Kafka revisité, encore et toujours, ou comment le chômeur doit être comme un oiseau sur la branche.

Comme je vous l’ai dit, le meilleur dans un voyage, c’est le retour à la maison, surtout lorsque des surprises vous y attendent.

Ayant dynamité ma ligne budgétaire sur le banc de sable le plus cher de France, je me suis précipitée sur mon compte en banque pour mesurer l’étendue des dégâts. Et là, je découvre de mes yeux ébahis qu’il me manque carrément les 2/3 de mes indemnités chômage du mois de février[1]. Cela fait un sacré trou dans le budget, et ce d’autant plus, que je n’étais pas au courant d’une quelconque amputation de mes subsides.

Je viens de subir une IVIC (Interruption Volontaire de l’Indemnisation Chômage) de la part de l’ASSEDIC.

Précisions

J’ai été licenciée économique le 17 mars 2003.
Entre mes congés payés non pris et mes indemnités légales de licenciement, j’ai subi dans les 5 mois de période de carence, ce qui fait que mes droits à l’indemnisation se sont ouverts à la mi-août 2003. Sachant que j’avais bossé suffisamment, mes droits ont été ouverts pour 23 mois, soit jusqu’en juillet 2005.

Or, le dernier virement des ASSEDIC ne couvre que la période du 1 au 10 février 2005, soit un tiers de mes indemnités chômage mensuelles, sans explication.
Selon toute vraisemblance, Les ASSEDIC ont l’air de faire comme si mes droits avaient été ouverts le jour de mon licenciement, m’arnaquant de fait des 5 mois de carence.

Le fait est que je ne suis pas une mendiante. Il s’agit bien là d’une assurance à laquelle j’ai cotisé durant tout le temps de mon activité salariée, tout en espérant ne jamais en avoir besoin[2]. De même, comme pour toutes les calamités, on ne choisit pas son chômage, on le subit, on ne décide pas d’avoir un nouveau boulot, on fait en sorte d’être choisi (avec plus ou moins de succès!).

Me voilà donc contrainte d’appeler les ASSEDIC pour obtenir un éclaircissement de cette situation plutôt incommodante. Ce qui suit est une retranscription partielle mais plutôt fidèle de la conversation avec une employée des ASSEDIC :

Coup de fil au numéro spécial qui le fait :

  • Bonjour, mon indemnisation chômage s’arrête le 10 février, ce qui n’est pas normal
  • … je regarde … (grand silence) … oui, c’est normal, vos droits ont été suspendus.
  • Ha bon??? Pour quelle raison ?
  • C’est en attente de confirmation du contrôle.
  • Je ne comprend pas, j’ai été convoquée le 1 février 2005 à L’ANPE pour contrôle du PARE, je m’y suis rendue, il y a plus d’un mois…
  • Mais ça n’a rien à voir.
  • Comment ça, rien à voir ? J’ai lu ma convention PARE : l’ANPE se charge de mon suivi, du contrôle de ma recherche active et vous en réfère pour valider le paiement de mes indemnités semestriellement.
  • Mais ça n’a rien à voir, il s’agit d’un contrôle par nos services.
  • Mais je suis déjà contrôlée par l’ANPE qui vous rapporte mes actions, je ne comprends pas.
  • Nous n’avons rien à voir avec l’ANPE, vous devez être contrôlée par nos services.
  • Mais je n’ai pas reçu de convocation venant de vous. Si j’avais reçu une convocation venant de vous, je serais venue.
  • C’est normal, on ne vous a rien envoyé. Vous êtes sur la liste depuis le 16 décembre, ça date déjà.
  • Entre temps, j’ai été contrôlée par l’ANPE, ça devrait suffire.
  • Non, ça fait plus de 15 jours, ça ne suffit pas. Vous êtes toujours sur la liste.
  • Quelle liste? Je ne comprends pas.
  • Nous avons des quotas, des listes à vérifier. Quand on a fait nos quotas de contrôle, on valide le reste, mais là, vous n’êtes toujours pas validée.
  • Mais je vais être convoquée ? Quand puis-je espérer voir ma situation être régularisée par vos services ?
  • Je vais envoyer un fax aux ASSEDIC dont vous dépendez pour qu’ils fassent avancer votre dossier.
  • Mais quand est-ce que ma situation va être débloquée ?
  • J’envoie le fax tout de suite. Vous êtes une anomalie du système…
  • Et maintenant ?
  • J’envoie le fax pour demander aux ASSEDIC dont vous dépendez de débloquer votre dossier.

En résumé, les ASSEDIC ne reconnaissent aucune erreur, ne m’apportent aucune réponse, évoquent d’obscures procédures internes qui ressemblent plus à une grosse loterie zarbie qu’autre chose et je reste toujours le bec dans l’eau!

Notes

[1] Pour les chanceux qui ne connaissent pas les affres du chômage, précisons que vous touchez autour du 10 mars les indemnités du mois de février.

[2] un peu comme l’assurance habitation ou automobile : ce n’est pas parce que vous avez un remboursement garanti que vous espérez vous faire cambrioler, brûler ou percuter…