Aujourd’hui, spéciale dédicace aux électeurs du Front National. Car voilà des gens qui savent ce qu’ils veulent et qui votent en conséquence : des gens cohérents, quoi!

Franchement, je ne pense pas qu’il existe de meilleurs électeurs que ceux du Front National.
D’ailleurs, Nicolas Sarkozy ne s’y est pas trompé et il préfererait les avoir eux, plutôt que son électorat traditionnel habituel, toujours prompte à trahir si la poule au pot a l’air plus belle sur la table à côté!

Droit dans ses bottes

L’électeur du Front National, c’est un fidèle. Et quelque part, c’est un résistant. Le gars qui n’a jamais renoncé, même quand les petites mains jaunes de touche pas à mon pote le nargaient à chaque coin de rue dans les années 80, même quand son chef ramait sous la ligne de flottaison des sondages.

On n’imagine même pas d’où revient le Front National et ses fidèles supporters, l’invraissemblable traversée du désert qu’ils se sont fadés pendant les 10 premières années d’existence du parti, jusqu’à ce que les contre-réformes de 1983 commencent à leur envoyer dans les bras les déçus du grand matin socialiste.

Pendant longtemps, être FN, c’était la honte, c’était se transformer en prototype de Dupont-Lajoie, c’était un coup à se faire virer de son taff, de sa maison, de sa vie. Nous, on ne peut même pas imaginer.

Et pourtant, l’électeur du Front National, que ce soit le militant de la première heure ou le converti de 2002, c’est plutôt un fidèle.

Parce que l’électeur du Front National, il ne passe pas sa vie à ergoter sur les détails… surtout sur les détails. Non, pour lui tout est clair et simple : il croit en un projet de société et il vote pour le mec qui défend ce projet de société. L’électeur du Front National ne se demande pas si ça vaut le coup de voter alors qu’on est sûr de perdre, il ne se perd pas en calcul à la con, du genre : si je vote pour couilles molles au premier tour, est-ce que ça niquera la gueule de la greluche et fera des point en plus pour mon chef à moi au second?

Non, c’est un mec sain avec des idées saines : La France aux Français et donc je vote pour le FN. À tous les tours. À tous les coups. Tout le temps! Le Pen sort une grosse vanne toute pourrie qui fout trop la honte? Rien à foutre! Manière, l’électeur du FN, faut pas le prendre pour un con, il sait depuis des années que les médias montrent ce qu’ils veulent, comme ils le veulent et qu’ils adorent l’idée qu’ils font les élections.

Le Pen rame dans les sondages à longueur de temps? Il fait le sous-marin des intentions de vote? Pas grave, l’électeur du FN fait son job consciencieusement, il vote. Il sait aussi que les sondages, ce n’est que du pipeau.

Le FN paume toutes ses élections depuis des décennies? Il peine à se faire représenter à l’Assemblée Nationale? L’électeur du FN s’en carre l’œuf dans une poêle à frire, parce que l’électeur du FN sait ce qu’on attend de lui : qu’il se lève sur ses petites pattes, qu’il aille jusqu’au bureau de vote et qu’il y glisse son sempiternel petit bulletin. L’électeur du FN n’a pas forcément lu le mythe de Sisyphe, mais il en connaît l’histoire jusqu’au fond de sa moëlle!

Et il a raison!

Et il l’a prouvé le 21 avril 2002. Que la persévérance, ça finit toujours par payer. Qu’il suffit de savoir ce que l’on veut pour l’obtenir.
D’ailleurs, l’électeur du FN n’a pas été surpris, lui, le 21 avril. Depuis le temps…

Alors que les autres électeurs… putain, tous des boulets!

Tous mous du bide. Ne savent pas ce qu’il veulent.

C’est simple, ils ne croient plus en rien. On leur présenterait le monde idéal sur un plateau qu’ils se mettraient à chouiner que c’est trop beau pour être vrai.

Ventres mous. Avec une bouée de gras pour ne pas sombrer dans leur propre décrépitude idéologique.

Ne font plus que des choix par défaut. Ils élaborent des stratégies de petits boutiquiers pour tenter de miser sur le bon cheval. Totalement nazes! Comme s’ils allaient recevoir un carambar s’ils ont bien deviné le gagnant du jour!

Ils votent le nez dans les sondages. Ou dans leur portefeuilles. Ou dans la merde. Ce n’est qu’une question de point de vue.

Ils ne veulent pas se fatiguer la tête avec les programmes qui font plusieurs paragraphes : pour eux, on a concocté le marketing politique du pauvre : ta France, tu la veux avec ou sans drapeau à la fenêtre?

On leur a même trouvé un concept tout bien fignolé, rien que pour eux, pour qu’ils se livrent d’eux même, ficelés comme des petites cailles prêtes à rotir : le vote utile. Pas besoin de se casser le tronc à comprendre, à réfléchir, on vote utile, c’est à dire pour les gens qu’on voit le plus à la télé!

Et quand finalement un projet politique leur plait, quand finalement on leur propose un projet de société en accord avec le fronton de nos mairies, ils font les blasés et disent que ce n’est pas la peine de voter pour lui, parce qu’il ne peut pas gagner.

Je ne vois pas de raison particulière pour que l’on continue à être plus cons que les électeurs du Front National.
Je n’ai pas envie non plus qu’on finisse par leur donner raison.
Faisons donc notre boulot de citoyen : votons selon notre profonde conviction, droits dans nos bottes!