisode des Sopranos, quand un homme de main, ayant couvert son parrain, ressort de taule avec les honneurs qui sont dus à celui qui a tenu bon et a surtout su rester muet sur les questions qui fâchent. En général, il a sa place de lieutenant toute chaude, avec un secteur juteux et la totale confiance du chef. Tant de fidélité, de constance, de loyauté, c’est touchant, ça nous arracherait presque les larmes des yeux.
Sauf que les mafieux ont au moins la décence de ne pas demander aux électeurs de valider leur soupe interne.

Évidemment que j’y pense, aux braves électeurs bordelais, eux qui sont de nouveau appelés à entériner ce qui a déjà été décidé de longue date entre amis. Les bons petits soldats qui vont se rendre en rangs serrés aux urnes pour redonner le siège de maire à qui de droit. Et le pire, c’est que cela va marcher, même sans parler de prime à la casserole, tant le bonhomme est populaire dans son fief. C’est dire que l’électeur moyen n’est pas rancunier. Enfin, surtout celui qui fait ses courses aux Grands Hommes ou sur le charmant marché des quais, et qui vit dans le bon Bordeaux, grâce à ses revenus bien conséquents. Parce que les autres, plus ça va, et plus ils sont relégués aux confins de la CUB, là où leur petit bulletin de vote ne risque pas d’entraver le retour aux affaires de l’ami Juppé.

Toute honte bue

L'Homme au piloriQuand on voit avec quelle constance les hommes politiques reviennent à la soupe après chaque faux pas, on ne peut s’empêcher de penser que la gamelle doit être bonne. Alors que Bordeaux s’apprête à subir un hold up électoral, je ne peux m’empêcher de repenser à l’Alain Juppé de 2002, droit dans ses bottes, qui déclarait qu’en cas de peine infâmante, il renoncerait à la vie politique. Comme quoi, une peine d’inéligibilité d’un an, ce n’est que de la roupie de sansonnet dans un parcours politique, voire un passage obligé pour devenir un affranchi. Je propose donc le retour du pilori dans notre code pénal, ou l’instauration de la fessée cul nu en place publique pour les délinquants en col blanc. Encore que je doute de l’efficacité de la méthode, même en y ajoutant la bite au cirage. Peut-être parce qu’il y a bien longtemps que ces gens-là, ceux qui prétendent nous gouverner, ont oublié ce que pouvait être l’honneur d’un homme.

Et c’est ainsi que je me retrouve une fois de plus à penser à Bérégovoy.

Vous l’aviez oublié, n’est-ce pas? C’est un peu comme tout dans ce monde de zapping généralisé où une info en chasse une autre et où un an d’exil suffit pour retrouver une virginité publique. Mais il ne se passe pas un mois sans que je pense à Bérégovoy. Surtout quand ses successeurs font un concours de médiocrité humaine.

Les gens avaient plus prêté attention à la nomination d’Edith Cresson qu’à celle de Pierre Bérégovoy. Pensez donc! Une… femme… à Matignon! Exception culturelle qui ne s’est jamais reproduite. Mais nomination dans le fil de toutes les autres. Comme le serait l’élection très improbable, n’en déplaise aux sondages, de Ségolène Royale. Car hommes ou femmes, il viennent tous du sérail, de la caste dont sont issus les dirigeants. Sauf Bérégovoy. Un gars du peuple. Un vrai. Pas une posture ou un argument publicitaire. Un CAP d’ajusteur au milieu des requins frais émoulus de l’ENA. Un type qui s’extrait de la populace par la seule force de ses convictions. Un résistant. Un ouvrier. Un fils de personne. Un gars comme nous.
Cette nomination avait vraiment du sens, elle était porteuse de démocratie véritable : gouverner le peuple, par le peuple, pour le peuple. Tombé au champ d’honneur pour une histoire de prêt personnel. Un truc de rien. Si je pouvais prêter de l’argent à un ami, il ne me viendrait même pas à l’esprit de demander des intérêts. Faut même une sacrée configuration d’esprit pour le faire. Se faire du blé sur le dos d’un ami. Bérégovoy devait penser comme moi. Il n’a pas pensé aux intérêts. Et il se les ait repris sur la gueule. Lui, le mec de rien, l’autodidacte de la politique qui, comme bien des petites gens, n’avait que son honneur à porter en écharpe.

Alors, forcément, ces derniers jours, quand j’entends Juppé, je pense à Bérégovoy. Forcément.