Infidélité délibérée

Petit à petit, je me défais de mes réflexes conditionnés.

Scène de la vie ordinaireÀ moment donné, j’ai voulu juste délester mon portefeuille. Au fil du temps, il était devenu une petite chose bombée et lourde, et ses nombreux compartiments dégueulaient de rectangles de plastique colorés. Même si je déconsomme au maximum — peut-être pas encore aussi radicalement que nos amis Grecs, Portugais et Espagnols, mais je sens que ce n’est là qu’une sorte de contretemps historique — j’avais encore la poche gonflée de ces cartes qui te promettent immanquablement quelques bonnes affaires, voire, carrément, du pouvoir d’achat en échange de ta constance à toujours aller dépenser le fric que tu n’as pas dans les mêmes bouges qui te fourguent ce dont tu n’as pas besoin. 

Voilà qui était assez contrariant. 

Que faire de cette accumulation encombrante ? 

Comment rationaliser le flux consumériste ?

Dans un premier temps, j’ai dématérialisé. 

C’est un truc très contemporain que de dématérialiser. On transforme petit à petit notre environnement en des séquences ordonnées de 0 et de 1. Très propres, très moderne. On dématérialise les échanges, les livres, la paperasse, les photos, les souvenirs, l’argent, les amis… pourquoi ne pas dématérialiser l’invasion plastique de mes cartes de fidélité ? Je télécharge donc une application dédiée et voilà tous mes assistants de transaction transformés en petits codes barre.

Voilà qui est bien pratique.

J’arrive à la caisse, je farfouille mon interface digitalement sensible, je sors le bon code-barre de la bonne enseigne et je présente l’écran au scanner. C’est tellement beau qu’on croirait un film de science-fiction ! Sauf que c’est la vraie vie, et que dans la vraie vie, la technologie, c’est plutôt l’effet Bonaldi.

Ça a commencé avec la carte Carrefour. Non content de produire une application dédiée qui bouffe plein d’espace disque du téléphone — parce que l’espace qu’on gagne dans les poches, on le perd dans les mémoires virtuelles — Carrefour a aussi dématérialisé les bons de réduction que l’on accumule à force de présenter son code-barre en caisse, pour prouver qu’on est un bon client.  Accumuler, n’est-ce pas là l’essence du capitalisme ? N’est-ce pas terriblement fair-play que d’ouvrir les plébéiens aux joies de l’accumulation ? 

Sauf que, pour obtenir l’accès au bon de réduction dématérialisé, il faut rentrer un code. Et que pour avoir le code, il faut appeler une foutue plate-forme téléphonique où l’on se tape des plombes de disque-robot tout pourri et, bien sûr, surtaxé, avant de tomber sur une opératrice délocalisée dans un quelconque paradis pour le fric et enfer pour les gens. Voilà qui relativise brusquement l’aspect pratique de la chose. Sans compter que l’opératrice m’accuse de n’être pas le titulaire de la carte, lequel devra donc rappeler le disque surtaxé en espérant parvenir à convaincre quelqu’un de lui fournir le foutu code.

Là, j’ai commencé à douter salement des bienfaits de la modernité matérialiste dématérialisée et je me suis souvenue que tout ce merdier, c’était quand même essentiellement pour tracer mes habitudes de consommation, les archiver, les disséquer, les vendre et les revendre à des tas de compagnies assez dématérialisées, elles aussi — surtout en droits sociaux — qui vont me pourrir la vie à me démarcher au téléphone pour des vérandas au Pôle Nord et que le bon d’achat est finalement un bien maigre dédommagement pour tous ces désagréments.

J’ai donc désinstallé l’appli Carrefour et libéré ainsi bien plus que de l’espace disque.

Chez Décathlon, c’est un peu pareil. Ils ont lancé une jolie application mobile qui a dématérialisé tout le programme de fidélité et quelques caissières, aussi, en passant. Sauf que leurs scanners sont du genre à ne pas vouloir scanner les écrans de portable. C’est parfois tellement tonifiant, le progrès, surtout quand on s’escrime seule devant un écran vaguement tactile à rentrer à la main un foutu bon d’achat de 23 chiffres dans une interface manifestement pas prévue pour ça ! Et c’est tellement mieux quand ça tombe un samedi et qu’il y a toute l’équipe de rugby du coin derrière moi qui se racle la gorge et se contracte les scrotums en attendant son tour. Sans compter la température purement apocalyptique des grandes surfaces en tôle ondulée surchauffées l’hiver et congelées l’été avec une amplitude à mettre à genou au moins trois centrales nucléaires.

Le moment est juste arrivé où je me suis vue, dégoulinante et hystérique, tapotant frénétiquement un écran manifestement hostile devant une foule grognante et à bout de patience.

Pathétique.

J’ai juste laissé tomber : la caisse, les trucs dont je n’avais pas tellement besoin, dans le fond, en fait, le bon de réduction qui commençait à bien me coûter, ne serait-ce qu’en estime de soi, et puis tout le reste avec.

J’ai désinstallé l’appli Décathlon.

J’ai regardé ce qui encombrait la mémoire du téléphone et mon temps de cerveau disponible et j’ai tout benné. 

Absolument tout.

Parce que franchement, ça commence à bien faire toutes ces conneries ! 

L’idée même que l’on me donne de l’argent pour que je fasse mes courses aurait dû me faire tiquer depuis longtemps. Mais voilà, l’univers du coupon, de la réduction, de la bonne affaire, de la promo éclair et de la carte de fidélité nous pousse sans cesse à la faute financière tout en nous faisant croire qu’on est quand même vachement rusés de leur soutirer toutes ces miettes d’argent qui ne leur coûte probablement pas grand-chose de plus qu’un tour de table humiliant supplémentaire pour pressurer les fournisseurs ou un appel d’offre encore plus radin pour inciter les sous-traitants à toujours plus maltraiter ceux qui fabriquent comme des esclaves des tas d’objets merdiques dont nous n’avons, en réalité, absolument pas besoin.

En fait, je vais travailler ma fidélité toute seule, comme une grande et comme une antiquité prémoderne. Je vais continuer à aller chez Émilie, la maraîchère de Maulichère, avec ses petits légumes qu’elle sort elle-même de la terre ocre de Gascogne. On va se raconter des histoires du coin, parler du temps qu’il fait, s’échanger deux recettes et se saluer d’un sourire en attendant la semaine prochaine.

36 réponses
  1. smolski
    smolski dit :

    "L’idée même que l’on me donne de l’argent pour que je fasse mes courses aurait dû me faire tiquer depuis longtemps."
    Trop bien !
    Trop vrai !

    Et si on pousse jusqu’à la maraichère, pourquoi ne pas pousser vers les petites boutiques éparses, epicerie, boulangerie, « marchand de couleurs » et autres lirairies…
    Plus distantes les unes des autres que les rayons puants des super, plus chères d’un rien aussi, mais tellement plus riches de saveurs humaines, surtout !

    Répondre
  2. point
    point dit :

    ah d’accord
    parce que vous avez été fidèle à ce genre de truc ?
    mince
    et même conditionnée ?
    waouuu
    wouai d’accord je comprends
    ça doit être terrible cette colère !

    Répondre
  3. cultive ton jardin
    cultive ton jardin dit :

    Carouf, j’y mets plus les pieds, je supporte pas d’y faire la queue une demie heure, encore moins de voir les caddies pleins de merdes de mes voisins de chaîne. Le marché, la boutique fermière, la coop bio, l’artisane boulangère près de chez moi et basta. Pour les trucs moins quotidiens, j’attends les soldes, et je sais AVANT de quoi j’ai besoin.

    Une seule carte de fidélité, celle de mon pti libraire préféré (et unique), elle est dématérialisée puisqu’intégrée à son ordi. Mais là, je me soucie pas d’être fichée, je sais que, s’il a besoin de ma clientèle pour gagner sa vie, l’amour des livres est sa motivation principale.

    Pour le reste, la dernière fois (ya longtemps) qu’on m’a proposé "une carte de fidélité", j’ai répondu, en me marrant, que j’étais résolument infidèle. la caissière s’est marrée aussi.

    Répondre
  4. lannou
    lannou dit :

    Bonjour,

    Le contrôle pour mieux exploiter, surpresser les gens, une carte et tout est centralisé, classé pour une rentabilité maximale de la pub, des contacts que l’on vend.
    J’ai 42 ans, j’ai jamais eu de carte bleu véritable flicage de vos dépense, ni de carte de transport nominative pour faire des statistiques de fréquentation (ils n’ont pas besoin de mon nom pour la fréquentation un numéro suffit).
    Le capitalisme a besoin de tout contrôler et les gens se laissent berner par des sois-disant facilités et avantages…………………

    Répondre
  5. point
    point dit :

    @ agnes
    ah d’accord
    remarquez que c’est bien d’avoir plein de choses dans sa vie ce qui semble permettre d’en trouver plein d’inutiles…

    nan mais moi je dis ça comme ça hein, mais bon j’vois pas mal de gens avoir vraiment pas grand chose et j’suis pas sûr qu’ils aient donc la possibilité de penser à ce qui pourrait être inutile dans les choses qu’ils ont quand même quoi hein…

    Répondre
  6. til
    til dit :

    J’ai une carte, celle du petit Tegut d’à côté, bons produits, rayon bio aussi. J’ai mis 2 ans à prendre la carte. Je ne suis jamais emmerdé par des pubs sur mon mel, sur mon portable ou dans ma boite aux lettres où j’ai collé l’étiquette keine Werbung qui m’évite de mettre à la poubelle des kilos de papier.

    Répondre
  7. point
    point dit :

    nan parce qu’en vous lisant, je me suis rendu compte que j’avais jamais fait attention à ce que je n’avais jamais eu plein de cartes de crédit dans mon sac quoi
    donc bon…
    je sais pas hein
    mais j’ai jamais été tenté non plus par tous les trucs qu’on vous propose genre pseudo fric pour acheter encore plus quoi hein
    j’ai jamais non plus été tenté par la quasi totalité des trucs qu’on voit plein de baratin incompréhensible dans les rayons des marchands
    pis faut dire
    que bon
    avec le peu de fric qu’il y a dans mes poches, et la conscience obsessionnelle de ce dont j’ai absolument besoin là tout de suite, ben, j’ai pas vraiment non plus trop de difficulté à choisir ni l’embarras de savoir si y’a des choses anodine auxquelles je pense jamais…

    nan mais bon

    j’ai lu ailleurs que vous aussi étiez au rsa

    donc je me demandais si vous aviez réellement vécu la situation d’une personne avec un portefeuille rempli de carte marketing quoi hein…

    Répondre
  8. til
    til dit :

    Ah oui, aussi, quand je fais mes courses dans ce magasin, il n’y a pas de musique pénible, aucune animation sonore, qui empêche de réfléchir à ses achats utiles en saturant l’audition, l’horreur des super marchés qui se croient intelligents de gonfler les oreilles de leurs clients. Du coup, eh bien j’y retourne, parce que c’est calme.

    Répondre
  9. Exec T
    Exec T dit :

    Eh bien vous êtes sur la bonne voie.
    Celle de l’épicurisme, celle de pouvoir séparer le nécessaire de l’inutile.
    Ce n’est pas facile,car cela demande de s’interroger sur le besoin d’avoir telle ou telle chose.
    Mais cet inconfort ouvre l’esprit sur la réflexion, le recours au raisonnement et à la raison.
    C’est un chemin ardu mais libérateur.
    Bon courage.

    Répondre
  10. Picaro
    Picaro dit :

    Etonné de vous voir en adepte du traçage consumériste récompensé par le petit susucre sous forme de réduction.

    J’ai utilisé autrefois l’une de ces cartes pour faire mes courses, durant 3 ans environ, et si l’économie était réelle sur le moment (du moins en apparence, car on s’interroge alors sur les marges du distributeur qui vous fait profiter de ses largesses sous conditions), un malaise m’a saisi peu à peu à l’idée que je me réduisait une fois de plus à un numéro, que je donnais sciemment des données sur une partie de mon mode de vie à je-ne-sais-qui, tout ça pour pour un petite ristourne presque aussi honteuse que la pièce que l’on reçoit dans la rue (toute proportion gardée, évidemment).

    Bon, troublé et lassé, au bout d’un moment je me suis mis à aller voir ailleurs et j’ai laissé tomber cette foutue carte. Ce fut la seule que j’ai jamais utilisée. Quant à l’application sur smartphone… je n’ai pas de smartphone !

    Ensuite, aller acheter dans des boutiques de proximité, pourquoi pas, mais encore faut-il pouvoir, à la fois financièrement et géographiquement. Dans mon seul exemple, habitant dans un quasi no-man’s-land urbain avec une situation professionnelle précaire (bonjour l’acrobate !) aux émoluments "smicoïdes" (mes qualités de gestionnaire prudent adepte de la sobriété de vie sont intensément sollicitées), difficile de faire des bornes pour aller chercher des "produits frais" plus chers même s’ils sont nécessairement meilleurs pour tenir le bonhomme en bonne santé. C’est là tout le vice du système.

    Globalement, dans ma manière de consommer, avant de savoir où acheter quoi que ce soit, je me demande si ce que je veux acheter procède d’un désir ou d’un besoin. Ça aiguise la conscience.

    Répondre
  11. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Bon, déjà, j’ai bien précisé : ce sont des cartes de fidélité, pas de crédit. Les crédits revolving sur la tempe, même pas en rêve!

    Après, ceux qui me lisent/connaissent depuis longtemps savent que je ne suis pas fortunée du tout (mais pas au RSA, je préférerais voler que de devoir me soumettre à leur contrôle de sous-citoyenneté pour une poignée de cacahuètes!) et donc, que je fais plutôt gaffe à tout. Du coup, la carte de fidélité, ça semble malin pour gratter un peu de pognon aux entournures, parce qu’on a beau faire, le gros de l’épicerie, c’est un peu difficile de le trouver ailleurs que dans un supermarché. Sauf que… à force de relocaliser mes besoins dans de petits commerces (et non, le boucher indépendant n’est pas plus cher que le débiteur de barbaque sous vide, par contre, on n’achète pas la même chose, pas la même qualité et on ne cuisine plus pareil!), je me suis rendue compte que même super économe, gestionnaire, décroissant et tout le bordel, tout est fait, pensé, conçu, calculé pour te faire acheter plus que prévu en entrant. Pas grand chose, des petits riens, des OKAZOO, des ONSÉJAMÉ, un euro par ci, un autre par là, un lot de 3, pour faire des économies, des stocks et que même les cartes de fidélité sont conçues pour t’inciter à dépenser au lieu de te pousser logiquement à toujours attendre encore un peu avant de prendre un truc. Comme les bons d’achats chez Décathlon… limités dans le temps. Là, je n’ai rien usé dans mes vêtements de sport, je n’ai besoin de rien, mais comme j’ai un avoir qui périme bientôt, je vais quand même acheter un truc pour ne pas perdre cet argent… et je me retrouve à cette caisse à me faire chier la rate pour ne pas perdre un argent que je n’ai jamais eu.

    Complètement con.

    Le pire, c’est que je suis antipub, antitélé, anticonsommation, méga-économe et je me suis faite avoir comme une bleue.

    Manière, mon grand jeu actuel, c’est de toujours remettre les courses au lendemain. Il manque un truc? Pas grave, on voit si on peut faire autrement. Ou juste attendre un jour de plus. Pour espacer de plus en plus. Gérer les stocks pour ne pas se retrouver avec des choses qui périment. Ne plus aller dans les boutiques, sauf en cas de besoin. Et bien définir le besoin. Et se demander si on peut faire sans ou autrement. Et surtout, tirer une grande satisfaction à l’idée qu’on n’a besoin de rien. Ce qui ne signifie pas qu’on a plein de choses, bien au contraire. Mais se concentrer sur les besoins et les activités que ne passent pas par l’argent ou la marchandise. Le faire délibérément pour ne pas entrer dans une logique de privations/frustrations dont le commerce se nourrit comme les kilos le font avec les régimes alimentaires.

    Répondre
  12. til
    til dit :

    Quand même, ceux qui achètent autre chose que ce dont ils ont besoin ont un yaourt dans le bulbe. Quand je fais les courses, j’achète ce que j’ai mis dans ma liste d’achat et c’est très rare que j’achète plus, même si je pourrais acheter le double, mais pourquoi faire ?

    Alors si ils sont assez cons pour acheter plus, parce que la zik ou la gueulante ambiante, ou les étiquettes ambiantes les incitent, tant pis pour eux.

    La connerie mérite la sanction, et encore plus celle des un peu pauvres qui pourtant devraient réfléchir à 2 fois à ce qu’on leur vend, comme ces imbéciles qui ont souscrit des prêts immobiliers aux US ou en Espagne en croyant que le pognon allait leur dégouliner magiquement sur les pompes. Nul n’est obligé d’être idiot. C’est darwinien, désolé. Il faudrait reconnaitre que le peuple de base est à peu près aussi stupide que celui qui les dirige et qu’ils font la paire.

    Répondre
  13. Alexandria
    Alexandria dit :

    « Quand même, ceux qui achètent autre chose que ce dont ils ont besoin ont un yaourt dans le bulbe. »
    Je viens de lire tous les commentaires, à la suite de ton texte, chère, indispensable Monolecte. Je n’ai retenu que cette phrase : elle résume bien la tonalité générale…Tu en as, de la chance, d’avoir autant de lecteurs si tant tellement intelligents !, si tant tellement plus intelligents que toi ou moi… Quelle arrogance ! Mais c’est pas grave. Merci d’énoncer aussi exactement mon ressenti :
    « … par contre, on n’achète pas la même chose, pas la même qualité et on ne cuisine plus pareil ! » : c’est ce que j’ai découvert à la retraite : des moyens réduits de moitié, mais la chance d’avoir pu partir en province. Marché, producteurs locaux qui n’ont pas besoin d’afficher "bio" sur des légumes dont on ne peut plus se passer quand on les a goûtés…
    « remettre les courses au lendemain. Il manque un truc? Pas grave, on voit si on peut faire autrement. Ou juste attendre un jour de plus. Pour espacer de plus en plus. » Exactement ce que je suis en train d’apprendre à faire, ne serait-ce qu’à cause du temps que cela prend d’organiser les courses quand on n’a pas de voiture, et qu’il faut compter avec le temps et les horaires des bus.
    « … une logique de privations/frustrations dont le commerce se nourrit comme les kilos le font avec les régimes alimentaires. » Excellente remarque : je n’avais jamais pensé à ça sous cet angle.
    Continue, chère Monolecte, et ne te laisse pas démonter par les "morgueux" qui savent tout mieux que tout le monde !

    Répondre
  14. til
    til dit :

    "Je n’ai retenu que cette phrase : elle résume bien la tonalité générale…Tu en as, de la chance, d’avoir autant de lecteurs si tant tellement intelligents !, si tant tellement plus intelligents que toi ou moi… Quelle arrogance ! "

    Oui ton arrogance. Il se trouve juste que me suis aperçu qu’avec un repas par jour plus quelques jus de fruits ca me va très bien, alors que j’ai les moyens de baffrer 10 fois plus.

    Mais au juste, où est l’arrogance de mentionner qu’il n’est pas impératif d’acheter plus que de besoin ?

    Pauvre Alexandria, vous voyez de l’arrogance un peu trop partout, ce qui vous perdra, ci ce n’est le cas déjà.

    Avant de détecter un semblant de possibilité d’arrogance, tournez vos neurones 3 fois dans votre bouche pour savoir et connaitre si il ne s’agit d’autre chose qui vous contraindrait un peu à la réflexion, demandant un minimum d’effort de réflexion, non fournie par la sécu sociale.

    Répondre
  15. smolski
    smolski dit :

    "Mais au juste, où est l’arrogance de mentionner qu’il n’est pas impératif d’acheter plus que de besoin ?"

    Elle est dans le contexte de la réponse, pas uniquement dans le propos til.
    Ainsi, si tu veux bien considérer l’ensemble de tes interventions, tu pourras y voir que méthodiquement tu poses une vision hiérarchique sur les personnes en les soumettant à toi-même et non au contexte où ils se tiennent et que tu ne peux qu’ignorer.

    Ceci dit, et puisque tu vantes la hardiesse du contexte social allemand, es-tu au courant que ce pays crée la plus grande pauvreté pour les revenus les plus bas ?

    "D’après Eurostat, « les chômeurs allemands sont plus susceptibles que leurs voisins européens de basculer dans la pauvreté ».
    En 2010, ce pays figurait déjà en tête des pays européens « avec 70% des chômeurs en risque de pauvreté contre 45% en moyenne dans l’Union Européenne et 33,1% en France ».
    « …les 10% d’Allemands les plus aisés détenaient en 2008 53% de la richesse privée du pays contre 45% dix ans auparavant. La moitié la plus modeste des foyers détenaient en 2008 seulement 1% de la richesse nationale privée ». Qu’il est beau le « big bang économique » voulu par Parisot…"
    Source (adorée) : FAKIR n°58

    On peut comprendre que de saisir une opportunité personnelle n’est pas à négliger dans un contexte singulier, mais que cela ne mette pas un bandeau sur les yeux pour percevoir la réalité sociale où s’exerce cette opportunité.
    Sinon, en France même, bien des personnes (dont ton serviteur) se tirent plutôt généreusement de la situation actuelle, sauf que cela n’empêche pas le devoir d’empathie envers quiconque ne trouve pas les mêmes opportunités sociales et se trouve à subir d’avantage d’avanies qu’eux.
    Cette empathie peut se traduire par un regard plus généreux sur autrui, une pensée plus fraternelle et porter ainsi à des actes de solidarités occasionnels selon la situation rencontrée. Par exemple la défense civique…

    Répondre
  16. Sombre Hermano
    Sombre Hermano dit :

    "En fait, je vais travailler ma fidélité toute seule, comme une grande et comme une antiquité prémoderne. Je vais continuer à aller chez Émilie, la maraîchère de Maulichère, avec ses petits légumes qu’elle sort elle-même de la terre ocre de Gascogne. On va se raconter des histoires du coin, parler du temps qu’il fait, s’échanger deux recettes et se saluer d’un sourire en attendant la semaine prochaine."
    Ben voilà !
    Tiens pas plus tard qu’hier, j’avais une carte pré-payée pour les parkings de ma ville (donc petite monnaie dématérialisée). Fièrement, je m’approche de la borne, y introduis ma carte et zou ! Carte bloquée dans la stupide machine qui n’a jamais voulu me la rendre. Le progrès fait rage.

    Répondre
  17. saxo
    saxo dit :

    Mmm

    à chaque fois qu’on me demande si j’ai une carte de fidélité, ma réponse est "jamais!".
    C’est pas totalement vrai, je m’en étais fait faire une (qui ne me servait absolument pas) du temps où j’étais célibataire et ou la caissière qui me l’avait proposée était mignonne comme tout. Certainement plus pour passer du temps à discuter avec elle que pour la carte elle-même. Carte que j’ai jetée depuis d’ailleurs.

    Déjà, être fidèle à un magasin… je ne sais pas ce que ça veut dire, ensuite, les trois sous qu’on récupère à marcher dans ce système de carte, on ne les perdrait pas si ce système n’existait pas.

    Parce que, organiser un système de carte de fidélité, ça a un coût. Un coût répercuté sur tous les articles du magasin… Bref, c’est une forme de pub. Et je refuse d’alimenter ce truc inutile et nuisible (ça augmente donc les prix, ça bousille l’environnement parce que tant que c’est pas dématérialisé, c’est en plastoc, et c’est une forme de publicité permettant donc à une enseigne qui se fait déjà plein de fric de pérenniser sa clientèle) .

    Bref, j’ai aucune pitié pour les cartes de fidélité. Mieux, quand je passe en caisse et qu’on me demande si j’en ai une, j’explique parfois patiemment pourquoi je n’en ai pas, même si c’est totalement inutile…

    Répondre
  18. etienne
    etienne dit :

    Chaque foi qu’on me demande si j’ai une carte de fidélité je dis : je peux pas j’ai déjà donné ma fidélité à quelqu’un. En plus de recevoir un sourire de la caissière (peu de caissier, mais il y en a le samedi) je la replonge dans l’absurdité absolue de me proposer de dire oui pour la vie à Carrouf ou bien à Auchan. Sans compter que je ne vais plus ni chez l’un ni chez l’autre, bande de voleurs. Ils arnaquent leurs clients, leurs fournisseurs et leurs employés.

    Répondre
  19. Iletvilain
    Iletvilain dit :

    Dans le genre, mais pas dématérialisé, et enrubanné dans les bons sentiments, il y a certaines monnaies dites "solidaires" (je sais, ça peut choquer de dire ça).
    Au fond, un bon d’achat Décathlon, ça n’est ni plus ni moins qu’une monnaie… Uniquement valable chez Décathlon (donc solidaire avec cette enseigne)…
    Ou alors, on peut s’échanger ces bons en fonction de ses besoins, comme des enfants avec leurs Pokémon. Mais ça pousse toujours à la dépense !

    Un petit billet sur ces monnaies en vogue, avec des politiques derrière, et surtout des banques :
    "Vous prendrez bien mes Sols-Violettes ou mes Gallécos ?"
    http://www.grincant.com/2012/12/13/

    Concernant les applis pour smartphones, il faut aussi savoir qu’elles sont nombreuses à faire totalement l’impasse sur la vie privée, et qu’en plus de tracer l’usager par leur simple utilisation commerciale, elles peuvent tracer le phone géographiquement via triangulation, ou directement via le GPS s’il est activé.
    Bref, les achats sont tracés, mais aussi les déplacements, potentiellement à 5 mètres près !!!
    Elle est pas belle la vie actuelle ?

    Répondre
  20. til
    til dit :

    "tu pourras y voir que méthodiquement tu poses une vision hiérarchique sur les personnes en les soumettant à toi-même"

    Mon brave Smolski, garde à vous ! Repos. Où vas tu chercher tout ça ? Dans des champignons hallucinogènes de ton jardin ?

    C’est sûr que la hardiesse du contexte social français est performante et exemplaire, il y a 2 fois plus de SDF en France. Eux ils n’ont pas seulement basculé dans la pauvreté, mais carrément sur le trottoir.

    Méfie toi des stats de comparaison de la pauvreté :

    "Michel Serres :

    Le miséreux : SDF et pas de quoi se nourrir.

    L’indigent : manque de nourriture.

    Le pauvre : il a de quoi se nourrir, a un toit, mais n’a pas accès à la conso de masse."

    http://toumenerve-quint.blogspot.de

    Répondre
  21. smolski
    smolski dit :

    til
    "C’est sûr que la hardiesse du contexte social français est performante et exemplaire"
    C’est à l’insu de mon plein gré que tu pratiques cette affirmation, je vais donc t’en laisser la pertinence.

    Ces stats sont surtout une part de l’Allemagne que tu ne mentionnes pas toi-même. Là, c’est fait.
    De plus, être pauvres pire ou pauvre moins pire, c’est blanc bonnet et bonnet blanc pour tous les pauvres, non ?

    On peut aussi noter que ces stats indiquent clairement la progressivité de l’appauvrissement des peuples, que ce soit en Allemagne ou en France, et que l’exemplarité allemande que tu portes à nos avis sous-tend bien les mêmes avanies qu’ailleurs, alors…

    Bisou du brave, à plus, Joel.

    Répondre
  22. til
    til dit :

    "De plus, être pauvres pire ou pauvre moins pire, c’est blanc bonnet et bonnet blanc pour tous les pauvres, non ?"

    Non. T’as pas lu l’article mis en lien.
    Un pauvre du Zimbabwe l’est aussi par rapport à un pauvre de France.

    Sinon :

    Le nombre de personnes vivant sous le seuil d’extrême pauvreté [1] dans le monde s’est réduit de 1,9 à un peu moins de 1,3 milliard entre 1981 et 2008. Une évolution d’autant plus positive que dans le même temps la population mondiale s’est accrue. Du coup, le taux d’extrême pauvreté a été réduit de moitié : 22,4 % de la population mondiale vit aujourd’hui avec moins de 1,25 dollar par jour contre 52,2 % au début des années 1980.

    http://www.inegalites.fr/spip.php?a

    Répondre
  23. Linux
    Linux dit :

    @etienne "En plus de recevoir un sourire de la caissière (peu de caissier, mais il y en a le samedi) je la replonge dans l’absurdité absolue de me proposer de dire oui pour la vie à Carrouf ou bien à Auchan. "

    Quand les vendeuses/vendeurs posent systématiquement la question avant de passer en caisse, ce n’est pas par plaisir mais parce qu’ils ont des directives qui les obligent a demander pour augmenter le nombre de clients a carte.

    L’absurdité ils/elles sont déjà confronté tous les jours dans leurs boulots, meme gestes répétitif, devoir garder la bonne humeur et voir défiler les clients a la chaine toute journée parfois beaucoup moins sympathiques que vous….

    Répondre
  24. chris
    chris dit :

    C’est malgré tout plus confortable d’être pauvre dans un pays très riche que miséreux dans un pays très pauvre, un peu comme la misère moins cruelle au soleil. Et ça, l’immigré le sait bien, lui. Les allemands sont riches mais benêts, et l’étranger pour peu qu’il soit malin et sans états d’âmes a plus de chances d’y trouver à bouffer et même de faire fortune qu’au fin fond du Sahel.

    Pareil pour les cartes, quand tu sais les exploiter avec un peu de malice, ma foi, le bénéfice n’est pas chez qui on croit ( si les GMS se livrent en ce moment à des combats suicidaires, c’est parce que la consommation baisse globalement, que la concurrence est féroce, et à ce jeu, encore une fois, celui qui bénéficie des offres privilégiées fait souvent de belles affaires, quand le pauvre passe à côté. C’est comme le crédit, quand t’as pas le fric, la banque te propose des taux d’usuriers, mais quand t’as pas besoin, que tu dispose du cash, elle offre des taux ridicules et c’est toi qui gagne du fric).

    Répondre
  25. smolski
    smolski dit :

    "Un pauvre du Zimbabwe l’est aussi par rapport à un pauvre de France.
    Le nombre de personnes vivant sous le seuil d’extrême pauvreté [1] dans le monde…"

    Non til, vous n’avez pas lu le commentaire ni l’article que je vous ai proposés.
    Si vous le voulez bien, l’article cité et moi-même parlons bien des pays limitrophes à la france et sont en relation avec vos propos précédents sur l’expatriation en faveur de l’Allemagne dont vous faites habituellement un pays emblématique de la réussite sociale.
    Éparpiller l’intention c’est dissoudre le contenu.

    Pour le reste de la pauvreté mondiale en régression, je vais peut-être même pas chercher à surenchérir dans le pragmatisme que cela évoque.

    Répondre
  26. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    22,4 % de la population mondiale vit aujourd’hui avec moins de 1,25 dollar par jour contre 52,2 % au début des années 1980.

    Oui, tout est relatif, y compris la valeur du dollar dans le temps. Je doute que 1,25$ ait la même valeur aujourd’hui qu’il y a 30 ans, à l’époque où j’achetais mon paquet de clopes 6.- FRF. Je dirais qu’il serait temps de revaloriser le seuil mondial de pauvreté absolue… sauf que je suis assez certaine que soudain, les statistiques seraient nettement moins pimpantes, non?

    Répondre
  27. Clirstrim
    Clirstrim dit :

    Le truc étant que avec ou sans fric, le seul crédit que je m’autoriserais c’est mon découvert. Je foutrais pas un orteil là-dedans, fil à la patte, grapiller de la liberté, un peu.

    Répondre
  28. til
    til dit :

    Les allemands benêts ? Triste Chris étouffé par son inculture de plouc en quête de je ne sais quoi, et qu’il ne sait pas plus.

    Kant, Nietzsche, Hegel, Marx, Weber ou Simmel étaient des benêts selon le grand penseur Chris que personne ne connait et ne connaitra jamais. Je sens avec appétit qu’il va nous faire des références bibliographiques sur Aznavour de Suisse ou Mireille Mathieu de Russie, les dernières techniques de tortures auditives du Kremlin, ou de Genève.

    Chris ! Quoi tu fous en France ? Le sahel t’attend… avec impatience pour te transformer en merguez à rançon pimentée de harissa.

    Incha’Allah

    Répondre
  29. til
    til dit :

    smolski

    On va pas enculer des mouches à merde, le différentiel de pauvreté entre l’Allemagne et la France est de 1,5 point en faveur de la France, sachant que l’incertitude d’une telle mesure est d’au moins 3 points sans compter les biais de choix de méthodologie dans un domaine compliqué.

    Ca ne tient pas compte des différentiels des investissements industriels auto financés ni des brevets triadiques, US, UE, Japon. Où la France est nettement dans les choux, et pas dans la choucroute avec saucisse et gras double, je suis bien payé au quotidien pour surveiller ce genre d’aspect sur des bases de données, par ailleurs gratuites, donc accessibles à tous. C’est assez technique, mais ça en dit long sur le merdier que la France va avoir à gérer. Ca va être du lourd de chez très lourd. Pendant ce temps, on amuse la galerie avec les excursions de Depardieu, le nez dans le guidon.

    Répondre
  30. smolski
    smolski dit :

    OK pour ne pas sodomiser d’avantage de pôv bêtes au sort déjà peu enviable en regard de toutes les bestioles similaires qui passent de fleurette en fleurette tous les beaux jours durant. Pardon aux drosophiles…

    Comme vous l’indiquez, le différenciel social entre la france et l’allemagne n’est pas fulgurant chez l’un comme chez l’autre et n’illustre rien dans ce sens.
    Que til y ait trouvé une bienheureuse niche occasionnelle pour sa personne donne de la valeur à la volonté et l’imagination de til et je l’en félicite, mais ne donne pas plus de valeur au système social général d’un pays sur l’autre.
    C’était le fond de mon intervention en fait.

    Répondre
  31. Ayrault Monique
    Ayrault Monique dit :

    Merci pour ce texte délicieux de vérité…depuis longtemps je fais ainsi, c’était par paresse. Tous ces trucs qui me semblaient inutiles. Votre récit me réconforte.Merci.

    Répondre
  32. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Pire, je me suis rendue compte que la station essence du village avait raison d’être la plus chère du coin… parce que nous sommes une clientèle captive. En gros, je dois optimiser mes déplacements et donc profiter de ce que je dois aller dans un autre bled pour prendre du carburant, même si mon réservoir est loin d’être vide. Jusqu’à présent, il m’arrivait d’aller à la station essence de l’autre bled exprès, parce qu’elle est significativement moins chère. Sauf que l’autre jour, j’ai créé une feuille de calcul qui permet de calculer combien je consomme d’essence pour aller me servir à la station moins chère et je me suis rendue compte que je perdais de l’argent. Mon bled est suffisamment paumé pour qu’il ne soit pas du tout rentable d’aller à la station suivante et que je dépense plus pour le trajet que je ne gagne sur le plein.

    Bien sûr, du coup on comprend mieux pourquoi l’essence des bouseux est plus chère que celle des citadins.

    Et tout cette frénésie de l’optimisation consumériste est du même acabit : la flambée du carburant fait qu’il vaut mieux acheter plus cher dans son bled qu’en promo dans le bled suivant.

    Répondre
  33. pusillus
    pusillus dit :

    … évidemment les commerciaux engagent des équipes entières de "chercheurs en marketing", des psy, ils utilisent des techniques incroyablement sophistiquées développées par des experts dans le cadre de formations pointues pour étudier et puis manipuler le comportement de consommation.

    Et non, le citoyen lambda n’est pas forcément un gros débile s’il tombe dans le panneau. Il est souvent une simple personne qui n’a pas d’équipe derrière lui/elle pour analyser et démonter toute cette manipulation. Bon d’accord on a encore une bonne plage de libre arbitre.

    Quoi que….

    Qu’il me jette la première pierre, celui qui n’a jamais fait 5 km de plus en voiture pour aller acheter un object en promo – même un truc utile ! – sans penser que le prix de l’essence et le temps passé n’en vallait pas la peine…

    Répondre
  34. smolski
    smolski dit :

    Pour le carburant, optimiser ses déplacements c’est aussi pratiquer/organiser du co-voiturage, prendre les stoppeurs sans vergogne mais aussi, aussi, ne pas se déplacer avec son véhicule plus que nécessaire quotidiennement.
    Enfin, à destination, ne pas hésiter à se garer d’une manière stratégique et effectuer l’ensemble de ses démarches à pied en souriant à tous les passants.
    Ok, des évidences, mais pourquoi ne pas les souligner contre la pub généralisée du contraire quand l’occasion se présente ? 😉

    Tous mes vœux à tous, Joel

    Répondre
  35. til
    til dit :

    A la campagne, il y a le diesel agricole, pas très légal mais pas cher, il y a peu voire pas de contrôles. Mon cousin viticulteur ne se gênait pas pour en mettre dans sa caisse, pas que dans son tracteur.

    Répondre

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *