On peut mesurer le degré de civilisation d’une société à la place qu’elle accorde à la pratique divine de la sieste!

SIESTE, subst. fém.
Temps de repos, avec ou sans sommeil, qui se prend après le repas de midi, principalement dans les pays chauds.
Issu p. ell. du lat. hora sexta : la sixième heure du jour, c’est-à-dire la sixième des heures canoniales qui correspondait à l’heure de midi, donc l’heure la plus chaude.
TLFI

Ainsi donc, la sieste accompagne bien le cagnard. Voilà qui expliquerait en partie la réputation d’indolence des populations les plus méridionales. On comprend d’ailleurs fort bien qu’un Finnois disposant de 4 ou 6 heures de jour en hiver ait mieux à faire que de les passer à roupiller[1]. Cependant, ma physiologie, à l’heure de la digestion, me rappelle souvent que la sieste est probablement le propre de l’homme (et de la femme!).

D’ailleurs, tout le monde s’accorde sur l’importance de la sieste des tout petits. Jusqu’à la fin de la maternelle, les marmots doivent se reposer l’après-midi, manu militari, si nécessaire. Parce qu’à l’âge des découvertes, la sieste passe souvent pour une intolérable perte de temps. Mais tout ceux qui côtoient les gamins savent que zapper la sieste est une erreur grave : le petit ange se transforme en fin de journée en petit monstre exténué et rageur.
Pourtant, vers l’âge de 6 ou 7 ans, le rituel de la sieste est éliminé dans la vie des enfants et on peut se demander si c’est une bonne chose.

Éloge de la sieste

Bref, la sieste est bien considérée, voire obligatoire pour les jeunes enfants, et brutalement, vers l’âge de raison, perd toute légitimité. Le siestard est automatiquement assimilé à une feignasse invétérée. Siester est une activité de looser, de doux rêveur, d’asocial dont l’image la plus connue est celle de l’incroyable capacité de repos de Gaston Lagaffe, le nonchalant personnage de Franquin.
La dominance du modèle d’hyper-performance de la société libérale n’est sans doute pas pour aider à la réhabilitation de la sieste. Il faut travailler toujours plus, plus vite, plus fort, aussi, celui qui prend le temps de se reposer se disqualifie de fait. Et pourtant, si l’on se souciait réellement de performance, nul doute que la sieste deviendrait obligatoire en entreprise. Quoi de plus inutile et contre-productif qu’un salarié léthargique, luttant contre une douce torpeur sur le coup de la digestion? Quand j’étais salariée, je me souviens des cauchemars de début d’après-midi où il ne fallait programmer que des activités à très faibles implications intellectuelles. Alors que 30 petites minutes d’assoupissement ouvrent la perspective d’une deuxième demi-journée aussi productive que la matinée…

J’ai redécouvert la sieste avec ma fille, et du coup, cette intolérable fatigue que je me suis traînée des années durant a disparu. Je n’ai plus besoin que de 6 à 7 heures de sommeil réparateur par nuit, plus une petite sieste, et je suis opérationnelle tout le reste du temps. Avant, j’étais tout le temps fatiguée, et quand, le week-end, je tentais de rattraper le sommeil en retard, je sortais de mes grasses matinées encore plus crevée et abattue.
En plus, quand vous êtes vraiment fatigué et que vous tirez sur la corde, le soir venu, vous êtes tellement tendu par l’effort que vous avez du fournir pour rester éveillé selon la norme, que le sommeil vous fuit. Il est probable qu’un bon usage de la sieste aurait des effets particulièrement visibles sur la sur-consommation d’hypnotiques et psychotropes dont nous sommes de grands adeptes. Réhabiliter la sieste, c’est probablement aider durablement au rétablissement des comptes de la Sécu.

Et il ne faut pas penser que réussissent mieux ceux qui dorment le moins. Je vous invite à lire l’avis du premier d’entre nous sur la question de la sieste!

Une société qui ne sait pas se reposer, ne sait pas travailler

Notes

[1] Sommeiller à demi