Persistances olfactives

Ce matin, ma cuisine sentait exactement comme la cuisine de mon enfance en Maurienne : l’évier en pierre de taille, avec ses robinets rétro en cuivre, les biscottes Heudebert en pack familial et le lait fraîchement extrait des vaches d’Hélène, la fermière du bout du chemin en gravier blanc, celle dont le flux de conversation l’avait faite surnommée Radio Jarrier.

Étang du Moura

Je ne pense pas que l’on puisse comprendre la personne que je suis si on ignore que je suis un nez. Pas un nez crochu, bossu ou ayant quoi que ce soit de remarquable dans sa forme, non, j’ai du pif, j’ai du blair, j’ai le flair d’un Bleu de Gascogne un petit matin d’automne. D’ailleurs, j’ai longtemps préféré l’automne dont les couleurs flamboyantes ne parviennent pas à éclipser le parfum lourd et humide de l’humus en formation et des vendanges en fermentation. Rien ne m’est plus familier que l’expression : celui-là, je ne peux pas le sentir. Je renifle l’odeur intime des gens, celle qui est socialement inacceptable, d’autant plus qu’elle chuchote à ma narine ce que leurs propriétaires aimeraient tellement cacher. Je ne sais pas si quelqu’un m’est hostile ou pas a priori, mais j’inhale comme tout un chacun les phéromones de mon entourage et je sais très rapidement avec qui je pourrais tout à fait envisager de passer une paire d’heures dans l’habitacle restreint d’une automobile et qui je vais éviter de croiser un après-midi de canicule.

Je me souviens avoir déjà su, en passant dans un couloir, si un familier y était passé quelque temps auparavant, de la même manière qu’une modification de la signature olfactive d’un proche me signale immanquablement une détérioration de son état de santé général. Il y a même quelques maladies, comme celle de ma mère, dont je reconnais la marque en superposition de celle, particulière, de la personne qui la dégage. La promiscuité a souvent été éprouvante pour moi, que ce soit dans les dortoirs de mon pensionnat ou le métro aux heures de pointe. Il vous y est déjà arrivé de prendre en plein tarin les remugles persistants de quelque passager négligé, alors imaginez un seul instant ce que ça donne quand toutes les odeurs d’un vendredi soir d’été s’y chevauchent dans une cacophonie des sens à vous soulever le cœur. Je me souviens de l’odeur particulière de chaque maison dans laquelle j’ai passé un peu de temps, alchimie délicate entre le travail des matériaux qui la composent, les effluves des activités de ses occupants et les exhalations sourdes de leurs corps. Les maisons sont comme les gens : il y en a des vivantes, des vibrantes, des chaleureuses dans lesquelles on aime revenir, certaines sont étouffantes, stagnantes, aigres et repoussantes et d’autres encore sont tellement récurées et aseptisées qu’elles ne disent plus rien, qu’elles sont comme le hall impersonnel et froid d’un hôpital.

Les odeurs n’ont pas de hiérarchie. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises odeurs. Il y en a juste des plus ou moins fortes, plus ou moins envahissantes, plus ou moins agréables. Longtemps, j’ai été incommodé par ce qu’on appelle les mauvaises odeurs. De mon premier séjour à Paris, quand j’avais six ans, je garde surtout la sensation d’une immense vespasienne à ciel ouvert, des chiottes de la taille d’une ville entière, où je pouvais identifier les divers degrés de dégradation de l’urine, de l’odeur fade et tiède de celle fraîchement répandue à celle plus âcre de l’ammoniac en formation. Quand j’ai su laquelle de mes interlocutrices avait ses règles au moment où elle me parlait, j’ai commencé à trouver cette aptitude particulière un peu lourde à vivre. J’ai commencé à fumer, parce que le tabac décape le flair, l’anéantit vite et durablement. Ensuite, j’ai continué à fumer, certes par accoutumance, mais aussi parce que certaines bouffées me faisaient penser au sillage de monsieur Monolecte quand la vie nous séparait, un mélange assez viril de Camel sans filtre, de cuir de blouson et de moteur de moto.

Avec ma fille, j’ai arrêté de fumer et j’ai retrouvé la mémoire de mon odorat. C’était assez paradoxal de retrouver son flair au moment même où il me fallait opiner du tarin dans des couches fraîchement redécorées et il faut le dire tout net : même quand elle sort de votre chérubin, immanquablement, la merde sent la merde et invariablement, cette odeur reste lourde, puissante et incommodante. À l’exception notable des premiers mois où la demoiselle était exclusivement nourrie au sein. Elle remplissait alors ses couches d’une étonnante matière très franchement orange qui sentait le caramel mou et la barbe à papa.

C’est en haut d’une montagne que j’ai retrouvé, quelques années plus tard, l’intégralité de ma gamme de parfums. La longue marche qui déploie les bronchioles, l’air pur débarrassé de l’essentiel des miasmes de ce que l’on appelle la civilisation, l’appétit creusé par l’effort soutenu et me revoilà au meilleur de ma forme, toutes antennes biochimiques déployées, à sentir jusqu’à l’odeur des cailloux et à me souvenir que pour beaucoup, l’altitude fait dégazer sec.
Ce qui est intéressant dans cette deuxième vie de mon nez, c’est qu’en dehors de me rendre les clés de ma mémoire, elle est beaucoup plus ouverte dans sa palette et je respire aujourd’hui avec joie certaines émanations que je jugeais auparavant absolument irrespirables.

Ce qu’il manque à Google Maps et aux autres applications que j’utilise pour tracer mes routes, c’est la possibilité de construire des cartes olfactives. Je pédale pour garder la forme, pour photographier les paysages renversants de ma Gascogne personnelle, pour la convivialité de ce moyen de transport qui me permet de rencontrer si facilement des gens, mais je pédale aussi pour le pur plaisir d’être un cleb fou, truffe au vent, les narines figées par les petits matins métalliques de l’hiver ou le cœur gonflé d’ivresse par les symphonies pastorales du printemps. Chaque lieu sécrète son odeur propre qui varie avec les saisons, l’heure du jour, la météo et les activités humaines.
Ce printemps dégage à présent des odeurs lourdes, tièdes, humides et charnelles de végétation exsudante, de bouse fraîche et de seringats.
Bon sang que je raffole de l’odeur persistante et enivrante des seringats, un peu comme celle des genets au tout début de l’été, sauf que jusqu’à la semaine dernière je ne savais pas à quelle plante attribuer cette note puissante de fleur d’oranger et de jasmin, une déclinaison florale et persistante d’un parfum oriental. Par la magie d’une brassée fraîchement cueillie et offerte de bon cœur, j’ai maintenant en tête la carte des buissons odorants autour desquels j’irais pédaler au printemps prochain, si tout va bien.

Mais je raffole tout autant de certaines odeurs fermières, tellement décapantes qu’on a l’impression de les mâcher en forçant sur les pédales. La plus violente de toutes est sûrement celle qui rampe le long des élevages de canards et dans mon coin, je peux vous dire que certains jours, toute la campagne est minée de bombes à crottes. Mais cela importe peu, finalement. Il y a aussi les meules d’ensilage qui exsudent presque immédiatement un arôme absolument divin de réglisse, de pain d’épice, de cannelle et surtout, de prunes à l’Armagnac. Elles sont de nouveau de sortie le long des routes et je me shoote abondamment à leur traîne gourmande en attendant l’été, quand leur parfum aura encore forci et que la cambrousse sentira de nouveau les foins coupés, le pain grillé, les pommes de terre sautées au beurre noisette et la terre brûlée.

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22 réponses
  1. Gavroche
    Gavroche dit :

    C’est bête, mais l’histoire de ton nez m’a donné faim… Enfin, surtout la dernière partie… 😉

    Envie de pommes de terre persillées et aillées, de tarte aux pommes tiède et saupoudrée de cannelle, et de confiture de mirabelles maison… Pour le goût, mais aussi, oeuf corse, pour l’odeur…

    Et tu as oublié de parler du parfum inimitable du chèvrefeuille, et des roses (anciennes). Moi, mon seringa, attaqué par ces cons de pucerons il y a un mois, a fait trois fleurs…

    Quant aux paysages renversants, y’a pas que la Gascogne, hein, y’a surtout le Lot…

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  2. petit écran de fumée
    petit écran de fumée dit :

    "Les odeurs n’ont pas de hiérarchie".
    Certes. Mais certaines ont ma préférence, d’autres mon indifférence… Quand je retourne à Paris, je dois faire un effort à chaque fois pour ré-adopter l’odeur du métro, avec laquelle je vivais tous les jours avant, en me disant que dénigrer cette odeur est injuste car elle nous épargne des mètres cubes entiers d’odeurs de pots d’échappement qui s’ajouteraient à ceux déjà abondants de la rue… Et y a pas à dire, l’odeur des genêts dans le sable de granit cévenol, mêlé au pollen des chataigners me manque plus que celle des escalators du RER 🙂

    Ça me fait penser aussi que mon fils de 6 ans est tout fier d’aimer les odeurs que tout le monde déteste, celle des pires croûtes de fromages sont les plus politiquement correctes, je préfère ne pas citer les autres. Si bien que je dois lui expliquer que notre corps est quand même bien fait, on trouve en général repoussantes les odeurs qui peuvent présenter un risque vis à vis de l’hygiène ou de la santé, et qu’il ne doit pas forcément essayer de les respirer même s’il les trouve agréables…

    En tous cas encore un bien joli billet, qui me rappelle (olfactivement) celui ressenti ici…
    http://fsimpere.over-blog.com/artic

    Répondre
  3. petit écran de fumée
    petit écran de fumée dit :

    "Les odeurs n’ont pas de hiérarchie".
    Certes. Mais certaines ont ma préférence, d’autres mon indifférence… Quand je retourne à Paris, je dois faire un effort à chaque fois pour ré-adopter l’odeur du métro, avec laquelle je vivais tous les jours avant, en me disant que dénigrer cette odeur est injuste car elle nous épargne des mètres cubes entiers d’odeurs de pots d’échappement qui s’ajouteraient à ceux déjà abondants de la rue… Et y a pas à dire, l’odeur des genêts dans le sable de granit cévenol, mêlé au pollen des chataigners me manque plus que celle des escalators du RER 🙂

    Ça me fait penser aussi que mon fils de 6 ans est tout fier d’aimer les odeurs que tout le monde déteste, celle des pires croûtes de fromages sont les plus politiquement correctes, je préfère ne pas citer les autres. Si bien que je dois lui expliquer que notre corps est quand même bien fait, on trouve en général repoussantes les odeurs qui peuvent présenter un risque vis à vis de l’hygiène ou de la santé, et qu’il ne doit pas forcément essayer de les respirer même s’il les trouve agréables…

    En tous cas encore un bien joli billet, qui me rappelle (olfactivement) celui ressenti ici…
    http://fsimpere.over-blog.com/artic

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  4. Un partageux
    Un partageux dit :

    Avec un tel nez une carrière de Jean-Paul Guerlain s’ouvre devant toi ! Tu seras bien mieux payée qu’aujourd’hui et en plus tu pourras dire des bêtises devant la caméra. ;o)

    Bonne semaine !

    Répondre
  5. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Les odeurs naissent de créatures et d’objets et il y a une infinité de variations et de combinaisons possibles, un peu comme pour les Inuits qui disposent d’un vocabulaire très étendu pour décrire les différents états de la neige et les nuances de blancs. Ces mots ne sont pas traduits parce qu’ils n’auraient aucun sens pour des gens qui ne sont pas éduqués à distinguer les différentes qualités de blanc et de neige et cela est normal puisque nous n’avons que rarement l’occasion d’expérimenter ces compétences. Les peuples sylvestres ont aussi un vocabulaire très étendu pour désigner les arbres, les feuilles et les nuances de vert.

    Dans un monde où les gens s’aspergent de parfum et se noient dans le déodorant parce que les odeurs corporelles sont considérées comme agressives et offensantes, où la propreté a cédé le pas à l’hygiénisme puis à la stérilisation, qui peut encore percevoir la subtile différence entre le lilas blanc et le lilas mauve? D’ailleurs je parle rarement de mes aptitudes olfactives. En terme d’intrusion, c’est aussi glaçant pour mon interlocuteur que si je lui disais que je suis télépathe… ce qui n’est d’ailleurs pas totalement infondé.

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  6. smolski
    smolski dit :

    Il est vrai Agnès que dans notre actuelle façon de vivre nous perdons la prégnance de nos odeurs individuelles.

    Ainsi, aux couples qui disposent allègrement de chambres séparées, il est merveilleux de se retrouver subrepticement ensembles, au creux du lit de l’autre, amants noyés dans nos effluves toujours neuves.
    De même, si nous avons un métier itinérant, après l’absence obligée, le retour à la maison commune est un nouveau bain de senteurs dont chacune porte un souvenir à revenir jusqu’au prochain départ.

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  7. Petrichor
    Petrichor dit :

    Moi, ce que je trouve incroyable et un peu frustrant, c’est de constater que les odeurs ont très rarement un nom ! Je veux dire un vrai "nom d’odeur", comme les couleurs par exemple. Pourtant, depuis le temps ! On en est toujours à utiliser des adjectifs, des descriptions, des origines, etc. pour ces (malaimées) odeurs. Mais pourquoi donc est-ce que les odeurs n’ont pas le droit à un nom ?

    Répondre
  8. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Le problème, c’est que la grande majorité des odeurs corporelles ne sont plus tolérées. Il est normal de sentir un peu la transpiration quand il fait chaud ou que notre odeur soit légèrement modifiée quand on mange quelque chose d’épicé ou d’un peu fort. Il est normal aussi de sentir un peu la cuisine après avoir préparé un repas qui ne sort pas d’une barquette : ce sont des odeurs courantes qui ne sont plus tolérées et qui doivent être masquées à tout prix par des parfums de synthèse agressifs et franchement souvent pas très heureux. Notre société confond odorant et malpropre. Pourtant, il y a une nette différence entre l’odeur de quelqu’un qui a juste chaud et quelqu’un qui a chaud en ne s’étant pas lavé depuis plus de 24h.

    D’ailleurs, les descentes de grandes randonnées sont assez terribles pour ça : le flair est à son maximum et souvent, on n’a pas pu se laver correctement depuis 2 ou 3 jours et on a bien eu chaud. Le moment où une bande de montagnards puants entre dans l’habitacle tout petit de la voiture du retour est souvent un grand moment d’immersion olfactive forcenée. Mais quand c’est avec des gens proches, c’est plutôt amusant qu’incommodant… ça crée des liens.

    Je me souviens précisément d’un retour de rando de 3 jours en Andorre. On est redescendu cramés, vidés, fourbus et bien puants, avec des sacs à l’avenant. On s’est jetés dans une de ces gargotes de pied de montagne habituées à cette déferlante de gens peu civilisés mais bien affamés et leur bouffe pas terrible mais bien chaude nous a semblé un pure délice. Et juste après, on s’est pris un contrôle à la frontière (oui, à l’époque, il y avait encore des douaniers). Qu’est-ce qu’on a pu se marrer à déballer nos poubelles, nos sacs et nos fringues gluantes. Les douaniers devaient avoir le blair saturés, ils ont même renoncé à sortir les chiens!

    Répondre
  9. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Le problème, c’est que la grande majorité des odeurs corporelles ne sont plus tolérées. Il est normal de sentir un peu la transpiration quand il fait chaud ou que notre odeur soit légèrement modifiée quand on mange quelque chose d’épicé ou d’un peu fort. Il est normal aussi de sentir un peu la cuisine après avoir préparé un repas qui ne sort pas d’une barquette : ce sont des odeurs courantes qui ne sont plus tolérées et qui doivent être masquées à tout prix par des parfums de synthèse agressifs et franchement souvent pas très heureux. Notre société confond odorant et malpropre. Pourtant, il y a une nette différence entre l’odeur de quelqu’un qui a juste chaud et quelqu’un qui a chaud en ne s’étant pas lavé depuis plus de 24h.

    D’ailleurs, les descentes de grandes randonnées sont assez terribles pour ça : le flair est à son maximum et souvent, on n’a pas pu se laver correctement depuis 2 ou 3 jours et on a bien eu chaud. Le moment où une bande de montagnards puants entre dans l’habitacle tout petit de la voiture du retour est souvent un grand moment d’immersion olfactive forcenée. Mais quand c’est avec des gens proches, c’est plutôt amusant qu’incommodant… ça crée des liens.

    Je me souviens précisément d’un retour de rando de 3 jours en Andorre. On est redescendu cramés, vidés, fourbus et bien puants, avec des sacs à l’avenant. On s’est jetés dans une de ces gargotes de pied de montagne habituées à cette déferlante de gens peu civilisés mais bien affamés et leur bouffe pas terrible mais bien chaude nous a semblé un pure délice. Et juste après, on s’est pris un contrôle à la frontière (oui, à l’époque, il y avait encore des douaniers). Qu’est-ce qu’on a pu se marrer à déballer nos poubelles, nos sacs et nos fringues gluantes. Les douaniers devaient avoir le blair saturés, ils ont même renoncé à sortir les chiens!

    Répondre
  10. RiGeL
    RiGeL dit :

    "En terme d’intrusion, c’est aussi glaçant pour mon interlocuteur que si je lui disais que je suis télépathe… "

    Ca, c’est sur. C’est d’ailleurs à se demander si le fait d’utiliser autant de parfum c’est juste pour masquer "des odeurs corporelles considérées comme agressives et offensantes", ou plutôt pour se cacher des autres.

    Répondre
  11. RiGeL
    RiGeL dit :

    "En terme d’intrusion, c’est aussi glaçant pour mon interlocuteur que si je lui disais que je suis télépathe… "

    Ca, c’est sur. C’est d’ailleurs à se demander si le fait d’utiliser autant de parfum c’est juste pour masquer "des odeurs corporelles considérées comme agressives et offensantes", ou plutôt pour se cacher des autres.

    Répondre
  12. Phlune
    Phlune dit :

    @Denis
    Mouarf, c’est l’allusion qui m’est venue aussi à cette lecture musclée 🙂
    Je me souviens avoir lu ce livre ("le Parfum" de Patrick Sûskind, donc) sur le conseil d’un psychanalyste et d’en avoir discuté avec lui, lui disant qu’à mon sens, même très cohérent, le cheminement de l’histoire touchait au fantastique, en bref que je la trouvais "impossible".
    "Etes-vous bien sûre ?" m’avait-il répondu, et depuis j’ai souvent pensé qu’il avait peut-être raison,
    comme en te lisant aujourd’hui, Agnes …

    Répondre
  13. Phlune
    Phlune dit :

    @Denis
    Mouarf, c’est l’allusion qui m’est venue aussi à cette lecture musclée 🙂
    Je me souviens avoir lu ce livre ("le Parfum" de Patrick Sûskind, donc) sur le conseil d’un psychanalyste et d’en avoir discuté avec lui, lui disant qu’à mon sens, même très cohérent, le cheminement de l’histoire touchait au fantastique, en bref que je la trouvais "impossible".
    "Etes-vous bien sûre ?" m’avait-il répondu, et depuis j’ai souvent pensé qu’il avait peut-être raison,
    comme en te lisant aujourd’hui, Agnes …

    Répondre
  14. 0livier F.
    0livier F. dit :

    Votre texte m’a évoqué de façon assez exaltante ce que provoquent les odeurs chez moi. Les odeurs mêmes, le souvenir que je peux en en avoir, ce qu’elles portent, ce que je vis
    avec elles et ce qui les porte. J’ai eu en vous lisant, la sensation de m’attarder sur un odeur, la décrivant et décryptant non pas que ce qu’elle est, mais aussi et surtout comment
    vous l’appréhendiez. Car, que cela soit très agréable ou pas du tout (même insupportable), cela n’est en effet souvent pas simple d’avoir du nez. 🙂
    Cela m’a fait un grand bien ne me sentir avoir un écho olfactif !
    Merci pour ce moment.

    Répondre
  15. narvic
    narvic dit :

    As-tu déjà imaginé la vie de ceux qui sont à l’inverse de toi: les handicapés de l’odorat, comme moi?

    Je prends un exemple relatif à un autre sens: la vue.

    Un jour, un ami à moi (qui se trouve être photographe professionnel, ce qui n’est probablement pas un hasard de sa propre vie…) regarde ma voiture, une banale Clio rouge. Il me dit, comme ça: tu as fait refaire l’aile avant-droite, mais le reste de la carrosserie est d’origine. Je lui demande comment il peut savoir ça (car c’était vrai). Il me répond: je le vois! Cette aile n’a pas la même couleur que les autres.

    J’ai été très dérouté par sa réponse, car moi, je ne voyais aucune différence de couleur (d’autant que la réparation avait été faite dans le réseau du constructeur de la voiture, donc avec la couleur d’origine)!

    Pour l’odorat, mon problème est identique: ce sens est peu et mal développé chez moi (prédisposition d’origine, probablement, associée à différents incidents de la vie: nez cassé trois fois, dont une très mal réparée, développement d’un kyste gros comme une noisette dans le nez, qu’il a fallu retirer avec ce qui venait …).

    Résultat: je n’étais déjà pas un "nez" ; me voilà aujourd’hui carrément handicapé, c’est à dire avec des capacités olfactives diminuées, nettement inférieures à la moyenne des gens.

    Alors voilà, moi, le métro, l’été, en fin de journée, me dérange assez peu. Je SAIS que l’atmosphère y est probablement très "chargée", mais je le SENS à peine. Alors ça reste très "abstrait" pour moi…

    Je sais qu’il doit m’arriver parfois de sentir un peu mauvais sans m’en rendre compte moi-même, alors que ça n’échappe pas à d’autres. Je sais que certains/certaines sont capables de discerner la goutte de pipi retombée dans le slip et qui a macéré quelques heures, et que moi, je ne sens pas. Enfin, pas tout de suite. En tout cas, bien après les autres.

    Alors, on fait avec. On vit à côté des gens, mais on sait que l’on ne vit pas exactement dans le même monde qu’eux. Le leur est plus riche, plein d’informations dont on ne dispose pas soi-même.

    PS: As-tu déjà essayé d’expliquer à un aveugle de naissance ce qu’est une différence de nuance entre deux rouges?

    Répondre
  16. narvic
    narvic dit :

    As-tu déjà imaginé la vie de ceux qui sont à l’inverse de toi: les handicapés de l’odorat, comme moi?

    Je prends un exemple relatif à un autre sens: la vue.

    Un jour, un ami à moi (qui se trouve être photographe professionnel, ce qui n’est probablement pas un hasard de sa propre vie…) regarde ma voiture, une banale Clio rouge. Il me dit, comme ça: tu as fait refaire l’aile avant-droite, mais le reste de la carrosserie est d’origine. Je lui demande comment il peut savoir ça (car c’était vrai). Il me répond: je le vois! Cette aile n’a pas la même couleur que les autres.

    J’ai été très dérouté par sa réponse, car moi, je ne voyais aucune différence de couleur (d’autant que la réparation avait été faite dans le réseau du constructeur de la voiture, donc avec la couleur d’origine)!

    Pour l’odorat, mon problème est identique: ce sens est peu et mal développé chez moi (prédisposition d’origine, probablement, associée à différents incidents de la vie: nez cassé trois fois, dont une très mal réparée, développement d’un kyste gros comme une noisette dans le nez, qu’il a fallu retirer avec ce qui venait …).

    Résultat: je n’étais déjà pas un "nez" ; me voilà aujourd’hui carrément handicapé, c’est à dire avec des capacités olfactives diminuées, nettement inférieures à la moyenne des gens.

    Alors voilà, moi, le métro, l’été, en fin de journée, me dérange assez peu. Je SAIS que l’atmosphère y est probablement très "chargée", mais je le SENS à peine. Alors ça reste très "abstrait" pour moi…

    Je sais qu’il doit m’arriver parfois de sentir un peu mauvais sans m’en rendre compte moi-même, alors que ça n’échappe pas à d’autres. Je sais que certains/certaines sont capables de discerner la goutte de pipi retombée dans le slip et qui a macéré quelques heures, et que moi, je ne sens pas. Enfin, pas tout de suite. En tout cas, bien après les autres.

    Alors, on fait avec. On vit à côté des gens, mais on sait que l’on ne vit pas exactement dans le même monde qu’eux. Le leur est plus riche, plein d’informations dont on ne dispose pas soi-même.

    PS: As-tu déjà essayé d’expliquer à un aveugle de naissance ce qu’est une différence de nuance entre deux rouges?

    Répondre
  17. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Je n’aimerais pas ne pas avoir d’odorat, ce serait en effet comme si une partie du monde m’aurait été cachée. Et surtout cela signifierait que je n’aurais pas de goût non plus, parce que tu le sais trop bien, hélas, nous goûtons essentiellement notre nourriture avec le nez. Avec ça, j’ai encore une ouïe très fine pour mon âge, vite saturée quand il y a trop de brouhaha, un toucher assez sensible, juste un regard de myope, mais une très bonne discrimination des couleurs.

    Les gens pensent que j’écris bien. En fait non : je ressens bien et j’ai eu la chance que l’on m’enseigne la diversité de mots nécessaire pour exprimer tous ce que mes sens arrivent à attraper du monde. En fait, je ne suis qu’une sorte de caméra 5S HD, un enregistreur biologique bien réglé : aucune imagination, que du ressenti. De ce point de vue-là, on peut dire que j’ai une écriture fondamentalement sensuelle.

    Répondre
  18. charles indien
    charles indien dit :

    Odeurs corporelles – – – hmmmmm !
    Il ne s ‘ agit pas que d ‘ odeurs " très supportables " , ni seulement d ‘ odeurs qui nous renseignent sur l ‘ état de notre bonne santé , mais assurément d ‘ un plaisir vertigineux , autant que peuvent l ‘ être certaines caresses . . hmmm que j ‘ aime l ‘ odeur des cheveux de ma femme quand ils ne sentent plus le shampoing ! Bien sûr les odeurs du corps ont un stade où elles deviennent franchement crades – écœurantes sans doute – mais n ‘ en faisons pas pour autant un drame – cette sorte d ‘ odeurs , ne les associons pas à la maladie ou je ne sais quoi de cet ordre – Le plus souvent elles nous indiquent seulement qu ‘ il est temps de passer à la salle de bains – joyeusement – Mais que cela ne nous prive pas du plaisir de ces odeurs naisssantes – oui , du plaisir – assurément l ‘ odeur poivrée d ‘ une transpiration naissante est aussi caressante que celle de la mousse dans les sous-bois – – – vous avez dit sous-bois ? Peut-être n ‘ est-ce là possible que dans l ‘ amour et le désir ( parlera-t-on un jour du sens le plus large de ce mot ? ) – Alors , ah , quel bonheur l ‘ odeur de nos bosquets intimes et les ruisseaux qui y jaillissent ! Mon coeur explose de gratitude et de bonheur pour cette vie joyeuse de lumières et de couleurs étincelantes , de formes , de sensations merveilleuses ! Gardons quelques instants le merveilleux goût de l ‘ ail dans notre bouche ou celle de celle que nous aimons , avant de nous précipiter sur cet horrible dentifrice ! instants qui n ‘ ont pas de
    prix , comparés à ces accumulations frénétiques de conneries frénétiques que nous propose cette culture putride du con-sumérisme –
    Non , Petit-Ecran-de-Fumée , laisse ton fils renifler ses odeurs – Il n ‘ y a pas de danger qu ‘ il se tansforme en cochon rose ! ( bien sûr il faut le faire avec un peu de discrétion , c ‘ est très mal vu ! ) .
    Agnès , moi aussi je trouve que tu écris très bien – Je lisais un commentaire sur une page de Pierre Rabhi , et qui disait à peu près que , en art quand la forme est belle mais qu ‘ on ne dit rien , alors ce n ‘ est plus de l ‘ Art – Peut-être que tu aimerais un contenu plus " joyeux " à tes messages ? Mais il y a beaucoup de très beaux messages dans ce que tu dis – Et puis il y a des choses graves dont il faut parler aussi – En tous cas , moi j ‘ aime bien – 1000 bonnes choses à toi . J ‘ écris ces lignes entouré des milles odeurs sucrées de la nature qui s ‘ éveille dans un nouveau matin – avez-vous remarqué comme
    elles sentent bon ces odeurs du matin !!! Bien à vous ,

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