Psychanalyse des vitres

J’avais pris rendez-vous avec une commerciale qui bossait pour une imprimerie. En temps normal, j’aurais refusé poliment, mais elle avait été convaincante, aimable et sans lourdeur, et du coup, je lui avais concédé une heure à la terrasse d’un des troquets du bled.


Les temps sont durs pour tout le monde et les imprimeurs de Toulouse viennent étendre leur zone d’influence jusqu’aux tréfonds de la cambrousse gersoise. Même si mes propres carnets de commandes sont aussi vides que la boite crânienne d’une vache atteinte de  Creutzfeldt-Jacob, il n’est pas impossible que je finisse par décrocher quelques petites commandes pour un prospectus 2 plis ou une carte de fidélité.
J’ai choisi la terrasse des Cordeliers qui n’est pas sans m’évoquer le bastingage du Titanic et dont on m’a dit grand bien par ailleurs. J’y trouve un couple en train de s’abreuver, une tablée d’une dizaine d’hommes qui étirent leur déjeuner bien au-delà de l’heure de la sieste et une femme esseulée, la petite cinquantaine pimpante, qui me fait immédiatement penser à Grace de Capitani, en tout cas à la belle femme mûre qu’elle aurait pu être aujourd’hui si la folie du bistouri n’avait pas définitivement gâché le tableau. Nos sourires s’accrochent, nos mains se soudent en une poignée franche et après les banalités d’usage, la voilà détaillant la chaîne graphique de son employeur. L’échange est plutôt cordial et intéressant, la femme est sympathique, je regrette juste d’avoir si peu de perspectives professionnelles pour nourrir ses propres bordereaux.

Elle commence à ranger ses échantillons quand la tablée attardée lève le camp à côté de nous. Deux des convives foncent alors tranquillement vers notre table.

  • Vous savez, on vous trouve vraiment très belle.

Simple, direct, sans fioritures inutiles, le gars a l’œil limpide de ceux qui ne doutent jamais de rien. Il a l’uniforme typique des mécanos d’écuries de course que le circuit déverse régulièrement sur le bled, à la recherche d’une bonne bouffe, d’un pack de Kro ou d’une drague tranquille. Ni beau, ni moche, il sourit de toutes ses dents avec la bonhommie d’un moine défroqué. Grace, appelons-la Grace, cela lui va si bien, accueille le compliment d’un joli sourire expert, ni pincé, ni exubérant, avec l’assurance que seule l’habitude peut donner.

  • Avec les copains, depuis que vous êtes arrivée, on ne parle que de vous.

Légèrement en retrait, un complice dodeline du chef avec la constance d’un chien à ressort de plage arrière, le regard aimanté sur ma voisine de table.

  • Si vous le souhaitez, vous pouvez nous rejoindre sur le paddock. Nous serions ravis de vous y accueillir.

Elle décline poliment l’invitation pendant que je me retrouve propulsée sur les berges de la piscine de Saint-Jean-de-Maurienne où s’est planté le décor de mes étés d’adolescente. J’y étais généralement entourée d’une cour assidue des plus beaux garçons de la vallée, au détail près que je n’étais pas la cible, mais le tremplin de leurs espoirs. J’ai grandi avec Steph comme on peut grandir avec une sœur. Elle était aussi brune que j’étais blonde, sa peau aussi mat que la mienne était pâle, son regard aussi vert que le mien était bleu et sa mère adorait exhiber notre couple de poupées contrastées. En grandissant, elle avait déployé une extrême féminité gourmande pendant que je me transformais en petit rat de bibliothèque. À l’adolescence, sa beauté italienne à la Ornella Mutti fut flamboyante pendant que je devenais l’indispensable faire-valoir qu’il convient de se traîner partout comme un sympathique animal de compagnie. Il ne faut pas croire que j’étais jalouse de Steph ou qu’elle m’utilisait de quelque manière que ce soit. C’était ma sœur d’adoption, mon amie d’enfance, une adorable créature douce et froufroutante qui faisait chavirer le regard des garçons et épongeait ses peines de cœur, le soir venu, dans sa chambre de lolita, en me confiant ses secrets, ses espoirs et ses déceptions. Elle enviait ce que les adultes appelaient mes capacités intellectuelles, je tentais d’apprendre à devenir une femme à son contact, sans grand succès, il faut bien le dire.
Au final, elle volait l’amour éperdu des garçons en ondulant le long de la piscine, je devenais leur incontournable meilleure amie, ramassant les morceaux éparpillés des cœurs brisés que la belle laissait dans son sillage et sur le carrelage humide et chloré du centre nautique. Éternel second rôle dans les jeux de la séduction et du badinage, j’avais par contre un accès réservé et unique sur les tourments de l’âme masculine, une forme d’affinité émotionnelle que je garde encore à l’âge adulte, comme un chaman chevauchant entre les deux genres sans jamais trouver son propre point d’ancrage.

Pas une seconde, pas un instant, le mécano n’a fait mine de me voir. Il se comporte très exactement comme si j’étais un torchon oublié sur le dossier de la chaise. Et c’est au moment où il tourne les talons avec un dernier petit salut à Grace que je m’aperçois avec stupéfaction que je suis tout simplement horriblement vexée d’avoir été ignorée de la sorte.
Habituellement, je n’attache aucune importance à ce genre de chose, j’ai toujours le petit recul narquois de l’observateur du monde étrange et amusant des passions humaines. Plus de 20 ans après avoir déserté les rives écrasées de soleil de la piscine de Saint-Jean, me voilà finalement blessée par la muflerie ordinaire d’un petit homme des cavernes que je n’aurais même remarqué en le croisant sur le trottoir. Et je suis étonnée de ma propre réaction émotionnelle. Moi qui me casse le train depuis des mois à ébaucher un semblant d’amour propre et de confiance en moi, voilà tous mes efforts pratiquement réduits à néant par le hasard d’une rencontre qui n’en était même pas une. Je me sens de nouveau petite, grosse, moche, nulle et insignifiante et si je n’ai pas envie de pleurer comme une gosse déçue par une promesse non tenue, c’est juste parce que je suis trop vieille pour ces conneries et bien trop habituée à me moquer de moi-même.
Je suis vexée comme un pou par l’indifférence même pas feinte d’un groupe de gars qui est allé juste après se coller la trogne dans une marre de cambouis, ma petite fierté féminine douloureusement construite contre une vie de déni de soi est meurtrie et je me surprends, une fois de plus, à sourire de la futilité des sentiments humains, tout en me réjouissant de leur caractère à la fois dérisoire et profond.

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56 réponses
  1. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Cette anecdote n’est pas très importante en soi. Des blessures narcissiques, nous en épongeons plus d’une chaque jour, surtout dans un monde où la compétition prime. Ce qui m’a étonnée, c’est d’y être sensible pour une fois. Il ne s’agit pas tant de l’envie d’être remarquable et remarquée que celle, plus commune et plus profonde, de pouvoir juste exister. Quand le regard d’autrui passe au travers de toi comme d’une vitre, c’est un peu plus qu’une blessure de l’égo, c’est une négation de l’être.

    J’ai raconté cette histoire, le soir même, à monsieur Monolecte. Ça l’a fait rire. Pas méchamment, mais parce qu’il me connait et qu’il sait aussi très exactement ce que l’on ressent quand on est la seule personne dans une pièce que les autres ne voient pas. C’est n’est même pas de l’impolitesse, c’est un peu comme s’il était réellement l’homme invisible. Ce qui le fait rire, aussi, c’est ma façon de raconter. 🙂

    Maintenant, tout cela n’est pas très grave, j’ai d’autres ressources que le regard des autres (heureusement!), et au fond, mieux vaut l’indifférence que la pitié 😉

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  2. François Granger
    François Granger dit :

    C’est pas pour te "consoler", mais au moins tu es remarquable et remarquée sur ton blog. Quand à ton "apparence", les rares photos de toi que j’ai pu voir méritent un regard 😉

    PS: Mr Monolecte, pas taper 😉

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  3. Mathieu
    Mathieu dit :

    Ouufff… Agnès, que dire ? Déjà que je n’ai jamais osé avouer à une inconnue que je la trouvais très belle (alors qu’il en rode plein les rues des femmes pleines de soleil et d’aventures), alors là, c’est définitivement foutu s’il faut en plus que je regarde autour pour ne pas casser d’œufs…

    Y a pas à dire, l’enfer, c’est les autres, surtout leur regard. Il y a bien une solution, mise en œuvre par le commun des mortels dans les grandes villes : ignorer sagement tout le monde. Quel dommage… Moi qui ne peut m’empêcher de regarder tous les passants (et passantes), et sourire aux plus engageants. Évidemment, le jour où je me ferais casser 2 dents à cause de cela, j’y réfléchirais à 2 fois !

    Chère Agnès, les rapports humains sont bien compliqués. Je vous souhaite sincèrement de vous remettre de cette indélicatesse si masculine, en espérant vous sourire si par hasard je devais vous croiser dans la rue.
    Mathieu.

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  4. chris
    chris dit :

    Moui mais nenfin Agnés , si le blaireau t’avait trouvé à son gout ; tu imagine le niveau de discusion du lascar aprés…

    En finale pour conclure en lui épargnant les souffrances de l’indigence intellectuelle constatée de visu, il auraut vécu à son tour ce que tu as vécu de prime abord.

    Bah crois moi , avec G Clooney …..la conversation aurait été sans nul doute plus intéréssante…

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  5. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Je ne cherche pas la consolation. On peut être mortifiée pendant quelques minutes avec cette sensation de vertige insondable que peut donner le sentiment de sa propre insignifiance, cette capacité à redevenir l’ado que j’étais, puis hausser les épaules, rire de soi-même et passer à autre chose.

    Peut-être était-ce juste un message aux seconds rôles du monde entier, hommes ou femmes, faire-valoir des gueules d’anges. Révoltez-vous et bottez le cul à ceux qui vous cache le soleil 😀

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  6. saxo
    saxo dit :

    mmm, rassure toi, c’est pas nécessairement féminin comme réaction.
    Déjà, aussi, comment tu peux être vexée par l’absence de regard d’un tel sagouin…
    Se lever de table pour aller dire à une inconnue qu’elle est très belle, sans un regard pour son entourage, c’est en soi vachement narcissique.
    La beauté n’existe pas, on veut se prouver qu’on est beaux, c’est pour ça qu’on trouve que les autres le sont. Sinon on ne pourrait pas l’être…

    Or la démarche à suivre, c’est de comprendre que la beauté est dans notre humanité (aux yeux des humains), et donc quand on l’a compris et vécu, c’est tout le monde qui devient beau… Il n’y a plus besoin de le préciser. De la voir plus chez untel que chez untel autre…
    J’ai souffert jadis du même genre de complexe (et pourtant je suis un homme) que celui que tu décris si bien.
    Après un sérieux travail sur moi et une remise en forme à la dopamine (j’étais alors amoureux), j’ai réussi durant quelques mois à trouver beaux tous les gens que croisais. Et quand l’envie m’en prenait, j’allais à leur encontre… Etrangement, durant cette période, personne ne m’a jamais jeté. Au contraire, les discussions allaient bon train, et je ressentais immédiatement toute l’humanité de mes interlocuteurs(trices)..
    On attire le regard des autres lorsqu’on est sincèrement disponibles à tous au fond de nous. Lorsqu’on est touché par quelque chose que j’appellerais "amour" mais pas au sens sexuel, au sens universel…
    Ceci dit, ça demande un immense travail pour rester dans cet état de réceptivité (et déjà pour l’atteindre)…
    Le seul réel avantage qu’il m’en reste aujourd’hui, c’est d’être sûr de ne plus jamais me retrouver dans la situation que tu décris… Soit que j’ignore tout bonnement l’incident, le malotru étant un malotru. Soit que je lui fasse remarquer son manque de tact et son narcissisme (par amour pour lui 😉 )… sans complexe aucun.

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  7. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Non, ce qui est marrant, c’est que jusqu’à hier, ça ne m’a jamais dérangée-vexée-embêtée. Ne pas être le centre d’intérêt a aussi d’énormes avantages, comme d’avoir un point de vue unique et irremplçable sur le monde. Et pouvoir tisser des liens d’amitié avec les hommes sans aucune ambiguité est plutôt enrichissant. c’est pour cela aussi que je me suis étonnée moi-même. C’est toujours déroutant de se découvrir sous un jour nouveau.
    Au final, je ne pense pas que j’aimerais être à la place de Grace. Elle, comme je le raconte, semble habituée à ces hommages impromptus et parfois un peu cavaliers. Je ne sais pas si elle apprécie, si ça la flatte, l’agace, l’ennuie ou l’amuse. Elle s’est planquée derrière son joli sourire. A sa place, je ne sais pas comment j’aurais réagi, si j’aurais apprécié d’être l’objet de ce genre d’attention d’un parfait inconnu.

    En gros, un petit bonjour ne l’aurait pas étouffé, ce gros rustre! 😀

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  8. jardin
    jardin dit :

    Il me plaît bien ton texte. Et plus que tout, je suis bluffée par ta lucidité et ta sincérité tranquilles. Sûr que ce genre de qualité ne saute pas aux yeux d’un blaireau ordinaire!
    (Avec, comme dab, mes excuses aux vrais blaireaux qui ne méritent pas une telle comparaison)

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  9. La Sardine Masquée du Port
    La Sardine Masquée du Port dit :

    j’ai eu le temps de lire le texte, pas les coms, juste un mot en courant : Join the club, ma belle ! au fond de chacune d’entre nous plane le souvenir de’une piscine et d’une copine plus belle . Et c’est chiant-vexant-désagréable-irritant comme un caillou dans la chaussure.

    bises plein

    Répondre
  10. pascal
    pascal dit :

    Vous aviez l’illusion du contrôle de vos émotions, pensiez que les émois de l’adolescence étaient maitrisés… Foutaises!
    Notre reptile intérieur est toujours là pour reprendre la main sur nos sentiments si policés.
    Et heureusement!
    Ca prouve juste que vous êtes vivante.

    Et puis ce n’est pas qu’il vous a regardée sans vous voir… c’est juste qu’il ne vous a pas vue: le regard se concentre pendant la chasse sur le gibier, tout tendu à prévoir ses mouvements.

    La cinquantaine, peut-être votre commerciale habituée au jeu de la séduction, envoie-t-elle inconsciemment des signaux –le sourire, le regard qui balaie– plus puissants qu’auparavant pour se rassurer, prolonger le jeu, qu’il a captés.

    Répondre
  11. Floréal
    Floréal dit :

    Mais il me semble me souvenir avoir vu fugacement passer sur ton blog il y a déjà longtemps une photo de ton mari lisant le journal dans un transat. Il n’avait pas l’air mal du tout, ton mari…
    Alors franchement je ne comprends pas bien pourquoi tu te prends la tête pour un quelconque pou malotru.

    Répondre
  12. Hé Guillon !
    Hé Guillon ! dit :

    Ça me fait penser aussi à ces personnalités publiques (politiques ou autres) qu’on détestent viscéralement (du fait de leurs opinions nauséabondes, de leurs actes détestables, etc.), mais qu’il serait très difficile de maltraiter (insultes, etc.) en privée. Faut croire qu’on ne change pas. La politesse, la vie en société… ça doit être ça qui nous empêche d’être méchant, même quand ce sont des monstres. Ou alors, il faut qu’ils aient été des monstres pendant suffisamment longtemps, et qu’il y ai tellement de colère et de haine que le "vase déborde"…

    Répondre
  13. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Et si l’une de vous 2 était allée trouver la table des hommes, se planter devant l’un d’eux et lui dire droit dans les yeux "Je vous trouve très beau".
    Qu’aurait pensé l’homme ? Et ses compagnons ?

    Heu… Salope? Allumeuse?

    L’inégalité des sexes, je crois, s’accomode assez mal de la femme qui s’affirme dans les jeux très (voire trop, pour ma pomme 😉 ) subtiles de la séduction.

    Répondre
  14. Moumoune
    Moumoune dit :

    Bonjour,

    Et si l’une de vous 2 était allée trouver la table des hommes, se planter devant l’un d’eux et lui dire droit dans les yeux "Je vous trouve très beau".
    Qu’aurait pensé l’homme ? Et ses compagnons ?

    Je pense que l’homme se serait senti flatté, peut-être valorisé.
    Mais je ne pense pas que ses compagnons se seraient sentis dévalorisés. Peut-être auraient ils été légèrement jaloux, mais je n’en suis pas sûre.

    Comme si la valeur d’une femme tenait à sa beauté physique; pas celle de l’homme.
    L’inégalité entre les 2 sexes est bien plus flagrante dans ce domaine qu’ailleurs.
    Conditionnées pour être les objets des hommes, nous les femmes, sommes blessées quand nous ne nous sentons plus être des objets (de désir).

    Finalement ce sont les femmes comme Josiane Balasko (qui n’ont jamais donné dans ce registre, celui de vouloir être belle selon les critères des hommes) qui s’en sortent le mieux. A 50 ou 60 ans, elle ne s’angoisse pas que sa beauté s’en aille, elle ne se mutile pas pour en sauver les derniers restes et ne se retrouve pas jetée comme une voiture qu’on échange pour une plus jeune.

    Féminisme, jamais mort

    Répondre
  15. Minium
    Minium dit :

    C’est mignon 🙂

    Ado et post-ado, j’ai plusieurs fois été la meilleure amie de filles attirantes et ça m’allait très bien de ne pas "subir" les assauts des lourdauds sensibles seulement à l’esthétique, d’être à l’écart. Bien entendu, ces amies étaient en général amoureuses en vain de mecs plutôt moches et parfaitement inintéressants :o)

    Pour toi, cette expérience me semble instructive en plus d’une bonne occasion de rigoler : quand tu auras des rv importants, tu forceras ta confiance en toi, et tu t’imagineras Grâce, bistouri en moins. L’assurance y fait tant !

    @Fajua : moi non plus, mais je ne comprends rien en ce moment ;o)

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  16. Apollo
    Apollo dit :

    Ah… et puis, les apparences…
    Entre ce à quoi ressemble les gens, et, ce qu’ils font, pensent ou écrivent…
    C’est encore plus évident avec Internet : l’apparence des gens n’a plus d’importance !
    Le message n’est plus influencé par l’apparence.
    Le fond n’est plus influencé par la forme.
    C’est mieux que le CV anonyme 😉
    Sauf si c’est apparence qui hypocritement quand même recherché… genre Meetic 😉

    Répondre
  17. saxo
    saxo dit :

    @ Moumoune,

    "Et si l’une de vous 2 était allée trouver la table des hommes, se planter devant l’un d’eux et lui dire droit dans les yeux "Je vous trouve très beau".
    Qu’aurait pensé l’homme ? Et ses compagnons ?"

    mmm, moi je trouve que la démarche, qu’elle vienne d’un homme où d’une femme, est peu respectueuse…
    Aller à la rencontre d’un(e) inconnu(e) simplement sur un critère physique, c’est de l’objetisation… Ce n’est pas la personne qui est attirante, c’est son apparence.
    Même si l’apparence influe (et les femmes subissent un matraquage plus poussé et plus jeune que les hommes en la matière, quoique aujourd’hui, les commerciaux aient décidé de s’attaquer aussi aux garçons…), ce n’est qu’un vague reflet de la personne… alors…
    Comme le fait remarquer Pascal, il y a dans le jeu de séduction des signaux envoyés par les deux parties, et "Grace" a du en glisser quelques uns (conscients ou non) pour que des mufles osent l’approcher (quoique c’est même pas sûr).

    Pour en revenir à Moumoune, ce qu’auraient dit les hommes est très aléatoire, ça dépend des tablées. Personne ne réagit pareil. Ce qu’ils auraient pensé ou ressenti, c’est encore autre chose. Et ne parlons pas du cas où c’est un homme qui se pointe à une tablée de mecs, qui en désigne un, sans tenir compte des autres, pour lui dire la même chose…
    Etrangement, là encore, les femmes réagissent mieux à ce genre de situation (du moins je le pense)… Et c’est encore une histoire culturelle (je pense que c’est la société qui nous donne un sexe, et non notre sexe initial qui nous détermine)…

    En tout cas, les garçons qui grandissent dans l’ombre des séducteurs et que cela complexe, perso, j’ai connu.
    Toute mon adolescence j’ai regretté (et je me suis demandé pourquoi, surtout) que ce soit aux garçons de faire le premier pas et non aux filles, et à l’époque, j’ai jamais méprisé (ou pensé "salope" ou "allumeuse") une fille qui prenait des initiatives en la matière.
    Ceci dit, aujourd’hui, avec le recul, je dirais la même chose que ce que je dis du cow boy d’Agnes.
    La fille qui vient à une table, ne s’adresse qu’à une personne en ignorant les autres pour faire un compliment physique… est tout aussi malotrue que ne l’a été le mécano.

    Répondre
  18. Sophie
    Sophie dit :

    Chère Agnès,

    Moi aussi, j’ai éprouvé il y a peu une déstabilisation du même ordre, un "vertige insondable" qui m’a attristée deux jours durant. Pourtant, comme toi, je me croyais blindée.

    C’est complètement idiot mais, refusant toute relation amoureuse depuis plusieurs années pour ne pas m’affaiblir, n’ayant plus d’illusion sur "l’amour" et la gent masculine, il m’arrive de me réfugier dans des amourettes virtuelles : ça passe le temps et ça ne fait de mal à personne. Ainsi, en réécoutant Depeche Mode, je suis tombée profondément amoureuse de Martin Gore, leur compositeur. Un type modeste, pas très beau, mais tellement talentueux.

    Et que n’ai-je vu en nourrissant mon fantasme de vidéos et de photos de lui sur le net ? Que le monsieur, 48 ans, récemment divorcé après 12 années de mariage fidèle, n’a rien trouvé de mieux à faire que se dénicher une poupée Barbie de vingt ans sa cadette… Je me suis dit : Non, pas lui. D’abord, il a toujours préféré les brunes. Et puis, un mec intelligent comme lui, il serait mieux avec une femme de son âge, pas avec une petite dinde.

    Non que je prétende avoir toute mes chances avec Martin Gore (loin de moi cette ineptie !), mais ce truc m’a renvoyée à moi-même et à la condition des femmes qui, après 40 ou 45 ans, n’intéressent plus les hommes de leur âge, qui en majorité lorgnent vers de la chatte fraîche et pas contrariante.

    Retour à la case départ : je suis convaincue du bienfait de ma solitude. Mais ça fiche un choc de se sentir périmée.

    Je t’embrasse !

    Répondre
  19. chris
    chris dit :

    Moui nenfin tout mettre sur le dos de ces salauds d’hommes qui échangeraient vieille de 50 ans contre bimbo de 25 ! Gaffe à l"effet réducteur …

    Parce que des quinquas européennes pourries gatées à force de se regarder le nombril ; y a en plein qui font le salaire de jeunes garçons sur les plages d’Afrique et des caraibes.

    Je rappelle ausi que nombre de recruteurs dans le monde pouri de l’emploi, que nombre d’agent ANPE sont …….des femmes !

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  20. jardin
    jardin dit :

    A l’époque héroïque, j’ai connu des filles qui faisaient ça, se mettre en groupe rigolard et copier les manières des mecs "Alors, on n’a pas peur de se promener la nuit tout seul comme ça?"

    Une amie avait fait plus audacieux (et plus dangereux): une voiture la suivait, rasant derrière elle le trottoir, dans une rue déserte, la nuit. En arrivant devant la porte cochère de son immeuble, elle s’était approchée avec un sourire mielleux de la bagnole, avait invité d’un geste le mec à baisser la vitre… et lui avait craché à la figure.

    Après ça… pas traîner, se précipiter sur la porte, l’ouvrir, entrer, la claquer derrière soi avant que l’autre ait eu le temps de revenir de sa mauvaise surprise. Et se méfier les soirs suivants!

    Répondre
  21. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Parfois, j’écris un peu sous la pression de l’urgence, sans trop savoir pourquoi ça sort. Ici, il est question d’estime de soi, ce qui fait qu’on se sent assez solide pour aller affronter le reste du monde. C’est quelque chose qui a toujours été très vacillant chez moi et qui m’a probablement fermé bien des portes. En ce moment, je tente justement de muscler un peu cette estime de moi-même et je me rends compte que c’est quelque chose qui remonte toujours à loin, que c’est vraiment un foutu combat contre soi-même bien plus qu’une conquête dans le regard des autres. Je me rends compte que ça va un peu mieux, parce que malgré le coup de la vitre que je raconte ici, je me sens nettement plus capable d’affronter les autres que lors de mon dernier passage à Paris, lors du Vendredi spécial femmes, qui a été un véritable désastre égotique. C’est un peu à partir de là que je me suis rendue compte que j’étais en train de flinguer avec un beau systématisme toutes mes chances d’améliorer un peu ma condition.

    L’autre question qui se pose, c’est celle de l’apparence. Yep, on la connait tous, celle des beautés de l’âme qui ne se voient pas et tout le toutim. La vérité, c’est que les moches, les gros, les goitreux, les bossus, et tous les éclopés de l’apparence physique sont abonnés aux strapontins de l’existence. À l’école, la même dissertation aura une meilleure note si son auteur est une mignonne petite blonde plutôt qu’un petit gros boudeur. Pareil pour le boulot, les partenaires, les places de parking, tout ce qui implique plus d’une personne pour la même place. En gros, faut pas négliger les petits détails qui feront la différence à l’heure des choix.

    Répondre
  22. Louis siffert
    Louis siffert dit :

    °Deux des convives foncent alors tranquillement vers notre table.
    "Vous savez, on vous trouve vraiment très belle."°

    Ah bin ouf j’ai eu peur. Un moment j’ai cru qu’un des convives baraqué, armé jusqu’aux poils de cul, avec des lunettes noires allait arriver à votre table en vous posant cette inénarable question :

    "Sarah Connor ?"
    ( question qui devrait d’ailleurs être inscrite au patrimoine de l’humanité).

    Mais c’est bien de revendiquer la parité homme/femme pour ce qu’il s’agit d’invisibilité : c’est vrai dans les livres et les films c’est toujours l’homme qui est invisible et dont la première pensée et d’aller mater une nénette en train de se déshabiller.
    Et pour en revenir au capitaine caverne de la drague c’était peut être un bachelier qui la veille avait pour sujet : "Est-il absurde de désirer l’impossible ?", sujet qu’il a voulu éprouvé en pratique. Du coup il était hors sujet puisque la question c’est transformé en " Est-il possible de ne pas se faire désirer par un absurde" ? Et là la réponse est claire : oui c’est possible quand on ressemble à une vitre. Du coup, il faut questionner le plus grand philosophe sur le sujet :

    "Tu regardes à l’intérieur de toi et tu deviens aware of your own body! "
    Jean Claude Vandamme.
    Et cette citation j’y crois parce que c’est absurde.

    Répondre
  23. uju
    uju dit :

    original, ça nous change des plaintes de la nana qui se fait toujours draguer par les lourdeaux : les "plaintes" (oui je sais c’est pas des plaintes vraiment bien sûr) de la nana qui ne se fait pas draguer par les lourdeaux.
    Trois conclusions, à choix multiples :
    -les lourdeaux saimal
    -la drague saimal
    -les filles, elles se plaignent tout le temps.

    Répondre
  24. uju
    uju dit :

    Comme je ne suis satisfait par aucune de mes trois conclusions, je propose une solution :
    marre de n’être qu’une proie (prisée ou ignorée) ? devenez aussi chasseuse (habile ou maladroite, nouveaux problème d’égo en perspective…)
    Au Québec, et en d’autres endroits aussi, il est plutôt banal de se faire aborder par une femme.

    (ça frôle bien sûr le HS, mais les blessures egotiques et tout ça c’est vraiment des trucs de "classes moyennes sur-socialisées", pas que ça touche pas tout le monde, mais de le poser comme ça…)

    Répondre
  25. Louis siffert
    Louis siffert dit :

    "L’autre question qui se pose, c’est celle de l’apparence."
    Mais la question de l’apparence est indissociable de celle de l’estime de soi.

    "c’est vraiment un foutu combat contre soi-même bien plus qu’une conquête dans le regard des autres."
    Dans un combat il finit toujours par y avoir un vainqueur sauf que là c’est un combat perpétuel, un combat sysiphien (non pas un combat contre sissi l’impératrice). Alors là je suis obligé de faire intervenir d’autres grands philosophes comme les shadoks : "« On n’est jamais aussi bien battu que par soi même. » et par conséquent « Ce n’est qu’en essayant continuellement que l’on finit par réussir. Autrement dit : plus ça rate, plus on a de chances que ça marche. »

    "Yep, on la connait tous, celle des beautés de l’âme qui ne se voient pas et tout le toutim."
    Ah mais je maintiens que le grand penseur JC Vandamme a parfaitement raison. Dans le language Vandammien le terme "aware" à sa signification propre à savoir être "aware" c’est "être au courant" (non pas comme claude françois), tu regardes à l’intérieur et tu ne te caches pas ton apparence extérieur. Seulement l’estime de soi ne viens pas seulement de son apparence extérieur mais aussi de ce qu’on sait ou qu’on croit savoir de soi-même. Regardes Eichmann (non pas jean luc reichman), si ça se trouve il était moche comme Horst Tappert mais il se pensait en tant qu’organisateur de l’Endlösung un bienfaiteur de l’humanité et il trouvait son intérieur tellement übercool qu’il n’avait pas de problème d’estime de soi (z’avez vu comment qu’jai esquivé le point godwin).

    "La vérité, c’est que les moches, les gros, les goitreux, les bossus, et tous les éclopés de l’apparence physique sont abonnés aux strapontins de l’existence."
    En même temps y a toujours le contre exemple, regardes y’ en a un qui était super beau mais il s’est trop penché sur le strapontin c’était Mike Brandt (non pas l’inventeur des machine du même nom) et tout le monde sait ce qu’il est advenu.

    Répondre
  26. Apollo
    Apollo dit :

    Moi, je ne suis pas d’accord… l’apparence physique, c’est pas le plus important. Par exemple, je ne pourrait pas entretenir une relation avec quelqu’un qui serait (par exemple) raciste, etc. même si cette personne était parfaite physiquement ! Et puis, en plus, la perfection physique ça ne dure qu’un temps… c’est des histoires à se séparer rapidement ça. À moins d’être un(e) vieux milliardaire et de courir les petit(e)s jeunes, mais qui ne serait là que pour l’argent… c’est malsain. Non, l’apparence physique, c’est vraiment un détail.

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  27. Anna Onimoë
    Anna Onimoë dit :

    "Peut-être était-ce juste un message aux seconds rôles du monde entier, hommes ou femmes, faire-valoir des gueules d’anges": au moins, comme il est souligné dans les commentaires, n’êtes-vous pas un second rôle sur le Net! Imaginez, Agnès, la douleur et le pincement de vexation de ceux/celles dont le blog n’a jamais eu aucun commentaire (0 commentaire sous chaque billet, alors qu’il y a tant de lecteurs sur la Toile!); après tout votre billet vaut -il aussi pour ces blogueurs esseulés et discrets? (je n’ai pas de blog, mais j’imagine, celui qui fait l’effort d’en avoir, d’écrire et de poster des photos jamais regardées…)

    Anna O.

    Répondre
  28. Ludwig
    Ludwig dit :

    Bonjour, ça doit être mon premier message sur ce blog malgré le fait que j’y passe régulièrement depuis le portail des copains.

    J’ai rarement quoi que ce soit à dire mais j’aime bien faire partager mes gouts cinématographiques et cette histoire me fait furieusement penser à une scène du film "Un homme d’exception" ( A beautiful mind, un film très sympa ).

    Cette scène montre qu’une des raisons pour lesquelles les deux loustiques se sont lamentablement ramassés est justement d’avoir ignoré la deuxième personne lors du premier contact ce qui est un comportement économique non rationnel.

    Lorsqu’un certain nombre d’agents décident de solliciter un certain type de ressource, leur premier reflexe est de tous se tourner vers la ressource la plus attractive, celle-ci peut alors dire non et/ou faire monter les enchères à loisir et les autres feront de même après avoir vu la scène. Si au contraire, les agents s’entendent au préalable pour se répartir les ressources et donc les solliciter toutes, la ressource la plus attractive ne peux plus refuser sous peine de perdre de la valeur par rapport aux autres. ( très glamour les relations humaines expliquées par un mathématicien, non ? )

    Donc voila, le fait que les deux types n’aient pas jeté un œil à Agnès prouve uniquement qu’ils feraient de mauvais économistes (CQFD).

    Répondre
  29. Gas Troll
    Gas Troll dit :

    Parce que chez madame Monolecte, même les titres sont sujets à débats, et c’est ça qui bon.
    L’idée d’une vitre sans tain pour son expérience vécue est très jolie.

    Répondre
  30. Chomp'
    Chomp' dit :

    Salut, Agnès
    🙂
    C’est peut-être la présence aux autres, le fait qu’ils nous signifient notre visibilité, donc notre existence, qui donne l’ opacité nécessaire à nos mémoires, nous "oublions" notre histoire, ou la reléguons,
    pour demeurer dans le bain commun du présent

    Mais rendu(e) soudain seul(e), nul(l) puisqu’invu(e), voilà que tout ce qui nous sépare du passé, est d’un coup aboli.
    Plongée verticale.
    Supporterions-nous la permanence de toute notre mémoire, sans ce secours du présent où l’autre nous rappelle que c’est aujourd’hui que nous existons, l’autre dont le regard sur nous nous "garantit", en quelque sorte, que les vieilles archives sont passées, dépassées ?
    Nous deviendrions sans doute solipsistes, transparents, un triomphe perpétuel et désespéré, comme être un dieu mais sans création, donc rien.
    Vaut sans doute mieux une passagère amertume: l’horloge a semblé arrêtée, à toutes les heures à la fois, mais non, ouf :
    on n’est plus ce qu’on a tant souffert d’être,
    et si le présent n’est pas du tout un stable paradis, du moins sait-on que l’enfer aussi est périssable.

    Notre humanité circule et se distribue dans chaque rencontre.
    N’être soudain "pas rencontré", fugace néant, c’est comme n’avoir jamais existé,
    injure énorme au peu que nous sommes …

    Nous sommes des mémoires vives :
    il n’y a pas bien loin du regard qui nie au regard qui tue.
    Si mes semblables sont aveugles, leur ressembler serait comme me perdre si je me regarde, ne rien trouver dans le miroir;
    La glace n’est pas sans tain, seulement sans lumière …
    On préfèrera être vu, même pour de mauvaises raisons :
    la facilité de l’attraction seductrice semble éviter le problème,
    le bistouri "esthétique" l’éludera encore un temps, à prix d’or, mais derrière, "ça" s’acharne à grimacer, de pire en pire, alors …

    Faut rigoler plus fort !

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  31. Manou
    Manou dit :

    Je lis souvent ton blog qui est très intéressant et plein d’humanité. Ce que tu as ressenti je le ressens encore bien souvent, très souvent même, et je comprends tout à fait ce que tu veux dire, l’anecdote n’est pas importante, la mufflerie de cet homme non plus, c’est ce manque de confiance en toi qui t’a fait mal, qui est revenu des profondeurs de ton adolescence. Tu as revécu une situation, elle t’a fait mal car elle est encore inscrite en toi. Mais bon tu as suffisamment de recul et d’amour de toi pour avoir su vite l’analyser et la replacer à sa juste place. Ce n’est qu’un problème de manque de confiance en soi et a peu à voir avec la beauté. Je suis une femme jolie, les hommes me regardent, je plais beaucoup, j’ai l’habitude d’être souvent le centre d’intérêt dans un endroit et si c’est confortable ça n’enlève rien à cette panique soudaine que j’ai encore, qui remonte de l’enfance, qui m’ étreint, que je sais calmer maintenant. J’ai une amie que l’on ne regarde jamais et qui a l’assurance de ceux qui ont été aimés, désirés dans leur enfance.
    Etre jolie oui c’est confortable, je l’avoue mais ça ne donne pas la confiance en soi. C’est plus complexe la confiance en soi, tellement plus complexe.
    Merci pour ce beau texte très humble.

    Répondre
  32. chris
    chris dit :

    Mouai mais c’est rien ça …

    J’étais sur le marché de la Baule ce matin ; ben y a trois blondes qui m’ont demandé en gloussant si j’étais pas Franck Dubosc ….horreur ! malheur !

    Bon je sais bien qu’avec les lunettes de soleil , la tronche pas remise de la fiesta de la veille ….y avait peut-étre une trés vague ressemblance, un genre quoi …

    Nenfin tout comme Agnès ,ça m’a niqué la journée quand même.

    Répondre
  33. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Pauvre Chris, je comprends que tu ais eu les boules! Non pas que Dubosq soit une mocheté, mais bon. Pour t’avoir aussi vu en vrai, je dirais qu’elles devaient être bourrées comme des coings pour te confondre avec lui et que de toute manière, tu es bien mieux que ça! 🙂

    Répondre
  34. Henry Kanaan
    Henry Kanaan dit :

    Peut-être que les gus ont compris (inconsciemment) que M’ame Monolecte était une coupeuse de cheveux en 4 (sans offense), ils ont eu peur les lâches 😉

    Quand on voit quelqu’un, on en voit que la moitié…

    Répondre
  35. Henry Kanaan
    Henry Kanaan dit :

    Chris: c ‘est à cause de la Rolex et du Marcel que tu portais qu’elles t’ont pris pour Dubosc. N’as-tu pas regretté d’avoir un lit plus grand? 🙂

    Répondre
  36. chris
    chris dit :

    Bourrées comme des coings; les trois bourgeoises parisiennes ( quoiqu’il faille se méfier des fausses bourgeoises, le blond chignon cachant parfois d’authentiques drôlesses) s’étaient peut -étre attardées de bon matin vu le temps frisquet, chez l’un de ces petits bistrots où le muscadet et le gros plant ; ma foi….

    @Henry

    La Rolex certes, mais les peintures de guerre sous le Marcel…cela aurait sans doute surpris chez un Dubosq….

    Cela va d’ailleurs faire la couverture de mon prochain polar ( Rolex et tatouages ) ..il est temps de sortir de ces couvertures actuelles qui sont aussi subversives sur les rayons des Fnac que du cirage éditorial sur les godasses à Sarko.

    Répondre
  37. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Diety, ça me fait trop plaisir de te voir par ici! Et je me retrouve aussi dans tes deux histoires. Le boulot qu’il faut faire sur soi-même pour arriver à juste avoir la même place que les autres. Tu as en fait raison. Mon histoire de vitre n’avait peut-être bien rien à voir avec la drague, la féminité et tout ça. C’est bien le problème des gens discrets. Étonnamment, je sais aussi être discrète et polie et combien de fois, comme toi, je me suis faite marcher sur les pieds dans la file d’attente ou j’ai dû renoncer à un bon repas ou un verre, faute d’avoir pu attirer l’attention d’un serveur. Mais comme toi, je me soigne.

    L’autre jour a été un grand moment d’intense victoire. Je fais la queue à la pharmacie, ce genre de queue un peu chiante qui se répend entre 3 ou 4 guichets mal délimités. Tout l’art de la file d’attente, c’est de se mettre à la suite de tous les autres, pour fondre sur le premier guichet libérable, sans se faire déborder de tous côtés. Je la vois arriver de loin, le stéréotype de la blonde péroxydée grillée aux UV, avec son 4×4 Cheerokee en vrac sur le trottoir, parce qu’elle le vaut bien. Elle fait mine de regarder les produits de beauté qui sont, comme de bien entendu, entre moi et les guichets. Je lui balance un sourire poli et un regard vigilant et paf, ça ne rate pas, elle se dépêche de se couler à la place d’un vieux cahotant qui peine à s’extraire de la caisse, sûre de son bon droit.

    Putain, je l’ai fait! J’ai respiré un bon coup, j’ai tellement souri que mes dents de sagesse ont pu bronzer et j’ai balancé bien fort en la repoussant fermement : je suis désolée, mais j’étais là avant vous.
    C’est presque aussi bon que d’arriver en haut de la montagne. 😀

    Et si tu avais vu sa tête! Ah, sa tête! La cerise sur le gâteau!

    Quant au garçon de café, c’est encore un peu difficile, mais j’ai vu un gars à l’œuvre assez musclé dans l’art de ne pas se faire oublier et qui s’est mis à bramer au bout de 3 agitations de main ratées : Qui est-ce qu’il faut baiser, ici, pour espérer être servi?

    Pas très élégant, impossible à assumer pour une femme, mais bigrement efficace, je peux te le dire, y compris pour créer un long et grand silence de plusieurs secondes dans le troquet! 😀

    Répondre
  38. diety
    diety dit :

    Cette histoire, superbement écrite, me rappelle des situations non comparables sur le plan de la drague mais dans le sens de me sentir transparent. Combien de fois je me suis trouvé dans une file d’attente, ou plutôt à la fin de la file, en Allemagne chez le boulanger par exemple, devant moi un groupe de "parfaites ménagères" se connaissant toutes entre elles. Je fais sagement la queue, essaie de rester calme quand la dame devant change trois fois son avis, réfléchit, n’arrive pas à se décider et j’ai les pieds qui s’enfoncent dans le sol. Quand elle a enfin fini de raconter sa vie entre deux décisions, la queue s’avance. Enfin c’est mon tour, je m’apprête à dire ce que je voudrais prendre, alors une nouvelle cliente surgit, dit bon jour à haute voix et passe sa commande. C’est comme si je n’étais pas là. Ne m’a-t-elle pas vu ? Pense-t-elle que je fais partie de la décoration ? J’ai fait la queue pendant un quart d’heure, c’est mon tour et "je ne suis pas là". La boulangère "ne l’a pas remarqué" non plus d’ailleurs. Il m’a fallu je ne sais combien d’années pour m’affirmer, pour pouvoir dire "madame", ou "monsieur, j’étais là avant vous, c’est mon tour", ou "vous ne faites pas la queue, vous ?"

    Un magnifique café à Vienne en Autriche, un été, j’entre et m’assois à une table libre. L’intérieur du café est beau, de vieux fauteuils, le sol en bois, quelques lustres pendent au plafond, c’est comme un voyage dans le temps, je me sens transporté en 1920. Un garçon débarrasse des tables, prend une commande, dit au revoir à des clients qui partent, nettoie la table devenue libre. J’essaie de commander. Je lève timidement la main. Il ne m’a pas vu. Au prochain passage du garçon, je lève haut la main. Je lève la main et dit "s’il vous plaît". D’autres clients rentrent, s’assoient, rapidement le garçon prend leur commande. Je lève la main. Je renonce un temps et contemple l’intérieur du café. Les clients venus après moi payent la note et partent. Je lève la main. Je dis à haute voix "s’il vous plaît". Je reste encore 5 minutes puis je m’en vais. En tout, je dois avoir passé 30 bonnes minutes dans ce café. Je n’ai jamais compris. Il n’y avait probablement rien à comprendre.

    Répondre
  39. diety
    diety dit :

    Hello Agnès, content que ça te fasse plaisir. Il est partagé. 🙂 Ton texte m’a interpellé, c’est comme la rencontre d’une sensibilité ce qui n’arrive pas souvent dans ce monde de bruts. Peut-être un jour j’oserai sortir de mon passé quelques histoires de drague ratées, ce n’est peut-être pas inintéressant de lire cela du côté du garçon. Même si aujourd’hui je ne me sens plus tellement concerné par ces histoires; mais elles pourraient toujours servir – d’histoires. Oui, il y a quelque temps, ma "petite" soeur me disait : "c’est incroyable, parfois il faut attendre 50 ans pour oser faire ceci ou dire cela." Je fais partie de ceux qui se font toujours surprendre par l’impertinence et la méchanceté, l’égoisme assumé que cela me coupe la repartie, tellement je suis désemparé quand <cela> m’arrive. Trois heures plus tard (dans le passé c’était "trois jours plus tard") je sais ce que j’aurais voulu ou dû dire. C’est terrible, mais l’arthrose avançant, ma repartie s’améliore. Je pense qu’en tant que vieillard, je clouerai le bec à tous les connards et connasses, et je draguerai comme Brad Pit, seulement le reste ne suivera pas, et ma vielle carcasse ne sera plus séduisante. Il me restera toujours, je l’espère, une bonne dose d’autodérision et de l’humour noir, des armes honnêtes face à l’existence humaine.

    Bravo pour la pouffe aux UV ! Comme nous apprenons à faire notre petite place dans le monde, celles-là apprennent qu’elles y ont des limites. Leurs frustrations doivent être inversement proportionnelles à nos victoires.

    [..le stéréotype de la blonde péroxydée grillée aux UV, avec son 4×4 Cheerokee en vrac sur le trottoir, parce qu’elle le vaut bien.]
    Quand je pense à la pub de l’Oréal, j’entends toujours "… parce que je ne vaux rien".

    Le cri du gars au café m’inspire, je pense qu’il est adaptable dans le degrée de grossièreté. Très bien.
    À bientôt, Agnès.

    Répondre
  40. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Je ne crois pas que la séduction soit une affaire de plastique de la carcasse… sauf pour les blaireaux avec la sensibilité d’une amibe, ce qui tombe bien, parce qu’on n’en a rien à foutre d’eux! Je pense qu’une grande part vient de la manière dont tu habites ta carcasse. Quand elle te pèse, que tu la trouve trop grande ou trop étroite, que tu n’as pour toi-même que des regards sévères et déplaisants, je ne pense pas qu’il émane de toi autre chose que ta propre difficulté à te supporter. Mais de par la magie d’un retournement de perspective, d’un meilleur moral, d’une activité plus saine et d’un regard pour tendre sur toi-même, tu peux te retrouver bien dans ta viande, heureux de vivre, de ressentir, dans une continuelle exploration du monde et des autres, et à ce moment-là, je pense que ta séduction est immense, même si tu n’es objectivement pas transcendantal d’un point de vue purement esthétique.

    J’aime toujours aussi peu le sport en général et l’effort en particulier et il m’a fallu me botter le cul à en recracher mes boyaux par les trous de nez pour m’y coller, mais je ne regrette pas une seconde d’avoir décidé d’assainir quelque peu mon mode de vie. Objectivement, ça ne m’a pas beaucoup améliorée, mais je me sens pratiquement en paix avec moi-même, profondément heureuse de vivre et de bouger. Je pense que quand on est dans un tel état d’esprit, les actions de la vie quotidienne sont plus aisées et le contact avec les autres est nettement plus riche. On se retrouve avec l’aptitude de partager un peu de notre énergie et de notre joie de vivre avec ceux que nous cotoyons et c’est plutôt bon pour tout le monde. 🙂

    Répondre
  41. diety
    diety dit :

    Je ne peux qu’acquiescer ta parole. Mon passage sur le "viellard" était aussi de l’ironie sur le paraître (et sur le combat que je mène parfois avec moi-même, pas vraiment lisible dans ce bout de texte réducteur). J’ai eu la chance de connaître le bonheur que procure une activité physique depuis ma jeunesse, j’ai pratiqué la course à pied, j’aime en général l’effort d’endurance. L’activité physique la plus intense que j’ai vécue a été ma formation de danseur en danse contemporaine – 3 à 5 heures de cours par jours 5 à 6 jours par semaine pendant 2 ans et une activité en danse pendant dix bonnes années. J’ai goûté à la danse africaine, la danse butoh (peu connue) et la danse contemporaine qui ouvre le champs vers d’autres expressions. La rencontre de danseurs et danseuses passionnantes et passionnées. Un nouveau monde s’était ouvert à moi, la découverte du mouvement et de mon corps, avec des subtilités et des limites jamais connues. J’ai d’ailleurs rencontré des danseurs qui ont inclu l’expérience de l’escalade dans leur travail en danse. Je crois que les deux activités peuvent beaucoup s’enrichir.

    Un vilain accident avait mis un terme a ma passion et à toute activité physique pendant environs 3 ans. La chute a été rude, en manque de mes endorphines cotidiennes, j’étais effectivement mal dans mon corps et dans ma tête, avec l’incertitude et l’angoisse de ne pas savoir quelle capacité physique j’allais pouvoir retrouver.

    Au cours des années et deux opérations aidant cela s’est arrangé, même si j’ai dû renoncer ensuite à ma passion qu’était la dance, la randonné en montagne et à la course à pied. Il me reste la marche à pied et un peu de natation ce qui est déjà beaucoup compe tenu d’où je revenais.

    Maintenir ce petit feu d’énergie et de bien-être que nous donne l’activité physique n’est jamais donné, il faut toujours faire un effort pour faire de l’effort (pardon pour la tautologie apparente – le premier étant psychique et le deuxième physique).

    Que nous continuons à faire des efforts et à partager les récompenses. 🙂

    Répondre
  42. Hoopie
    Hoopie dit :

    Bonsoir Agnès, bonsoir tout le monde…

    Que dire après toutes vos écritures…
    Que je fais partie des vilains petits canards ronds, éclopés, et tellement transparents…
    Pas facile de le dire, pas facile de l’accepter, pas facile d’y remédier…

    Toujours été charnue (ça change du mot "ronde"), des yeux de couleur marron (yeux de cochon), accidentée plusieurs fois, plâtres et minerves (et hop la bonne tape dans le dos ou le poing dans le ventre pour cogner ceux-ci, super)…
    Avoir des frères et soeurs ayant hérité du côté paternel, à savoir grand et mince, yeux bleutés à grisés, et on qualifie l’aînée que je suis, de "brouillon"…
    No coment…

    Forcément, ce n’est pas difficile d’avoir de jolies amies, voire de très jolies amies…
    Vous servez de chandelle, de tapisserie, d’entremetteuse, de vitre, de DJ (à défaut de danser ) et j’en passe…

    Votre histoire Agnès, et les commentaires tous passionnants m’ont touchée car tellement vrais pour certain(e)s d’entre nous, et malheureusement si quotidiens…

    La vie est étrange car j’ai mis au monde un soleil il y aura presque 8 ans, métissé et magnifique…
    Moi je voulais et je voudrais qu’il soit juste en bonne santé…
    Et voilà que j’ai un petit garçon tout beau, que j’élève toute seule, car je suis célibataire, forcément…
    Je n’en reviens toujours pas…

    Certaines personnes iront même jusqu’à me dire : "mais les chiens ne font pas des chats !!!"

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